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jeudi 4 juillet 2013

1475. Ep2. Diplomatie méditerranéenne.

Armoirie de l'Emirat de Grenade.

Lorsque Quelennec le Jeune fit escale à Lisbonne en juillet, il commençait à être pleinement satisfait de son escadron qui se comportait enfin en marin. Il déposa les diplomates à destination de la cour du Portugal. Un agent de Rohan prit contact avec lui et l’informa de la situation dans la péninsule ibérique. La Castille était en guerre contre le Portugal. Alphonse du Portugal n’acceptait pas qu’Isabelle de Castille devienne l’héritière du royaume de Tolède car elle était fiancée à Ferdinand, l'héritier d’Aragon. Le roi n’étant pas présent, le jeune vice-amiral décida de laisser les diplomates bretons puis de mettre les voiles pour Valence où il débarquerait les ambassades pour l’Aragon et pour Rome. Il passa le détroit de Gibraltar et profitant des vents océaniques, il remonta le long de la côte andalouse. A la hauteur d’Almeira, il reçut une visite inattendue. Un chébec se présenta devant la flotte bretonne et demanda une négociation avec les représentants du duché de Bretagne. Pendant deux jours, les représentants du Duc discutèrent avec ceux de l’Emir. Les Andalous offraient un accès complet à leurs marchés mais demandaient aux Bretons de leur vendre armes, poudre et canons. Quelennec le jeune répondit qu’aucun des représentants du duc ne pouvaient prendre une telle décision mais qu’il était d’accord pour emmener un petit groupe de Grenadins à Nantes. L’Emir devait bien prendre en compte qu’il n’aurait sa réponse qu’au printemps prochain. Le 15 aout, l’escadron de Port-François entrait à Valence. Quelennec le Jeune déposa les ambassadeurs de Bretagne puis fila vers l’Atlantique avec à son bord trois représentants musulmans.
Les diplomates en Castille et au Portugal ne réussirent qu’à renouveler les accords commerciaux des années précédentes. Ils désappointèrent Alphonse du Portugal quand ils lui annoncèrent qu’aucune des bandes n’étaient libres. Pourtant, il passa commande d'un certain nombre d'articles militaires que son pays ne pouvait produire en quantités suffisantes : poudre et éléments d'armures. Les deux délégations rentrèrent dés l’automne en Bretagne. A Rome, au contraire, les négociations furent longues mais fructueuses. En effet, les ambassadeurs bretons apportaient un message du légat du Pape en France. Celui-ci recommandait à sa sainteté Sixte IV de reconnaitre le pouvoir de Henry Tudor en Irlande et d’élever l’évêché de Vannes au statut d’archevêché. Ce nouvel archevêché aurait juridiction sur l’ensemble des terres du duché de Bretagne. Sixte IV décida de ne plus faire la sourde oreille et il présenta le projet à l‘administration vaticane. Cet archevêché permettrait de désolidariser les évêchés bretons de la France et donc des éléments les plus gallicans de l’église française. En ce qui concerne l’Irlande, le pape ne souffla mot.
Le Duc mit tout de suite son veto. Il n’allait pas recevoir les Grenadins. François II confia à son beau-frère Jean les demandes du Roi du Portugal en poudre et en armes. Et, devant lui, il souligna que le duché ne pouvait s’opposer à ce que des marchands indépendants entreprennent de vendre des armes aux musulmans. Jean comprit parfaitement le message. Rachetant des vieux stocks de l'ost breton, Rohan rassembla les marchandises rapidement. Profitant d'un beau mois de décembre, cinq navires de Rohan partirent vers le sud, officiellement à destination de Lisbonne. Ils avaient pour instruction de troquer armes et poudre contre sucre ou épices. Or Grenade était le terminus des routes musulmanes du commerce de ces denrées.
 
Carte de l'Emirat de Grenade en 1475

mercredi 26 juin 2013

1474. Ep6. Vers une 3ème manche ?

Lorsque les Malouins avaient envahis l’ile de Wight, les Londoniens avaient réagi avec énergie et détermination. Nombre d’entre eux s’étaient engagés dans les équipages de la flotte. Edouard IV, roi d’Angleterre et Seigneur d’Irlande, avait chevauché immédiatement jusqu’à Portsmouth mobilisant au passage toutes les bonnes volontés qu’il rencontrait. Si le raid avait fait craindre une invasion, la défaite à Calais du 23 juillet rendit la menace parfaitement crédible pour nombre d’habitants du sud de l’Angleterre. Un sentiment d’effroi se répandit dans les campagnes et dans la ville de Londres. Les Français arrivaient. Le Roi prit des mesures d’urgence. Il ordonna de réquisitionner les meilleurs navires marchands présents dans la Tamise et de maintenir les milices en armes jusqu’à l’arrivée des vents violents d'automne. Le Parlement accepta de financer ce nouvel effort. Dans le Kent, le Sussex, et le Hampshire, la population resta en armes toute la saison, s’entraînant et surveillant constamment le littoral. Si elle aperçut de temps en temps un navire battant croix noire ou fleur de lys, elle ne vit jamais une flotte arrivée sur les côtes et débarquée une horde de Français ivres de vengeance. Fin septembre, une violente tempête annonça la fin de l'été et des grandes opérations maritimes. Edouard démobilisa ses troupes et espéra passer l’hiver tranquillement à remettre en ordre flotte et défense. Mais les grognements se développaient en Angleterre et la populace manifestaient publiquement son dédain pour le roi. En raison des fortes pertes navales, des réquisitions et des troubles dans le commerce, Londres, Douvres et Calais connurent quelques incidents publics. A l’hiver, même s’il avait ramené un semblant de calme, Edouard avait mauvaise réputation et l’arrivée d’émissaires français et breton n’avait rien arrangé.

