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vendredi 28 juin 2013

1475. Ep2. Temps de paix en Bretagne.


François II vit la paix arrivée avec soulagement car l’énorme effort maritime qu’il avait entrepris commençait à peser sur ses finances et sur la population. L’armement de 50 navires avait prélevé une si forte partie de la population de pécheurs que la pêche, les sécheries et le commerce maritime avaient connu leur première baisse d’activité depuis les réformes de Pierre Landais. André de Lohéac restructura la marine bretonne par soucis d’économie et parce que Louis XI ne continuerait pas à financer une flotte aussi importante en temps de paix. Il diminua le nombre de navires en escadre à 20. 16 carvels et 4 caravelles se répartirent en deux escadrons, le premier à Morlaix et le second à Port-François qui resta le premier centre de ravitaillement et de construction des navires du duc. Le trésorier des Guerres vendit les plus endommagés et les plus anciens aux enchères à Nantes et Morlaix. Les agents de Jean de Rohan en acquirent cinq qui complétèrent la flotte embryonnaire du prince-marchand de Bretagne. Les acheteurs malouins cherchaient eux des navires armés car ils avaient obtenus du Sire de la Mer, le droit de s’armer en corsaire pour des nations étrangères. C’est ainsi que Jacques Danycan repartit en Irlande avec une dizaine de bâtiments malouins. La Notre Dame du Lac connut un sort plus funeste. Décortiquée par les charpentiers de Port-François, elle ne fut remontée qu’en 1477 et finalement, vendue. Yann de Ranrouët conserva le commandement de la Grande Escadre dite aussi escadre du ponant tandis que Quelennec le Jeune garda celui de l’escadron de Port-François. La Grande Escadre perdit nombre de navires anciens et ne se composa plus que de 12 carvels et de 3 caravelles à partir de 1475. André de Lohéac décida de maintenir les 8 caravelles garde-côtes pour lutter contre la contrebande en Manche.
Le retour des marins permit de réarmer de nombreux navires marchands et bâtiments de pêches dés l’été et les échanges avec les Flandres et la péninsule ibérique reprirent rapidement. Les navires bretons étendirent leurs rayons d’action jusqu’à Hambourg et jusqu’à la méditerranée. Si la Hanse dominait la Baltique, si les Anglais conservèrent l’avantage dans leurs relations avec les Flandres, les Bretons supplantèrent les autres nations dans le domaine du transport atlantique de marchandises. Seul, le Portugal maintient un commerce florissant autour du sucre de ses iles atlantiques. L’Irlande, encore en guerre avec les Anglais, entra directement dans le commerce breton. Rohan y écoula des armes et des canons tandis que les négociants de Morlaix y vendirent en priorité du vin, du sucre et du blé en surplus en Basse- Bretagne. Ils ramenèrent de la laine, des plants de lin et des peaux. Les plants de lin connurent un grand succès en Bretagne en raison de leurs faibles couts par rapport à ceux de la baltique. Pendant un temps, la laine approvisionna les ateliers de draps autour de Rennes et Vitré mais elle était trop concurrencée par la production de l’élevage breton qui se développait sur les terres incultes. Ainsi, la laine et les peaux d'Irlande disparurent rapidement du marché breton. Enfin, les malouins y trouvèrent un terrain de chasse idéale sous les ordres de Jasper Tudor avec la bénédiction du duc et du roi de France.


La Forteresse d'Ancenis, complétée en 1484, fut creusée dans la rive de la Loire et les parties vulnérables aux boulets construites en briques qui absorbaient mieux le choc des boulets de métal.
La diminution des dépenses militaires permit au duc de s’atteler à de nouveaux projets. En mai, il décida en son conseil de guerre de rénover les défenses de châteaux de sa marche avec la France. Il s’agissait de changer le dessin des forteresses pour adapter tours et murs à l’usage de l’artillerie. François II prit alors deux décisions qui changèrent la Haute - Bretagne. Il imposa une nouvelle architecture des forts avec des tours plus basses, semi-enterrées, aux murs doublés en épaisseur et capables de supporter deux à quatre pièces d’artillerie tirant en enfilade. Deuxièmement, il décida de rénover les routes de Bretagne pour faciliter le transport des pierres nécessaires aux nouvelles constructions et l’approvisionnement des forteresses. Ancenis et Fougères seraient les deux premières cités à profiter de ces innovations. Il exonéra les transports de pierres de tous péages et de toutes taxes vers ces deux destinations à condition qu’elles proviennent de carrières bretonnes.





Les nouveaux murs de Fougères complétées en 1487. le talus à gauche fut obtenu par le creusement des fondations et des douves.
Allié de la France contre le Téméraire, François II ne se préoccupait pas de la réaction de Louis XI concernant ces deux forteresses. S’il avait obtenu le contrôle des iles anglo-normandes jusqu’à la paix, les agents du duc l’avaient informé de l’opposition des parlementaires parisiens à l’enregistrement du traité d’Angers. Or, depuis février, Louis XI n’avait pas obligé son parlement à officialiser ce traité. Connaissant le pouvoir du roi de France et sa volonté implacable de le faire appliquer, François II comprit rapidement qu’il s’était fait berner par le résident de Plessis-lès-Tours. C’est ainsi qu’il exigea une petite hausse des tarifs de recrutement de ses mercenaires en août lorsque les trésoriers du roi vinrent recruter les Bandes du Léon et de Cornouailles. Cette petite vengeance ne mena à rien. Le jour de la St Michel, au dernier jour des Grands Jours de Rennes, François II annonça la transformation de cette cour de justice en Parlement.

