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dimanche 18 mai 2014

1476. Ep5. Où tout change.



Charles le Téméraire, hiver 1476. Partie du dernier portrait fait en la ville de Malines.

Charles le Téméraire atteignit la capitale lorraine au début de l’été. Dés son arrivée, il reçut les échevins pour obtenir la reddition de la ville. Pendant deux heures, il tempêta et menaça les notables de la cité montrant à tous que ses précédents échecs à Neuss, Grandson et Morat avaient renforcés son impatience et son intransigeance. Le visage rouge de colère du duc ne faisait plus le même effet que trois ans plus tôt. Son prestige, son armée et sa fortune avaient disparus au-delà du Juras dans les poches des Suisses. Charles s’était entêté  pour remonter une armée. Engageant le tout venant, vidant les prisons, ses navires et les rues mal famées de ses états, il avait rassemblé 10000 hommes inexpérimentés, mal armés et indisciplinés. Si Charles voyait en eux les dignes descendants de ses flamboyantes compagnies d’ordonnance, ses capitaines désespéraient de cette racaille incapable, juste bonne à piller, violer et détruire les territoires lorrains. Sans artillerie, son armée qui avait peinée à atteindre Nancy en bon ordre, comptait sur le temps pour obtenir la reddition de la ville et sur les moissons pour se réapprovisionner. Echevins et Officiers de Nancy comprirent vite que ce siège tournerait en leur faveur. La garnison était forte, approvisionnée et déterminée. L’encerclement n’était qu’imparfait et leur duc s’activait pour leur porter secours. En effet, à Strasbourg, René de Lorraine rassemblait une armée d’Alsaciens et de Suisses tandis qu’il lançait ses mercenaires bretons sur les arrières du Téméraire. Pierre du Pont-l’Abbé, s’en prit tout l’été aux fourrageurs de Bourgogne et réussit à deux reprises à détourner vers Nancy des convois bourguignons capturés. Rapidement, la situation de Charles se détériora. En raison des escarmouches et de la promiscuité, le nombre de blessés et de malades augmentait chaque jour tandis que l’argent et le ravitaillement se faisaient rares si bien que les désertions se multiplièrent. A la fin aout, Charles n’avait plus que six milles hommes tandis que René passait les Vosges à la tête d’une armée de 14000 professionnels en majorité bretons, suisses et alsaciens.



Les historiens de la période accordent aujourd’hui entre 4000 et 5000 hommes à l’armée du Téméraire quand il rangea son armée en bataille le 5 septembre. Au nord, il s’appuyait sur une forêt tandis qu’au sud un marais protégeait son flanc. Charles attendait l’assaut des Suisses et plaça en réserve ses dernières compagnies d’ordonnance. Lorsqu’il découvrit ce dispositif, René et ses capitaines décidèrent de reprendre la recette de Morat : une attaque de flanc à travers les bois et une diversion face à la position bourguignonne. Une nouvelle fois, ce plan marcha parfaitement et le moral des défenseurs s’écroula rapidement. Sentant ses troupes vacillées sous la pression des Suisses, Charles décida de jouer le tout pour le tout et il chargea à la tête de ses gendarmes d’ordonnance. Mal lui en prit. Ce qui n’était arrivé ni à Morat, ni à Grandson arriva ce jour-là. Le duc fut jeté à bas de son cheval par les Suisses qui ne lui firent point quartier. Sa mort déclencha la panique et les Bourguignons fuirent vers le Sud, vers le marais où Suisses, Bretons, Alsaciens et Lorrains firent grand massacre des piétons du Téméraire. Le soir même, Nancy feta son duc.

René de Lorraine et Pierre de Pont L'Abbé constatent la mort du Téméraire dont le cadavre a été dépouillé par les mercenaires suisses.

Dés la mi-septembre, René était redevenu maître en son duché. Contrat rempli, Pierre du Pont l’Abbé et les Bretons prirent le chemin de l'ouest, bourses pleines de pillages et des derniers deniers du Duc de Lorraine. La nouvelle de la mort de Charles le Téméraire se répandit à la vitesse d'un cheval au galop dans toute l’Europe. Le Grand Duc d’Occident n’était plus. A Tours, Louis XI sauta et dansa de joie à la grande surprise de Philippe de Commynes. A Londres, Edouard IV s’inquiéta de la perte d'un allié. A Vienne, l'Empereur convoqua ses diplomates et son fils Maximilien tandis qu’à Gand, Marie, Duchesse de Bourgogne de 18 ans, se désespérait. Sans armée, sans argent, la Bourgogne était bonne à prendre.

vendredi 16 août 2013

1475.Ep5. Europe du Nord des côtes de l'Irlande à la Flandres bourguignonne.

En Ulster, au printemps 1475, l’arrivée de Jasper Tudor et de sa flotte chargée de blés français et bretons permit de rallier la population affamée au nouveau pouvoir tandis qu’Henry Tudor lançait ses troupes à l’assaut des dernières terres rebelles de l’Ulster. Sa cavalerie mena une campagne mobile et agressive. Renseignés par un membre du clan O’Neill résidant à Londonderry, les chevaliers lancastres capturèrent Henry O’Neill, monarque de Tyrone, le 14 juin. Quatre jours plus tard, à Armagh où les Tudors avaient installé leur quartier général, Henry décapita lui-même son homonyme du Tyrone tandis que sa garde se chargeait d’exterminer la branche régnante des O’Neill. Hommes, femmes et enfants furent décimés. Henry Tudor acquit ainsi une nouvelle couronne et une nouvelle province pour sa seigneurie d’Irlande. Début juillet, il se rendit à Limerick et décida avec le roi du Desmond de commencer une campagne contre le monarque du Connaught, Eoghan O’Connor. Ce chef du clan ne se rendit pas facilement. Pour obtenir sa soumission, il fallut non seulement deux mois de campagne sanglante mais aussi que les mercenaires bretons au service des Tudors écrasent les Gallowglass de sa garde lors de la bataille de Galway du 21 juillet. Dés août, l’indépendance du Connaught était une cause perdue et les ralliements se firent de plus en plus nombreux au cours de l’été. Ecrasé par la puissance militaire du Lord of Ireland, Eoghan O’Connor dut négocier. Henry exigea qu’il lui fasse hommage et qu’il lui abandonne son titre de roi pour celui d’Earl of Connaught, et qu’il lui cède définitivement Galway, principal centre de commerce dans la province. En novembre, il convoqua le parlement d’Irlande pour la nouvelle année et il envoya un nouveau message au légat du Pape en France pour l’inviter sur le sol irlandais. Il attendait toujours l’accord de sa sainteté pour le port du titre de Seigneur d’Irlande.

En Angleterre, les rapports concernant les corsaires irlandais se multipliaient sur le bureau du chancelier et inquiétaient de plus en plus le frère du roi, Richard duc de Gloucester. Les littoraux de ses territoires du nord étaient vulnérables à ces attaques qui s’ajoutaient aux raids des Ecossais. Ces derniers se mirent aussi à pratiquer la course en mer d’Irlande puis en Mer du Nord. Ils trouvèrent une cible de choix dans les navires anglais assurant le commerce avec les Flandres et la Baltique. Peu à peu, les commerçants et armateurs anglais perdaient leurs navires d’autant plus que les prises étaient souvent réarmées en corsaires dans les ports écossais et irlandais. Si Jasper Tudor ne réalisa aucun raid d’envergure sur le territoire anglais, il tenta de maintenir un blocus dans le Bristol’s Channel ainsi que sur le littoral du Yorkeshire. Dans le pays de Galles, les opposants d'Edouard IV se multipliaient grâce aux subsides généreusement distribués par Japser et la révolte couvait. L’affaiblissement de la flotte rendit compliquée la défense des échanges avec le continent et Edouard IV concentra ses navires sur les routes commerciales les plus rentables : celles avec la Baltique et avec les Flandres. Malheureusement, cela laissait la Manche et la mer d’Irlande à la merci des Lancastres et des corsaires écossais. A partir de l’été, les marchands des comtés de l’ouest organisèrent des convois armés pour assurer la sécurité de leurs exportations. Leurs bénéfices diminuèrent d’autant et la grogne s’installa dans les ports anglais de l’ouest. A St Malo, au contraire, même si les bénéfices de la course diminuaient, les entreprenants armateurs se firent constructeurs navals pour remplacer leurs anciens navires par des carvels. Les vieilles coques furent judicieusement vendues en Irlande et en Ecosse, renforçant leurs capacités navales.