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Représentation de la Tour de Londres au XVè siècle. 
 
La flotte bretonne revint dans ses ports rapidement après la bataille de Calais. André de Lohéac succéda à son compère Jean Quelennec dit le Vieux et on lui donna immédiatement le surnom de son prédécesseur. Se considérant comme trop âgé, André ne souhaitait plus prendre la mer. Mais, il fut nommé Seigneur de la Mer en charge du maintien et de la direction générale de la flotte bretonne. Ce titre supplantait celui des Amiraux de Bretagne. Le Seigneur de la Mer siégeait à Port-François et menait les services et la stratégie de la marine bretonne. Il était aussi le président du conseil de guerre de Bretagne en l’absence du Duc. Quelennec le Vieux, malade, se retira et mourut aux premiers frimas. Pour lui rendre hommage, André de Lohéac nomma un des nouveaux navires de son prénom : Le Vieux Jean, caraque de guerre de trente canons servie dans la marine bretonne jusqu’en 1540. Le duc promut Quelennec le Jeune au rang de vice-amiral, sans lui accorder les droits de l’amirauté qui revinrent au Seigneur de la Mer. Yann de Ranrouët prit en charge la Grande Escadre de Morlaix qu’André de Lohéac porta à 40 navires. A Port-François, Quelennec le Jeune commandait 10 bâtiments de la dernière génération. Il était chargé de leurs entraînements et de leurs améliorations. André de Lohéac voulait ainsi sanctuariser le Golfe de Gascogne et la Mer d’Iroise tandis que la Grande Escadre devait bloquer toute pénétration anglaise dans les eaux de Bretagne. Il entama aussi une étude des différents ports de la Bretagne Nord car depuis deux ans, le port et le chantier de Morlaix étaient constamment surchargés. Il fallait trouver un site approprié pour y développer un Port Ducal. Enfin, cannibalisant les prises anglaises et grâce aux fournitures navals en provenance de la Hanse, le Vieux réussit à porter la flotte bretonne à 60 navires. Elle comprenait dix caravelles garde-côtes, 8 caravelles d’escadre et 42 carvels, nom que le vieux attribua aux nouvelles caraques de guerre. La flotte bretonne passa la fin de l’été à patrouiller la Manche mais surtout à réparer les navires endommagés et à se réorganiser. Après l’équinoxe d’Automne, Quelennec le Jeune emmena son escadron vers le sud. Il embarquait les ambassadeurs du Duc auprès des puissances ibériques et de la papauté.

A la fin aout, Louis XI décida d’envoyer des ambassadeurs en Angleterre pour demander une trêve. Depuis la bataille de Calais, il pensait qu’Edouard IV n’avait plus les capacités de mener des actions sur le continent pour au moins deux années. Les Irlandais et les Bretons faisaient le travail pour lui. Ils avaient battus une flotte anglaise et auraient le champ libre l’année prochaine dans la Manche et la mer d'Irlande. A la toussaint, il envoya au duc les financements pour la flotte de Bretagne ainsi que pour le recrutement des Bandes de Retz, Rennes, Vannes et Nantes. En Angleterre, Philippe de Commynes et Jean de Rohan, émissaires de Louis XI et de François II, rencontrèrent de nombreuses résistances. Pourtant, Louis XI ne demandait qu’une trêve de plusieurs années et le Duc de Bretagne le contrôle des iles anglo-normandes. Mais, les Anglais ne désiraient pas la paix. La situation financière et militaire du royaume d’Angleterre était difficile. Cependant, le peuple, les marchands et la noblesse ne pensaient qu’à obtenir réparations de la France et de la Bretagne pour les pertes humaines, territoriales et navales des années précédentes. En décembre, lors d’une audience royale, Edouard IV demanda non seulement le retour des iles anglo-normandes mais aussi, celui de l’Irlande sous l’autorité de son seigneur légitime. En coulisse, il déclara que cette déclaration avait juste pour but de calmer la rue et qu’il était prêt à continuer les pourparlers. Philippe de Commynes et Jean de Rohan étaient sceptiques car ils connaissaient les préparatifs navals et militaires qui se déroulaient dans la Tamise et à Douvres. Apprenant cette situation, le roi de France décida d'employer toutes les armes diplomatiques dont il disposait. Le 18 décembre, trois courriers partirent le long de la Seine, vers la Manche.
Le Palais Royal du Louvre au XVè siècle, représentation tirée des Richesses Heures du Duc de Berry.

