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vendredi 31 mai 2013

1469. Ep2. Chronique de François II. partie 1.

Le retour du duc en Bretagne fut lent. Si L’accord avec le roi de France avait pris du temps, il en profita aussi pour parcourir les vignobles angevins et y acquérir quelques fûts pour agrémenter sa table. A son arrivée à Nantes, le 18 février, il fut fêté par les marchands de la ville qui lui organisèrent une entrée triomphale. Ils se réjouissaient de l’alliance avec la France et des clauses du traité qui leur accordaient la paix et les libertés nécessaires à la croissance de leurs échanges. Grand Seigneur, le duc offrit en retour ses nouveaux fûts à la ville qui les mit en perce pour le petit peuple. Depuis cette date, il est coutume en la cité nantaise de ne plus fêter mardi gras mais de célébrer les Vins du Duc, sorte de Carnaval où ne se boit que des vins d’Anjou et, en particulier, des Coteaux du Layon.
Comme tous les deux ans, le duc convoqua ses états généraux pour la fin des moissons. Puis, accompagné de Pierre Landais, il se rendit à Vannes où il engagea une des réformes qui fit la grande prospérité du golfe du Morbihan. Il y multiplia les autorisations de sècheries, destinées à transformer les prises de la pêche côtière en aliment conservable et surtout commercialisable. Avec son autorisation, Pierre Landais étendit les années suivantes ces droits dans les pays de Nantes et de Retz. Le climat favorable et la proximité des ressources de sel permirent un développement important de cette pratique. Dés 1470, la Bretagne exporta de nombreux tonneaux de poissons salés vers la vallée de la Loire puis vers les ports d’Ibérie à partir de l’année suivante. Cela faisait un complément idéal pour le commerce du sel et celui des toiles. Les finances du duc s’en trouvèrent renforcées car il percevait un droit à l’exploitation pour cette activité.
A Pâques, le duc se trouvait en compagnie de Jean de Quelennec et André de Lohéac en sa bonne ville du Blavet. Ces deux compères qui se partageaient efficacement la direction de l’amirauté bretonne, y mettaient au point un chantier naval qui devait produire de nouveaux vaisseaux pour les forces du duc. Les actions en mer d’Irlande et en Manche pendant les années précédentes les poussèrent à construire un nouveau type de navire. Jean de Quelennec qui avait passé l’année 1468 à questionner des capitaines de commerce sur les nouvelles techniques navales, proposa de construire un navire d’origine portugaise : la caravelle. Petite, plus rapide et plus agile que les caraques, le navire avait plu au vice-amiral de Lohéac qui voulait un bateau capable de frapper dans les estuaires et les anses, espaces confinés fort dangereux pour les lourds navires qu’il commandait. Par l’intermédiaire d’un marchand, l’amiral avait engagé deux charpentiers de marine portugais. Arrivés en Mars, ils présentèrent au duc leurs dessins et Pierre Landais leur accorda les finances pour construire trois de ces navires. Il envoya un agent à Nantes recrutés des artisans habiles. Yann de Ranrouët, écuyer de Lohéac, plus connu sous le sobriquet de La Roche, fut chargé de négocier un contrat pour du bois de marine et pour l’enrôlement de charpentiers avec le comte de Rohan. Début mai, il était à Pontivy et achetait chêne et pins pour le compte de l’amirauté. Il y reçut une missive de son seigneur qui le convoquait à St Malo pour y rembarquer à destination de la Manche. La flotte partait au secours des marins normands. Laissant le soin des livraisons à ses clercs, Jean de Rohan accompagna son nouvel ami.
Schéma de la Caravelle battant pavillon portugais. les Bretons l'appelaient familièrement Carvel
Fin avril, Le duc s’engagea sur les chemins du pèlerinage de Bretagne. Le Tro Breizh le mena à travers l’ensemble de son duché. Il se rendit d’abord à Morlaix par la cote sud. Il constata dans cette ville une réelle prospérité qui commençait à s’étendre dans les campagnes avoisinantes. Puis par Tréguier où il séjourna le 19 mai pour la fête de Saint Yves, il rejoignit St Malo et y retrouva Jean de Rohan, passionné par l’armement de son premier navire. Le duc et son trésorier général discutèrent longuement avec lui des réformes qu’il avait appliquées dans son comté de Léon. François II resta dans la cité corsaire jusqu’au départ de la flotte puis s’en alla au Mont St Michel y prier pour le salut des marins et le rétablissement de la duchesse. Le duc traversa la baie, pieds nus et vêtu d’une simple chemise de chanvre. Il monta jusqu’au monastère et demanda pardon à l’archange pour l’incendie de 1204 causé par des chevaliers bretons. Le lendemain, après une nuit de pénitence, il reçut l’eucharistie des mains de l’abbé puis celui-ci lui rendit hommage devant l’ensemble de son chapitre. Enfin, il offrit une fête aux habitants pour célébrer le rattachement du Mont à la Bretagne. Si les précédents ducs avaient été incapables de conquérir la forteresse par la force, en deux jours, le duc la gagna par le cœur. Il sortit de l’ile en grand apparat au plus grand plaisir des habitants qui acclamèrent leur nouveau duc. Enfin, après un détour par Fougères où il inspecta rapidement des travaux de défense, François II chevaucha vers Nantes car la maladie de la duchesse s’était aggravée.
Représentation du Mont St Michel dans les Riches Heures du Duc de Berry