En mer du nord, la moitié de la Grande Escadre de Bretagne se rendit à Copenhague et escorta les navires de la Hanse vers les Flandres. Puis, elle mena campagne contre la piraterie endémique en Manche. Privilégiant l’alliance avec l’Irlande, l’escadron breton repoussa les attaques des pirates anglais, brûla quelques uns de leurs navires mais ne mit pas fin au problème d’autant plus que certains normands reprirent cette pratique. En effet, les armateurs et marchands de Normandie mécontents du traité des estuaires financèrent quelques navires pour miner la domination bretonne sur le commerce est-ouest de la Manche. Mais la Grande Escadre avait ordre de libérer les côtes françaises et bretonnes de toute entrave au commerce maritime si bien que quelques navires d’origine douteuse brûlèrent dans la baie de somme et quelques marins parlant français furent envoyés à Groix, promue île pénitentiaire. Louis XI reçut maintes lettres de protestation de Rouen et de Harfleur. Mais bien trop occupé par les affaires de Bourgogne et désirant conserver l’alliance bretonne, il ne donna pas suite à cette affaire. 
Harfleur, port royal au Moyen-âge. source : patrimoine-normand.com

jeudi 27 juin 2013

1475. Ep1. Le bâton ou la carotte.


Jacques III d'Ecosse, le pion surprise de Louis XI qui recevra à partir de 1474, une pension de 20000 écus de la France.
En Angleterre, Edouard IV reconstruisait lentement ses capacités navales. Les échanges avaient repris avec les bourguignons et la flotte bretonne semblait avoir disparu. Le roi avait réussi à rassembler une nouvelle escadre de vingt navires dans la Tamise et comptait l’envoyer à Douvres dés l’arrivée des beaux jours. Sa mission serait de protéger ses communications avec le continent. S’il avait réquisitionné quelques bateaux marchands, il avait aussi recruté en Flandres avec l’accord du Téméraire. Dix navires bourguignons devaient arriver à Calais au printemps. Charles lui promit aussi de revenir en Picardie dés qu’il aurait châtié les Suisses qui fomentaient troubles et désordres dans ses territoires et sur ceux de ses alliés. Jusqu’en février, Edouard IV essaya de séparer France et Bretagne. Il offrit à l’émissaire breton, Jean de Rohan, trêve, traité commercial avantageux et alliance matrimoniale. François demanda un temps de réflexion car il avait des engagements vis à vis de Louis XI et des Tudors, ennemis déclarés de l’Angleterre. L’attitude du duc ne surprit pas le comte de Rohan. Ménager la chèvre et le chou était devenu une tradition à la cour de Bretagne. Jean de Rohan savait pertinemment que son beau-frère ne changerait jamais de camp aussi facilement. Mais, comme tout chef d’état courtisé qui se respecte, François II fit monter les enchères jusqu’en février. Sa réponse arriva à Douvres, le 12 mars.
A Nantes, les propositions du roi d’Angleterre avaient fait sourire. Les subsides que Louis XI fournissait régulièrement au duché, étaient devenus une véritable manne pour nombre de bretons et pour le duc. Pierre du Pont - L’Abbé et ses bandes de Cornouailles et de Léon revinrent de Suisse pour les Vins du Duc. Le Baron de Rostrenen devint le bras droit du Maréchal de Bretagne, obtint un siège dans la Confrérie des Bandes et repartit avec le nouveau contingent de Bretons pour la France. Apprenant cette volonté de servir, le Roi de France fournit chevaux, armes et ravitaillement aux bandes de Retz et Nantes et l’envoya aider les Suisses. Pour la première fois, Louis XI conserva les compagnies de Vannes et Rennes pour servir à côté de ses Ecossais. Apprenant les discussions de l’Angleterre avec la Bretagne, Le monarque de France se déplaça jusqu’à Angers et rencontra François II. Il lui proposa la seule et unique chose qu’il désirait vraiment. Ce n’était ni la main d’Anne de France, ni un traité de commerce, ni des terres, ni un pénultième coffre plein d’or. Le 10 février, Louis XI offrit l’autonomie judiciaire. François sauta sur l’occasion et signa immédiatement le traité proposé dans lequel il était stipulé qu’aucune affaire de Bretagne ne serait jugée, ni examinée par le Parlement de Paris. Louis accepta aussi d’appuyer les bretons pour qu’ils obtiennent les iles anglo-normandes dans les négociations avec l’Angleterre. François II sortit réjouit de l’entrevue. Il ordonna la sortie de sa flotte et demanda à ses corsaires des actions plus vigoureuses.
A Londres, Jean de Rohan apprit la nouvelle avec stupeur et se présenta à Edouard IV le 4 mars pour l’anniversaire de son couronnement. Il lui déclara que le duc voulait la paix mais que liés à la France, les bretons restaient en guerre avec l’Angleterre jusqu’à la conclusion d’une trêve entre Edouard et Louis. Le 5 mars, la ville de Londres apprit qu’un émissaire d’Ecosse était arrivé dans la capitale. Il demanda et obtint audience au palais pour présenter ses lettres de créance. Le 10 mars, après les formalités d’usage, il annonça que le royaume d’Ecosse avait passé une alliance défensive avec la France. Edouard ne répondit rien. Louis XI avait réussi un coup diplomatique. L’Angleterre était seule et entourée d’ennemis. La nouvelle se répandit vite dans les villes et les campagnes. Le 12 mars, Yann de Ranrouët se présenta devant le port de Douvres. Il fit tirer à blanc ses navires, les uns après les autres. La cité fut prise de panique et une partie des habitants s’enfuit propageant la nouvelle d’un débarquement. Même si l’information fut vite démentie, Edouard IV comprit qu’il n’allait pas gagner cette guerre. Il demanda une trêve. Le traité de Douvres du 15 avril laissait à la Bretagne le contrôle des iles anglo-normandes dont le statut devait être fixé à la paix. La France obtenait la fin de l’alliance anglo – bourguignonne et une trêve de 6 ans. L’Irlande ne fut pas mentionnée dans le traité.
 

Château de Douvres

 

mercredi 26 juin 2013

1474. Ep6. Vers une 3ème manche ?

Lorsque les Malouins avaient envahis l’ile de Wight, les Londoniens avaient réagi avec énergie et détermination. Nombre d’entre eux s’étaient engagés dans les équipages de la flotte. Edouard IV, roi d’Angleterre et Seigneur d’Irlande, avait chevauché immédiatement jusqu’à Portsmouth mobilisant au passage toutes les bonnes volontés qu’il rencontrait. Si le raid avait fait craindre une invasion, la défaite à Calais du 23 juillet rendit la menace parfaitement crédible pour nombre d’habitants du sud de l’Angleterre. Un sentiment d’effroi se répandit dans les campagnes et dans la ville de Londres. Les Français arrivaient. Le Roi prit des mesures d’urgence. Il ordonna de réquisitionner les meilleurs navires marchands présents dans la Tamise et de maintenir les milices en armes jusqu’à l’arrivée des vents violents d'automne. Le Parlement accepta de financer ce nouvel effort. Dans le Kent, le Sussex, et le Hampshire, la population resta en armes toute la saison, s’entraînant et surveillant constamment le littoral. Si elle aperçut de temps en temps un navire battant croix noire ou fleur de lys, elle ne vit jamais une flotte arrivée sur les côtes et débarquée une horde de Français ivres de vengeance. Fin septembre, une violente tempête annonça la fin de l'été et des grandes opérations maritimes. Edouard démobilisa ses troupes et espéra passer l’hiver tranquillement à remettre en ordre flotte et défense. Mais les grognements se développaient en Angleterre et la populace manifestaient publiquement son dédain pour le roi. En raison des fortes pertes navales, des réquisitions et des troubles dans le commerce, Londres, Douvres et Calais connurent quelques incidents publics. A l’hiver, même s’il avait ramené un semblant de calme, Edouard avait mauvaise réputation et l’arrivée d’émissaires français et breton n’avait rien arrangé.

