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samedi 1 juin 2013

1470. Ep1. La Première Guerre de Bourgogne.

La Bretagne connut cet hiver là, son premier effort militaire important depuis 1465. En raison de l' Absence des bandes de Bretagne, le suc fit appel à ses franc-archers dès le mois de janvier et demanda au reste du ban de se concentrer à part égal en les villes de St Malo et de Nantes. L'annonce de cette mobilisation amena les nantais à armer une dizaine de navires qui vinrent renforcer la flotte ducale en l'estuaire de la Loire. Les Malouins firent de même de leurs côtés et le duc accorda un grand nombre de lettres de représailles. Fin mars, deux nouvelles caravelles commandées par Yann de Ranrouët rejoignirent la flotte.
En raison d'un temps très défavorable jusqu' en mars, la flotte nantaise ne hissa les voiles qu'en avril et mit le cap au sud. André. De Loheac commandait le gros et il confia les trois caravelles et ses meilleurs franc-archers à Yann de Ranrouët. Le délai avait permis l'entraînement des troupes qui y gagnèrent en cohésion. Devançant la flotte, Yann de Ranrouët devait s'emparer d'une place forte sur le littoral de Guyenne pour y créer une base de ravitaillement. Le vice-amiral de Bretagne ne voulait pas s'engager dans la Gironde mais bloquer l'estuaire. La cible désignée était l' île d'Oléron à l'embouchure du fleuve.


Reconstitution de la caravelle de Yann de Ranrouët par l'association de la marine à Port-François.
Yann fit débarquer ses troupes à l'ouest de l'île dans le village de pêcheur de St Denis. Il y captura trois familles et envoya les pères à André de Loheac pour servir de pilote. Progressant vers l'est, il s'empara dans la foulée de St Pierre d'Oléron. La garnison de Château-d'Oléron sortit de son refuge pour reprendre le contrôle de l'île. A la nuit tombée, les navires de Loheac jetèrent l'ancre au large de la petite cité. Les pilotes avaient rempli leurs rôles et la flotte avait échappé aux bancs de sable. La garnison se retrouvait prise entre deux feux. Incapable de reprendre St Pierre et d'empêcher in débarquement de la flotte en même temps, la garnison s'enferma dans la cité. Le lendemain, André de Loheac débarqua ses troupes. Il détacha 300 archers pour surveiller le pertuis et établit le siège de la cité avec 1400 hommes. Il ordonna à Yann de Ranrouet de rembarquer et de menacer l'estuaire de la Gironde. Lorsque le vice-amiral débarqua ses canons, la ville se rendit.
Le 5 mai, Yann de Ranrouët captura deux caraques bordelaises à l'entrée de la Gironde. Chargées de vins, elles permirent aux bretons de fêter leurs victoires. Cette prise confirma les craintes de la municipalité girondine. L'occupation de l'île d'Oléron permettait aux bretons d'assaillir le moindre navire qui sortait du port. La ville rassembla sa milice et arma quatre navires pour percer le blocus. La bataille navale qui s'en suivit, fut une nette victoire bretonne grâce à leur supériorité numérique. Les caraques armées de Loheac soutenues par les caravelles de Ranrouët prirent d'assaut les bordelais poussés hors de l'estuaire par la marée descendante. Incapable de se mettre à l'abri, deux navires furent pris, un incendié par son capitaine tandis que le dernier fut échoué sur un banc de sable. La perte de ses meilleurs équipages poussa les bordelais à supplier de l'aide auprès de leur duc.
La bataille de la Gironde. oeuvre anonyme de l'art breton du XIVe siècle. 

Celui-ci se trouvait à St Jean d'Angely où il rassemblait une armée, mélange hétéroclite de vassaux et de levées féodales, 5000 hommes peu confiants dans les capacités de leur chef. Il devait faire face à un contingent de l'armée royale venu de l'orléanais ainsi qu'à une chevauchée bretonne menée par François II en personne. Le duc de Bretagne accompagné de ses vassaux de Rohan et de Rieux se lança dans une vaste opération de pillage  en Saintonge. Avec 3000 cavaliers et 1000 de franc-archers, il traversa la Vendée début avril et ravagea la côte où les navires bretons pouvaient le ravitailler et rembarquer le butin. Depuis Nantes, Pierre Landais organisait les rotations avec l'aide des négociants nantais. L'accumulation d'opposants et de mauvaises nouvelles poussa Charles de Guyenne à retirer son armée vers Saintes puis vers St André de Lidon. sa constante retraite s'accompagna d'une désertion massive et il arriva à destination avec uniquement la moitié de son armée.
A la St Jean, le duc François dégagea les approches terrestres de l'île d'Oléron et prit le commandement des troupes de Loheac. Ne laissant que les 10 navires nantais, le vice-amiral reprit le chemin de la manche avec 8 lourdes caraques. Il confiait le blocus à Yann de Ranrouët qui reçut les compliments du duc pour ses actions. François Il ne voulait pas s'éterniser en Guyenne. Son trésorier lui avait précisé que ses finances ne permettraient pas de maintenir une armée et une flotte en campagne plus d'un an. Il envoya donc son chancelier Guillaume Chauvin en la ville de Bordeaux. En raison des ravages sur la rive nord de la Gironde et de la débandade de leur duc, les bordelais étaient prêts à négocier. Ils firent amende honorable, rouvrirent leur ville au commerce, payèrent réparations, et acceptèrent l'occupation de l'île d'Oléron par les bretons jusqu'à la paix signée avec le roi de France.
Bordeaux au XVIè siècle. 
Avec ses 2000 hommes, le duc de Guyenne se retira alors plus au sud où le trouvèrent les émissaires du roi de France. Une trêve fut signé contre la promesse par le duc de ne pas franchir la Gironde ou la Garonne. Les troupes royales occupèrent Saintes et St Jean d'Angely. Laissant des garnisons dans l'île d'Oléron, François II s'embarqua pour Nantes où il apprit que le roi de France avait eu un héritier. Il songea qu'après ces aventures guerrières, il devait se remarier et penser à fiancer son fils de 8 ans. 
Yann de Ranrouet et son ami Jean de Rohan voguèrent vers le Blavet puis les trois caravelles hissèrent les voiles pour la manche où elles arrivèrent à la mi-août.