lundi 13 mai 2013

1465. FIN DE CAMPAGNE



L’armée bretonne marche tout d’abord sur Montfort-L’amaury puis rayonne à partir de ce lieu pour contrôler le sud-ouest de la capitale. Les bretons poussent vers le nord-ouest jusqu’à la Seine. Le duc de Berry avec 3000 de ses vassaux se chargent d’assiéger la zone nord de la ville à partir de St Denis tandis que le Comte de Charolais se charge du sud-est. Les rencontres entre les coalisés se font à la Beauté sur Marne et des négociations s’engagent avec le roi de France. Un cantonnement est aussi installé au pont de Charenton. Le contrôle des routes menant à la capitale reste donc assez lâche. Ravitaillements et renforts parviennent dans la cité surtout en provenance de Normandie. Louis XI recrute personnellement des troupes dans ce duché et les ramène en aout. En parallèle, il négocie avec les grands féodaux, jouant de leurs ambitions personnelles pour les séparer. Les ligueurs resserrent l’étau autour de Paris mais restent incapable de se mettre d’accord. le roi les divise en les rencontrant individuellement. La situation évolue en septembre. Le 21 septembre, les bandes bretonnes menées par André de Lohéac prennent la forteresse de Pontoise, porte de la Normandie. Cet assaut impressionne le comte de Charolais et le Duc de Berry. Enfin, las des impositions élevées et des prélèvements forcés, la ville de Rouen se révolte. Charles de Berry s’y rend et y est accueilli en héros. La Basse-Normandie est, elle, occupée par des garnisons bretonnes. Louis XI  céde. En effet, la capitale est alors complètement encerclée par des forts ennemis. Même si du ravitaillement passe encore les lignes ligueuses, Paris sera vite affamé. Les trois principaux meneurs obtiennent ce qu’ils désirent. Mais leurs ambitions aboutissent à trois traités séparés et à la mise en place d’une commission de réforme du royaume.
Château royal de Pontoise
Le 5 octobre 1465 est signé le traité de Conflans entre le roi et le comte de Charolais. C’est celui qui frustre le plus le roi de France. Charles obtient le retour des villes de la somme dans le domaine bourguignon. De plus, Louis XI lui cède en toute propriété Boulogne, Guîne, Roye, Péronne et Montdidier . Enfin, en raison de l’alliance du roi avec les bourgeois révoltés de liège, Charles l’oblige à financer le recrutement de mercenaires destinés à écraser cette révolte. 
Le 29 octobre à St Maur-les-Fossés, Louis XI confie à son frère Charles de Berry le duché de Normandie en apanage. Il donne à Jean de Calabre, régent de Lorraine, les villes de Mouzon, St-Ménehould et Neufchâteau. Enfin, une commission de 36 membres, présidée par Dunois, doit réformer les abus de l'administration.
le 30 octobre, à Etampes, Louis XI abandonne au duc de Bretagne la régale et les aides de la Bretagne. En échange du comté d’Etampes et de la libération de Pontoise et de Montlhéry, le duc de Bretagne obtient la forteresse du Mont St Michel. Cet abandon d’Etampes ne surprend personne car ce n’est pour le duc de Bretagne qu’un titre. En effet, la vicomté est tenue par les bourguignons et cela ne fait ni chaud ni froid au duc que le roi de France la réclame au comte de Charolais. Dunois, le bâtard d’Orléans et Antoine de Chabannes rentrent en grâce et reprennent leur place à la cour.
Impressionné par la prise de Pontoise, Charles demande à engager trois bandes de mercenaires bretons, soit un total de 1200 hommes pour un an. François II donne facilement son accord car cela lui permet de payer les arriérés de soldes de ses troupes. François II dont les forces se sont emparées de quelques garnisons normandes et en particulier de Caen ne pousse pas ses avantages sur Charles de Berry mais négocie avec lui un accord lucratif. Charles veut engager deux bandes pour prendre le contrôle de son nouveau duché. Le duc de Bretagne propose plutôt de lui louer pour un an les garnisons des forteresses que ses forces occupent. Le contrat est signé le 25 octobre à Montfort-L’amaury. Les capacités financières de l’Etat de Bourgogne étant ce qu’elles sont, Charles de Charolais débourse la totalité de la part du duc. Son sixième obtenu, le duc ne pose que deux conditions : les 1200 hommes de Bretagne doivent combattre en une seule unité, leurs officiers assureront leur commandement et éliront un chef parmi eux. Le contrat avec le Duc de Berry demande plus de négociations mais aboutit au versement de la moitié du sixième et le passage des deux ducs par la Normandie en novembre permet à François II de prélever le reste auprès des bonnes villes de Normandie.


Extrait du film "Le Petit Poucet" de 2001 réalisé par Olivier Dahan qui met en scène les prélèvements pacifiques des Bretons en Normandie.