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dimanche 9 juin 2013

1471.Ep5. Par le Fer et par le Feu

A l'annonce de la mort de Charles de Guyenne, ayant rassemblé 80000 hommes à Arras et croyant avoir dispersé les forces du roi de France sur trois fronts, Charles de Bourgogne s'en vint châtier l'empoisonneur. Il venait de perdre un potentiel allié qui, bien que faible, lui donnait la possibilité de frapper dans le dos de Louis XI. Si l'empoisonnement ne fut qu'un prétexte, il suffit aux deux partis en présence. Ils attendaient tous cette confrontation. Fort de ses alliances et de son armée nouvelle, le duc décida de frapper le premier pour inciter ses alliés à s'engager plus avant. Il traversa donc la Somme et mit le siège devant Nesle. La garnison résista peu et la reddition fut acceptée au second jour. Malheureusement, certains habitants la refusèrent et continuèrent à se battre. Les Bourguignons firent de la ville un exemple. Les franc-archers de la garnison eurent le poing coupé, leur capitaine fut cloué à une potence. Quant aux habitants, tous furent massacrés, même ceux réfugiés dans l'église. En entrant à cheval dans cette dernière, le duc eut ces mots :

 "Voilà belle besogne. Par St Georges, j'ai de bons bouchers avec moi".



L'entrée de Charles le Téméraire dans l'église de Nesle.
La nouvelle de ce massacre se répandit et Roye se rendit dés l'approche du Téméraire. Le duc pensa que l'exemple avait bien servi et ordonna de tuer et brûler tout ce qui se dressait sur le passage de l'armée. Les Bourguignons se lancèrent donc vers le sud décimant, pillant et incendiant. De même, Montdidier se rendit pour échapper au sort de Nesles. La ligne de la Somme était forcée.
Avide de butin, la lourde armée se dirigea vers Beauvais en massacrant paysans et détruisant châteaux. Louis XI avait retiré ses forces sur Compiègne pour les rassembler et pour ne pas les laisser détruire en petits paquets par cette horde dévastatrice. De Rouen, François II fit de même laissant juste deux garnisons à Abbeville et à St Valéry en Somme, base des corsaires bretons. Sur les conseils de Pierre de Pont L'abbé, il confia ses compagnies d'ordonnance à Jean IV de Rieux, maréchal de Bretagne, pour attaquer le flanc de cette horde et malmener ses maraudeurs. De plus, il décida de se mettre en marche et de suivre l'armée bourguignonne dans l'espoir de lui porter quelques coups fatals. Il partit avec les 6000 bretons qu'il avait rassemblés. De Compiègne, le roi lança sa cavalerie dans des actions de harcèlement. Il avait besoin de conserver ses troupes en cas d'attaque majeure sur d'autres fronts ou de poussée bourguignonne vers Paris. Pourtant, Il voulait sa vengeance et encouragea ses capitaines de Champagne à razzier le comté de Bourgogne. Enfin, Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, harcelait Charles et ses bourguignons depuis St Quentin et Amiens.
 
A Beauvais, les ouvriers couvreurs qui travaillaient sur le toit de la cathédrale sonnèrent l'alerte quand ils virent les 400 hommes de l'avant-garde bourguignonne. Sans garnison, livrée à elle-même, effrayée par les histoires des réfugiés paysans, la ville refusa de parlementer. Le lendemain, les bourgeois s'armèrent et se défendirent des attaques de l'avant-garde qu'ils repoussèrent. Deux jours plus tard, le duc et son corps de bataille arrivèrent mais des renforts étaient rentrés dans l'enceinte municipale. En quelques jours, Antoine de Chabannes y envoya 400 lances et des franc-archers. Cela renforça considérablement le moral de la cité. Ainsi,  pendant un mois, hommes, femmes et soldats de France repoussèrent ensemble les assauts du Téméraire. Le peuple de France s'opposait à l'impérialisme du Prince de Bourgogne. Malgré un certain nombre de sorties catastrophiques, la ville tenait toujours à la fin octobre. Devant l'échec de son artillerie et de ses espions qui tentèrent plusieurs fois d'incendier la cité, le duc leva le camp d'autant plus que la cavalerie bretonne et française harcelait sans trêve ses fourrageurs et que l'armée du roi de France s'était avancée sur son flanc est. Enfin, son armée trop nombreuse pour rester immobile était en proie aux privations et aux maladies.