 

 

lundi 24 juin 2013

1474. Ep4. Seconde Manche.

Les premiers incendies qui furent déclenchés pendant cet été - là s’embrasèrent en Irlande. Henry Tudor et Tadgh Liath MacCarthy mirent les frontières de l’Ulster à feu et à sang à partir du mois d’avril. Puis, ils passèrent à l’offensive en juin. Alors que la flotte de Jasper Tudor assurait le ravitaillement de l’armée, les troupes entraînées par les Bandes du Trégor et du Penthièvre progressèrent lentement vers le nord et assiégèrent Belfast à partir du 10 juillet. Si la prise de la cité, le 3 aout, sonna le glas de la résistance sur la cote est de l’Ulster, le roi du Tyrone, Henry O’Neill poursuivit le combat. Son clan ne baissa pas les armes malgré sa défaite à Portglenone le 27 et il lança raids et pillages sur les territoires que contrôlaient Henry Tudor et ses alliés. L’armée d’Irlande arriva sur la Foyle le 1er septembre. La mise en place d’un blocus naval par Jasper Tudor permit la reddition de Derry, le 7. A l’automne, Henry Tudor y installa une forte garnison et mit son armée en quartier d’hiver autour de Belfast. S’il contrôlait les littoraux et les ports de l’Ulster, Henry n’avait pas rallié l’intérieur des terres. Pourtant, les forces du clan O’Neill déclinaient rapidement. les désertions se multipliaient. En septembre, Henry Tudor envoya son oncle Jasper en Bretagne acheter du blé. La guerre avait ruiné l’agriculture dans le nord de l’Irlande et Il voulait gagner les populations à sa cause.
Bristol médiéval.
 
Après son succès à l’ile de Wight, Jacques Danycan passa juillet à St Malo où il procéda aux essais de sa nouvelle caraque. Puis, il mit les voiles vers le canal de Bristol où il tenta de surprendre l’escadron anglais qui s’y trouvait depuis un an. Si Jacques Danycan prit quelques navires marchands, l’escadre anglaise resta à l'abri dans la Severn malgré ses pillages de la côte galloise et cornouaillaise. En septembre, le Gouverneur retourna en Bretagne puis il prit le chemin des iles anglo-normandes pour y passer l’hiver.
A l’Ecluse, 20 navires marchands bretons attendaient le grand convoi du nord. Les négociants d’Armorique firent rapidement leurs affaires, échangeant vins, toiles et draps contre les denrées de la Baltique. Grâce à la protection de l’escadron de Yann de Ranrouët, ils eurent des conditions préférentielles dans les échanges et une bonne partie des cargaisons de la Hanse finit entre leurs mains. Cela indigna les commerçants de Bruges qui durent payer le prix fort et qui s’empressèrent de renseigner la flotte anglaise à Calais. Celle-ci appareilla dés le 11 juillet et se tint en embuscade prête à fondre sur la flotte marchande bretonne. Les 30 navires bretons ne sortirent de la rade de l’Ecluse que le 17 juillet. Dés le départ, Yann de Ranrouët s’inquiéta car les navires marchands n’étaient pas aussi modernes que les siens et louvoyaient moins bien contre les vents d'ouest. Sa progression était donc très lente et il devait régulièrement attendre les moins rapides pour éviter de faire des retardataires des prises faciles. Le 23 au matin, ses équipages aperçurent la flotte anglaise dans la pire des position. Elle arrivait toutes voiles dehors et elle avait le vent pour elle. Yann sut de suite qu’il était surclassé. Ses bâtiments s’interposèrent entre les caraques anglaises et celles des marchands. Les navires bretons ne réussirent à lâcher qu’une seule bordée qui fit des dégâts importants mais insuffisants. L’avant-garde anglaise prit d’assaut l’escadre de Yann. Les équipages de la Bretagne se défendirent avec furie. Les franc-archers, vétérans de la Solent, de Méditerranée et des raids en mer d’Irlande menèrent les marins et formaient des môles de résistance sur toutes les caraques de guerre. Chacune d’entre elles se vit rapidement attaqués par deux navires anglais. Si la situation était désespéré pour les navires du duc, les marchands mal protégés fuyaient vers l’est pourchassés par dix bâtiments de sa majesté anglaise.
Mais de nouvelles voiles apparurent à l’ouest et elles portaient des croix noires. André de Lohéac arrivait à la rescousse.

La bataille de Calais. Fin d'un navire anglais.

 

L’avant- garde de Quelennec le jeune arriva la première. Les agiles caravelles canonnèrent au passage les caraques qui assiégeaient les navires de Ranrouët. Puis elles filèrent au secours des navires marchands. Deux par deux, elles s’attaquèrent aux lourds vaisseaux anglais qui viraient désespérément vers le nord-est. Le corps de bataille de Lohéac approcha plus lentement mais son action fut bien plus dévastatrice. La bordée bretonne endommagea suffisamment les anglais pour faciliter les abordages et les contre-attaques des équipages bretons. 
Dans les combats qui se prolongèrent tard dans l’après midi, les 40 bâtiments bretons submergèrent les navires de sa majesté et prirent 15 navires. Six autres coulèrent corps et âmes tandis que la Edouard par la Grâce de Dieu, caraque amiral de la flotte anglaise explosa emportant avec elle le St Yves. Deux jours plus tard, il ne revint dans la Tamise que 8 bâtiments et 2400 membres d’équipages. Les pertes bretonnes s’élevaient à deux navires de guerre, le St Yves et la petite St Anne d’Auray ainsi qu’à un marchand. Mais les blessés et les morts se comptaient par centaines sur les ponts de l’escadre de Yann. La flotte retourna à l’Ecluse pour réparer, se réorganiser et se ravitailler. André de Lohéac répartit ses équipages sur les prises et renforça les bâtiments de son jeune collègue. Puis précédée par l’escadron de Quelennec le Jeune, la flotte de Bretagne qui maintenant comptait 51 navires de guerre et 19 marchands vogua tranquillement vers St Malo.
La fin du St Yves et de l'Edouard par la grâce de Dieu


 
 

dimanche 23 juin 2013

1474.Ep3. Histoire des marins de Bretagne. Commerce et Raid dans la Manche.