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Représentation de la Tour de Londres au XVè siècle. 
 
La flotte bretonne revint dans ses ports rapidement après la bataille de Calais. André de Lohéac succéda à son compère Jean Quelennec dit le Vieux et on lui donna immédiatement le surnom de son prédécesseur. Se considérant comme trop âgé, André ne souhaitait plus prendre la mer. Mais, il fut nommé Seigneur de la Mer en charge du maintien et de la direction générale de la flotte bretonne. Ce titre supplantait celui des Amiraux de Bretagne. Le Seigneur de la Mer siégeait à Port-François et menait les services et la stratégie de la marine bretonne. Il était aussi le président du conseil de guerre de Bretagne en l’absence du Duc. Quelennec le Vieux, malade, se retira et mourut aux premiers frimas. Pour lui rendre hommage, André de Lohéac nomma un des nouveaux navires de son prénom : Le Vieux Jean, caraque de guerre de trente canons servie dans la marine bretonne jusqu’en 1540. Le duc promut Quelennec le Jeune au rang de vice-amiral, sans lui accorder les droits de l’amirauté qui revinrent au Seigneur de la Mer. Yann de Ranrouët prit en charge la Grande Escadre de Morlaix qu’André de Lohéac porta à 40 navires. A Port-François, Quelennec le Jeune commandait 10 bâtiments de la dernière génération. Il était chargé de leurs entraînements et de leurs améliorations. André de Lohéac voulait ainsi sanctuariser le Golfe de Gascogne et la Mer d’Iroise tandis que la Grande Escadre devait bloquer toute pénétration anglaise dans les eaux de Bretagne. Il entama aussi une étude des différents ports de la Bretagne Nord car depuis deux ans, le port et le chantier de Morlaix étaient constamment surchargés. Il fallait trouver un site approprié pour y développer un Port Ducal. Enfin, cannibalisant les prises anglaises et grâce aux fournitures navals en provenance de la Hanse, le Vieux réussit à porter la flotte bretonne à 60 navires. Elle comprenait dix caravelles garde-côtes, 8 caravelles d’escadre et 42 carvels, nom que le vieux attribua aux nouvelles caraques de guerre. La flotte bretonne passa la fin de l’été à patrouiller la Manche mais surtout à réparer les navires endommagés et à se réorganiser. Après l’équinoxe d’Automne, Quelennec le Jeune emmena son escadron vers le sud. Il embarquait les ambassadeurs du Duc auprès des puissances ibériques et de la papauté.

A la fin aout, Louis XI décida d’envoyer des ambassadeurs en Angleterre pour demander une trêve. Depuis la bataille de Calais, il pensait qu’Edouard IV n’avait plus les capacités de mener des actions sur le continent pour au moins deux années. Les Irlandais et les Bretons faisaient le travail pour lui. Ils avaient battus une flotte anglaise et auraient le champ libre l’année prochaine dans la Manche et la mer d'Irlande. A la toussaint, il envoya au duc les financements pour la flotte de Bretagne ainsi que pour le recrutement des Bandes de Retz, Rennes, Vannes et Nantes. En Angleterre, Philippe de Commynes et Jean de Rohan, émissaires de Louis XI et de François II, rencontrèrent de nombreuses résistances. Pourtant, Louis XI ne demandait qu’une trêve de plusieurs années et le Duc de Bretagne le contrôle des iles anglo-normandes. Mais, les Anglais ne désiraient pas la paix. La situation financière et militaire du royaume d’Angleterre était difficile. Cependant, le peuple, les marchands et la noblesse ne pensaient qu’à obtenir réparations de la France et de la Bretagne pour les pertes humaines, territoriales et navales des années précédentes. En décembre, lors d’une audience royale, Edouard IV demanda non seulement le retour des iles anglo-normandes mais aussi, celui de l’Irlande sous l’autorité de son seigneur légitime. En coulisse, il déclara que cette déclaration avait juste pour but de calmer la rue et qu’il était prêt à continuer les pourparlers. Philippe de Commynes et Jean de Rohan étaient sceptiques car ils connaissaient les préparatifs navals et militaires qui se déroulaient dans la Tamise et à Douvres. Apprenant cette situation, le roi de France décida d'employer toutes les armes diplomatiques dont il disposait. Le 18 décembre, trois courriers partirent le long de la Seine, vers la Manche.
Le Palais Royal du Louvre au XVè siècle, représentation tirée des Richesses Heures du Duc de Berry.

 

 

dimanche 23 juin 2013

1474.Ep3. Histoire des marins de Bretagne. Commerce et Raid dans la Manche.



Lors du conseil de guerre de février, André de Lohéac prit Quelennec le Jeune sous son aile. Il décida de rassembler sur son navire un groupe d’officiers jeunes et expérimentés capables de mener des actions indépendantes avec de petits groupes de navires. Il lui confia l’écran de reconnaissance de la flotte qui partait pour la base avancée de St Valéry sur Somme. L’Amiral Lohéac conserva trente des navires bretons pour mener les opérations de convoyages et de patrouilles dans le Pas de Calais car Edouard IV avait rassemblé sa flotte malmenée dans la Tamise. Il ordonna que les navires marchands se rassemblent à Barfleur et soient escortés par au moins  un escadron, soit un tiers de la flotte. Un convoi partirait chaque mois vers les ports de Flandres et la Mer du Nord. La flotte entière les escorteraient jusqu’au Pas de Calais puis une garde plus légère les accompagneraient jusqu’à l’Ecluse ou Anvers.
Yann de Ranrouët, vice amiral de Bretagne, reprit en charge les navires qu’on lui avait confiés l’année précédente. En plus, il obtint le St Gabriel et le St Raphaël qui portèrent son escadron à 9 navires. Il mit les voiles en avril pour St Valéry en Somme. Puis, le vice-amiral partit pour la mer du Nord et le Danemark. Il se trouvait à Copenhague début Juin quand arrivèrent les navires hanséates en provenance des terres baltes. Il organisa un grand convoi destiné à l’Europe de l’Ouest. Le bruit courut à Copenhague que cette flotte marchande attirerait tous les corsaires et pirates du Skagerrak à la Mer d’Iroise. Pourtant, Yann de Ranrouët leva l’ancre le 17 juin à destination des Flandres. Le premier grand convoi du nord était formé. Il comprenait une cinquantaine de voiles, chargées de toutes les richesses du nord de l’Europe. Il transportait du bois, des fourrures, des métaux, de l'argent de bohême, de l'ambre de Prusse, du blé d'Allemagne et des graines de lin de Libau...etc.


Commerce en Baltique au XIVè siècle.

Jacques Danycan, gouverneur des iles anglo-normandes, passa l’hiver à faire des aller-retours entre St Malo et Jersey pour recruter des administrateurs et surveiller la construction de sa nouvelle caraque. Au printemps, il rassembla une troupe de 11 navires dans la capitale de son gouvernement. Il avait longuement discuté avec Lohéac et De Ranrouët avant de décider de piller l’ile de Wight avec une troupe de 2000 franc-archers de l’évêché de St Malo. La Notre Dame du lac était bien sûr de la partie et devait servir de navire de débarquement. Les amiraux avaient accepté cette diversion qui devait faciliter leurs opérations dans le Pas de Calais. Le mauvais temps et la forte houle de la Manche retardèrent le départ jusqu’en juin et la flotte n’arriva à St Helens que le 13 juin. Le débarquement fut un succès. Les anglais défendant le fort s’enfuirent. Dans la foulée, Jacques Danycan prit le Manoir de Nettlestone. De là, il s’empara de l'abbaye de Ryde le 14. Mais les milices du Hampshire arrivèrent à Cowes ce jour-là. Sous leur pression, Jacques Danycan retraita vers Sandown Bay où il rembarqua avec son butin sous la protection des canons de sa flotte. Le 19, il appareillait pour les Iles anglo-normandes.