Le duc enragé et humilié se replia par l'ouest incendiant et détruisant les villages du Beauvaisis et du pays de Caux sur son chemin. Eu, Neufchâteau et St Valéry en Caux furent détruites. Dieppe renforcée par des troupes bretonnes amenées par mer ne faiblit pas après deux jours d'assauts bourguignons. Le duc se rendit compte que son armée perdait hommes et moral en raison de la faim, des maladies, de la tactique employée, des harcèlements et de l’arrivée de l'hiver. Il fit retraite vers le nord. Début décembre, il repassa la Somme et envoya des diplomates à Louis XI. Le 7, il demanda une trêve pour cinq mois. Louis XI attendit dix jours pour répondre. Cela lui permit de récupérer ses forteresses. En quatre mois d'opérations, Charles n'avait rien gagné qu' une très mauvaise réputation.

1471.Ep4. La seconde guerre de Bourgogne.

Le 22 juin, des messagers partirent de Nantes dans toutes les directions. François II demandait à Morlaix et au Blavet de ravitailler sa flotte et à ses compagnies d’ordonnance de se rassembler à Rennes pour une revue. Louis XI mit en état d’alerte les garnisons de Picardie. Il ordonna de rassembler ses compagnies d’ordonnance à Compiègne et à Lyon. Le soir - même, n’attendant pas sa suite nombreuse, il chevauchait vers la capitale. A Orléans, il apprit que la Savoie et l’Aragon se joignait à l’alliance bourguignonne. Il demanda la levée du Ban occitan et aquitain, puis il transporta sa seconde armée de Lyon à Nîmes. Le 25 juin, François II se dirigea sur Rennes après avoir confié son fils et sa femme aux défenses du château de Clisson où les rejoignit Marie de Rohan. André de Lohéac retrouva sa flotte au Blavet et mit les voiles vers le nord. A Morlaix, les marchands réorganisèrent des convois et ravitaillèrent les navires de la flotte bretonne. St Malo était en effervescence depuis le passage d’Henri Tudor et armait tous les navires qu’elle pouvait en corsaire pour les envoyer dans la Manche et dans la mer d’Irlande.
Château de Clisson, refuge des ducs de Bretagne.
Lorsque les 10 navires de Lohéac firent relâche à St Malo, les 10 caraques de Morlaix l’attendaient ainsi que 10 corsaires malouins qui voulaient profiter de la flotte bretonne pour rejoindre St Valery en Somme. Les Malouins voulaient en faire leurs bases d’opérations sur les côtes picardes et wallonnes. Le 17 juillet, le baron de Retz débarquait à Barfleur et reçut ses ordres de Louis XI : empêcher l’anglais de traverser la Manche en bloquant Calais.

André de Lohéac laissa les Malouins agir à leur guise et entama à partir de la Picardie une surveillance constante des abords de Calais avec son escadre de 20 bâtiments. Il ne vit jamais de flotte anglaise. Celle-ci était occupée ailleurs et combattait un adversaire bien plus pugnace : Jasper Tudor, comte de Pembroke. Celui-ci avait fui au pays de Galles et réoccupé temporairement la forteresse de Harlech. Dés l’annonce de l’arrivée d’une armée yorkiste, il prit la mer pour l’ile de Man d’où il rejoignit l’Irlande. Il y contacta son ancien allié, le baron de Kildare, Gerald Mor Fitzgerald et l’informa de la situation en Angleterre. Le Lord deputy of Ireland, qui avait basculé dans le camp Lancastre en 1469, comprit de suite que sa tête ne vaudrait pas grand-chose à la cour d’Edouard IV s’il ralliait la cause de la couronne. Il écouta Jasper Tudor et il accepta ses plans.