1469. Ep4. Décembre de décisions.

Sur la côte bretonne débuta un cycle inhabituel de tempêtes qui s'étendit largement dans le mois de janvier. Il s'accompagna  de la nouvelle des émeutes de Guyenne.  Le 14 décembre, le peuple de bordeaux avait détruit les cargaisons de deux navires et décapité leurs propriétaires, deux marchands nantais. Les négociants de la cité assiégèrent Pierre landais pour obtenir réparation et surtout la réouverture de bordeaux aux navires bretons. Depuis l'été, les marchands bordelais s'opposaient à l'application du traité des Estuaires et avec l'appui du duc de Guyenne, leurs agents excitaient la populace contre les bretons. La situation dégénéra en novembre quand deux marchands bretons critiquèrent la qualité de la cuvée 1468. Ils déclenchèrent une rixe que des agents du duc transformèrent en émeutes avec le résultat que l'on sait.

Porte Cailhau à Bordeaux.
En Angleterre, Jasper Tudor et les marins de St Malo avaient obtenus durant l'été des résultats plus que satisfaisants. Après plusieurs raids dans le pays de Galles, Jasper Tudor convainquit les malouins de lui prêter suffisamment de navires pour s’emparer de Dublin. Ils obtinrent la chute de la ville grâce à la complicité de marchands de la cité irlandaise. La présence des corsaires de Tudor avait entraîné la chute des échanges avec l'Angleterre et la perte de nombreux bénéfices. Les négociants irlandais lui ouvrirent leurs portes. De plus, Jasper Tudor passa un accord avec Gerald Mor, Lord of Kildare. En échange de son ralliement, il conserva sa place de Lord Deputy of Ireland, devenant de facto le second de Jasper Tudor. Si ces nouvelles inquiétèrent Édouard IV, il était bien plus préoccupé par la rébellion de son frère Georges et du comte de Warwick. À l’été 1469, la guerre civile reprit en Angleterre empêchant le roi d'intervenir sur le continent ou en Irlande. Il rappela, même, une partie de la garnison de Calais.

Reconstitution de la ville de Dublin au XVè siecle.
Sentant le moment venu, louis XI décida en octobre de régler ses comptes avec le Téméraire. Il rassembla son armée à Compiègne et Noyon. 5000 bretons faisaient partie de ces troupes. Il produisit devant une assemblée de notables deux lettres destinées au duc de Guyenne, fausses lettres forgées par son service des postes, dans lesquelles les deux ducs créaient une alliance matrimoniale. Le 3 décembre, cette assemblée déclara le duc de Bourgogne parjure, félon mais aussi coupable de crimes de lèse-majesté pour avoir forcé la personne royale. Louis XI fit publier ces lettres qui rallièrent la populace et qui trouvèrent terreau fertile dans les populations nantaise et malouine. De plus, il convoqua le ban pour le printemps.  Le 15 décembre, le commandant des troupes françaises, Antoine de Chabannes lança ses troupes sur Amiens et obtint à noël l'ouverture des portes de la ville. Alors qu’il venait de démobiliser ses troupes, Charles le Téméraire fut totalement surpris par cette suite d'événements et le duc ne rassembla qu'une armée de 5000 hommes mal ravitaillés pour défendre la Picardie. Antoine de Chabannes commandait 10.000 soldats bien approvisionnés par la proximité de l'île de France. Ils pouvaient tenir un long siège. Se sachant perdus, les amiénois se rendirent et les Français renforcèrent immédiatement la garnison. Le jour de l'an fut jour de liesse à Paris, jour de colère à Nantes et de rage à Malines, capitale du téméraire.