Carte de l'ile de Wight, 1724, http://www.iwhistory.com/

Lorsque la nouvelle arriva à Londres, Edouard IV crut à un débarquement en force des bretons et des français. Il mobilisa massivement ses troupes et ordonna à  sa flotte de la Manche de couper le ravitaillement des envahisseurs. Le 1er juillet, les 30 meilleurs navires de la flotte anglaise firent escale dans le port de Calais tandis que le roi d’Angleterre arrivait à Cowes où il réorganisa la surveillance des côtes de l’ile. Edouard IV pensa que le pire avait été évité. Au même moment, Yann de Ranrouët arrivait avec son convoi à l’Ecluse tandis qu’André de Lohéac, apprenant la sortie de la flotte anglaise, appareillait de St Valéry en Somme. les adversaires étaient prêts pour la seconde manche.
 


 

mercredi 19 juin 2013

1473.Ep5. La bataille de Spithead.


Représentation de la fin de la Notre-Dame de Daoulas lors de la bataille du Spithead. Elle porte la croix noire de Bretagne tandis qu'a l'arrière-plan brûle un navire anglais portant la croix rouge de St Georges. 


En la fin d'après midi du 10 juillet, les 30 navires anglais approchèrent par l'est de l' embouchure de la Solent. Ils avaient profité du vent estival qui soufflait de l'est depuis deux semaines pour venir de la Tamise. Cette escadre devait se réunir aux 20 bâtiments de Portsmouth. Sur l'île de Wight, à la pointe de Spithead, le roi Edouard IV observait ses fiers et beaux navires manœuvrer pour entrer dans l'embouchure quand un de ses suivants déclara qu'il voyait au sud, une seconde flotte progressant vers le nord. Edouard IV assista impuissant à l' attaque de la flotte bretonne. L'avant garde de Yann de Ranrouët s'enfonça au beau milieu de la flotte anglaise en faisant hurler ses canons. Les caraques de guerre sur deux lignes formèrent un môle destructeur qui ralentit les plus lents et vulnérables navires anglais. Peu après, André de Lohéac referma la nasse. Poussés par le vent vers les bâtiments de Yann, les Anglais étaient coincés entre la côte  et les deux escadres bretonnes. L'avant-garde anglaise tenta de faire demi-tour. Mais la marée montante et le vent d'est l'entraîna dans la Solent malgré les efforts des marins. Les Anglais firent face et se battirent bravement malgré leur infériorité numérique et leur désavantage technique. Les boulets de fer bretons faisaient des ravages sur les ponts et blessaient nombres de combattants avant les abordages. Quand les navires de Ranrouet se dégagèrent, ils emmenaient avec eux deux navires anglais. André de Lohéac n'en captura que six. Cinq bâtiment de sa majesté réussirent à s'échouer. Le reste coula par le fond car Yann fit tirer sur les coques dès le début de la bataille. Les pertes bretonnes se chiffraient à trois caraques et 500 hommes. Sur la côte, Edouard IV impuissant comptait ses pertes et arriva à la conclusion que sa flotte ne comprenaient plus que 28 bâtiments dans le port de Portsmouth. Pour une fois, sa chance n'avait pas été au rendez-vous.
André de Loheac renvoya ses prises et les navires les plus abîmés à St Malo sous les ordres de Ranrouët. Le 12 juillet, l'amiral canonna les navires échoués pour provoquer une sortie anglaise qui ne vint pas. Puis, le vent passant à l'ouest, il mit le cap au sud, laissant deux caravelles surveillées la flotte. Il fila sur Barfleur où les normands et le roi de France pouvaient lui fournir les boulets, la poudre et le ravitaillement dont il avait grandement besoin. Le 3 août, il repartit vers le nord pour bloquer les anglais. A St Malo, la cité entière accueillit l'escadron de Yann de Ranrouët et l'acclama depuis les remparts. Les prises furent mises en chantier et les caraques ravitaillées. Ses six bâtiments reprirent la mer le 16 août pour une croisière en mer d'Irlande.
Edouard passa la fin juillet à réorganiser sa flotte et à tenter de découvrir l'origine de la victoire bretonne. Les boulets en fer qui furent récupérer sur les plages lui donnèrent l'information nécessaire.  En août, il tenta quand même d'envoyer ses navires vers la mer d'Irlande mais les bretons étaient déjà de retour. Un seul escadron de dix bâtiments réussit à se glisser jusqu'à Plymouth. Si bien qu'en septembre, la flotte anglaise était éparpillée de Bristol à Portsmouth et les 100.000 livres du parlement étaient dépensées. Edouard IV n'avait plus un sous alors que son frère Richard en demandait pour repousser les raids écossais et qu'il devait lancer la production de boulets métalliques. Quand il apprit la chute des îles anglo-normandes et l'évolution de la situation en Irlande, il envoya des émissaires au Téméraire pour obtenir l'aide de sa flotte.

mercredi 12 juin 2013

1472.EP1. Heurts et Malheurs des grands de ce monde.

Jean Il d'Aragon, allié surprise du Téméraire mais ennemi attendu de Louis XI qui lui a confisqué le Roussillon et la Cerdagne 
La fin de l’été 1471 trouva Yann de Ranrouêt à Lisbonne où il reçut un message de François II l’informant d’un possible conflit entre la France et la coalition bourguignonne. L’ordre du duc le laissa sans voix. Naviguer dans la méditerranée était compliqué, en fait, quasi-impossible car il ne possédait ni les pilotes ni les portulans nécessaires. Il ne savait absolument pas où il pourrait ravitailler en vivres et en eau. Enfin, ses navires avaient besoin d’un carénage important qu’ils ne pouvaient recevoir qu’au Blavet. Il prit donc quelques précautions. Dans un message, il répondit et décrivit sa situation au duc, déposa ses parts de butin chez un agent des Médicis et il confia son courrier et une copie de son journal de bord à un navire breton de passage contre une somme rondelette. Mais, il fallait obéir. Il mit quatre jours à trouver des pilotes pour trois de ses navires. Le 29 septembre, jour de la St Michel, il mit les voiles pour la méditerranée. Ils y pénétrèrent le 11 octobre et remontèrent lentement vers le nord pour atteindre les côtes de Provence. Yann espérait faire escale dans un port français et y faire campagne. Malheureusement, les mois d’automne en Méditerranée n’ont rien de clément pour les lourdes caraques. Entrecoupés de courts jours de vent portant, les orages et les calmes plats se succédaient. Le moral des bretons diminuaient. Ils apprirent en mer d’une galère génoise que la France et la Bretagne étaient en guerre contre l’Aragon, l’Angleterre, la Bourgogne et la Savoie. Les marins remarquèrent que les prises potentielles, des galères, les fuyaient aisément et allaient se réfugier dans le premier port venu grâce à leur avirons qui leurs permettaient d’échapper au période de calme. Elles étaient bien plus agiles que les grosses caraques de Yann qui se mit à prier de ne pas rencontrer la flotte de guerre de l’Aragon. Heureusement, en septembre, celle-ci se trouvait sur les côtes de Provence qu’elle razzia consciencieusement. Mais faute d’adversaire, elle s’était repliée sur Barcelone assiégée dont elle bloquait l'accès à la mer. Or, le pilote portugais les avait dirigés vers les Baléares pour éviter la côte aragonaise. Au bout d’un mois de mer, ils virent enfin les cotes de l’archipel. Yann fit aiguade sur une des petites iles puis fit voguer vers le nord pendant une journée. Le lendemain, un vent plein nord se leva et souffla régulièrement. A l’aube, Yann se décida et convoqua ses capitaines. Sa flotte fit demi-tour vers Palma de Majorque.
 