Maquette de Dublin au moyen-âge.
Ce dernier envoya alors un message à son neveu Henri et au duc de Bretagne. Début juillet, le comte de Pembroke eut la surprise de voir arriver trois navires malouins dans le port de Dublin. Jacques Danican, leur commandant, demanda au Comte de Pembroke de se mettre à son service le temps de la guerre. Il amenait 100 franc-Archers de St Malo et l’information qu’Edouard n’avait pas garni de troupes l’ile de Man. Le comte sauta sur l’occasion. La fin de l’été vit donc les Tudor s’installer en terres d’Irlande. A partir d’aout 1471, Les corsaires irlandais et malouins utilisèrent l’ile de Man comme base d’opérations contre l’Angleterre. Dés septembre, avec l’arrivée des premières prises, les habitants se joignirent au combat contre la Couronne.
Le port de Dublin au Moyen-âge.
(source :after http://www.medievaldublin.ie/index.php/gallery)
En Bretagne, à Rennes, le duc, Pierre Landais et Guillaume Chauvin reçurent l’habituel financement du roi de France pour l’utilisation de la flotte bretonne. Cet argent fut reversé au chantier du Blavet pour accélérer la construction des deux caraques de guerre de Jean de Quelennec. L’échange de courrier avec le roi lui apprit l’évolution de la situation dans le royaume de France et il fit envoyer un message à Yann de Ranrouët pour lui demander d’entrer en Méditerranée et d’attaquer le commerce aragonais. Il passa en revue 6000 cavaliers, 3000 de ses compagnies d’ordonnance et 3000 vassaux avaient répondu à son appel. Il nota la présence importante des contingents du Comte de Rieux et du Comte de Rohan. Ce dernier se trouvait à Morlaix où il armait deux autres navires pour la protection d’un convoi pour Lisbonne et organisait la défense des côtes de Brest à St Malo. Avant de partir pour Rouen, Le duc alla prier au Mont St Michel si bien qu’il n’arriva sur les rives de la Seine que le 19 juillet. Louis XI lui confia les Bandes bretonnes une nouvelle fois pour protéger la Haute-Normandie de Rouen à Abbeville. Comme l’année précédente, il prit Pierre de Pont-l’Abbé comme second. Avant son départ, Il avait chargé le maréchal de Rieux d’utiliser le Ban pour la défense des forteresses de Bretagne et en particulier, celles du Sud car il craignait une action de Charles de Guyenne. Le vieil amiral en prit le commandement.
Cette crainte était absolument injustifiée. Charles pleurait sa maîtresse au fond de son lit de souffrances. Atteint de la syphilis, il se mourait. Il la rejoignit dans l’au-delà le 3 août 1471. Cette nouvelle parcourut la France plus vite que le galop du messager qui la portait. Louis XI envoya ses garnisons de St Jean d’Angély et de Ré occuper la ville de Bordeaux tandis que celle de Saintes parcourait l’est de la Guyenne jusqu'à Toulouse pour rallier les vassaux de Charles. A Malines, le duc de Bourgogne avait aussi rassemblé son ost et ses compagnies d’ordonnance, cria à l’empoisonnement et accusa Louis XI de fratricide et de sorcellerie. Le 23 août, il traversait la Somme avec 80000 hommes.