vendredi 31 mai 2013

1469. Ep3. Les Humeurs de Charles.

La reconduction de l’alliance de la Bretagne et de la France mit en rage le téméraire. Il n’avait pas escompté que François II puisse miser sur un roi dont la puissance avait été égratignée. Il est vrai que la nouvelle lui parvint lors de l’Assemblée Solennelle (nom des Etats de Bourgogne) de Bruxelles où il devait faire face à la mauvaise volonté des représentants des villes wallonnes. Gand, en particulier, rechignait à payer son dû. Cela l’obligea à rassembler une armée et à se présenter devant la ville. Ayant retenu la leçon de Dinant et de Liège, les Gantois ouvrirent leurs portes. Charles n’extermina pas la population bien qu’il aurait bien fait un nouvel exemple avec les têtes des échevins. Il décida de priver la ville de ses droits et libertés. Occupée par des troupes mercenaires, la cité avait perdue toutes velléités de résister et accepta la mansuétude de son seigneur qui y installa un gouverneur à sa solde.
Pendant le reste de l’hiver et du printemps, le duc termina la réorganisation de son armée et la dota, outre d’une cavalerie à la française, d’une infanterie qu’il engagea dans les milices des villes wallonnes. Célèbre pour avoir défait les chevaliers français, ces unités de piquiers plaisaient au duc. Le caractère offensif et destructeur de cette formation donnait à son armée une image de puissance, image qu’il désirait se donner pour dissuader les rois et empereurs voisins de toute ingérence. La succession d'ordonnances qu’il prit pendant cet hiver, créa la meilleure armée d’Europe. Armée de professionnels qui étaient en demi-soldes en temps de paix, l’armée bourguignonne devait s'articuler en compagnies d’ordonnance bien supérieures à celle de la France. Il organisa celles-ci en 100 lances de 9 hommes qui s’articulaient ainsi : 1/3 d’hommes d’arme, 1/3 d’archers montés et 1/3 d’hommes à pied. Il prit ces ordonnances à Abbeville en mars où il surveillait la mise en défense de la ville contre la piraterie. Sur le papier, cette armée était la mieux équilibrée d’Europe. Mais la lenteur administrative du duché de Bourgogne et l’absence des fonds nécessaires à son organisation empêchèrent qu’elle soit réunie avant l’année 1471. Fort impatient, Charles obtint, tout de même, en 1469, un recensement des capacités militaires de ses vassaux et de leurs états physiques. Bien qu’elle soit issue de la convocation du Ban, l’armée qu’il passa en revue en novembre était composée des plus aptes et des mieux équipées de ses vassaux : une force respectable de 25.000 hommes. Il en fut fort heureux.
Cette année-là, le duc de Bourgogne orienta sa politique étrangère vers l’est et le sud. Il désirait une couronne et il prit de nombreux contacts dans le Saint Empire Romain Germanique qui seul, pouvait la lui accordée. Il envoya Philippe de Commynes à la rencontre de l’empereur pour le charmer et obtenir ce trône. Philippe fit de son mieux mais l’empereur restait réticent. Il obtint pourtant un traité avec le duc d’Autriche qui augmentait le territoire de la Bourgogne. En échange de la somme de 50.000 écus, Sigismond de Habsbourg, cousin de l’Empereur, confiait au duc le contrôle de ses territoires en Alsace et dans la Forêt-Noire. Ce traité était accompagné d’une alliance défensive, ce qui enchanta Charles. En effet, il espérait un allié supplémentaire contre le roi de France et un ami influent à la cour de Frédéric III, empereur du St Empire. Il continua à entretenir une correspondance avec Charles de Berry qui s’était installé en la ville de Bordeaux. Le duc de Bourgogne se divertissait des aspirations de son compère bordelais pour la main de sa fille Marie, aspirations qu’il se garda bien de contredire.
Les Territoires de Charles le Téméraire. (source wikipédia)
Jusqu’au mois de novembre, Charles le Téméraire parcourut ses territoires pour y renforcer son pouvoir. Lors de son passage dans le comté de Bourgogne, il engagea un certain nombre de mercenaires italiens pour inculquer de l’expérience à ses futures troupes. Il s’inquiéta aussi de la recrudescence des interventions bretonnes dans la Manche. En effet, la guerre navale se prolongeait entre les Français et les Anglais qui escarmouchaient continuellement au large des côtes de Picardie et de Calais. Malgré tous leurs efforts, les navires normands du roi de France furent des proies faciles pour les expérimentés marins anglais. L’appel royal à la flotte bretonne changea la donne et en septembre, les commerçants de Bruges notèrent un ralentissement des arrivées de navires anglais. Ils en appelèrent au duc qui envoya une protestation véhémente auprès du roi de France. Celui-ci joua l’hypocrite d’autant plus facilement que la flotte, même s’il la finançait, battait pavillon breton. En octobre, fort mécontent, le duc envisagea de créer une escadre mais préféra écrire à Charles de Berry en son fief de Guyenne pour qu’il fasse pression sur le duc François II. Charles de Guyenne poussés par les Bordelais sauta sur l’occasion. A la fin octobre, sa campagne finie, la flotte libéra la Manche. L’émissaire de Bourgogne que Louis XI avait retardé la trouva en décembre dans l’estuaire de la Loire. Elle n’était pas désarmée et elle était augmentée d’un petit navire avec un curieux gréement.
Armoiries du Duc de Bourgogne. Sa complexité reflète la titulature du Duc ainsi que la faible centralisation de son État.

vendredi 24 mai 2013

1468. Ep1. Guerre Froide

L’alliance du Duc de Bourgogne et de l’Angleterre ne prit pas Louis XI au dépourvu. Il s’y était préparé depuis longtemps et avait pris mantes dispositions pour contrer l’alliance naissante que le duc avait formée. Quand Charles signait un traité avec la Savoie, le roi s’alliait avec le duc Sforza de Milan. Quand le duc annonçait son mariage avec Marguerite d’York, Louis convoyait plus de fonds aux partisans des Lancastres qui résistaient encore dans le nord du pays de Galles. Quand le téméraire officialisait son alliance avec l’Angleterre, Le roi présenta son nouvel allié : le duc François II. Quand il tenta de faire appel aux grands du royaume, Louis convoqua les Etats Généraux à Tours et y invita personnellement les ducs et comtes de France. Ses arrières sécurisés, le roi passa l’année à préparer la guerre avec la Bourgogne, l’Angleterre et la Savoie. Edouard IV n’ayant pas accepté de renouveler la trêve, la France était de facto en guerre contre la nation anglaise.  Par de belles paroles et quelques promesses habiles, il relança le mécontentement dans la ville démantelée de Liège qui voulait retrouver ses libertés municipales. En avril, aux Etats Généraux, l’ambassade bretonne fut acclamée car elle précédait quatre bandes de 1200 hommes chacune. Le roi y annonça qu’il finançait depuis janvier, une escadre bretonne pour la guerre navale. Les Etats Généraux votèrent le rattachement définitif au domaine royal de la Normandie et l’impossibilité de la transformer en apanage. Par ce vote, Nobles, Clercs et membres du tiers proclamaient leur soutien inconditionnel à la monarchie française.