Jean II de Rohan fut bien aise à l'automne quand sa femme lui apprit qu'elle était enceinte. Yann de Ranrouët, seigneur de Noirmoutier, vice-amiral de Bretagne le fut aussi quand il épousa la fille de Guillaume Chauvin, Isabelle, de 10 ans sa cadette. Ses témoins furent André de Lohéac et son ami Rohan. Enfin, Pierre Landais apprit que son fils se mettrait sur le chemin du retour à la nouvelle année. Son grand projet allait prendre forme.

mercredi 26 juin 2013

1474. Ep6. Vers une 3ème manche ?

Lorsque les Malouins avaient envahis l’ile de Wight, les Londoniens avaient réagi avec énergie et détermination. Nombre d’entre eux s’étaient engagés dans les équipages de la flotte. Edouard IV, roi d’Angleterre et Seigneur d’Irlande, avait chevauché immédiatement jusqu’à Portsmouth mobilisant au passage toutes les bonnes volontés qu’il rencontrait. Si le raid avait fait craindre une invasion, la défaite à Calais du 23 juillet rendit la menace parfaitement crédible pour nombre d’habitants du sud de l’Angleterre. Un sentiment d’effroi se répandit dans les campagnes et dans la ville de Londres. Les Français arrivaient. Le Roi prit des mesures d’urgence. Il ordonna de réquisitionner les meilleurs navires marchands présents dans la Tamise et de maintenir les milices en armes jusqu’à l’arrivée des vents violents d'automne. Le Parlement accepta de financer ce nouvel effort. Dans le Kent, le Sussex, et le Hampshire, la population resta en armes toute la saison, s’entraînant et surveillant constamment le littoral. Si elle aperçut de temps en temps un navire battant croix noire ou fleur de lys, elle ne vit jamais une flotte arrivée sur les côtes et débarquée une horde de Français ivres de vengeance. Fin septembre, une violente tempête annonça la fin de l'été et des grandes opérations maritimes. Edouard démobilisa ses troupes et espéra passer l’hiver tranquillement à remettre en ordre flotte et défense. Mais les grognements se développaient en Angleterre et la populace manifestaient publiquement son dédain pour le roi. En raison des fortes pertes navales, des réquisitions et des troubles dans le commerce, Londres, Douvres et Calais connurent quelques incidents publics. A l’hiver, même s’il avait ramené un semblant de calme, Edouard avait mauvaise réputation et l’arrivée d’émissaires français et breton n’avait rien arrangé.

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Représentation de la Tour de Londres au XVè siècle. 
 
La flotte bretonne revint dans ses ports rapidement après la bataille de Calais. André de Lohéac succéda à son compère Jean Quelennec dit le Vieux et on lui donna immédiatement le surnom de son prédécesseur. Se considérant comme trop âgé, André ne souhaitait plus prendre la mer. Mais, il fut nommé Seigneur de la Mer en charge du maintien et de la direction générale de la flotte bretonne. Ce titre supplantait celui des Amiraux de Bretagne. Le Seigneur de la Mer siégeait à Port-François et menait les services et la stratégie de la marine bretonne. Il était aussi le président du conseil de guerre de Bretagne en l’absence du Duc. Quelennec le Vieux, malade, se retira et mourut aux premiers frimas. Pour lui rendre hommage, André de Lohéac nomma un des nouveaux navires de son prénom : Le Vieux Jean, caraque de guerre de trente canons servie dans la marine bretonne jusqu’en 1540. Le duc promut Quelennec le Jeune au rang de vice-amiral, sans lui accorder les droits de l’amirauté qui revinrent au Seigneur de la Mer. Yann de Ranrouët prit en charge la Grande Escadre de Morlaix qu’André de Lohéac porta à 40 navires. A Port-François, Quelennec le Jeune commandait 10 bâtiments de la dernière génération. Il était chargé de leurs entraînements et de leurs améliorations. André de Lohéac voulait ainsi sanctuariser le Golfe de Gascogne et la Mer d’Iroise tandis que la Grande Escadre devait bloquer toute pénétration anglaise dans les eaux de Bretagne. Il entama aussi une étude des différents ports de la Bretagne Nord car depuis deux ans, le port et le chantier de Morlaix étaient constamment surchargés. Il fallait trouver un site approprié pour y développer un Port Ducal. Enfin, cannibalisant les prises anglaises et grâce aux fournitures navals en provenance de la Hanse, le Vieux réussit à porter la flotte bretonne à 60 navires. Elle comprenait dix caravelles garde-côtes, 8 caravelles d’escadre et 42 carvels, nom que le vieux attribua aux nouvelles caraques de guerre. La flotte bretonne passa la fin de l’été à patrouiller la Manche mais surtout à réparer les navires endommagés et à se réorganiser. Après l’équinoxe d’Automne, Quelennec le Jeune emmena son escadron vers le sud. Il embarquait les ambassadeurs du Duc auprès des puissances ibériques et de la papauté.

A la fin aout, Louis XI décida d’envoyer des ambassadeurs en Angleterre pour demander une trêve. Depuis la bataille de Calais, il pensait qu’Edouard IV n’avait plus les capacités de mener des actions sur le continent pour au moins deux années. Les Irlandais et les Bretons faisaient le travail pour lui. Ils avaient battus une flotte anglaise et auraient le champ libre l’année prochaine dans la Manche et la mer d'Irlande. A la toussaint, il envoya au duc les financements pour la flotte de Bretagne ainsi que pour le recrutement des Bandes de Retz, Rennes, Vannes et Nantes. En Angleterre, Philippe de Commynes et Jean de Rohan, émissaires de Louis XI et de François II, rencontrèrent de nombreuses résistances. Pourtant, Louis XI ne demandait qu’une trêve de plusieurs années et le Duc de Bretagne le contrôle des iles anglo-normandes. Mais, les Anglais ne désiraient pas la paix. La situation financière et militaire du royaume d’Angleterre était difficile. Cependant, le peuple, les marchands et la noblesse ne pensaient qu’à obtenir réparations de la France et de la Bretagne pour les pertes humaines, territoriales et navales des années précédentes. En décembre, lors d’une audience royale, Edouard IV demanda non seulement le retour des iles anglo-normandes mais aussi, celui de l’Irlande sous l’autorité de son seigneur légitime. En coulisse, il déclara que cette déclaration avait juste pour but de calmer la rue et qu’il était prêt à continuer les pourparlers. Philippe de Commynes et Jean de Rohan étaient sceptiques car ils connaissaient les préparatifs navals et militaires qui se déroulaient dans la Tamise et à Douvres. Apprenant cette situation, le roi de France décida d'employer toutes les armes diplomatiques dont il disposait. Le 18 décembre, trois courriers partirent le long de la Seine, vers la Manche.
Le Palais Royal du Louvre au XVè siècle, représentation tirée des Richesses Heures du Duc de Berry.