Lors du conseil de guerre de février, André de Lohéac prit Quelennec le Jeune sous son aile. Il décida de rassembler sur son navire un groupe d’officiers jeunes et expérimentés capables de mener des actions indépendantes avec de petits groupes de navires. Il lui confia l’écran de reconnaissance de la flotte qui partait pour la base avancée de St Valéry sur Somme. L’Amiral Lohéac conserva trente des navires bretons pour mener les opérations de convoyages et de patrouilles dans le Pas de Calais car Edouard IV avait rassemblé sa flotte malmenée dans la Tamise. Il ordonna que les navires marchands se rassemblent à Barfleur et soient escortés par au moins  un escadron, soit un tiers de la flotte. Un convoi partirait chaque mois vers les ports de Flandres et la Mer du Nord. La flotte entière les escorteraient jusqu’au Pas de Calais puis une garde plus légère les accompagneraient jusqu’à l’Ecluse ou Anvers.
Yann de Ranrouët, vice amiral de Bretagne, reprit en charge les navires qu’on lui avait confiés l’année précédente. En plus, il obtint le St Gabriel et le St Raphaël qui portèrent son escadron à 9 navires. Il mit les voiles en avril pour St Valéry en Somme. Puis, le vice-amiral partit pour la mer du Nord et le Danemark. Il se trouvait à Copenhague début Juin quand arrivèrent les navires hanséates en provenance des terres baltes. Il organisa un grand convoi destiné à l’Europe de l’Ouest. Le bruit courut à Copenhague que cette flotte marchande attirerait tous les corsaires et pirates du Skagerrak à la Mer d’Iroise. Pourtant, Yann de Ranrouët leva l’ancre le 17 juin à destination des Flandres. Le premier grand convoi du nord était formé. Il comprenait une cinquantaine de voiles, chargées de toutes les richesses du nord de l’Europe. Il transportait du bois, des fourrures, des métaux, de l'argent de bohême, de l'ambre de Prusse, du blé d'Allemagne et des graines de lin de Libau...etc.


Commerce en Baltique au XIVè siècle.

Jacques Danycan, gouverneur des iles anglo-normandes, passa l’hiver à faire des aller-retours entre St Malo et Jersey pour recruter des administrateurs et surveiller la construction de sa nouvelle caraque. Au printemps, il rassembla une troupe de 11 navires dans la capitale de son gouvernement. Il avait longuement discuté avec Lohéac et De Ranrouët avant de décider de piller l’ile de Wight avec une troupe de 2000 franc-archers de l’évêché de St Malo. La Notre Dame du lac était bien sûr de la partie et devait servir de navire de débarquement. Les amiraux avaient accepté cette diversion qui devait faciliter leurs opérations dans le Pas de Calais. Le mauvais temps et la forte houle de la Manche retardèrent le départ jusqu’en juin et la flotte n’arriva à St Helens que le 13 juin. Le débarquement fut un succès. Les anglais défendant le fort s’enfuirent. Dans la foulée, Jacques Danycan prit le Manoir de Nettlestone. De là, il s’empara de l'abbaye de Ryde le 14. Mais les milices du Hampshire arrivèrent à Cowes ce jour-là. Sous leur pression, Jacques Danycan retraita vers Sandown Bay où il rembarqua avec son butin sous la protection des canons de sa flotte. Le 19, il appareillait pour les Iles anglo-normandes.


Carte de l'ile de Wight, 1724, http://www.iwhistory.com/

Lorsque la nouvelle arriva à Londres, Edouard IV crut à un débarquement en force des bretons et des français. Il mobilisa massivement ses troupes et ordonna à  sa flotte de la Manche de couper le ravitaillement des envahisseurs. Le 1er juillet, les 30 meilleurs navires de la flotte anglaise firent escale dans le port de Calais tandis que le roi d’Angleterre arrivait à Cowes où il réorganisa la surveillance des côtes de l’ile. Edouard IV pensa que le pire avait été évité. Au même moment, Yann de Ranrouët arrivait avec son convoi à l’Ecluse tandis qu’André de Lohéac, apprenant la sortie de la flotte anglaise, appareillait de St Valéry en Somme. les adversaires étaient prêts pour la seconde manche.
 


 

lundi 17 juin 2013

1473. Ep2. La Manche en Feu.

Le St Michel partant de St Malo. (peinture de G. Hunt de la Mary Rose)