mercredi 5 juin 2013

1470. Ep4. Dialogue de mules.

Après avoir assuré le succès des négociations entre Marguerite d’Anjou et Warwick, le roi rentra à Paris où il leva des fonds pour soutenir la guerre. Puis il se rendit à Roye et atteignit enfin Noyon en octobre où se regroupèrent l’armée royale et sa garde écossaise. Les garnisons picardes étaient soutenues par les forces du Duc de Bretagne qui, composée de 8000 cavaliers et fantassins ainsi que de 10 canons, étaient suffisantes pour repousser une traversée de la Somme par les Bourguignons. Le roi Louis XI avait atteint son but. Il avait repris les cités données à Péronne et Conflans. Il était aussi entrain de grignoter petit à petit le comté de Bourgogne et celui de Bar. Ses compagnies d’ordonnance menaient de fréquentes excursions dans les terres d’Artois et du Hainaut où elles ravageaient les campagnes et obligeaient les vassaux du Téméraire à conserver leurs forces loin du véritable théâtre d’opérations. Le Téméraire maintenait avec le roi de France des contacts diplomatiques constants pour obtenir une trêve et le retour des cités conquises. La perte de son allié anglais l’obligea à accepter l’état des choses. Si France et Bourgogne étaient financièrement épuisées, l’armée française avait l’initiative. Il accepta donc la trêve que le roi demandait. Mais, il exigea le retour des forteresses picardes ou de celles des comtés de Bar et de Bourgogne pour la signer. Louis XI n’était pas dupe. Il savait que cette trêve n’aboutirait qu’à retarder l’inévitable. Mais il s’en contenta car sa position était tout autant difficile. Il n’avait plus un sous. Il avait financé la marine bretonne, les forces de Warwick et de Jasper Tudor, corrompu le comte de Bresse, payé les soldes des mercenaires bretons, de ses compagnies d’ordonnance et de la levée du ban et de l’arrière-ban. Ses coffres étaient vides. De plus, du temps lui permettrait de renflouer son trésor et de faire la paix avec son frère Charles. Celui-ci n’étant plus l’héritier du trône depuis le 30 juin, avait perdu de l’importance sur l’échiquier politique. Mais il contrôlait toujours le sud de la Guyenne. Il retira ses troupes du comté de Bar puis du comté de Bourgogne. On signa pour quinze jours de trêve. Le roi proposa la ville d’Ham pour y négocier la paix. Les émissaires se rencontrèrent, discutèrent, firent des allers-retours portant des courriers et des propositions. Mais rien ne vint. Seule, la trêve passa de quelques jours à quelques mois. Le roi démobilisa donc ses franc-archers, son ban et son arrière-ban. 1470 passa sans qu’un accord fut trouvé.

Scène de Banquet au Moyen-âge.
A la toussaint, le duc François II rejoignit le roi à Noyon où les échanges diplomatiques se poursuivaient. Il laissa deux informations s’ébruiter négligemment. Tout d’abord, le contrat des 4200 hommes du traité d’Ancenis arrivait à terme et deuxièmement, il cherchait deux épouses, une pour lui et une pour son fils. Le roi de France n’avait plus de fille à marier. Jeanne la boiteuse et Anne étaient déjà fiancées. Louis XI demanda la prolongation d’une année du contrat des bandes de Vannes, Nantes, Rennes et Retz et proposa la somme de 50000 livres payables en deux fois. Le duc engagé dans la même guerre que le roi, accepta. François II mit alors en avant sa campagne en Saintonge, l’occupation de l’ile d’Oléron, la prise d’Abbeville et demanda récompense. Il espérait du roi compensation territoriale pour ses actions. Il informa Louis XI qu’il aurait aimé obtenir la vicomté de Thouars. Louis XI regimba puis refusa. Depuis mai, elle revenait à Anne de France. Il proposa que le roi lui cède seulement la seigneurie de la Garnache, modeste fief dépendant de la dite vicomté qui comprenait l’ile de Noirmoutier. Le roi était d’accord mais demanda que le seigneur reste vassal de sa fille et donc, du roi de France. François II rappela au roi qu’en temps que Montfort, il était son vassal mais qu’en tant que duc de Bretagne, il ne pouvait lui rendre hommage-lige pour ce présent, même pour 50000 livres. Louis XI et son chancelier comprirent l’allusion mais en restèrent là. François II ne se découragea pas et le lendemain, il fit quelques allusions en présence des émissaires de Bourgogne sur la bonne santé, sur le goût des armes et des arts de son fils de 7 ans. Il fit de même avec des membres des grandes familles de France. Il rappela ainsi à tous, qu’il cherchait fiancée pour son fils, mais aussi épouse pour lui. Louis XI le fit alors venir car il craignait que ces mariages ne créent une nouvelle alliance des Princes, une nouvelle ligue du Bien Public. Il accorda la seigneurie comme territoire du duché de Bretagne. Le roi voulait la Bretagne comme alliée et devait en payer le prix. Mais il était mécontent et donna son congé au duc. François II sortit après avoir juste courbé la tête. Le roi n’avait rien dit des droits des Penthièvres.