 

 

lundi 24 juin 2013

1474. Ep4. Seconde Manche.

Les premiers incendies qui furent déclenchés pendant cet été - là s’embrasèrent en Irlande. Henry Tudor et Tadgh Liath MacCarthy mirent les frontières de l’Ulster à feu et à sang à partir du mois d’avril. Puis, ils passèrent à l’offensive en juin. Alors que la flotte de Jasper Tudor assurait le ravitaillement de l’armée, les troupes entraînées par les Bandes du Trégor et du Penthièvre progressèrent lentement vers le nord et assiégèrent Belfast à partir du 10 juillet. Si la prise de la cité, le 3 aout, sonna le glas de la résistance sur la cote est de l’Ulster, le roi du Tyrone, Henry O’Neill poursuivit le combat. Son clan ne baissa pas les armes malgré sa défaite à Portglenone le 27 et il lança raids et pillages sur les territoires que contrôlaient Henry Tudor et ses alliés. L’armée d’Irlande arriva sur la Foyle le 1er septembre. La mise en place d’un blocus naval par Jasper Tudor permit la reddition de Derry, le 7. A l’automne, Henry Tudor y installa une forte garnison et mit son armée en quartier d’hiver autour de Belfast. S’il contrôlait les littoraux et les ports de l’Ulster, Henry n’avait pas rallié l’intérieur des terres. Pourtant, les forces du clan O’Neill déclinaient rapidement. les désertions se multipliaient. En septembre, Henry Tudor envoya son oncle Jasper en Bretagne acheter du blé. La guerre avait ruiné l’agriculture dans le nord de l’Irlande et Il voulait gagner les populations à sa cause.
Bristol médiéval.
 
Après son succès à l’ile de Wight, Jacques Danycan passa juillet à St Malo où il procéda aux essais de sa nouvelle caraque. Puis, il mit les voiles vers le canal de Bristol où il tenta de surprendre l’escadron anglais qui s’y trouvait depuis un an. Si Jacques Danycan prit quelques navires marchands, l’escadre anglaise resta à l'abri dans la Severn malgré ses pillages de la côte galloise et cornouaillaise. En septembre, le Gouverneur retourna en Bretagne puis il prit le chemin des iles anglo-normandes pour y passer l’hiver.
A l’Ecluse, 20 navires marchands bretons attendaient le grand convoi du nord. Les négociants d’Armorique firent rapidement leurs affaires, échangeant vins, toiles et draps contre les denrées de la Baltique. Grâce à la protection de l’escadron de Yann de Ranrouët, ils eurent des conditions préférentielles dans les échanges et une bonne partie des cargaisons de la Hanse finit entre leurs mains. Cela indigna les commerçants de Bruges qui durent payer le prix fort et qui s’empressèrent de renseigner la flotte anglaise à Calais. Celle-ci appareilla dés le 11 juillet et se tint en embuscade prête à fondre sur la flotte marchande bretonne. Les 30 navires bretons ne sortirent de la rade de l’Ecluse que le 17 juillet. Dés le départ, Yann de Ranrouët s’inquiéta car les navires marchands n’étaient pas aussi modernes que les siens et louvoyaient moins bien contre les vents d'ouest. Sa progression était donc très lente et il devait régulièrement attendre les moins rapides pour éviter de faire des retardataires des prises faciles. Le 23 au matin, ses équipages aperçurent la flotte anglaise dans la pire des position. Elle arrivait toutes voiles dehors et elle avait le vent pour elle. Yann sut de suite qu’il était surclassé. Ses bâtiments s’interposèrent entre les caraques anglaises et celles des marchands. Les navires bretons ne réussirent à lâcher qu’une seule bordée qui fit des dégâts importants mais insuffisants. L’avant-garde anglaise prit d’assaut l’escadre de Yann. Les équipages de la Bretagne se défendirent avec furie. Les franc-archers, vétérans de la Solent, de Méditerranée et des raids en mer d’Irlande menèrent les marins et formaient des môles de résistance sur toutes les caraques de guerre. Chacune d’entre elles se vit rapidement attaqués par deux navires anglais. Si la situation était désespéré pour les navires du duc, les marchands mal protégés fuyaient vers l’est pourchassés par dix bâtiments de sa majesté anglaise.
Mais de nouvelles voiles apparurent à l’ouest et elles portaient des croix noires. André de Lohéac arrivait à la rescousse.

La bataille de Calais. Fin d'un navire anglais.