Vue actuelle du Chateau de St Malo, base de départ de l'escadre bretonne que François II confia à André de Lohéac.
En Bretagne, François II nomma un des plus expérimentés  capitaines de son duché à la tête de l’escadre : André de Lohéac. La nomination d’un capitaine en disgrâce à la cour de France était un subtil rappel au roi que le traité d’Ancenis devait être respecté et que l’argent devait couler vers la Bretagne tout autant que dans les bourses des soldats du roi. Le contrat de location de l’escadron, premier de son genre, rapporta au duc une rallonge de 50.000 livres. Equiper 20 navires n’était pas une mince affaire et nécessitait une expérience et une préparation que les malouins étaient prêts à accorder si on leur permettait d’ajouter dix de leurs propres navires équipés de lettres de représailles à cette flotte. Le duc sur les conseils de Pierre Landais accepta et pour la première fois, accorda gratuitement des lettres de marque, l’armement des navires restant à la charge des malouins. A la tête de 30 bâtiments de toutes les tailles, le baron de Lohéac hissa les voiles au printemps vers les eaux troubles de la mer d’Irlande. De son côté, le duc de Bourgogne positionna son armée autour de la ville de Péronne prête à se ruer en territoire français. Elle défendait ainsi la ville de Calais où devaient débarquer les forces anglaises du roi Edouard.  Louis XI concentra la majeure partie de son ost à Compiègne et mit en alerte les forces du Dauphiné.  
En fait, Edouard IV se retrouvait dans une position difficile et louis XI découvrit par ses agents qu’en fait d’alliance, le roi d’Angleterre était un tigre de papier qui ruait haut et fort mais qui n’avait pas les moyens de partir en campagne. Il devait encore pacifier le nord du pays de galles, chose faite fin septembre mais qui retarda d’un an sa venue sur le continent. De plus, le Danemark allié de la Hanse se mêla de la bonne santé du commerce anglais. Son roi confisqua quatre navires anglais. Edouard IV dut lui déclarer la guerre. En mai, il se décida et obtint du parlement le financement de sa prochaine campagne en France. Le 3 juillet, sa sœur Marguerite d’York se maria avec le duc de Bourgogne à Damme, en Flandres. Si ce mariage fut nommé le mariage du siècle grâce à la beauté de la duchesse et à la magnificence déployée par le duc, une triste figure fut remarquée par tous les participants : le duc de Berry qui n’avait toujours ni apanage ni argent pour mener sa propre politique. Il désespérait de voir sa situation évoluée d’autant plus que Louis XI avait réussi à rallier les grands du royaume de France. Les ducs de Bourbons, d’Armagnac et d’Anjou avaient reçu de quoi apaiser leurs appétits.  
Louis XI ne voulait pas de guerre avec l’Angleterre. La dernière confrontation entre les deux pays n’était pas vieille de quinze ans et les ravages qu’elle avait causés en France restaient encore dans les mémoires. Si ce souvenir servit sa propagande contre le duc de Bourgogne, vassal félon et qu’il portait le germe de la nation française, Louis XI savait que le royaume ne pouvait pas se permettre une guerre contre trois ennemis. Enfin, en cas de guerre, le duc de Berry fuirait hors de sa portée ou serait capturé par Charles le téméraire qui alors, en ferait ce qu’il voudrait. Le roi devait protéger son héritier pour le bien du royaume. Le duc de Bourgogne avait maintenu des contacts avec la cour de France et renouvelait de mois en mois ses trêves avec le roi de France. Malgré l’avis de ses conseillers qui voulaient continuer à faire pression sur le duc, Louis envoya en Bourgogne le seul des membres de son conseil défendant l’option diplomatique le cardinal Jean Balue. Il arriva au camp du duc, le 6 octobre. Ne voyant pas débarquer d’armée anglaise à Calais, le duc accepta une négociation d’homme à homme dans la ville de Péronne. Le roi s’y rendit le 9 octobre. Fort de ses succès diplomatiques en Bretagne et lors de la ligue du bien public, il se croyait capable de manipuler le duc, récupérer son hériter et conserver sa suzeraineté sur la Bourgogne. Ce jour-là, les milices de Liège en pleine révolte fondirent sur la ville de Tongres où résidaient le Prince de Bourbon et le gouverneur bourguignon Humbercourt.

Discussion houleuse entre Louis XI et Charles Le Téméraire à Péronne.

mercredi 22 mai 2013

1467.Ep2. Prélude.