Vue aérienne du Chateau-fort de Noirmoutier au XXème siècle.
source : ileochateau.com
Le retour des compagnies d'ordonnance bretonnes se fit en un mois par la Normandie. Dès son arrivée, le duc envoya Pierre Landais en sa nouvelle seigneurie pour y faire un état des lieux et commença le dessin de la forteresse qu’il voulait construire sur l’ile de Noirmoutier. A la noël 1470, François II de Bretagne proposa à Jean II de Rohan de fiancer sa fille Françoise à son fils Jean. Le jeune Jean lui répondit que son accord dépendrait de la dispense papale. On ne mariait pas des cousins comme cela et la nature aussi pouvait rappeler la toute petite Françoise.

lundi 3 juin 2013

1470. Ep2. Louis, souviens toi de Picquigny !

Le mois de février vit l’arrivée dans la région picarde des forces de Charles le Téméraire. Ces 25.000 hommes étaient ceux qu’il avait rassemblés en novembre et qu’il avait dû rappeler en urgence. Alors que l’armée française tenait ferme dans la ville d’Amiens, le duc contourna la ville lentement et testa les forces françaises par de brusques engagements. Il se présenta devant Picquigny à la fin du mois. Dans l’est, Louis XI sécurisait les villes qu’il avait prises. Roye et Montdidier furent abondamment garnis de garnisons et de canons. L’armée royale campait sous les murs de Roye. Le roi ne voulait pas risquer son armée dans une bataille rangée et envoya des troupes ravager les Flandres. La ville de Picquigny s’était donnée au roi de France en Janvier et avait reçu comme garnison 1200 bretons du Léon et de Cornouaille. Ils étaient commandés par Pierre du Pont-L’abbé, baron du Pont et seigneur de Rostrenen. Comme Charles le Téméraire, cet homme était féru de chose militaire et comme lui, il avait lu Végèce et Xénophon. Présent à Picquigny depuis 2 mois, il n’avait pas laissé chômer ses hommes. Ils avaient renforcés les défenses, établis des abattis, enterrés des pieux en avant des douves qu’il avait fait curées. Il rassembla le maximum de grains qu’il put trouver et fit saler toute la viande qu’il put acquérir. Il fit travailler nuit et jour ses armuriers pour produire carreaux et flèches. Enfin, il monta une dizaine de ses mercenaires pour qu’ils lui servent d’éclaireurs et de messagers. Ils eurent peu de reconnaissances à faire. L’ost bourguignon était visible par les feux qu’elles déclenchaient sur son passage. Mais dés qu’elle fut en vue des murs de la ville, le baron renvoya ses cavaliers pour qu’ils préviennent le roi. Lorsque Charles se présenta devant la ville, ses hérauts furent accueillis avec courtoisie mais fermement repoussés. Le duc lança son armée à l’assaut ne s’attendant pas à une résistance importante dans cette petite ville. Sous une pluie de carreaux et de flèches, les bourguignons s’empêtrèrent dans les abattis, se blessèrent sur les pieux, se noyèrent dans les douves et arrivèrent à la porte. Ils s’attaquèrent à celle-ci avec des haches mais le baron fit s’écrouler une structure de madriers sur les attaquants, blessant les hommes et encombrant ainsi l’espace devant la poterne. Puis, il fit tirer trois couleuvrines contre le groupe le plus fournis d’assaillants. Les bourguignons refluèrent. Furieux par cette résistance, Charles le téméraire installa une partie de son artillerie dans la soirée et elle entra en action le 25 février. Le 26, la ville tenait encore malgré un nouvel assaut tandis qu’à Roye, le roi de France recevait le message de Pierre de Pont l’abbé, lui indiquant les dernières actions du Téméraire ainsi que ses prévisions sur le siège. Il pensait tenir dix jours.