 

L’avant- garde de Quelennec le jeune arriva la première. Les agiles caravelles canonnèrent au passage les caraques qui assiégeaient les navires de Ranrouët. Puis elles filèrent au secours des navires marchands. Deux par deux, elles s’attaquèrent aux lourds vaisseaux anglais qui viraient désespérément vers le nord-est. Le corps de bataille de Lohéac approcha plus lentement mais son action fut bien plus dévastatrice. La bordée bretonne endommagea suffisamment les anglais pour faciliter les abordages et les contre-attaques des équipages bretons. 
Dans les combats qui se prolongèrent tard dans l’après midi, les 40 bâtiments bretons submergèrent les navires de sa majesté et prirent 15 navires. Six autres coulèrent corps et âmes tandis que la Edouard par la Grâce de Dieu, caraque amiral de la flotte anglaise explosa emportant avec elle le St Yves. Deux jours plus tard, il ne revint dans la Tamise que 8 bâtiments et 2400 membres d’équipages. Les pertes bretonnes s’élevaient à deux navires de guerre, le St Yves et la petite St Anne d’Auray ainsi qu’à un marchand. Mais les blessés et les morts se comptaient par centaines sur les ponts de l’escadre de Yann. La flotte retourna à l’Ecluse pour réparer, se réorganiser et se ravitailler. André de Lohéac répartit ses équipages sur les prises et renforça les bâtiments de son jeune collègue. Puis précédée par l’escadron de Quelennec le Jeune, la flotte de Bretagne qui maintenant comptait 51 navires de guerre et 19 marchands vogua tranquillement vers St Malo.
La fin du St Yves et de l'Edouard par la grâce de Dieu


 
 

dimanche 23 juin 2013

1474.Ep3. Histoire des marins de Bretagne. Commerce et Raid dans la Manche.



Lors du conseil de guerre de février, André de Lohéac prit Quelennec le Jeune sous son aile. Il décida de rassembler sur son navire un groupe d’officiers jeunes et expérimentés capables de mener des actions indépendantes avec de petits groupes de navires. Il lui confia l’écran de reconnaissance de la flotte qui partait pour la base avancée de St Valéry sur Somme. L’Amiral Lohéac conserva trente des navires bretons pour mener les opérations de convoyages et de patrouilles dans le Pas de Calais car Edouard IV avait rassemblé sa flotte malmenée dans la Tamise. Il ordonna que les navires marchands se rassemblent à Barfleur et soient escortés par au moins  un escadron, soit un tiers de la flotte. Un convoi partirait chaque mois vers les ports de Flandres et la Mer du Nord. La flotte entière les escorteraient jusqu’au Pas de Calais puis une garde plus légère les accompagneraient jusqu’à l’Ecluse ou Anvers.
Yann de Ranrouët, vice amiral de Bretagne, reprit en charge les navires qu’on lui avait confiés l’année précédente. En plus, il obtint le St Gabriel et le St Raphaël qui portèrent son escadron à 9 navires. Il mit les voiles en avril pour St Valéry en Somme. Puis, le vice-amiral partit pour la mer du Nord et le Danemark. Il se trouvait à Copenhague début Juin quand arrivèrent les navires hanséates en provenance des terres baltes. Il organisa un grand convoi destiné à l’Europe de l’Ouest. Le bruit courut à Copenhague que cette flotte marchande attirerait tous les corsaires et pirates du Skagerrak à la Mer d’Iroise. Pourtant, Yann de Ranrouët leva l’ancre le 17 juin à destination des Flandres. Le premier grand convoi du nord était formé. Il comprenait une cinquantaine de voiles, chargées de toutes les richesses du nord de l’Europe. Il transportait du bois, des fourrures, des métaux, de l'argent de bohême, de l'ambre de Prusse, du blé d'Allemagne et des graines de lin de Libau...etc.


Commerce en Baltique au XIVè siècle.

Jacques Danycan, gouverneur des iles anglo-normandes, passa l’hiver à faire des aller-retours entre St Malo et Jersey pour recruter des administrateurs et surveiller la construction de sa nouvelle caraque. Au printemps, il rassembla une troupe de 11 navires dans la capitale de son gouvernement. Il avait longuement discuté avec Lohéac et De Ranrouët avant de décider de piller l’ile de Wight avec une troupe de 2000 franc-archers de l’évêché de St Malo. La Notre Dame du lac était bien sûr de la partie et devait servir de navire de débarquement. Les amiraux avaient accepté cette diversion qui devait faciliter leurs opérations dans le Pas de Calais. Le mauvais temps et la forte houle de la Manche retardèrent le départ jusqu’en juin et la flotte n’arriva à St Helens que le 13 juin. Le débarquement fut un succès. Les anglais défendant le fort s’enfuirent. Dans la foulée, Jacques Danycan prit le Manoir de Nettlestone. De là, il s’empara de l'abbaye de Ryde le 14. Mais les milices du Hampshire arrivèrent à Cowes ce jour-là. Sous leur pression, Jacques Danycan retraita vers Sandown Bay où il rembarqua avec son butin sous la protection des canons de sa flotte. Le 19, il appareillait pour les Iles anglo-normandes.


Carte de l'ile de Wight, 1724, http://www.iwhistory.com/

Lorsque la nouvelle arriva à Londres, Edouard IV crut à un débarquement en force des bretons et des français. Il mobilisa massivement ses troupes et ordonna à  sa flotte de la Manche de couper le ravitaillement des envahisseurs. Le 1er juillet, les 30 meilleurs navires de la flotte anglaise firent escale dans le port de Calais tandis que le roi d’Angleterre arrivait à Cowes où il réorganisa la surveillance des côtes de l’ile. Edouard IV pensa que le pire avait été évité. Au même moment, Yann de Ranrouët arrivait avec son convoi à l’Ecluse tandis qu’André de Lohéac, apprenant la sortie de la flotte anglaise, appareillait de St Valéry en Somme. les adversaires étaient prêts pour la seconde manche.
 


 

mercredi 19 juin 2013

1473.Ep5. La bataille de Spithead.


Représentation de la fin de la Notre-Dame de Daoulas lors de la bataille du Spithead. Elle porte la croix noire de Bretagne tandis qu'a l'arrière-plan brûle un navire anglais portant la croix rouge de St Georges. 