L’arrivée de Charles de Berry en Bourgogne posa un problème à Philippe Le bon. Vieux, fatigué et malade, il voulait assurer une succession paisible à son fils et cela nécessitait une baisse des tensions entre la France et son duché. Louis XI envoya des diplomates dés février pour récupérer l’héritier du Trône. Vivant à Genappe, Charles de Berry recevait régulièrement la visite de l’héritier de Bourgogne qui l’acquit à ses vues. Charles de Charolais exigea qu’on confie à Charles de Berry la Champagne comme apanage. En mars, Louis XI refusa car ce duché aurait été voisin des terres bourguignonnes et bien trop proche de Paris. Alarmé par les contacts réguliers entre la couronne d’Angleterre et les bourguignons, Louis XI fit reprendre les négociations et invita François II à venir lui rendre visite. Le duc accepta une rencontre de quatre jours à Ancenis. Louis XI y déploya tous ses stratagèmes diplomatiques. Il le charma, le cajola, l’étourdit de fêtes, de chasses et de plaisirs. De quatre jours, le rendez-vous devint un séjour de trois semaines. Pour finir, il l’acheta. Lors de la Pâques, Louis XI signa une alliance défensive avec la Bretagne par le traité d’Ancenis et obtint le droit de recruter les bandes pendant 3 ans. Cette alliance lui coûta peu : 300000 livres et un noble d’origine bretonne fort mécontent, Jean de Penthièvre. Il avait assuré ses arrières. Pendant ce temps, les négociations avec les Bourguignons se poursuivaient. En mai, Le roi proposa à Charles de Berry la Guyenne. Mais, sur les conseils de Charles de Charolais, Berry refusa. Le roi de France prit aussi contact avec les habitants de Liège et passa un accord avec eux contre la Bourgogne. A l’annonce de la mort de Philipe Le Bon, le roi entreprit de mobiliser son armée et de la concentrer au nord de Paris et dans l’orléanais. Au passage, comme il détenait de nouveau le titre de comte d’Etampes, il expulsa l’administration bourguignonne qui gérait ce comté et le rattacha au domaine royal. Pendant le reste de l’année, il attendit l’attaque bourguignonne tout en contrecarrant la diplomatie du duc Charles par des ambassades vers l’Aragon, la Castille, le duché de Milan, les cantons suisses et surtout l’Angleterre. Les missions outre-manche furent un échec et l’Angleterre bascula peu à peu dans le camp bourguignon.
Le 15 juin 1467, Charles de Charolais devint Duc de Bourgogne, de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg, Marquis de Namur, Comte d’Artois, de Flandres, de Hainaut, de Hollande, et de Zélande, Comte Palatin de Bourgogne. Son domaine s’étendait des côtes de la Frise sur la Mer du Nord au contrefort des Alpes suisses mais ne formait pas un ensemble continu car il était séparé par le duché de Lorraine. Né dans le palais familial de Dijon, Charles tenait sa cour dans la ville de Bruxelles et rêvait de devenir roi. Les ducs précédents avaient d’ailleurs développé un protocole compliqué pour manifester leur pouvoir politique et leur puissance financière. Le contrôle des Pays-Bas leur donnait accès aux richesses de la seconde région la plus riche d’Europe par son commerce et son industrie textile. Mais les Hollandais et les Zélandais étaient jaloux de leurs libertés. Le Duc devait donc demander aux Etats de ces territoires les finances nécessaires à sa politique. Ainsi, ses moyens étaient limités et ses pays disposaient d’une autonomie importante qui favorisait leurs activités économiques mais aussi leurs volontés d’indépendance. Le duché de Bourgogne était un Etat puissant mais fragile, régulièrement parcouru de révoltes citadines réclamant le maintien de leurs droits. Incitée par le roi de France, la principauté de Liège se révolta dés qu’elle apprit la mort de Philippe le Bon. Elle cherchait à retrouver son indépendance car en 1465, elle était devenue un protectorat bourguignon. Charles mit du temps à réagir car il parcourut ses différents domaines pour se faire reconnaitre duc et obtenir les hommages de ses vassaux. Il en profita pour récolter les fonds nécessaires à sa campagne militaire. Il écrasa le 28 octobre les Liégeois à la bataille de St Trond. Le 11 novembre, la principauté se rendit et fut intégré dans les territoires bourguignons. Cette période de conflit interne obligea Charles à réformer son armée. Il la transforma en suivant le modèle français tout en y intégrant une portion importante de mercenaires (dont des Bretons). Cette période lui permit aussi de finaliser les discussions portant sur son troisième mariage. Ses deux premières femmes étant mortes, en l’absence d’héritier légitime, le duc devait se trouver une épouse. Dés février, il avait envoyé des représentants à la cour des Habsbourg, en Angleterre, en Castille, à Milan et dans les principautés allemandes. C’est d’Angleterre que vinrent les réponses les plus prometteuses. Espérant sceller une alliance contre la France, le duc de Bourgogne demanda la main de Marguerite d’York, sœur d’Edouard IV d’ Angleterre.
Edouard IV sollicita l’alliance bourguignonne car la situation dans ses territoires devenait de plus en plus instable. La plupart des nobles anglais qui s’étaient ralliés à lui n’avaient accepté que du bout des lèvres son mariage de 1464 avec Elisabeth Woodville. A partir de cette date, le roi favorisa très nettement cette famille de noblesse récente alors qu’elle n’avait eu qu’un rôle très secondaire dans sa montée sur le trône. Les nombreuses révoltes lancastriennes freinèrent les malcontents yorkistes. Mais la sécurisation du royaume à partir de 1465 entraîna la radicalisation de l’opposition. Ulcérée par le mépris des francophiles Woodville et par l’indifférence du roi qu’elle avait mis sur le trône, la famille Neville menée par le Comte de Warwick, dit « le faiseur de rois » manifesta de plus en plus ouvertement son désaccord. Le comte reçut le soutien du plus jeune frère d’Edouard IV : Georges, duc de Clarence. En été, la proposition de Charles le Téméraire permit au roi de calmer temporairement le climat politique et de rallier à sa cause les francophobes et ceux qui voulaient retrouver l’Angleterre forte et puissante des Plantagenets. Ils espéraient que le roi reprendrait l’offensive contre le royaume de France. Edouard IV reçut aussi une ambassade bretonne et entama des discussions politiques et économiques dans l’espoir de former une alliance. L’ambassade était encore à Londres le 31 décembre.
Avril 1467. Louis XI et François II sur les bords de Loire.