Représentation du Siège de Picquigny. 

Le roi hésitait. Depuis Montlhéry, il ne cherchait plus à décider des choses par la guerre. Il n’avait aucune envie de laisser le hasard décider de son sort. En fait, Pierre de Pont-L’abbé le mettait face à un dilemme qu’il ne voulait pas résoudre. L’aragne était prise dans sa propre toile. Louis XI ne voulait pas échouer. Il voulait contrôler son succès dans les moindres détails. Il voulait vaincre mais sans miser, gagner sans parier. A contrecœur, il s’avança vers la cité à petites journées, s’assurant du ravitaillement, de la bonne marche de l’artillerie et protégeant son armée par de nombreuses reconnaissances. Si bien que le 1er mars, l’armée royale n’avait parcouru que 4 lieues sur les 12 qui séparaient les deux villes. Ce jour-là, le connétable de France Jean de Luxembourg revint de son raid sur Maubeuge et discuta de la situation avec le roi. Il demanda d’accélérer la manœuvre pour prendre à revers l’armée bourguignonne. Le roi accepta d’avancer jusqu’à Amiens. A l’abri de la forteresse, il pourrait compter sur les 10000 hommes d’Antoine de Chabannes. Cela lui donnerait un avantage numérique d’environ 8000 combattants. Le 3, l’armée arriva près de la cité. Antoine de Chabannes conseilla au roi la même chose que Jean de Luxembourg. Il fallait couper la retraite du Téméraire. Ce même jour-là, on apprit que Picquigny résistait toujours. Les bretons de l’armée royale le surent aussi. Le 4, comme chaque matin, le roi parcourut les rangs de son armée. Lorsqu’il arriva dans le camp des bretons, les regards le fuirent et un sourd murmure se leva, s’amplifia et parcourut la longue ligne des feux où se chauffaient les hommes à la croix noire. Les bandes grognaient. Le roi Louis XI enfonça son chapeau sur sa tête et partit au galop. Ce jour-là, l’armée marcha plus longtemps que les jours précédents. Des colonnes de fumée montaient dans le lointain. A l’aube du 5, l’armée royale n’était plus qu’à une étape de la cité picarde lorsqu’un cavalier arriva ventre à terre dans le camp royal.


Reconstitution du Siège de Picquigny. La croix rouge est celle de St André.
(medieval-siege-society.co.uk)

Extrait du spectacle nocturne organisé depuis 1990 par la Municipalité.
Dans la ville de Picquigny, des hommes gisaient ça et là. Tous avaient des croix sur le paletot. La croix noire se mélangeait à celle de St André. La poterne n’était plus qu’un tas de gravats. Les maisons qui l’entouraient avaient été abattues et transformées en redoute. Derrière une barricade de poutres et de blocs de pierres, deux couleuvrines piquaient du nez dans l’axe de la rue principale. Sur les toits, les arcs et les arbalètes reposaient contre les ardoises tandis que des faisceaux de piques se dressaient au coin des rues. Des hommes armés et hagards marchaient dans cet enfer de fumées et de poussières. D’autres attendaient crispés, appuyés sur un mur, une barricade ou une porte. Au château, un homme anxieux parcourait les derniers rapports qui lui étaient parvenus et tentait d’être sourd aux pleurs et aux cris d’agonie qui montaient jusqu’à sa fenêtre. La plupart des blessés, des mourants et des vivants portaient une croix sombre. Picquigny attendait toujours.
Le 5, le Téméraire repassa la Somme.