Les 9 navires de Yann de Ranrouët levèrent l’ancre de l’embouchure du Blavet, le 14 mars 1473. Le nouveau vice-amiral de Bretagne surveillait son escadre du château de son nouveau navire : le St Michel. Il regardait voguer la Notre de Dame du Lac qui hissait déjà sa grande voile latine. Elle allait faire route seule, le long de la côte de Bretagne pour profiter des points d’eau et de ports pour se ravitailler. Elle devait aller jusqu’à St Malo et passer sous le commandement d’un des corsaires les plus réputés de la ville, Jacques Danican. Elle était la seule des navires envoyés en méditerranée à ne pas servir sous ordres pendant cette croisière. Elle n’avait plus sa place dans son escadre dont les navires avaient été rénovés et grées pendant l’hiver en trois mâts à la portugaise. Canons et sabords avaient été installés et des boulets de fer étaient empilés dans les soutes. Les informations que Quelennec le vieux lui avait fait parvenir étaient alarmantes. L’Angleterre reconstruisait sa flotte et on comptait par dizaines les navires en chantier dans l’estuaire de la Tamise et de la Solent. Il remarqua que les lourdes caraques, si elles rendaient quelques encablures au St Michel et au St Yves, tenaient mieux la mer et le rythme de l’agile St Anne d’Auray. La combinaison d’une coque à carvel et du nouveau gréement donnait à son escadre une meilleure unité. Il en eut confirmation quand ils arrivèrent trois semaines plus tard en la ville de St Malo. Deux escadres étaient déjà au mouillage, celle des corsaires de St Malo et celle d’André de Lohéac. Le soir même, l’Amiral de Bretagne lui confiait quatre nouvelles caraques de guerre. Au St Michel et au St Yves, André de Lohéac ajouta deux caravelles armées de 12 canons, la St Anne d’Auray et la Lokmaria et quatre caraques de guerre neuves de 24 canons, le St Pol construit à Morlaix, le St Gwénolé de Brest et les St Tugdual et St Corentin, construits à Port-François. Le 17 avril, son escadron partit croiser au large de Calais et servir d’avant- garde à la flotte qui allait patrouiller plus à l’ouest. Ces deux escadres fortes de tous les navires de Bretagne comptaient 30 navires de guerre et devaient empêcher que les anglais ne reprennent aux français et aux bretons la suprématie navale dans la Manche. Pendant ce temps, Jacques Danican attendit impatiemment l’arrivée de la Notre Dame du Lac et mit les voiles pour la Normandie, le 10 mai avec 10 navires corsaires de St Malo.
Pavillon de l'Amirauté bretonne

St Valéry en Somme. Réunion des capitaines bretons à bord du St Michel.

« - Messieurs, les informations que nous ont fournis les agents du roi et de Rohan, sont alarmantes. Ces damnés godons ont rassemblé une flotte d’une cinquantaine de navires dans la tamise et un escadron de 10 bâtiments s’apprêtent à appareiller de Bristol. Nous laisserons les irlandais s’occuper de ces derniers. déclara le vice-amiral Ranrouët. Nous nous devons de conserver notre suprématie sur Manche.
- Je suppose qu’ils ont rénové leurs 30 vieilles barques et construit 20 nouvelles caraques, ajouta Quelennec le jeune. Si elles sont chargées de troupes, ça fait au moins 5000 hommes d’équipages et 5000 hommes de troupes. Comment font-ils pour ravitailler tout ce monde ?
- Leur objectif est soit très proche, soit ils vont longer la côte anglaise pour profiter des ports du sud de l’Angleterre. Sans ravitaillement, la Picardie est trop loin et je pense que l’escadre de Bristol n’a qu’un seul rôle : approvisionner la flotte si elle réussit à se glisser hors de la manche.
- Donc, leur objectif serait l’Irlande. Henry Tudor va adorer ça !
- Oui, mais ils ont un second objectif : Nous. Ils doivent se débarrasser de notre flotte et de nos corsaires s’ils veulent être tranquilles en mer d’Irlande pour assiéger l’ile de Man ou Dublin.
- Dés qu’on les aperçoit, il faudra prévenir l’amiral. Ma caravelle est là pour ça. Elle est plus rapide que la St Anne. affirma le capitaine de la Lokmaria.
- André de Lohéac patrouille déjà dans l’ouest de la Manche, reprit l’amiral de Ranrouët. Nous devons ralentir la flotte anglaise et le prévenir de son passage du pas de Calais. Nous allons donc fonctionner différemment et former une ligne de patrouille de trois groupes. Du nord au Sud, St Tugdual et St Corentin seront sous les ordres de Quelennec puis St Michel et St Yves dont j’assurerai le commandement et enfin, St Gwénolé et St Pol fermeront la ligne dirigés par Hervé de Kerouadès. Les caravelles patrouilleront en avant et au nord de la ligne par alternance et une d’entre elles sera toujours avec mon groupe. Restez à portée de vue les uns des autres. Si vous voyez la flotte anglaise, hissez un drapeau bleu. Pendant le combat, ne vous engagez pas bord à bord. Harcelez- les ! On est trop faible pour leur barrer le passage. Tirez puis dégagez. Visez les coques. Coulez en quelques-uns. Ne montez pas à l’abordage ! On est là ni pour faire des prises ni pour prendre des prisonniers, on est là pour gêner, retarder et énerver cette armada. Filez si vous êtes débordés puis revenez et recommencez ! Messieurs, si vous n'avez pas de questions, alors... Buvons à la défaite des Godons.