Dans le Roussillon, les garnisons de Louis XI tinrent pendant l’automne car l’armée aragonaise n’engageait que peu d’artillerie, réservée pour le siège de Barcelone. Le ban aquitain et languedocien vint leur prêter main-forte sous la direction du comte de Saint Pol, connétable du Luxembourg. En Savoie, l’offensive bourguignonne avait autant surpris les autorités savoyardes que les forces royales. Les garnisons furent rapidement renforcées par des Franc-archers et des émissaires partirent pour la Suisse et pour Milan. Les milanais ne bougèrent pas. Les agents du roi recrutèrent une dizaine de milliers de mercenaires à Genève qui vinrent à Lyon. En novembre, l’armée aventurée à Nîmes se scinda en deux. La partie la plus importante partit vers le Roussillon tandis que l’autre retourna à Lyon. A noël, la nouvelle de la trêve entre le Téméraire et Louis XI fit la joie de tous les lyonnais. Elle ne réjouit aucunement les Savoyards ni les Aragonais qui se retrouvaient seuls face à louis XI. Ils s’empressèrent d’envoyer des plénipotentiaires. Si les troupes en Dauphiné ne bougèrent pas, celles du Connétable de Luxembourg poursuivirent escarmouches et raids jusqu’en janvier sans succès.

A Palma de Majorque,  le 12 novembre, le mistral s’était mis à souffler et les pêcheurs avaient décidé de rester au port pour la journée. Ils rafistolèrent leurs filets puis se mirent à caréner leurs barques. Les officiers des deux galères du port sortirent tard et retournèrent vite à leurs occupations lançant leurs sous-fifres s’occuper de la chiourme. Yann regarda les tours du port puis ses sept caraques qui se dessinaient à l’horizon. Il avait pris place dans la caravelle et était parti en avant pour prendre d’assaut une des tours du port. La Ste Anne d’Auray battait pavillon aragonais et paraissait poursuivie par sept navires portant fleur de lys. Un cri d’alarme retentit et le pilote portugais embarqué contre son grès répondit en bon castillan sous la menace d’un couteau. La caravelle arriva à toute allure dans le port et s’écrasa contre le quai. Les franc-archers en jaillirent , ils filerent vers les tours dont ils tuèrent les occupants. La chaîne fut coulée et deux caraques négocièrent la passe sur leurs lancées. Les autres jetèrent l’ancre et mirent des chaloupes à la mer. Sachant qu’il n’avait pas les moyens de tenir la ville, Yann de Ranrouêt lança ses troupes à l’assaut des galères dont il libéra les rameurs. Bagnards et esclaves musulmans se jetèrent sur la ville comme de loups affamés tandis que les bretons se rassemblèrent pour contrôler le port et les rues qui y menaient. S’ils vidèrent quelques maisons et entrepôts, ils entreprirent surtout de remorquer les caraques et les deux galères hors du havre. Les bagnards firent assez de dégâts dans la ville pour que la garnison reste occupée le temps de l’opération. Yann fit alors mettre le feu dans les deux tours du port avant de partir. Ravitaillée et victorieuse, la flotte vogua vers le sud-est pendant une journée puis vers le nord-est, la Corse et la Provence avec une cinquantaine de bagnards qu’on avait remis aux avirons. Le soir même, dans Palma de Majorque, la garnison et les troupes du Château de Bellver mirent fin à la révolte à coup d'épées et de hallebardes.

Yann de Ranrouët passa noël à Aigues - Morte. Il y avait vendu sa caraque la plus abimée et une des galères. Lorsqu’il apprit le début de la trêve entre France, Aragon et Savoie. Il décida de reprendre la mer au printemps et de retrouver l’atlantique. Il espérait avoir autant de chance en 1472, mais il n'y croyait pas.

 
La construction du royaume d'Aragon, source Encyclopédie Universalis.

mardi 4 juin 2013

1470. Ep3. Printemps-Eté. La mode est au fer.

L’année 1470 resta dans les annales comme celle où la guerre civile anglaise s’invita dans le conflit franco-bourguignon. La révolte de Warwick et de Georges de Clarence bien qu’elle eut quelques succès durant l’année précédente, n'aboutit pas et obligea le vieux comte à se réfugier en France. Ainsi, le Comte de Warwick arriva à Rouen en mars. Le roi se rendit sur place et décida d’utiliser ses forces dans son conflit avec le bourguignon. Si elles n’étaient pas importantes en hommes, Warwick amenait 30 navires capables de tenir à l’écart les flottes anglaises et bourguignonnes. Cette arrivée coïncida avec celle des dix navires de Jean de Quelennec. Le roi concentra cette escadre à Barfleur et ordonna à l’amiral de Bretagne de dégager la baie de Somme de toute présence maritime. Il lui confia dix navires normands et le chargea d’occuper suffisamment l’anglais pour qu’il n’intervienne pas sur le continent.

Les combats navals du moyen-âge tardif se résument souvent à une décharge de canons et un abordage.


Dans le bassin de la Somme, le roi contrôlait toutes les forteresses sur le fleuve sauf Abbeville et Ham. Il ordonna au Comte de Chabannes de reconstruire les murs de Picquigny et de doter la cité de canons. La présence de l’armée royale jusqu’en juin fournit la main d’œuvre nécessaire. Elle surveillait l’ost bourguignon qui pansait ses plaies sur la rive nord et voyait un incessant ballet de diplomates traverser la Somme. Charles le Téméraire demandait le retour de ses forteresses avant toute trêve ou négociation de paix. Louis XI refusait mais faisait durer les échanges car il espérait la venue de ses forces du sud. Ayant corrompu le comte de Bresse, il tenait les Savoyards qui ne s’aventurèrent pas à attaquer le Dauphiné. Pourtant, ses troupes ne vinrent jamais en Picardie car elles attaquèrent les terres du comté de Bourgogne. A la mi-aout, le roi reçut un renfort de choix. Le duc François II arriva à Rouen avec ses compagnies d’ordonnances et la flotte bretonne se renforça des navires de Lohéac. De son côté, le duc de Bourgogne avait créé par réquisition, une armée de mer en la ville de l’Ecluse pour s’opposer au retour de Warwick en Angleterre.
François II précisa au roi qu’il comptait bien passer l’hiver en sa bonne ville de Nantes. Le roi fit alors bon usage des troupes bretonnes. Il les rassembla toutes sous la direction du duc qui prit Pierre de Pont-l’Abbé comme second. Son ost tenant en respect celle du téméraire, le roi demanda aux bretons de se porter contre Abbeville et à André de Lohéac de resserrer le blocus de la Somme. Le 17 aout, alors que l’armée royale faisait une démonstration à l’est d’Amiens, l’armée bretonne et 20 bombardes françaises descendirent le cours du fleuve et mirent le siège devant la cité. Pendant dix jours, Antoine de Chabannes, chef des troupes royales, mena des diversions occupant les forces bourguignonnes. De furieuses escarmouches se développèrent le long de la rive nord. Mais à aucun moment, les forces du Téméraire ne purent venir ennuyer les 8000 bretons qui assiégeaient Abbeville. Le 22, une brèche fut faite dans la muraille. Un héraut se présenta et demanda reddition à merci dans les 24h, promettant absence de pillages et sécurité pour les citadins. La municipalité accepta mais le capitaine bourguignon refusa. Alors, le 23 au matin, la milice urbaine prit les choses en main. Elle assaillit le château, défenestra le capitaine et massacra la garnison bourguignonne. En raison de ces évènements, François II refusa de séjourner dans la localité. Il y plaça le reste des bandes de Léon et de Cornouaille sous la direction de Pierre de Pont-L’Abbé qui se mit de suite à l’ouvrage. Le nouveau gouverneur conserva par devers lui 10 bouches à feu du roi de France.
Les marins ne chômèrent pas pendant la belle saison. Si Warwick resta en France pour négocier avec le roi et Marguerite d’Anjou, ses navires furent incorporés dans la flotte bretonne et prirent part aux nombreux engagements navals qui se produisirent sur la Manche de juin à la fin Aout. Trois mois suffirent aux bretons, normands et rebelles anglais pour faire comprendre à la flotte du Téméraire que sa place la plus sûre était dans les ports, fortifiés de préférence, et non sur les mers. Le nombre de prises s’éleva à une vingtaine d’importants navires. Les marchandises furent vendues à Rouen, les canons récupérés et les meilleurs navires conservés. En septembre, alors que la flotte s’apprêtait à retourner vers les eaux ducales, Warwick proposa à Jean de Quelennec et André de Lohéac un petit détour par la côte anglaise. Le 13 septembre, alors que le comte débarquait ses troupes à Darmouth et Plymouth, les deux amiraux bretons terminaient de ramasser tout ce qui flottait et qui avait une quelconque valeur entre Calais et l’ile de Wright. Les 20 navires du printemps 1470 étaient devenus une trentaine. Puis, ils filèrent vers les côtes bretonnes. Pendant ce temps là, Yann de Ranrouët voguait vers la mer d’Irlande pour prévenir Jasper Tudor de l’alliance entre les Lancastres et Warwick. Les troupes irlandaises de Jasper débarquèrent à Barnstable à la St Michel et rejoignirent le comte. Edouard IV voyant ses soutiens le déserter, décida de fuir en Bourgogne où il arriva le 2 octobre. Henri VI fut rétabli sur le trône, Warwick devint lieutenant du royaume et sa fille Anne de Neville fut fiancée à l’héritier Edouard de Westminster, fils de Marguerite d’Anjou.
Combat Franco-Anglais.
La flotte anglaise connait un important déclin en raison de la guerre civile et des flottes bretonnes, lancastres et normandes.