samedi 1 juin 2013

1469. Ep4. Décembre de décisions.

Sur la côte bretonne débuta un cycle inhabituel de tempêtes qui s'étendit largement dans le mois de janvier. Il s'accompagna  de la nouvelle des émeutes de Guyenne.  Le 14 décembre, le peuple de bordeaux avait détruit les cargaisons de deux navires et décapité leurs propriétaires, deux marchands nantais. Les négociants de la cité assiégèrent Pierre landais pour obtenir réparation et surtout la réouverture de bordeaux aux navires bretons. Depuis l'été, les marchands bordelais s'opposaient à l'application du traité des Estuaires et avec l'appui du duc de Guyenne, leurs agents excitaient la populace contre les bretons. La situation dégénéra en novembre quand deux marchands bretons critiquèrent la qualité de la cuvée 1468. Ils déclenchèrent une rixe que des agents du duc transformèrent en émeutes avec le résultat que l'on sait.

Porte Cailhau à Bordeaux.
En Angleterre, Jasper Tudor et les marins de St Malo avaient obtenus durant l'été des résultats plus que satisfaisants. Après plusieurs raids dans le pays de Galles, Jasper Tudor convainquit les malouins de lui prêter suffisamment de navires pour s’emparer de Dublin. Ils obtinrent la chute de la ville grâce à la complicité de marchands de la cité irlandaise. La présence des corsaires de Tudor avait entraîné la chute des échanges avec l'Angleterre et la perte de nombreux bénéfices. Les négociants irlandais lui ouvrirent leurs portes. De plus, Jasper Tudor passa un accord avec Gerald Mor, Lord of Kildare. En échange de son ralliement, il conserva sa place de Lord Deputy of Ireland, devenant de facto le second de Jasper Tudor. Si ces nouvelles inquiétèrent Édouard IV, il était bien plus préoccupé par la rébellion de son frère Georges et du comte de Warwick. À l’été 1469, la guerre civile reprit en Angleterre empêchant le roi d'intervenir sur le continent ou en Irlande. Il rappela, même, une partie de la garnison de Calais.

Reconstitution de la ville de Dublin au XVè siecle.
Sentant le moment venu, louis XI décida en octobre de régler ses comptes avec le Téméraire. Il rassembla son armée à Compiègne et Noyon. 5000 bretons faisaient partie de ces troupes. Il produisit devant une assemblée de notables deux lettres destinées au duc de Guyenne, fausses lettres forgées par son service des postes, dans lesquelles les deux ducs créaient une alliance matrimoniale. Le 3 décembre, cette assemblée déclara le duc de Bourgogne parjure, félon mais aussi coupable de crimes de lèse-majesté pour avoir forcé la personne royale. Louis XI fit publier ces lettres qui rallièrent la populace et qui trouvèrent terreau fertile dans les populations nantaise et malouine. De plus, il convoqua le ban pour le printemps.  Le 15 décembre, le commandant des troupes françaises, Antoine de Chabannes lança ses troupes sur Amiens et obtint à noël l'ouverture des portes de la ville. Alors qu’il venait de démobiliser ses troupes, Charles le Téméraire fut totalement surpris par cette suite d'événements et le duc ne rassembla qu'une armée de 5000 hommes mal ravitaillés pour défendre la Picardie. Antoine de Chabannes commandait 10.000 soldats bien approvisionnés par la proximité de l'île de France. Ils pouvaient tenir un long siège. Se sachant perdus, les amiénois se rendirent et les Français renforcèrent immédiatement la garnison. Le jour de l'an fut jour de liesse à Paris, jour de colère à Nantes et de rage à Malines, capitale du téméraire.

