Affichage des articles dont le libellé est Portugal. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Portugal. Afficher tous les articles

samedi 8 juin 2013

1473. Ep3. Croisade au Maroc.

En juillet, les navires de la flotte portugaise traversèrent le détroit de Gibraltar. Débutée pour venger la chute de Constantinople en 1453, la croisade d’Aphonse V du Portugal devint, faute de participants, une affaire purement portugaise destinée à acquérir le contrôle du détroit et à obtenir des têtes de pont sur le continent africain. Le roi Alphonse avait échoué, en 1463 mais cette fois, il se présentait avec environ 30000 hommes et pas moins de 500 navires devant la ville d’Assilah. Dans cette armada, les bretons n’avaient pas une place de choix. La chaleur, le manque d’eau potable et les retards des soldes rendirent les équipages mécontents dés le début de la campagne. Ils s’étaient habitués à l’administration efficace de Pierre Landais et rechignaient à combattre dans ces conditions. Pendant le mois de juillet, Yann de Ranrouët réussit à tenir ses troupes et à maintenir une certaine entente, même si les problèmes s’empilaient peu à peu. Partis en croisade, les Portugais n’acceptaient pas la présence de mercenaires qui se battaient pour l’argent et non pour la foi. Les bretons, eux, n’acceptaient pas d’être tenus à l’écart de la vie sociale du camp et d’être méprisés. Après trois semaines de siège, la cité tomba le 24 aout.
Assilah, forteresse portugaise construite à Assilah
après 1471 qui contrôlait le détroit de Gibraltar..
L’entrée dans la cité tourna rapidement à l’hallali. Alors que les bretons appliquaient leur pratique habituelle, foncer vers le centre de la ville, bloquer les rues les plus opulentes et les vider consciencieusement en les interdisant aux autres pillards, les portugais s’attaquèrent aux mosquées et à la population. Trois semaines de privations avaient transformées l’armée croisée. La haine de l’infidèle et du pirate barbaresque dominait les esprits. A la fin de la soirée, il ne régnait pas dans la ville le silence pesant des cités vaincues. Les bretons et leurs butins étaient au beau milieu d’un maelstrom de hurlements, de gémissements, de rires obscènes et de cris de furies. L’armée entra en ébullition. Les hommes laissés sans ordre dévastaient la ville, se servaient en objets, en femmes, en filles et même en garçons. Quelques bretons se joignirent au chaos, la plupart restèrent pour défendre les rues qu’ils contrôlaient. Ils durent jouer des poings et de la dague plusieurs fois pour que les pillards aillent vider leur rancœur ailleurs. Les soudards visaient particulièrement les lieux de culte. Certaines mosquées furent prises d'assaut sans attendre la sortie des habitants qui s’y étaient réfugiés, d’autres détruites pierre par pierre, la plupart souillées. Vers midi, alors que la chaleur accablait les derniers Portugais éveillés, Yann rassembla sa compagnie et décida de regagner le camp. Comprenant que les mercenaires allaient s’en aller, les musulmans dévoilèrent leurs dernières cachettes pour se faire escorter hors de la ville. A l’approche des portes de la cité, le groupe de mercenaires et de citadins fut confronté à une bande de maraudeurs qui voulut s’en prendre à leur butin et aux habitants. Bretons et Portugais échangèrent des menaces et les épées sortirent des fourreaux. L’arrivée inopinée de chevaliers de Malte permit de calmer les esprits. Ils ramenaient d’anciens captifs chrétiens. Se mettant à leur service, Yann de Ranrouët réussit à extraire sa compagnie et ses réfugiés des ruines d’Assilah. Dés les portes de la cité franchies, les marocains s’égayèrent dans la nature.
La vielle ville d'Assilah au XXè siècle.
Pendant deux jours, les mercenaires attendirent à l’écart que la destruction et le massacre se terminent. Le 26 aout, Alphonse V envoya à Tanger les dernières troupes organisées de son armée. A l’annonce de la chute d’Assilah, la ville se rendit. Bretons, chevaliers portugais et gardes du roi entrèrent dans le calme. Le pillage fut prohibé sous peine de mort. Les mosquées devinrent des églises et les musulmans furent autorisés à partir vers Fès. Dans les deux villes, on s’activait à renforcer et à améliorer les défenses car on s’attendait à une attaque de représailles. Le 30, Yann de Ranrouët partagea le butin d’Assilah entre ses hommes pour qu’ils profitent de Tanger. Convoqué par Alphonse de Portugal, il obtint une gratification pour la prise de la cité mais aussi pour qu’ils s’en aillent. Leurs actions et leurs présences n’avaient pas été appréciées dans l’armée croisée. En septembre, les navires bretons arrivèrent à Lisbonne où les trouva un messager du duc. Après avoir acheté du ravitaillement, les bretons firent voile vers la Méditerranée.