mercredi 12 juin 2013

1472. Ep2. Guerre Navale, Guerre d'unification irlandaise.



En avril, le traditionnel convoi d’écus français arriva dans la capitale bretonne. Il était deux fois plus long que celui de l’année précédente. Pierre Landais assura son transfert vers le Blavet où se concentrait peu à peu les services de l’amirauté. Le chantier naval poursuivait ses constructions et on posa la quille de deux nouvelles caraques de guerre en juin. Les deux premières terminèrent leurs essais le 17 mars. Quelennec le Vieux les inspecta, il fit quelques remarques sur l’évolution de la marine depuis son jeune temps en bougonnant et toujours plein de morgue, admit ces deux nouveaux bâtiments au service actif, le 4 avril. Dix jours plus tard, elles partirent sous la direction d’André de Lohéac pour Morlaix où elles rejoignirent l’escadron du Ponant. Armées de canons tirant des boulets de fer, l’escadre transportait une cargaison de grande valeur : les 15000 livres que le roi envoyait chaque année à Jasper Tudor et elle escortait dix navires marchands transportant les bandes du Trégor et de Cornouailles que le roi avait louées au nom du dernier représentant des Lancastres. L’escale à Dublin fut des plus agréables et la flotte réduite aux seuls navires du duc mit le cap sur la Manche et la Normandie à St Jean. Elle se ravitailla à Barfleur en juillet et remplaça l’escadron de cinq navires qui avait patrouillé devant Calais depuis le début du printemps sur demande du Roi. Lohéac décida de prendre les choses en main et porta son escadre sur les côtes wallonnes. Il s’y empara de quelques navires anglais mais surtout en coula un certain nombre. Les boulets de fer faisaient merveille contre les navires marchands du roi d’Angleterre. Cette faillite de la flotte anglaise permit de couper le commerce de la laine pendant août et septembre. Cela mit en rage parlement, marchands et londoniens qui exigèrent du roi une action plus énergique dés la construction de la nouvelle flotte. A la mi-octobre, André de Lohéac mit le cap sur St Malo où il fit panser les plaies de ses hommes et hiverner sa flotte.

Le 3 aout, un curieux cortège de navires entra dans l’embouchure de la Loire. On reconnut facilement les 4 navires marchands qui revenaient de Lisbonne et qui avait quitté la cité ligurienne au printemps. Mais les 5 caraques, la caravelle et la galère qui se présentèrent firent sortir les habitants sur les quais et l’information fut criée de rues en rues jusqu’au château de Nantes. Menée par la Ste Anne d’Auray et la Notre-Dame du Lac dont les avirons battaient les flots, la flotte se glissa dans le port grâce à la marée. Yann de Ranrouët ramenait sa flottille dépareillée, usée jusqu’à la corde par le temps, les embruns et le manque d’approvisionnements navals. Il avait aussi contracté un certain nombre de dettes à Lisbonne pour assurer son ravitaillement en eau et en nourritures. Il savait qu’il aurait un très long rapport à faire à son duc et à son amiral. Mais aujourd’hui, il voulait profiter de ce que tous ressentaient. Ils étaient revenus et allaient fêter ça dans leurs familles et avec leurs amis. Jean de Quelennec et le duc comptaient les navires d’une des tours du château. Le vieil amiral se dit qu’il allait passer un certain nombre de soirées avec le Jeune Ranrouët pour obtenir toutes les informations et l’expérience qu’il avait pues glaner au cours de ses deux ans d’absences. Il mit cela de côté et demanda avec un rare sourire au duc de prendre congé pour aller retrouver son fils. Celui-ci lui ordonna de l'amener à dîner avec son commandant. François II voulait avoir la primeur des aventures de son chevalier de Noirmoutier.
Les provinces historiques d'Irlande.


L’arrivée des bandes bretonnes en Irlande changea la donne politique. Henri Tudor obtenait ainsi un corps de professionnels autour duquel construire une armée. Il rassembla ses soutiens du Pale (enclave anglo-normande autour de Dublin) et accompagné de Gerald de Kildare, il passa le mois de juillet à rallier par la force ou par la persuasion les lords de la province de Leinster. Henry Tudor savait que ses droits à la couronne anglaise étaient très tenus, mais les assassinats de l’année 1471 avaient renforcés sa détermination. Il poussa, cajola et força la main aux lords du Pale en maniant la carotte (l’or de Louis XI) et le bâton (la seule armée professionnelle d’Irlande). En août, les nobles anglo-normands et irlandais de Leinster s’étaient ralliés à son commandement. Le jeune Henri, son oncle Jasper et Gerald Fitzgerald de Kildare décidèrent de soumettre les provinces du sud. Le 3 septembre, des espions de Kildare ouvrirent les portes de Waterford à l’armée de Jasper. Deux jours plus tard, il écrasa l’armée du roi de Thomond et sa cavalerie captura de nombreux chefs de clans, le roi et son allié le earl de Ormond. Henri envoya des ambassadeurs au roi de Desmond. Ravitaillée par les corsaires de Dublin et de St Malo, son armée atteignit Cork le 3 octobre. Le roi de Desmond était dans les murs et poussa la municipalité à se rendre. La double menace navale et terrestre suffit à les dissuader. Le lendemain, Tadg Liath mac Domhnaill, roi de Desmond fit allégeance à Henry Tudor. Il préférait un roi en Irlande qu’un roi à Londres. A Noël, tandis que Jasper restait à Cork hiverner, Henry Tudor revint à Dublin avec le roi de Desmond et Gerald Fitzgerald. Il prépara une session parlementaire exceptionnelle pour la St Patrick. Il y convoqua les nobles les plus importants de Connaugh et d’Ulster ainsi que ses vassaux des provinces de Leinster et de Munster. Prenant des otages dans leurs familles, il libéra les chefs de clan qui lui rendirent l’hommage-lige et les nomma comte de leurs territoires. Enfin, il commença à prendre des cours d’Irlandais.