A l’automne, la situation avait basculé. L’Angleterre était alliée au roi de France. Louis contrôlait la vallée de la Somme et une partie des forteresses du comté de bourgogne. Enfin, l’alliance franco-anglaise livrait aux Bretons l’accès à la mer du nord et aux riches côtes de Zélande et de Hollande. Le Téméraire devait négocier.

dimanche 26 mai 2013

1468. Ep4. O Péronne, Péronne en ton sein coule la haine

L’annonce de la prise de Tongres par les Liégeois mit le duc de Bourgogne en fureur. Les informations qui lui parvinrent dans la nuit du 12 au 13 octobre lui indiquaient que deux représentants du roi se trouvaient dans la ville et que son gouverneur et le prince-évêque avaient été exécutés par les rebelles. Même si le second message était faux, d’amicale, la relation franco-bourguignonne tourna à l’orage. Le duc confina le roi dans ses appartements malgré le serment qu’il lui avait fait de le laisser libre. Louis XI se sut perdu. Sa garde écossaise et les 300 lances qui l’escortaient ne suffiraient jamais à percer les défenses bourguignonnes. Il était piégé dans un château où régnait un duc furieux et impulsif qui maintenant lui en voulait à mort. Il dut céder et signa un traité de paix où il donnait définitivement les villes de la somme à Charles de Bourgogne, l’apanage de la Champagne à son frère et le renoncement du parlement de Paris à juger les appels provenant de Bourgogne. Le duc gagnait ainsi sa souveraineté judiciaire et l’état bourguignon coupait ses derniers liens avec le royaume de France. Mais cela ne calma pas Charles le Téméraire. Il était si furieux qu’il exigea du Roi qu'il l'accompagne à Liège châtier les rebelles. Louis XI, encore une fois, dut s’incliner. Il avait fait une erreur qui pouvait lui coûter la vie. Il n’avait pas d’autre choix que de subir ou de payer le prix du sang. En fait, ceux qui burent sa coupe jusqu’à la lie furent les Liégeois. Lors de la chute de la ville, le duc força le roi à porter la cocarde bourguignonne et à défiler dans la cité avant que les bourguignons ne la pillent et ne la ruinent. Le 2 novembre, ayant obtenu tout ce qu’il désirait, Charles le Téméraire rendit sa liberté au roi et lui proposa de renégocier le traité  dans une volte-face inattendue. Il l’assura aussi que Charles de Berry et lui pouvait se mettre d’accord sur un autre apanage que la Champagne. Louis XI refusa et partit de Liège la rage au cœur. Humilié pendant un mois, Le roi rentra en France le 4 novembre. Jamais, il ne pardonnerait Péronne.
Dés la chute de la cité wallonne, le duc de Berry était rentré en contact avec Louis et celui-ci avait engagé des discussions au sujet de son retour et de son apanage. Alors que le roi reprenait la route de la capitale, le duc de Berry se sépara de la cour de bourgogne. Il s’installa alors dans la ville picarde de Noyon. Son départ de Genappe se fit sous le couvert de la nuit. Il avait obtenu très peu du Téméraire. L’argent et les troupes n’étaient jamais apparus. Si Charles de Berry avait recherché l’amitié et l’alliance du téméraire dans les années précédentes, son comportement impulsif et l’usage sans limite de sa puissance militaire avaient transformé sa bienveillance en crainte.  Il s’en retourna donc en France. Ville royale, Noyon se situait à quelques lieues de places fortes bourguignonnes et Charles y voyait un endroit approprié pour négocier avec son frère. Après un mois d’échanges épistolaires, le duc accepta de prendre en apanage la Guyenne et non la Champagne. Le traité fut finalisé à Melun par une rencontre émouvante entre les deux frères sur le cours de la Seine. Ils se rendirent ensemble sur les bords de Loire pour passer la fin de l’année.
Louis XI força son royaume à accepter le traité humiliant de Péronne qu’il fit enregistrer par le Parlement en sa présence. Il avait obtenu la paix avec le Téméraire et pouvait maintenant s’occuper des affaires d’Angleterre où les bretons avaient assuré au clan Tudor une situation plus confortable. Lors de l’avent, il reçut un flot de lettres de la part de François II qui se plaignait de son allié et de ses décisions. La Bretagne voyait la zone de tension se rapprocher de sa frontière sud. Si le duc de Berry maintenait ses bonnes dispositions avec Charles de Bourgogne, le pays de Retz pourrait devenir zone de guerre. Malgré les belles actions des hommes de Bretagne et l’argent qu’il avait amassé, le duc François était furieux. En effet, la Guyenne était riche et rattachée au royaume de France depuis peu. La loyauté des barons aquitains envers le roi étaient plus que fragile. Enfin, les Anglais lorgnaient encore sur ce territoire et y maintenaient des agents séditieux. Même si le duc de Berry avait abandonné l’alliance bourguignonne pour l’obtenir, pour François II, ce n’était que des mots car depuis Ancenis, il savait très bien comment il était simple de changer de camp. il menaça Louis de ne pas reprendre les efforts militaires consentis contre l’Angleterre et de renouveler sa trêve avec Edouard IV. Il avait d’ailleurs une ambassade à Londres que le roi Edouard courtisait de manière éhontée.

vendredi 24 mai 2013

1468. Ep1. Guerre Froide

L’alliance du Duc de Bourgogne et de l’Angleterre ne prit pas Louis XI au dépourvu. Il s’y était préparé depuis longtemps et avait pris mantes dispositions pour contrer l’alliance naissante que le duc avait formée. Quand Charles signait un traité avec la Savoie, le roi s’alliait avec le duc Sforza de Milan. Quand le duc annonçait son mariage avec Marguerite d’York, Louis convoyait plus de fonds aux partisans des Lancastres qui résistaient encore dans le nord du pays de Galles. Quand le téméraire officialisait son alliance avec l’Angleterre, Le roi présenta son nouvel allié : le duc François II. Quand il tenta de faire appel aux grands du royaume, Louis convoqua les Etats Généraux à Tours et y invita personnellement les ducs et comtes de France. Ses arrières sécurisés, le roi passa l’année à préparer la guerre avec la Bourgogne, l’Angleterre et la Savoie. Edouard IV n’ayant pas accepté de renouveler la trêve, la France était de facto en guerre contre la nation anglaise.  Par de belles paroles et quelques promesses habiles, il relança le mécontentement dans la ville démantelée de Liège qui voulait retrouver ses libertés municipales. En avril, aux Etats Généraux, l’ambassade bretonne fut acclamée car elle précédait quatre bandes de 1200 hommes chacune. Le roi y annonça qu’il finançait depuis janvier, une escadre bretonne pour la guerre navale. Les Etats Généraux votèrent le rattachement définitif au domaine royal de la Normandie et l’impossibilité de la transformer en apanage. Par ce vote, Nobles, Clercs et membres du tiers proclamaient leur soutien inconditionnel à la monarchie française.