vendredi 7 juin 2013

1471.Ep2. L'oeil du cyclone.


Gabrielle de Bourbon-Montpensier, cousine de Louis XI,
descendante de St Louis, conjuguait un amour des arts et une piété fervente.

Les ouvertures de Guillaume Chauvin avaient porté leurs fruits. Gabrielle de Bourbon-Montpensier et Marguerite de Foix étaient de bons partis issus de familles puissantes en terres, argent et prestige. Le cas de Marguerite, fille de la reine de Navarre, posait un petit problème. En effet, son père était en disgrâce dans le royaume de France. Louis XI le trouvait bien trop puissant et sapait systématiquement ses actions.. Au contraire, la famille de Gabrielle pouvait lier les Montforts aux Capétiens. Elle descendait directement de St Louis. Ce prestige et ce lien familial permettraient au duc de rester dans les bonnes grâces du roi au moment où Louis XI avait bien moins besoin de la Bretagne grâce à son alliance avec l’Angleterre. Pendant le mois de Janvier, Guillaume Chauvin dépensa beaucoup d’énergie pour que le duc choisisse Gabrielle tandis que Pierre Landais considérait que cette alliance allait contre les intérêts du duc. François II était sur le point de choisir la jeune Marguerite en raison de ses liens très proches avec la couronne de Navarre lorsqu’il reçut une lettre de Louis XI. L’appelant son cousin, Louis XI considérait que le mariage avec Gabrielle était affaire acceptée et annonçait qu’il avait obtenu des Penthièvres qu’ils lui vendent leurs droits pour le prix de 80000 livres. Cela sous-entendait que sans mariage, la vente ne se ferait pas. Le duc grogna, rala puis accepta et envoya Guillaume Chauvin négocier le contrat avec le comte de Bourbon-Montpensier. Il demanda pas moins de 80000 livres comme dot.

 

En mars arriva une ambassade inattendue du Portugal. François II espéra un moment obtenir la main de la sublime Jeanne du Portugal. Mais, l’ambassadeur venait avec un message et un coffre contenant assez de ducats pour louer un escadron de la flotte bretonne. Alphonse V du Portugal l’informait qu’il allait une nouvelle fois tenter d’envahir le Maghreb et d’en bouter les infidèles. Il avait donc besoin de tous les marins expérimentés qu’il pouvait trouver. Cette offre tombait à point nommé pour le duc car en raison de la paix, le roi de France ne finançait plus sa marine. De plus, les constructions navales de Jean de Quelennec et d’André de Lohéac lui coutaient fort cher. Cet accord permit de retarder les désarmements de navires d’une année. En avril, la flotte du Blavet mit voile pour Oléron où elle recueillit la garnison. Un escadron de 8 navires commandés par Yann de Ranrouët prit le chemin du sud tandis qu’André de Lohéac rentrait patrouiller la côte nord de la Bretagne ne laissant qu’un escadron de cinq caraques à Nantes. Quelennec le Jeune partait aussi vers le Portugal tandis que son père suivait de prêt la construction de deux caraques de guerre (des caravelles redimensionnées portant 24 canons) et assurait la direction générale de la flotte et son ravitaillement à partir des ports du Blavet, de Morlaix et de Nantes.
En avril, la Françoise, première caraque bretonne gréée en trois mâts quitta le port de Morlaix les cales pleines de crées. Jean de Rohan la regarda du quai. Après un hiver de scènes de ménage, il s’était rendu aux arguments de sa femme. Il ne voulait pas que toutes ses réformes disparaissent s’il décédait en mer avant d’avoir un héritier. Il planifia pourtant un voyage en Flandres pour l’automne. Nommé Gouverneur du Leon, du Trégor et du Penthièvre, le duc lui avait donné carte blanche pour y appliquer ses réformes. Ces trois pays allaient servir de bancs d’essai pour tout le domaine ducal. Jusqu’en mai, il parcourut le nord pour convaincre nobles et marchands de les appliquer. La prospérité que Morlaix affichait par rapport à ses rivales Tréguier, St Quai - Pontrieux et St Brieuc, lui permit de rallier les élites de ces régions. En mai, de retour à Rohan, il réorganisa ses forges vers une production plus militaire pour répondre à la demande des mercenaires et des troupes du duc.
Le 8 mai, les Penthièvres signèrent la renonciation aux droits de succession du duché après que Pierre Landais eut versé la somme demandée. Le 12 mai, Guillaume Chauvin rejoignit le duc et ses conseillers à Nantes. Il avait obtenu une dot de 100.000 livres payables sur cinq ans et le mariage avait été fixé au 21 juin en la ville de Nantes. Le duc reçut un message du roi qui approuvait ce contrat et qui annonçait sa venue. Il invitait aussi le duc à rejoindre son ordre de Chevalerie, celui de St Louis. Louis XI avait créé cette institution pour concurrencer le Téméraire et ses chevaliers de la Toison d’Or, mais aussi pour contrôler ses vassaux les plus puissants. François II refusa mais proposa que son bâtard François d’Avaugour puisse y accéder et ainsi mener carrière en France et en Bretagne.