mardi 21 mai 2013

1467. Ep1. Escapade .... monastique.

En Picardie, l’arrivée d’une bande de cisterciens crasseux était un évènement important mais qui restait banal. Membres d’un ordre monastique très répandu dans l’occident chrétien, ces moines crottés devaient se rendre dans un de leurs monastères pour y étudier les saintes écritures, recopier des livres d’heures précieux ou pour y faire étape sur le chemin de Rome. Quelques habitants d’Abbeville vinrent aux nouvelles cherchant un confesseur ou espérant un prêche qui pourrait réconforter leurs cœurs et leur foi chahuter par l’omniprésence des guerres, des pestes et de la famine. En fait, personne n’avait fait attention à la puissante stature des deux tiers d’entre eux, ni aux trois mules surchargés de coffres et de ballots qui les accompagnaient, ni aux lourdes bottes qui dépassaient des robes de bures. Mais, quand ces cisterciens entrèrent dans la meilleure auberge de la ville, demandèrent bains, chambres, vins et volailles et que le barbier fut convoqué, la petite ville picarde d’Abbeville s’interrogea sur ces hommes si dispendieux et si peu respectueux de la modestie monastique. L’étonnement augmenta encore quand le barbier reparut et affirma n’avoir tonsuré personne mais bellement taillé barbes et longs cheveux. La surprise des habitants fut à son comble quand le premier cistercien décrotté portant épée, chausses, bottes, pourpoint et cape sortit de l’auberge et se rendit chez le plus gros fermier de la banlieue, y négocier une dizaine de fières et fraîches montures. Enfin, les habitants furent ébahis quand, alerté par la rumeur populaire, l’éminent représentant de l’autorité du Duc Philippe fut rudement accueilli, traîné à l’étage de l’auberge par deux cisterciens très gaillards et renvoyé séance tenante en mission hors de la cité. Malheureusement pour les plus curieux, il leur fallut encore attendre vêpres pour apprendre que le noble le plus endetté de France, le seul duc sans duché, le seigneur français le plus rebelle à son suzerain et, accessoirement, l’héritier du trône de St-Louis se trouvait en leur bonne ville picarde. Charles de Berry venait demander asile à son bon oncle Philippe et à son téméraire cousin Charles.
Depuis son lit de vieillard, Philippe le Bon déclara qu’il ne voulait pas s’embarrasser de Charles. Mais, son fils qui détenait effectivement les rênes du pouvoir, décida d’envoyer son cousin dans une petite ville proche de Bruxelles et de lui fournir quelques deniers pour qu’il puisse mener vie princière. Et c’est, ainsi, qu’à partir de février 1467, Charles de Berry dormit dans le lit qu’avait occupé son frère au château de Genappe. Encore une fois, la Bourgogne contrôlait l’héritier du trône.

lundi 13 mai 2013

1465. FIN DE CAMPAGNE



L’armée bretonne marche tout d’abord sur Montfort-L’amaury puis rayonne à partir de ce lieu pour contrôler le sud-ouest de la capitale. Les bretons poussent vers le nord-ouest jusqu’à la Seine. Le duc de Berry avec 3000 de ses vassaux se chargent d’assiéger la zone nord de la ville à partir de St Denis tandis que le Comte de Charolais se charge du sud-est. Les rencontres entre les coalisés se font à la Beauté sur Marne et des négociations s’engagent avec le roi de France. Un cantonnement est aussi installé au pont de Charenton. Le contrôle des routes menant à la capitale reste donc assez lâche. Ravitaillements et renforts parviennent dans la cité surtout en provenance de Normandie. Louis XI recrute personnellement des troupes dans ce duché et les ramène en aout. En parallèle, il négocie avec les grands féodaux, jouant de leurs ambitions personnelles pour les séparer. Les ligueurs resserrent l’étau autour de Paris mais restent incapable de se mettre d’accord. le roi les divise en les rencontrant individuellement. La situation évolue en septembre. Le 21 septembre, les bandes bretonnes menées par André de Lohéac prennent la forteresse de Pontoise, porte de la Normandie. Cet assaut impressionne le comte de Charolais et le Duc de Berry. Enfin, las des impositions élevées et des prélèvements forcés, la ville de Rouen se révolte. Charles de Berry s’y rend et y est accueilli en héros. La Basse-Normandie est, elle, occupée par des garnisons bretonnes. Louis XI  céde. En effet, la capitale est alors complètement encerclée par des forts ennemis. Même si du ravitaillement passe encore les lignes ligueuses, Paris sera vite affamé. Les trois principaux meneurs obtiennent ce qu’ils désirent. Mais leurs ambitions aboutissent à trois traités séparés et à la mise en place d’une commission de réforme du royaume.
Château royal de Pontoise
Le 5 octobre 1465 est signé le traité de Conflans entre le roi et le comte de Charolais. C’est celui qui frustre le plus le roi de France. Charles obtient le retour des villes de la somme dans le domaine bourguignon. De plus, Louis XI lui cède en toute propriété Boulogne, Guîne, Roye, Péronne et Montdidier . Enfin, en raison de l’alliance du roi avec les bourgeois révoltés de liège, Charles l’oblige à financer le recrutement de mercenaires destinés à écraser cette révolte. 
Le 29 octobre à St Maur-les-Fossés, Louis XI confie à son frère Charles de Berry le duché de Normandie en apanage. Il donne à Jean de Calabre, régent de Lorraine, les villes de Mouzon, St-Ménehould et Neufchâteau. Enfin, une commission de 36 membres, présidée par Dunois, doit réformer les abus de l'administration.
le 30 octobre, à Etampes, Louis XI abandonne au duc de Bretagne la régale et les aides de la Bretagne. En échange du comté d’Etampes et de la libération de Pontoise et de Montlhéry, le duc de Bretagne obtient la forteresse du Mont St Michel. Cet abandon d’Etampes ne surprend personne car ce n’est pour le duc de Bretagne qu’un titre. En effet, la vicomté est tenue par les bourguignons et cela ne fait ni chaud ni froid au duc que le roi de France la réclame au comte de Charolais. Dunois, le bâtard d’Orléans et Antoine de Chabannes rentrent en grâce et reprennent leur place à la cour.
Impressionné par la prise de Pontoise, Charles demande à engager trois bandes de mercenaires bretons, soit un total de 1200 hommes pour un an. François II donne facilement son accord car cela lui permet de payer les arriérés de soldes de ses troupes. François II dont les forces se sont emparées de quelques garnisons normandes et en particulier de Caen ne pousse pas ses avantages sur Charles de Berry mais négocie avec lui un accord lucratif. Charles veut engager deux bandes pour prendre le contrôle de son nouveau duché. Le duc de Bretagne propose plutôt de lui louer pour un an les garnisons des forteresses que ses forces occupent. Le contrat est signé le 25 octobre à Montfort-L’amaury. Les capacités financières de l’Etat de Bourgogne étant ce qu’elles sont, Charles de Charolais débourse la totalité de la part du duc. Son sixième obtenu, le duc ne pose que deux conditions : les 1200 hommes de Bretagne doivent combattre en une seule unité, leurs officiers assureront leur commandement et éliront un chef parmi eux. Le contrat avec le Duc de Berry demande plus de négociations mais aboutit au versement de la moitié du sixième et le passage des deux ducs par la Normandie en novembre permet à François II de prélever le reste auprès des bonnes villes de Normandie.