samedi 8 juin 2013

1473. Ep3. Croisade au Maroc.

En juillet, les navires de la flotte portugaise traversèrent le détroit de Gibraltar. Débutée pour venger la chute de Constantinople en 1453, la croisade d’Aphonse V du Portugal devint, faute de participants, une affaire purement portugaise destinée à acquérir le contrôle du détroit et à obtenir des têtes de pont sur le continent africain. Le roi Alphonse avait échoué, en 1463 mais cette fois, il se présentait avec environ 30000 hommes et pas moins de 500 navires devant la ville d’Assilah. Dans cette armada, les bretons n’avaient pas une place de choix. La chaleur, le manque d’eau potable et les retards des soldes rendirent les équipages mécontents dés le début de la campagne. Ils s’étaient habitués à l’administration efficace de Pierre Landais et rechignaient à combattre dans ces conditions. Pendant le mois de juillet, Yann de Ranrouët réussit à tenir ses troupes et à maintenir une certaine entente, même si les problèmes s’empilaient peu à peu. Partis en croisade, les Portugais n’acceptaient pas la présence de mercenaires qui se battaient pour l’argent et non pour la foi. Les bretons, eux, n’acceptaient pas d’être tenus à l’écart de la vie sociale du camp et d’être méprisés. Après trois semaines de siège, la cité tomba le 24 aout.
Assilah, forteresse portugaise construite à Assilah
après 1471 qui contrôlait le détroit de Gibraltar..
L’entrée dans la cité tourna rapidement à l’hallali. Alors que les bretons appliquaient leur pratique habituelle, foncer vers le centre de la ville, bloquer les rues les plus opulentes et les vider consciencieusement en les interdisant aux autres pillards, les portugais s’attaquèrent aux mosquées et à la population. Trois semaines de privations avaient transformées l’armée croisée. La haine de l’infidèle et du pirate barbaresque dominait les esprits. A la fin de la soirée, il ne régnait pas dans la ville le silence pesant des cités vaincues. Les bretons et leurs butins étaient au beau milieu d’un maelstrom de hurlements, de gémissements, de rires obscènes et de cris de furies. L’armée entra en ébullition. Les hommes laissés sans ordre dévastaient la ville, se servaient en objets, en femmes, en filles et même en garçons. Quelques bretons se joignirent au chaos, la plupart restèrent pour défendre les rues qu’ils contrôlaient. Ils durent jouer des poings et de la dague plusieurs fois pour que les pillards aillent vider leur rancœur ailleurs. Les soudards visaient particulièrement les lieux de culte. Certaines mosquées furent prises d'assaut sans attendre la sortie des habitants qui s’y étaient réfugiés, d’autres détruites pierre par pierre, la plupart souillées. Vers midi, alors que la chaleur accablait les derniers Portugais éveillés, Yann rassembla sa compagnie et décida de regagner le camp. Comprenant que les mercenaires allaient s’en aller, les musulmans dévoilèrent leurs dernières cachettes pour se faire escorter hors de la ville. A l’approche des portes de la cité, le groupe de mercenaires et de citadins fut confronté à une bande de maraudeurs qui voulut s’en prendre à leur butin et aux habitants. Bretons et Portugais échangèrent des menaces et les épées sortirent des fourreaux. L’arrivée inopinée de chevaliers de Malte permit de calmer les esprits. Ils ramenaient d’anciens captifs chrétiens. Se mettant à leur service, Yann de Ranrouët réussit à extraire sa compagnie et ses réfugiés des ruines d’Assilah. Dés les portes de la cité franchies, les marocains s’égayèrent dans la nature.
La vielle ville d'Assilah au XXè siècle.
Pendant deux jours, les mercenaires attendirent à l’écart que la destruction et le massacre se terminent. Le 26 aout, Alphonse V envoya à Tanger les dernières troupes organisées de son armée. A l’annonce de la chute d’Assilah, la ville se rendit. Bretons, chevaliers portugais et gardes du roi entrèrent dans le calme. Le pillage fut prohibé sous peine de mort. Les mosquées devinrent des églises et les musulmans furent autorisés à partir vers Fès. Dans les deux villes, on s’activait à renforcer et à améliorer les défenses car on s’attendait à une attaque de représailles. Le 30, Yann de Ranrouët partagea le butin d’Assilah entre ses hommes pour qu’ils profitent de Tanger. Convoqué par Alphonse de Portugal, il obtint une gratification pour la prise de la cité mais aussi pour qu’ils s’en aillent. Leurs actions et leurs présences n’avaient pas été appréciées dans l’armée croisée. En septembre, les navires bretons arrivèrent à Lisbonne où les trouva un messager du duc. Après avoir acheté du ravitaillement, les bretons firent voile vers la Méditerranée.