Louis XI présidant la première réunion de l'ordre de St Louis.
Alors que les grandes familles de France et de Bretagne se dirigeaient lentement vers l’estuaire de la Loire, un jeune homme et ses cinq compagnons débarquèrent à St Malo. Connus des marchands de la ville, on leur prêta des chevaux et ils filèrent immédiatement au galop vers le sud-est. Alors, le tocsin sonna et la cité corsaire s’activa comme une ruche. Le soir même, trois navires quittèrent le port et voguèrent plein nord. Ils contenaient tout le ravitaillement que les malouins avaient pu rassembler et leurs équipages étaient armés jusqu’aux dents. Le 21 juin, à Nantes, si les mariés furent loués pour leur beauté, l’invité surprise occupa toutes les conversations. Louis XI et François II s’étaient isolés la veille avec lui. S’il fit bonne figure pendant la cérémonie, le jeune homme s’isola, incapable de supporter la frivolité de la fête après les deux terribles mois qu’il venait de vivre. Edouard IV avait repris le trône. Henri VI était décapité, Marguerite d’Anjou emprisonné, le Prince de Galles exécuté, Warwick six pieds sous terre et Jasper Tudor introuvable. Henri Tudor était arrivé en Bretagne.
Henri VI, le roi "maudit" d'Angleterre.

vendredi 17 mai 2013

1466. Ep4. AFFAIRES ETRANGERES

L’année 1466 vit la Bretagne s’engager dans un vaste effort diplomatique. Le duc envoya des représentants en Angleterre, Aragon, Bourgogne, Castille et au Portugal à la recherche de soutien pour sa politique. L’ambassade en Castille n’aboutit pas à cause de l’indécision de son monarque et elle poursuivit son périple vers Rome où elle n’arriva qu’en décembre 1466 en raison de frictions avec les aragonais. Les relations cordiales avec le Portugal furent renforcées par un accord qui permit aux bretons de s’immiscer dans le commerce du sucre vers l’Europe du Nord en échange d’un accès privilégié aux Créés. Les toiles de lin du Léon plaisaient aux ibériques car fines et aérées, elles permettaient de supporter la chaleur estivale de la péninsule. Le sucre acheté à Lisbonne puis transporté par des navires bretons, était vendu à Nantes, Bordeaux ou Anvers. Dans ce dernier port, des marchands de Morlaix contactèrent la Hanse pour obtenir un approvisionnement régulier en graines de lin de la baltique nécessaires pour maintenir des récoltes et un tissu de qualité. Ces contacts commerciaux aboutirent au contrôle par les bretons d’une partie du transit nord-sud de l’Europe et d’une grande partie du cabotage sur les côtes françaises. En Angleterre, les représentants du duc demandèrent à Edouard IV d’arrêter les pirates anglais qui pullulaient en Mer du Nord et dans la Manche. Ils reconduisirent aussi la trêve qui existait depuis deux ans.