Extrait du film "Le Petit Poucet" de 2001 réalisé par Olivier Dahan qui met en scène les prélèvements pacifiques des Bretons en Normandie.


samedi 11 mai 2013

1465. LA BATAILLE DE MONTLHERY


La bataille commence le 16 juillet dans l’après-midi et voit l’engagement d’une force française de 15000 hommes contre 20000 bourguignons. La bataille s’engage de manière confuse entre les deux avant-gardes et l’aile gauche des bourguignons se fait bousculer très rapidement. Les bagages de Charles de Charolais sont pillés tandis qu’il renforce son centre et son aile droite. A la gauche du dispositif royal, les résultats des troupes françaises sont opposés. Le comte de Charolais attaque les forces françaises du comte du Maine de front avec des archers et de flanc avec sa chevalerie. Les troupes du comte du Maine se débandent sous la pression et Charles les poursuit. A 16 heures, la situation des forces adverses est paradoxale: chaque camp a perdu sa gauche et semble victorieux sur l’autre aile.

En cette fin d’après-midi, les troupes bretonnes arrivent enfin sur le champ de bataille. Ce n’est pas une charge de grand style mais une progression laborieuse. Les capitaines de la ligue cherchent à conserver un minimum d’organisation. La présence de vassaux du Duc de Berry pose des problèmes de préséance et ils perturbent régulièrement l’avant-garde menée par l’amiral de Lohéac. Arrivé sur le champ de bataille, celui-ci décide de poursuivre l’effort du comte de Charolais sur la gauche française tandis que Charles de Charolais s’arrête et accompagné du Duc de Berry et de ses vassaux repart sur sa propre aile gauche. Dans le chaos de la fuite du comte du Maine, quelques chevaliers français pénètrent dans Montlhéry et sèment la confusion. Une unité bretonne d’arbalétriers à cheval en profite et s’empare des portes. Arrivant à la rescousse, les bandes bretonnes de l’avant-garde s’enfoncent dans la ville qu’elles pillent. François II capitalise sur la prise de Montlhéry qu’il contourne avec sa garde ducale et son corps de bataille. Il est alors arrêté par la présence du château de la ville et de la garde écossaise que Louis XI a envoyé au sud pour sécuriser le pont sur l’Orge. Au nord, Charles de Charolais reprend ses chariots des mains des pilleurs français qu’il massacre mais il est blessé dans l’engagement. Enfin, les archers français qui se sont avancés dans la Chapelle-Villiers repoussent plusieurs assauts bourguignons. A ce moment-là, les forces françaises sont encagées au nord et au sud de la ville par les armées des Princes. Si elles tiennent encore la butte de Montlhéry et les quelques canons qui s’y trouvent, elles sont repoussées vers la rivière. Quand un messager lui apprend la prise de la ville par les bretons, louis XI décide de se retirer à l’est et passe le pont vers 18 heures avec les troupes qu’il réussit à désengager. Bloquées au nord par les archers de la Chapelle-Villiers et au sud par le château de Montlhéry, les armées des princes ne peuvent poursuivre les forces françaises. Si le château se rend en fin de journée à l’arrivée de l’artillerie bretonne, les archers du roi de France se font tuer sur place par les chevaliers du Comte de Charolais qui vengent leurs morts et la blessure à la gorge de leur chef.

A la nuit tombée, le bilan est éloquent mais peu décisif. Louis XI a perdu sa première bataille mais il n’a perdu que peu de forces. Formée de cavaliers, son armée a soit refluée en ordre sur la rive est de l’Orge soit fuie avec le comte du Maine. Le total de ses pertes n’est que de 3000 hommes tandis que les bourguignons en ont perdus 2000 et les bretons guère plus de 500 dans la prise de la ville. Louis XI entre dans Paris deux jours plus tard.
Charles de Charolais, futur duc de bourgogne dit le Téméraire.