En la fin d'après midi du 10 juillet, les 30 navires anglais approchèrent par l'est de l' embouchure de la Solent. Ils avaient profité du vent estival qui soufflait de l'est depuis deux semaines pour venir de la Tamise. Cette escadre devait se réunir aux 20 bâtiments de Portsmouth. Sur l'île de Wight, à la pointe de Spithead, le roi Edouard IV observait ses fiers et beaux navires manœuvrer pour entrer dans l'embouchure quand un de ses suivants déclara qu'il voyait au sud, une seconde flotte progressant vers le nord. Edouard IV assista impuissant à l' attaque de la flotte bretonne. L'avant garde de Yann de Ranrouët s'enfonça au beau milieu de la flotte anglaise en faisant hurler ses canons. Les caraques de guerre sur deux lignes formèrent un môle destructeur qui ralentit les plus lents et vulnérables navires anglais. Peu après, André de Lohéac referma la nasse. Poussés par le vent vers les bâtiments de Yann, les Anglais étaient coincés entre la côte  et les deux escadres bretonnes. L'avant-garde anglaise tenta de faire demi-tour. Mais la marée montante et le vent d'est l'entraîna dans la Solent malgré les efforts des marins. Les Anglais firent face et se battirent bravement malgré leur infériorité numérique et leur désavantage technique. Les boulets de fer bretons faisaient des ravages sur les ponts et blessaient nombres de combattants avant les abordages. Quand les navires de Ranrouet se dégagèrent, ils emmenaient avec eux deux navires anglais. André de Lohéac n'en captura que six. Cinq bâtiment de sa majesté réussirent à s'échouer. Le reste coula par le fond car Yann fit tirer sur les coques dès le début de la bataille. Les pertes bretonnes se chiffraient à trois caraques et 500 hommes. Sur la côte, Edouard IV impuissant comptait ses pertes et arriva à la conclusion que sa flotte ne comprenaient plus que 28 bâtiments dans le port de Portsmouth. Pour une fois, sa chance n'avait pas été au rendez-vous.
André de Loheac renvoya ses prises et les navires les plus abîmés à St Malo sous les ordres de Ranrouët. Le 12 juillet, l'amiral canonna les navires échoués pour provoquer une sortie anglaise qui ne vint pas. Puis, le vent passant à l'ouest, il mit le cap au sud, laissant deux caravelles surveillées la flotte. Il fila sur Barfleur où les normands et le roi de France pouvaient lui fournir les boulets, la poudre et le ravitaillement dont il avait grandement besoin. Le 3 août, il repartit vers le nord pour bloquer les anglais. A St Malo, la cité entière accueillit l'escadron de Yann de Ranrouët et l'acclama depuis les remparts. Les prises furent mises en chantier et les caraques ravitaillées. Ses six bâtiments reprirent la mer le 16 août pour une croisière en mer d'Irlande.
Edouard passa la fin juillet à réorganiser sa flotte et à tenter de découvrir l'origine de la victoire bretonne. Les boulets en fer qui furent récupérer sur les plages lui donnèrent l'information nécessaire.  En août, il tenta quand même d'envoyer ses navires vers la mer d'Irlande mais les bretons étaient déjà de retour. Un seul escadron de dix bâtiments réussit à se glisser jusqu'à Plymouth. Si bien qu'en septembre, la flotte anglaise était éparpillée de Bristol à Portsmouth et les 100.000 livres du parlement étaient dépensées. Edouard IV n'avait plus un sous alors que son frère Richard en demandait pour repousser les raids écossais et qu'il devait lancer la production de boulets métalliques. Quand il apprit la chute des îles anglo-normandes et l'évolution de la situation en Irlande, il envoya des émissaires au Téméraire pour obtenir l'aide de sa flotte.

lundi 17 juin 2013

1473. Ep2. La Manche en Feu.

Le St Michel partant de St Malo. (peinture de G. Hunt de la Mary Rose)




Les 9 navires de Yann de Ranrouët levèrent l’ancre de l’embouchure du Blavet, le 14 mars 1473. Le nouveau vice-amiral de Bretagne surveillait son escadre du château de son nouveau navire : le St Michel. Il regardait voguer la Notre de Dame du Lac qui hissait déjà sa grande voile latine. Elle allait faire route seule, le long de la côte de Bretagne pour profiter des points d’eau et de ports pour se ravitailler. Elle devait aller jusqu’à St Malo et passer sous le commandement d’un des corsaires les plus réputés de la ville, Jacques Danican. Elle était la seule des navires envoyés en méditerranée à ne pas servir sous ordres pendant cette croisière. Elle n’avait plus sa place dans son escadre dont les navires avaient été rénovés et grées pendant l’hiver en trois mâts à la portugaise. Canons et sabords avaient été installés et des boulets de fer étaient empilés dans les soutes. Les informations que Quelennec le vieux lui avait fait parvenir étaient alarmantes. L’Angleterre reconstruisait sa flotte et on comptait par dizaines les navires en chantier dans l’estuaire de la Tamise et de la Solent. Il remarqua que les lourdes caraques, si elles rendaient quelques encablures au St Michel et au St Yves, tenaient mieux la mer et le rythme de l’agile St Anne d’Auray. La combinaison d’une coque à carvel et du nouveau gréement donnait à son escadre une meilleure unité. Il en eut confirmation quand ils arrivèrent trois semaines plus tard en la ville de St Malo. Deux escadres étaient déjà au mouillage, celle des corsaires de St Malo et celle d’André de Lohéac. Le soir même, l’Amiral de Bretagne lui confiait quatre nouvelles caraques de guerre. Au St Michel et au St Yves, André de Lohéac ajouta deux caravelles armées de 12 canons, la St Anne d’Auray et la Lokmaria et quatre caraques de guerre neuves de 24 canons, le St Pol construit à Morlaix, le St Gwénolé de Brest et les St Tugdual et St Corentin, construits à Port-François. Le 17 avril, son escadron partit croiser au large de Calais et servir d’avant- garde à la flotte qui allait patrouiller plus à l’ouest. Ces deux escadres fortes de tous les navires de Bretagne comptaient 30 navires de guerre et devaient empêcher que les anglais ne reprennent aux français et aux bretons la suprématie navale dans la Manche. Pendant ce temps, Jacques Danican attendit impatiemment l’arrivée de la Notre Dame du Lac et mit les voiles pour la Normandie, le 10 mai avec 10 navires corsaires de St Malo.
Pavillon de l'Amirauté bretonne

St Valéry en Somme. Réunion des capitaines bretons à bord du St Michel.