Vue actuelle du Chateau de St Malo, base de départ de l'escadre bretonne que François II confia à André de Lohéac.
En Bretagne, François II nomma un des plus expérimentés  capitaines de son duché à la tête de l’escadre : André de Lohéac. La nomination d’un capitaine en disgrâce à la cour de France était un subtil rappel au roi que le traité d’Ancenis devait être respecté et que l’argent devait couler vers la Bretagne tout autant que dans les bourses des soldats du roi. Le contrat de location de l’escadron, premier de son genre, rapporta au duc une rallonge de 50.000 livres. Equiper 20 navires n’était pas une mince affaire et nécessitait une expérience et une préparation que les malouins étaient prêts à accorder si on leur permettait d’ajouter dix de leurs propres navires équipés de lettres de représailles à cette flotte. Le duc sur les conseils de Pierre Landais accepta et pour la première fois, accorda gratuitement des lettres de marque, l’armement des navires restant à la charge des malouins. A la tête de 30 bâtiments de toutes les tailles, le baron de Lohéac hissa les voiles au printemps vers les eaux troubles de la mer d’Irlande. De son côté, le duc de Bourgogne positionna son armée autour de la ville de Péronne prête à se ruer en territoire français. Elle défendait ainsi la ville de Calais où devaient débarquer les forces anglaises du roi Edouard.  Louis XI concentra la majeure partie de son ost à Compiègne et mit en alerte les forces du Dauphiné.  
En fait, Edouard IV se retrouvait dans une position difficile et louis XI découvrit par ses agents qu’en fait d’alliance, le roi d’Angleterre était un tigre de papier qui ruait haut et fort mais qui n’avait pas les moyens de partir en campagne. Il devait encore pacifier le nord du pays de galles, chose faite fin septembre mais qui retarda d’un an sa venue sur le continent. De plus, le Danemark allié de la Hanse se mêla de la bonne santé du commerce anglais. Son roi confisqua quatre navires anglais. Edouard IV dut lui déclarer la guerre. En mai, il se décida et obtint du parlement le financement de sa prochaine campagne en France. Le 3 juillet, sa sœur Marguerite d’York se maria avec le duc de Bourgogne à Damme, en Flandres. Si ce mariage fut nommé le mariage du siècle grâce à la beauté de la duchesse et à la magnificence déployée par le duc, une triste figure fut remarquée par tous les participants : le duc de Berry qui n’avait toujours ni apanage ni argent pour mener sa propre politique. Il désespérait de voir sa situation évoluée d’autant plus que Louis XI avait réussi à rallier les grands du royaume de France. Les ducs de Bourbons, d’Armagnac et d’Anjou avaient reçu de quoi apaiser leurs appétits.  
Louis XI ne voulait pas de guerre avec l’Angleterre. La dernière confrontation entre les deux pays n’était pas vieille de quinze ans et les ravages qu’elle avait causés en France restaient encore dans les mémoires. Si ce souvenir servit sa propagande contre le duc de Bourgogne, vassal félon et qu’il portait le germe de la nation française, Louis XI savait que le royaume ne pouvait pas se permettre une guerre contre trois ennemis. Enfin, en cas de guerre, le duc de Berry fuirait hors de sa portée ou serait capturé par Charles le téméraire qui alors, en ferait ce qu’il voudrait. Le roi devait protéger son héritier pour le bien du royaume. Le duc de Bourgogne avait maintenu des contacts avec la cour de France et renouvelait de mois en mois ses trêves avec le roi de France. Malgré l’avis de ses conseillers qui voulaient continuer à faire pression sur le duc, Louis envoya en Bourgogne le seul des membres de son conseil défendant l’option diplomatique le cardinal Jean Balue. Il arriva au camp du duc, le 6 octobre. Ne voyant pas débarquer d’armée anglaise à Calais, le duc accepta une négociation d’homme à homme dans la ville de Péronne. Le roi s’y rendit le 9 octobre. Fort de ses succès diplomatiques en Bretagne et lors de la ligue du bien public, il se croyait capable de manipuler le duc, récupérer son hériter et conserver sa suzeraineté sur la Bourgogne. Ce jour-là, les milices de Liège en pleine révolte fondirent sur la ville de Tongres où résidaient le Prince de Bourbon et le gouverneur bourguignon Humbercourt.

Discussion houleuse entre Louis XI et Charles Le Téméraire à Péronne.

mercredi 22 mai 2013

1467.Ep2. Prélude.

L’arrivée de Charles de Berry en Bourgogne posa un problème à Philippe Le bon. Vieux, fatigué et malade, il voulait assurer une succession paisible à son fils et cela nécessitait une baisse des tensions entre la France et son duché. Louis XI envoya des diplomates dés février pour récupérer l’héritier du Trône. Vivant à Genappe, Charles de Berry recevait régulièrement la visite de l’héritier de Bourgogne qui l’acquit à ses vues. Charles de Charolais exigea qu’on confie à Charles de Berry la Champagne comme apanage. En mars, Louis XI refusa car ce duché aurait été voisin des terres bourguignonnes et bien trop proche de Paris. Alarmé par les contacts réguliers entre la couronne d’Angleterre et les bourguignons, Louis XI fit reprendre les négociations et invita François II à venir lui rendre visite. Le duc accepta une rencontre de quatre jours à Ancenis. Louis XI y déploya tous ses stratagèmes diplomatiques. Il le charma, le cajola, l’étourdit de fêtes, de chasses et de plaisirs. De quatre jours, le rendez-vous devint un séjour de trois semaines. Pour finir, il l’acheta. Lors de la Pâques, Louis XI signa une alliance défensive avec la Bretagne par le traité d’Ancenis et obtint le droit de recruter les bandes pendant 3 ans. Cette alliance lui coûta peu : 300000 livres et un noble d’origine bretonne fort mécontent, Jean de Penthièvre. Il avait assuré ses arrières. Pendant ce temps, les négociations avec les Bourguignons se poursuivaient. En mai, Le roi proposa à Charles de Berry la Guyenne. Mais, sur les conseils de Charles de Charolais, Berry refusa. Le roi de France prit aussi contact avec les habitants de Liège et passa un accord avec eux contre la Bourgogne. A l’annonce de la mort de Philipe Le Bon, le roi entreprit de mobiliser son armée et de la concentrer au nord de Paris et dans l’orléanais. Au passage, comme il détenait de nouveau le titre de comte d’Etampes, il expulsa l’administration bourguignonne qui gérait ce comté et le rattacha au domaine royal. Pendant le reste de l’année, il attendit l’attaque bourguignonne tout en contrecarrant la diplomatie du duc Charles par des ambassades vers l’Aragon, la Castille, le duché de Milan, les cantons suisses et surtout l’Angleterre. Les missions outre-manche furent un échec et l’Angleterre bascula peu à peu dans le camp bourguignon.
Le 15 juin 1467, Charles de Charolais devint Duc de Bourgogne, de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg, Marquis de Namur, Comte d’Artois, de Flandres, de Hainaut, de Hollande, et de Zélande, Comte Palatin de Bourgogne. Son domaine s’étendait des côtes de la Frise sur la Mer du Nord au contrefort des Alpes suisses mais ne formait pas un ensemble continu car il était séparé par le duché de Lorraine. Né dans le palais familial de Dijon, Charles tenait sa cour dans la ville de Bruxelles et rêvait de devenir roi. Les ducs précédents avaient d’ailleurs développé un protocole compliqué pour manifester leur pouvoir politique et leur puissance financière. Le contrôle des Pays-Bas leur donnait accès aux richesses de la seconde région la plus riche d’Europe par son commerce et son industrie textile. Mais les Hollandais et les Zélandais étaient jaloux de leurs libertés. Le Duc devait donc demander aux Etats de ces territoires les finances nécessaires à sa politique. Ainsi, ses moyens étaient limités et ses pays disposaient d’une autonomie importante qui favorisait leurs activités économiques mais aussi leurs volontés d’indépendance. Le duché de Bourgogne était un Etat puissant mais fragile, régulièrement parcouru de révoltes citadines réclamant le maintien de leurs droits. Incitée par le roi de France, la principauté de Liège se révolta dés qu’elle apprit la mort de Philippe le Bon. Elle cherchait à retrouver son indépendance car en 1465, elle était devenue un protectorat bourguignon. Charles mit du temps à réagir car il parcourut ses différents domaines pour se faire reconnaitre duc et obtenir les hommages de ses vassaux. Il en profita pour récolter les fonds nécessaires à sa campagne militaire. Il écrasa le 28 octobre les Liégeois à la bataille de St Trond. Le 11 novembre, la principauté se rendit et fut intégré dans les territoires bourguignons. Cette période de conflit interne obligea Charles à réformer son armée. Il la transforma en suivant le modèle français tout en y intégrant une portion importante de mercenaires (dont des Bretons). Cette période lui permit aussi de finaliser les discussions portant sur son troisième mariage. Ses deux premières femmes étant mortes, en l’absence d’héritier légitime, le duc devait se trouver une épouse. Dés février, il avait envoyé des représentants à la cour des Habsbourg, en Angleterre, en Castille, à Milan et dans les principautés allemandes. C’est d’Angleterre que vinrent les réponses les plus prometteuses. Espérant sceller une alliance contre la France, le duc de Bourgogne demanda la main de Marguerite d’York, sœur d’Edouard IV d’ Angleterre.
Edouard IV sollicita l’alliance bourguignonne car la situation dans ses territoires devenait de plus en plus instable. La plupart des nobles anglais qui s’étaient ralliés à lui n’avaient accepté que du bout des lèvres son mariage de 1464 avec Elisabeth Woodville. A partir de cette date, le roi favorisa très nettement cette famille de noblesse récente alors qu’elle n’avait eu qu’un rôle très secondaire dans sa montée sur le trône. Les nombreuses révoltes lancastriennes freinèrent les malcontents yorkistes. Mais la sécurisation du royaume à partir de 1465 entraîna la radicalisation de l’opposition. Ulcérée par le mépris des francophiles Woodville et par l’indifférence du roi qu’elle avait mis sur le trône, la famille Neville menée par le Comte de Warwick, dit « le faiseur de rois » manifesta de plus en plus ouvertement son désaccord. Le comte reçut le soutien du plus jeune frère d’Edouard IV : Georges, duc de Clarence. En été, la proposition de Charles le Téméraire permit au roi de calmer temporairement le climat politique et de rallier à sa cause les francophobes et ceux qui voulaient retrouver l’Angleterre forte et puissante des Plantagenets. Ils espéraient que le roi reprendrait l’offensive contre le royaume de France. Edouard IV reçut aussi une ambassade bretonne et entama des discussions politiques et économiques dans l’espoir de former une alliance. L’ambassade était encore à Londres le 31 décembre.
Avril 1467. Louis XI et François II sur les bords de Loire.