Edouard IV, chef du parti Yorkiste dans la guerre des deux Roses.

Malheureusement, la piraterie ne s’arrêta pas et les pertes navales de l’été furent importantes dans les deux pays car l’Amiral de Bretagne, Jean II de Quelennec vendit un nombre important de lettres de marques et de représailles. L’entrée en vigueur de la réforme navale de François II permit une augmentation du nombre et de l’efficacité des corsaires bretons. En septembre, les principaux pirates anglais avaient été pris et la pratique du convoi adoptée. Les navires bretons ne remontaient la Manche qu’en groupe de quatre à cinq navires armés. Pourtant, la piraterie restait endémique en Europe du Nord. Si les relations avec le Comte de Charolais était excellente, celles avec le duc de Bourgogne étaient guère aimables. Philippe Le Bon, soucieux de ne pas agacer le roi Louis XI, refusait toute alliance officielle car il voulait le calme sur sa frontière française. En effet, la principauté de Liège était en état de rébellion contre son duc. Si Le duc Philippe et les Liégeois arrivèrent à un accord à l’automne 1465, le Comte de Charolais exclut Dinant du traité car les habitants l’avaient insulté, lui et sa mère. Les milices dinantaises continuèrent donc de rançonner et de ravager le comté voisin, celui de Namur et en particulier les alentours de la ville de Bouvigne. En juillet, Charles le Charolais et Philippe le Bon rassemblèrent l’armée et marchèrent sur la ville qu’ils mirent à sac, le 25 aout. A l'automne, l'ambassade attendait toujours la décision du duc Philippe.
En France, le duc de Berry contrôlait à peine son nouveau duché. Les bonnes villes de Basse- Normandie étaient ulcérées par les pillages bretons. Incapable de les payer et de les ravitailler, le duc de Berry les laissa rançonner les territoires qu’elles contrôlaient pendant l’hiver et le printemps. S’il réussit à les démobiliser à la St Jean, les garnisons ne s’en allèrent pas les mains vides et firent maints détours avant d’arriver à Avranches. Charles de Berry perdit ainsi le peu de crédit qu’il avait dans la province. En réalité, à part la ville de Rouen et la vallée de la Seine, Charles de Berry ne gouvernait rien. Dés l’hiver 1465, Louis XI avait infiltré agents et argent dans la province. Petit à petit, les villes se rallièrent à sa cause si bien qu’à l’automne, le roi contrôlait la région. En octobre, lorsqu’une troupe française parcourut la basse - Normandie, elle fut accueillie avec soulagement. A son approche, Charles de Berry s’enfuit de Rouen en Novembre et préféra passer en Bourgogne. 
Philippe Le Bon, duc de Bourgogne et père de Charles de Charolais

Chicanerie parlementaire. Jean de Penthièvre sortit de l’antichambre du roi de France le sourire aux lèvres. Il avait obtenu le soutien de Louis XI dans sa querelle avec le duc de Bretagne. Refusant de participer à la ligue du bien public, Jean avait assisté son suzerain français pendant toute la révolte et continuait à soutenir le roi contre son frère Charles. En mai 1465, le duc de Bretagne l’avait condamné pour félonie et avait confisqué ses fiefs de la côte nord. A Etampes, malgré les appels à la clémence de Louis XI, le duc de Bretagne n’avait pas cédé. Irrité par les suppliques et les tergiversations royales dans les négociations, François II, sûr de son bon droit, exigea de conserver les revenus obtenus pendant la confiscation mais aussi que Jean de Penthièvre se rende en habit de pénitent à Nantes pour lui répéter son hommage-lige. Après quelques discussions avec des officiers royaux, Jean de Penthièvre, refusant de s’humilier, déposa une plainte auprès du Parlement de Paris pour casser le jugement du duc de Bretagne. Louis XI sauta sur cette occasion d’affirmer la supériorité de la justice royale sur celle du duc, son vassal.