« - Messieurs, les informations que nous ont fournis les agents du roi et de Rohan, sont alarmantes. Ces damnés godons ont rassemblé une flotte d’une cinquantaine de navires dans la tamise et un escadron de 10 bâtiments s’apprêtent à appareiller de Bristol. Nous laisserons les irlandais s’occuper de ces derniers. déclara le vice-amiral Ranrouët. Nous nous devons de conserver notre suprématie sur Manche.
- Je suppose qu’ils ont rénové leurs 30 vieilles barques et construit 20 nouvelles caraques, ajouta Quelennec le jeune. Si elles sont chargées de troupes, ça fait au moins 5000 hommes d’équipages et 5000 hommes de troupes. Comment font-ils pour ravitailler tout ce monde ?
- Leur objectif est soit très proche, soit ils vont longer la côte anglaise pour profiter des ports du sud de l’Angleterre. Sans ravitaillement, la Picardie est trop loin et je pense que l’escadre de Bristol n’a qu’un seul rôle : approvisionner la flotte si elle réussit à se glisser hors de la manche.
- Donc, leur objectif serait l’Irlande. Henry Tudor va adorer ça !
- Oui, mais ils ont un second objectif : Nous. Ils doivent se débarrasser de notre flotte et de nos corsaires s’ils veulent être tranquilles en mer d’Irlande pour assiéger l’ile de Man ou Dublin.
- Dés qu’on les aperçoit, il faudra prévenir l’amiral. Ma caravelle est là pour ça. Elle est plus rapide que la St Anne. affirma le capitaine de la Lokmaria.
- André de Lohéac patrouille déjà dans l’ouest de la Manche, reprit l’amiral de Ranrouët. Nous devons ralentir la flotte anglaise et le prévenir de son passage du pas de Calais. Nous allons donc fonctionner différemment et former une ligne de patrouille de trois groupes. Du nord au Sud, St Tugdual et St Corentin seront sous les ordres de Quelennec puis St Michel et St Yves dont j’assurerai le commandement et enfin, St Gwénolé et St Pol fermeront la ligne dirigés par Hervé de Kerouadès. Les caravelles patrouilleront en avant et au nord de la ligne par alternance et une d’entre elles sera toujours avec mon groupe. Restez à portée de vue les uns des autres. Si vous voyez la flotte anglaise, hissez un drapeau bleu. Pendant le combat, ne vous engagez pas bord à bord. Harcelez- les ! On est trop faible pour leur barrer le passage. Tirez puis dégagez. Visez les coques. Coulez en quelques-uns. Ne montez pas à l’abordage ! On est là ni pour faire des prises ni pour prendre des prisonniers, on est là pour gêner, retarder et énerver cette armada. Filez si vous êtes débordés puis revenez et recommencez ! Messieurs, si vous n'avez pas de questions, alors... Buvons à la défaite des Godons.


samedi 15 juin 2013

1473-1477. Ep2. Etat et Soldats dans la Bretagne Ducale.

Bastion de Port-François défendant l'entrée du Blavet. 1er exemple de Bastion en Bretagne construit en 1507.

A l’exception de la mise en place des municipalités urbaines, le duc ne prit pas d’ordonnance fondamentale pour son administration. Il n’avait pas les moyens de pensionner plus d’officiers. Il laissa ainsi les « Grands Jours » tels quels, même si Pierre landais déplorait cette faiblesse judiciaire vis-à-vis du parlement de Paris. Les conseils de la cour du duc se stabilisèrent enfin dans leurs pratiques. L’année 1473 fut décisive pour cela. Pierre Landais et Guillaume Chauvin, chef des deux factions opposées à la cour, cherchèrent à obtenir plus de pouvoirs dans ces rassemblements et à caser leurs alliés au plus prêt du duc. François II passa une bonne partie de l’année en arbitrages mesquins mais nécessaires pour la bonne marche des affaires. On sait aujourd’hui qu’il consulta régulièrement son beau-frère Jean de Rohan. Cela permit à François II de maintenir un équilibre entre les francophiles de Guillaume Chauvin et les indépendantistes de Pierre Landais. Derrière le duc se développa une troisième faction qui désirait l’alliance avec le royaume de France et une autonomie politique, économique et judiciaire. Elle était soutenue par ceux qui avaient profité le plus de la prospérité, marchands, petite noblesse, bourgeois, gros paysans et officiers de l’administration. Cette faction considérait que la croissance provenait de deux facteurs : l’accroissement des échanges avec la France grâce au traité des Estuaires mais aussi la proximité du pouvoir avec les forces industrieuses de Bretagne. Ainsi, Ils craignaient qu’un rattachement avec le royaume capétiens mette fin à la prospérité et ils défendaient l’autonomie du duché tout en comprenant que les liens commerciaux avec le royaume étaient devenus indissolubles. Cette 3e faction devint à partir de 1476 la faction dominante dans l’élite qui entourait le duc. Jean de Rohan en prit la tête. En recrutant de nombreux clients de Pierre Landais et de Guillaume Chauvin, elle équilibra la pratique politique des conseils qui devinrent réguliers à partir de 1477. Le gouvernement se composait de quatre conseils : le Grand conseil qui réglait la politique générale du duché, le conseil de guerre, celui des finances et celui de justice. Le grand conseil menait de front la diplomatie, les questions administratives, le domaine ducal et souvent les arbitrages judiciaires concernant le duc ou ceux qui l’intéressaient. Il rassemblait les plus fidèles et influents conseillers du duc. Guerre et finances eurent leur domaine de compétences assez vite délimité. Une originalité est à noter : le maréchal de Bretagne avait rang de second par rapport à l’amiral de Bretagne, montrant ainsi l’importance de l’arme navale dans les intérêts du duché. Le seul conseil qui restait à stabiliser était celui de la justice qui, coincé entre les Grands Jours et le Grand Conseil, ne trouvera ses limites qu’au XVIé siècle après la réforme du parlement de Bretagne. Cette régulation de l'administration centrale permit un gain en efficacité car la politique générale gagnait en cohérence. ces années-là virent ainsi un important effort naval.