jeudi 6 juin 2013

1471. Ep1. Egos bretons au nouvel an.

A Nantes, le duc félicita ses conseillers pour leurs réalisations pendant l'année précédente. Il accueillit avec joie ses trois marins préférés dont les parts de prises avaient remplies les coffres du duché. Il souhaita la bonne année à tous et les remercia d’avoir fait de la Bretagne un duché fort, industrieux et commerçant. Puis il les invita tous à profiter du festin qu'il avait fait préparer. Yann de Ranrouët était perdu dans cette cours de Bretagne. Mais son nouveau statut de Chevalier l'obligeait envers le duc. Ce titre et celui de capitaine de Noirmoutier lui donnait droit à une pension confortable. François II l'avait promu pour lui donner plus de pouvoirs dans la flotte. Il devait d’ailleurs retourner à Oléron dés les premiers beaux jours pour en rapatrier la garnison. Comme il n’était pas du tout à l'aise, il se mit à raconter des histoires au jeune héritier. Des années plus tard, François II lui avouera qu'il avait secrètement chanté ses louanges, ce soir-là car il ne savait pas quoi dire à son propre fils. Il ne l'avait pas vu pendant un an et le trouvait déroutant.
Chateau des Ranrouët tel qu'il fut en 1469 après la reconstruction réalisée par Yann de Ranrouët.
Il abrite aujourd'hui le Musée des Bandes Bretonnes.
 A la droite du duc se tenaient Marie de Bretagne et son époux Jean II de Rohan. Depuis son passage sur une caravelle, Jean avait pris contact avec les charpentiers du Blavet et en avait débauché trois pour transformer un gros navire de Morlaix. Le premier trois mâts doté de sabords devait être lancé au printemps à ses frais. Ce n'était qu'une adaptation, un gréement de caravelle redimensionné posé sur une coque de caraque. Il comptait bien participer à la première croisière de son nouveau navire vers l’Ibérie puis vers les Flandres. Il avait d'ailleurs un stock important de toiles de lin à écouler.
 Sa femme n'était pas du tout d'accord. Elle avait porté sa fille et accouché pendant que le duc courrait la Guyenne. De plus, elle avait assuré la garde de son neveu et la bonne gestion des fiefs. Malgré une abondante domesticité, elle était si épuisée à la naissance que l'accouchement avait failli tourner au drame. Jusqu'à ce qu’il accepte, elle lui mènerait une vie infernale.

André de Lohéac jubilait. Il avait appris la veille que Jean III de Quelennec se retirait. Le duc avait décidé de lui accorder son office jusqu'à ce que l’héritier de Quelennec aie fait ses preuves sur mer. Le duc voulait un officier capable de commander sa flotte. Jean IV de Quelennec avait donc été nommé capitaine d'un navire et André Amiral de Bretagne. Le vieux Quelennec avait décidé de rester à Blavet et d'y apporter tous ses talents d'organisateur. S'il était revenu fatigué de sa dernière campagne, il avait assuré André qu'il pouvait encore diriger un bureau et avoir des idées. Jean de Rohan et lui voulait d'ailleurs lancer un nouveau type de navire qu’ils appelaient la caraques de guerre.

Guillaume Chauvin avait passé le mois de novembre et décembre à contacter des familles illustres de France pour trouver une femme bien dotée pour son duc. Deux réponses étaient arrivées à Nantes. Deux grandes familles françaises : Gaston de Foix et Louis de Bourbon-Montpensier avaient accepté d’étudier sa proposition de mariage. Enfin, le rattachement du service des postes à sa chancellerie l'avait comblé d'aise. Même si l’ambassade à Rome n'avait pas obtenu un archevêché pour la Bretagne, des contacts avaient été pris et les clauses ecclésiastiques du traité d'Étampes reconnues par le Pape. L’évêque de Nantes n'avait plus qu'à s'incliner et le roi de France aurait bien du mal à revenir sur cette clause.

Pierre Landais avait reçu peu du duc. Ce dernier savait pertinemment qu'il se servait dans les caisses du duché. Les revenus des douanes avaient augmenté, les sècheries fonctionnaient bien, les fouages, les devoirs, les aides rentraient correctement et les contrats des bandes avaient été réglés. Même si le duc dépensait, surtout dans ses tours d’artillerie, le trésor ducal se remplissait peu à peu et les négociants nantais l'avaient même associé dans certaines affaires à gros bénéfices. Il avait beaucoup discuté avec deux lombards pendant l’automne Pierre Thedaldi et Thomas Bartoli. Ces hommes lui avaient donné une idée. Peut-être que son deuxième fils pourrait tenter cette nouvelle aventure et un petit voyage à Florence l'aiderait aussi à mûrir.

Jean de Bretagne dînait à côte de son père et écoutait les histoires du chevalier de Ranrouët. Sa tante l’avait accueilli à partir d'avril. Il avait découvert les forges, les forêts, les livres de son oncle et avait reçu ses premiers cours de français, latin et breton. Son père avait spécialement insisté sur ces derniers après le siège de Picquigny. Il avait aussi une petite cousine fort bruyante et de nouveaux jouets, des cavaliers, des canons et des franc-archers sculptés dans du chêne de Rohan. Il avait passé la meilleure année de sa vie, loin de l’étiquette de la cour et elle avait été pleine de découvertes qui le fascinaient encore. Il écoutait avec envie son voisin qui lui parlait de la mer et d’un petit navire fascinant, la caravelle. Il avait sept ans et toute la vie devant lui.

Le fils bâtard du duc se tenait loin de la table principale. La présence de l'héritier l'avait poussé à l'écart. François d'Avaugour avait 8 ans. Ce soir-là, il ressentit pour la première fois sa place d'enfant illégitime et il n'aima pas ça.
Armoirie de François d'Avangour, fils illégitime de François II de Bretagne et d'Antoinette de Bagnolet.