vendredi 17 mai 2013

1466. Ep4. AFFAIRES ETRANGERES

L’année 1466 vit la Bretagne s’engager dans un vaste effort diplomatique. Le duc envoya des représentants en Angleterre, Aragon, Bourgogne, Castille et au Portugal à la recherche de soutien pour sa politique. L’ambassade en Castille n’aboutit pas à cause de l’indécision de son monarque et elle poursuivit son périple vers Rome où elle n’arriva qu’en décembre 1466 en raison de frictions avec les aragonais. Les relations cordiales avec le Portugal furent renforcées par un accord qui permit aux bretons de s’immiscer dans le commerce du sucre vers l’Europe du Nord en échange d’un accès privilégié aux Créés. Les toiles de lin du Léon plaisaient aux ibériques car fines et aérées, elles permettaient de supporter la chaleur estivale de la péninsule. Le sucre acheté à Lisbonne puis transporté par des navires bretons, était vendu à Nantes, Bordeaux ou Anvers. Dans ce dernier port, des marchands de Morlaix contactèrent la Hanse pour obtenir un approvisionnement régulier en graines de lin de la baltique nécessaires pour maintenir des récoltes et un tissu de qualité. Ces contacts commerciaux aboutirent au contrôle par les bretons d’une partie du transit nord-sud de l’Europe et d’une grande partie du cabotage sur les côtes françaises. En Angleterre, les représentants du duc demandèrent à Edouard IV d’arrêter les pirates anglais qui pullulaient en Mer du Nord et dans la Manche. Ils reconduisirent aussi la trêve qui existait depuis deux ans.


Edouard IV, chef du parti Yorkiste dans la guerre des deux Roses.

Malheureusement, la piraterie ne s’arrêta pas et les pertes navales de l’été furent importantes dans les deux pays car l’Amiral de Bretagne, Jean II de Quelennec vendit un nombre important de lettres de marques et de représailles. L’entrée en vigueur de la réforme navale de François II permit une augmentation du nombre et de l’efficacité des corsaires bretons. En septembre, les principaux pirates anglais avaient été pris et la pratique du convoi adoptée. Les navires bretons ne remontaient la Manche qu’en groupe de quatre à cinq navires armés. Pourtant, la piraterie restait endémique en Europe du Nord. Si les relations avec le Comte de Charolais était excellente, celles avec le duc de Bourgogne étaient guère aimables. Philippe Le Bon, soucieux de ne pas agacer le roi Louis XI, refusait toute alliance officielle car il voulait le calme sur sa frontière française. En effet, la principauté de Liège était en état de rébellion contre son duc. Si Le duc Philippe et les Liégeois arrivèrent à un accord à l’automne 1465, le Comte de Charolais exclut Dinant du traité car les habitants l’avaient insulté, lui et sa mère. Les milices dinantaises continuèrent donc de rançonner et de ravager le comté voisin, celui de Namur et en particulier les alentours de la ville de Bouvigne. En juillet, Charles le Charolais et Philippe le Bon rassemblèrent l’armée et marchèrent sur la ville qu’ils mirent à sac, le 25 aout. A l'automne, l'ambassade attendait toujours la décision du duc Philippe.
En France, le duc de Berry contrôlait à peine son nouveau duché. Les bonnes villes de Basse- Normandie étaient ulcérées par les pillages bretons. Incapable de les payer et de les ravitailler, le duc de Berry les laissa rançonner les territoires qu’elles contrôlaient pendant l’hiver et le printemps. S’il réussit à les démobiliser à la St Jean, les garnisons ne s’en allèrent pas les mains vides et firent maints détours avant d’arriver à Avranches. Charles de Berry perdit ainsi le peu de crédit qu’il avait dans la province. En réalité, à part la ville de Rouen et la vallée de la Seine, Charles de Berry ne gouvernait rien. Dés l’hiver 1465, Louis XI avait infiltré agents et argent dans la province. Petit à petit, les villes se rallièrent à sa cause si bien qu’à l’automne, le roi contrôlait la région. En octobre, lorsqu’une troupe française parcourut la basse - Normandie, elle fut accueillie avec soulagement. A son approche, Charles de Berry s’enfuit de Rouen en Novembre et préféra passer en Bourgogne. 
Philippe Le Bon, duc de Bourgogne et père de Charles de Charolais

Chicanerie parlementaire. Jean de Penthièvre sortit de l’antichambre du roi de France le sourire aux lèvres. Il avait obtenu le soutien de Louis XI dans sa querelle avec le duc de Bretagne. Refusant de participer à la ligue du bien public, Jean avait assisté son suzerain français pendant toute la révolte et continuait à soutenir le roi contre son frère Charles. En mai 1465, le duc de Bretagne l’avait condamné pour félonie et avait confisqué ses fiefs de la côte nord. A Etampes, malgré les appels à la clémence de Louis XI, le duc de Bretagne n’avait pas cédé. Irrité par les suppliques et les tergiversations royales dans les négociations, François II, sûr de son bon droit, exigea de conserver les revenus obtenus pendant la confiscation mais aussi que Jean de Penthièvre se rende en habit de pénitent à Nantes pour lui répéter son hommage-lige. Après quelques discussions avec des officiers royaux, Jean de Penthièvre, refusant de s’humilier, déposa une plainte auprès du Parlement de Paris pour casser le jugement du duc de Bretagne. Louis XI sauta sur cette occasion d’affirmer la supériorité de la justice royale sur celle du duc, son vassal.