A Port-François, le développement de la marine de guerre continua. Quelennec le Vieux, Lohéac et De Ranrouët remplacèrent les anciennes caraques par des caraques de guerre, bâtiments pouvant jauger jusqu’à 900-1200 tonneaux et équipés de trois à quatre mats, d’un minimum de 24 canons. Ils avaient encore les rondeurs de coque des navires hollandais. Mais ils adoptèrent une poupe carrée comme sur la caravelle. En 1477, la flotte se composait de 4 escadrons d’1 caravelle de guerre et de 4 caraques de guerre. Ces 20 navires étaient facilement renforcés par des navires marchands armés de Morlaix, St Malo et Nantes qui se mirent aussi à adopter ce nouveau dessin de navires. Enfin, ils améliorèrent l’artillerie et obtinrent des boulets de métal des forges de Rohan ainsi que la limitation du nombre des calibres de canons. Très rapidement, ce type de navires se généralisa dans les ports bretons. Capable d’emporter une cargaison conséquente, il pouvait être construit dans toutes les grandes villes portuaires de Bretagne. Morlaix, St Malo, Nantes et Brest mirent en chantier des caraques de ce type. Dés 1474, Jean de Rohan et Jacques Danycan armèrent les premiers corsaires sur ce type de navires. Les équipages de ces navires rendirent de grands services à la couronne irlandaise jusqu’à la reprise des hostilités en 1477.

La longue période de conflit qu’avaient connue les Bandes depuis leur création, entraîna la mise en place d’une Confrérie. Parrainé et présidé par le Duc, siégeant à Clisson, ce groupe d’anciens capitaines et de vétérans assurait la tenue d’un Etat des Bandes, rapport sur les emplois, les contrats et les membres des compagnies. Présenté une fois l’an à l’administration ducale, il permettait de connaître les éléments mobilisables de la noblesse bretonne et de limiter le mercenariat sans diminuer les forces ducales. De fait, ce rassemblement de soldats devint une sorte de laboratoire de la guerre où batailles, fortifications et techniques étaient discutées. A la fin de la seconde guerre de Bourgogne, les bandes de Cornouaille et de Léon sous la direction de Pierre de Pont - l’Abbé finirent leur contrat auprès du roi de France sur la frontière de la Savoie où ils rencontrèrent des mercenaires suisses. Notant la tactique suisse et son efficacité sur le champ de bataille, il fit adopter la pique comme arme d’hast principal dans ses bandes et l’arbalète comme arme de jet. La Confrérie des Bandes discuta pendant longtemps de ce choix. Mais poussée par les vétérans, elle adopta en 1481 une organisation basée sur cette division en piquiers et arbalétriers dans des bandes de 1200 hommes. Elle jugea les arquebuses aptes à la défense des fortifications et à la reconnaissance mais refusa de les employer sur le champ de bataille en raison de leur poids et de leur rechargement très lent. Enfin, elle imposa, en 1476, l’obligation aux officiers de savoir lire et écrire pour tenir les livres de comptes et le journal de la Bande et elle ordonna l’usage d’un drapeau commun mêlant l’hermine ducale et la croix noire des bandes.




Etendard des Bandes qui deviendra en 1550, celui de l'armée bretonne.
 

mercredi 12 juin 2013

1472. Ep2. Guerre Navale, Guerre d'unification irlandaise.



En avril, le traditionnel convoi d’écus français arriva dans la capitale bretonne. Il était deux fois plus long que celui de l’année précédente. Pierre Landais assura son transfert vers le Blavet où se concentrait peu à peu les services de l’amirauté. Le chantier naval poursuivait ses constructions et on posa la quille de deux nouvelles caraques de guerre en juin. Les deux premières terminèrent leurs essais le 17 mars. Quelennec le Vieux les inspecta, il fit quelques remarques sur l’évolution de la marine depuis son jeune temps en bougonnant et toujours plein de morgue, admit ces deux nouveaux bâtiments au service actif, le 4 avril. Dix jours plus tard, elles partirent sous la direction d’André de Lohéac pour Morlaix où elles rejoignirent l’escadron du Ponant. Armées de canons tirant des boulets de fer, l’escadre transportait une cargaison de grande valeur : les 15000 livres que le roi envoyait chaque année à Jasper Tudor et elle escortait dix navires marchands transportant les bandes du Trégor et de Cornouailles que le roi avait louées au nom du dernier représentant des Lancastres. L’escale à Dublin fut des plus agréables et la flotte réduite aux seuls navires du duc mit le cap sur la Manche et la Normandie à St Jean. Elle se ravitailla à Barfleur en juillet et remplaça l’escadron de cinq navires qui avait patrouillé devant Calais depuis le début du printemps sur demande du Roi. Lohéac décida de prendre les choses en main et porta son escadre sur les côtes wallonnes. Il s’y empara de quelques navires anglais mais surtout en coula un certain nombre. Les boulets de fer faisaient merveille contre les navires marchands du roi d’Angleterre. Cette faillite de la flotte anglaise permit de couper le commerce de la laine pendant août et septembre. Cela mit en rage parlement, marchands et londoniens qui exigèrent du roi une action plus énergique dés la construction de la nouvelle flotte. A la mi-octobre, André de Lohéac mit le cap sur St Malo où il fit panser les plaies de ses hommes et hiverner sa flotte.