mardi 21 mai 2013

1467. Ep1. Escapade .... monastique.

En Picardie, l’arrivée d’une bande de cisterciens crasseux était un évènement important mais qui restait banal. Membres d’un ordre monastique très répandu dans l’occident chrétien, ces moines crottés devaient se rendre dans un de leurs monastères pour y étudier les saintes écritures, recopier des livres d’heures précieux ou pour y faire étape sur le chemin de Rome. Quelques habitants d’Abbeville vinrent aux nouvelles cherchant un confesseur ou espérant un prêche qui pourrait réconforter leurs cœurs et leur foi chahuter par l’omniprésence des guerres, des pestes et de la famine. En fait, personne n’avait fait attention à la puissante stature des deux tiers d’entre eux, ni aux trois mules surchargés de coffres et de ballots qui les accompagnaient, ni aux lourdes bottes qui dépassaient des robes de bures. Mais, quand ces cisterciens entrèrent dans la meilleure auberge de la ville, demandèrent bains, chambres, vins et volailles et que le barbier fut convoqué, la petite ville picarde d’Abbeville s’interrogea sur ces hommes si dispendieux et si peu respectueux de la modestie monastique. L’étonnement augmenta encore quand le barbier reparut et affirma n’avoir tonsuré personne mais bellement taillé barbes et longs cheveux. La surprise des habitants fut à son comble quand le premier cistercien décrotté portant épée, chausses, bottes, pourpoint et cape sortit de l’auberge et se rendit chez le plus gros fermier de la banlieue, y négocier une dizaine de fières et fraîches montures. Enfin, les habitants furent ébahis quand, alerté par la rumeur populaire, l’éminent représentant de l’autorité du Duc Philippe fut rudement accueilli, traîné à l’étage de l’auberge par deux cisterciens très gaillards et renvoyé séance tenante en mission hors de la cité. Malheureusement pour les plus curieux, il leur fallut encore attendre vêpres pour apprendre que le noble le plus endetté de France, le seul duc sans duché, le seigneur français le plus rebelle à son suzerain et, accessoirement, l’héritier du trône de St-Louis se trouvait en leur bonne ville picarde. Charles de Berry venait demander asile à son bon oncle Philippe et à son téméraire cousin Charles.
Depuis son lit de vieillard, Philippe le Bon déclara qu’il ne voulait pas s’embarrasser de Charles. Mais, son fils qui détenait effectivement les rênes du pouvoir, décida d’envoyer son cousin dans une petite ville proche de Bruxelles et de lui fournir quelques deniers pour qu’il puisse mener vie princière. Et c’est, ainsi, qu’à partir de février 1467, Charles de Berry dormit dans le lit qu’avait occupé son frère au château de Genappe. Encore une fois, la Bourgogne contrôlait l’héritier du trône.

dimanche 5 mai 2013

1464 UN ROYAUME ASSIEGE





Le 29 avril 1464, Louis XI a une fille Jeanne. Cette nouvelle si elle réjouit un certain nombre de français ne fait pas le bonheur de son roi. Sa succession n’est toujours pas assurée et l’héritier du royaume reste Charles de Berry, son jeune frère influençable. Louis XI crée le 19 juin un service de messagerie royale pour accélérer sa diplomatie et ses communications. En raison des relations entre Bretagne et Angleterre, pendant l’été 1464, Louis XI fortifie la Normandie et mène une campagne de propagande anti-bretonne auprès des grands. Il accuse le duc de connivence et d’alliance avec les Anglais et établit un rapport d’accusation contre le duc qu’il présente en décembre aux Etats généraux de Tours. A ces Etats, le duc n’envoie qu’une ambassade restreinte mais très active dans le cercle des opposants au roi. Le contact est alors établi avec Charles de Berry, frère du roi. Odet d’Aydie, ambassadeur de François II pousse le duc Charles à se révolter contre les abus de son frère. L’apanage du Berry ne suffisant pas au duc pour tenir son rang, celui-ci débute une correspondance avec le duc de Bretagne et Charles de Charolais, héritier du duché de bourgogne. Ce dernier est enragé contre le roi depuis 1963 car Louis XI a racheté une part de son héritage : les villes de la Somme. Peu à peu, tous les malcontents du royaume se rassemblent derrière ces trois opposants à la centralisation royale.