1465. LA LIGUE DU BIEN PUBLIC


Le déclenchement de la révolte des princes contre Louis XI est le résultat d’une ambassade bretonne à la cour de France qui jouant la soumission, réussit à planifier la fuite de Charles de Berry de la cour de France. Ainsi, l’héritier du trône de France s’évade de Poitiers le 5 mars, trois jours après le départ des ambassadeurs bretons et se réfugie à Nantes où il retrouve d’autres rebelles français dont Jean de Dunois, bâtard d’Orléans et compagnon de la pucelle. Le 9 mars, le comte de Chabannes, capitaine renommé, s’échappe de la bastille grâce au soutien des agents du duc de bourbon et du duc de Bretagne. Il décide de se rendre à Nantes pour obtenir les faveurs du duc François II et de Charles de Berry. le 10, le duc de Bourbon fait publier le manifeste du bien public qui donne son nom à la ligue des princes et explique les objectifs de celle-ci : s'opposer au pouvoir grandissant de l'administration royale.
Pendant les mois du printemps, le Duc et Charles de Berry concentrent leurs forces en la ville de Nantes et réussissent à rassembler une force conséquente de 15000 hommes avec une trentaine de canons. Les nouvelles bandes bretonnes composent environ le tiers du contingent d‘infanterie et le duc mobilise les milices urbaines pour défendre ses forteresses. La présence de Charles de Berry complique le commandement des forces rebelles. Les officiers et vassaux des deux ducs se déchirent pour obtenir les commandements. Si François II laisse faire jusqu’au jour de l’ascension, il décide de nommer ses chefs de batailles : André de Lohéac mènera l’avant-garde, Antoine de Chabannes le centre et Olivier de Coetivy l’arrière-garde avec le train d’artillerie. François II s’arroge la direction générale mais laisse généralement les décisions à ces trois hommes et à Jean de dunois qu’il intègre en son conseil. Le Duc lance André de Lohéac avec la cavalerie des compagnies d’ordonnance le long de la Loire pour menacer la Touraine et faire diversion tandis que son centre et son arrière-garde se dirigeront par Angers puis le Mans vers la région parisienne où l'armée a rendez-vous début juillet avec les forces bourguignonnes. L’Ost breton s’élance le 6 juin des bords de la Loire. Pendant ce temps-là, le roi de France a déployé une intense activité et a réussi à soumettre les révoltés de Berry et du duché de bourbon. Il a tenté de négocier avec les rebelles de l’ouest mais n’a obtenu que la neutralité bienveillante du Duc d’Anjou. Au nord, la situation est plus dangereuse pour louis XI. Charles de Charolais arrive à St Denis le 5 juillet. Cela alarme le roi de France qui rassemble ses cavaliers et galope jusqu’à Etampes pour éviter de se faire couper de Paris. Avec 15000 vétérans, Louis XI, confiant dans ses troupes, décide d’écraser l’armée bourguignonne en la prenant à revers par une sortie des compagnies d’ordonnance stationnées à Paris. Il espère ainsi pouvoir se retourner contre l’armée bretonne dans un second temps et définitivement écraser la puissance militaire des princes. Mais l'armée bretonne n'est pas où elle devrait être.

dimanche 5 mai 2013

1464 UN ROYAUME ASSIEGE





Le 29 avril 1464, Louis XI a une fille Jeanne. Cette nouvelle si elle réjouit un certain nombre de français ne fait pas le bonheur de son roi. Sa succession n’est toujours pas assurée et l’héritier du royaume reste Charles de Berry, son jeune frère influençable. Louis XI crée le 19 juin un service de messagerie royale pour accélérer sa diplomatie et ses communications. En raison des relations entre Bretagne et Angleterre, pendant l’été 1464, Louis XI fortifie la Normandie et mène une campagne de propagande anti-bretonne auprès des grands. Il accuse le duc de connivence et d’alliance avec les Anglais et établit un rapport d’accusation contre le duc qu’il présente en décembre aux Etats généraux de Tours. A ces Etats, le duc n’envoie qu’une ambassade restreinte mais très active dans le cercle des opposants au roi. Le contact est alors établi avec Charles de Berry, frère du roi. Odet d’Aydie, ambassadeur de François II pousse le duc Charles à se révolter contre les abus de son frère. L’apanage du Berry ne suffisant pas au duc pour tenir son rang, celui-ci débute une correspondance avec le duc de Bretagne et Charles de Charolais, héritier du duché de bourgogne. Ce dernier est enragé contre le roi depuis 1963 car Louis XI a racheté une part de son héritage : les villes de la Somme. Peu à peu, tous les malcontents du royaume se rassemblent derrière ces trois opposants à la centralisation royale.


1463 EPISODE 2


Cette utilisation des institutions bretonnes comme source de légitimité permet au duc de faire taire certaines critiques. Depuis 1461, le duc s’appuie sur de nombreux conseillers français, vassaux du roi de France qui se sont réfugiés en Bretagne. En effet, Louis XI, à son arrivée au pouvoir en 1461 a imposé ses hommes et certains disgraciés se rassemblent à la cour du duc. On note ainsi la présence d’André de Lohéac, ancien maréchal de France de Charles VII et baron de Retz ; d’Odet d’Aydie, ancien bailli du Cotentin et confident de Charles de Berry. Cette présence française irrite Louis XI et les nobles bretons dont l’influence auprès du duc diminue.

Enfin le duc mène sa propre politique étrangère. En 1462, il envoie une ambassade à Rome lors de l’avènement de Pie II, renouvelle sa trêve avec l’Angleterre et prend contact avec le duché de bourgogne mais aussi avec la Savoie, Milan, le Portugal et le Danemark. Louis XI en conclut que le duché est une menace pour le pouvoir royal et qu’il faut le faire entrer dans le rang.
Sceau de François II de Bretagne