Le 3 aout, un curieux cortège de navires entra dans l’embouchure de la Loire. On reconnut facilement les 4 navires marchands qui revenaient de Lisbonne et qui avait quitté la cité ligurienne au printemps. Mais les 5 caraques, la caravelle et la galère qui se présentèrent firent sortir les habitants sur les quais et l’information fut criée de rues en rues jusqu’au château de Nantes. Menée par la Ste Anne d’Auray et la Notre-Dame du Lac dont les avirons battaient les flots, la flotte se glissa dans le port grâce à la marée. Yann de Ranrouët ramenait sa flottille dépareillée, usée jusqu’à la corde par le temps, les embruns et le manque d’approvisionnements navals. Il avait aussi contracté un certain nombre de dettes à Lisbonne pour assurer son ravitaillement en eau et en nourritures. Il savait qu’il aurait un très long rapport à faire à son duc et à son amiral. Mais aujourd’hui, il voulait profiter de ce que tous ressentaient. Ils étaient revenus et allaient fêter ça dans leurs familles et avec leurs amis. Jean de Quelennec et le duc comptaient les navires d’une des tours du château. Le vieil amiral se dit qu’il allait passer un certain nombre de soirées avec le Jeune Ranrouët pour obtenir toutes les informations et l’expérience qu’il avait pues glaner au cours de ses deux ans d’absences. Il mit cela de côté et demanda avec un rare sourire au duc de prendre congé pour aller retrouver son fils. Celui-ci lui ordonna de l'amener à dîner avec son commandant. François II voulait avoir la primeur des aventures de son chevalier de Noirmoutier.
Les provinces historiques d'Irlande.


L’arrivée des bandes bretonnes en Irlande changea la donne politique. Henri Tudor obtenait ainsi un corps de professionnels autour duquel construire une armée. Il rassembla ses soutiens du Pale (enclave anglo-normande autour de Dublin) et accompagné de Gerald de Kildare, il passa le mois de juillet à rallier par la force ou par la persuasion les lords de la province de Leinster. Henry Tudor savait que ses droits à la couronne anglaise étaient très tenus, mais les assassinats de l’année 1471 avaient renforcés sa détermination. Il poussa, cajola et força la main aux lords du Pale en maniant la carotte (l’or de Louis XI) et le bâton (la seule armée professionnelle d’Irlande). En août, les nobles anglo-normands et irlandais de Leinster s’étaient ralliés à son commandement. Le jeune Henri, son oncle Jasper et Gerald Fitzgerald de Kildare décidèrent de soumettre les provinces du sud. Le 3 septembre, des espions de Kildare ouvrirent les portes de Waterford à l’armée de Jasper. Deux jours plus tard, il écrasa l’armée du roi de Thomond et sa cavalerie captura de nombreux chefs de clans, le roi et son allié le earl de Ormond. Henri envoya des ambassadeurs au roi de Desmond. Ravitaillée par les corsaires de Dublin et de St Malo, son armée atteignit Cork le 3 octobre. Le roi de Desmond était dans les murs et poussa la municipalité à se rendre. La double menace navale et terrestre suffit à les dissuader. Le lendemain, Tadg Liath mac Domhnaill, roi de Desmond fit allégeance à Henry Tudor. Il préférait un roi en Irlande qu’un roi à Londres. A Noël, tandis que Jasper restait à Cork hiverner, Henry Tudor revint à Dublin avec le roi de Desmond et Gerald Fitzgerald. Il prépara une session parlementaire exceptionnelle pour la St Patrick. Il y convoqua les nobles les plus importants de Connaugh et d’Ulster ainsi que ses vassaux des provinces de Leinster et de Munster. Prenant des otages dans leurs familles, il libéra les chefs de clan qui lui rendirent l’hommage-lige et les nomma comte de leurs territoires. Enfin, il commença à prendre des cours d’Irlandais.

dimanche 9 juin 2013

1471.Ep4. La seconde guerre de Bourgogne.

Le 22 juin, des messagers partirent de Nantes dans toutes les directions. François II demandait à Morlaix et au Blavet de ravitailler sa flotte et à ses compagnies d’ordonnance de se rassembler à Rennes pour une revue. Louis XI mit en état d’alerte les garnisons de Picardie. Il ordonna de rassembler ses compagnies d’ordonnance à Compiègne et à Lyon. Le soir - même, n’attendant pas sa suite nombreuse, il chevauchait vers la capitale. A Orléans, il apprit que la Savoie et l’Aragon se joignait à l’alliance bourguignonne. Il demanda la levée du Ban occitan et aquitain, puis il transporta sa seconde armée de Lyon à Nîmes. Le 25 juin, François II se dirigea sur Rennes après avoir confié son fils et sa femme aux défenses du château de Clisson où les rejoignit Marie de Rohan. André de Lohéac retrouva sa flotte au Blavet et mit les voiles vers le nord. A Morlaix, les marchands réorganisèrent des convois et ravitaillèrent les navires de la flotte bretonne. St Malo était en effervescence depuis le passage d’Henri Tudor et armait tous les navires qu’elle pouvait en corsaire pour les envoyer dans la Manche et dans la mer d’Irlande.
Château de Clisson, refuge des ducs de Bretagne.
Lorsque les 10 navires de Lohéac firent relâche à St Malo, les 10 caraques de Morlaix l’attendaient ainsi que 10 corsaires malouins qui voulaient profiter de la flotte bretonne pour rejoindre St Valery en Somme. Les Malouins voulaient en faire leurs bases d’opérations sur les côtes picardes et wallonnes. Le 17 juillet, le baron de Retz débarquait à Barfleur et reçut ses ordres de Louis XI : empêcher l’anglais de traverser la Manche en bloquant Calais.

André de Lohéac laissa les Malouins agir à leur guise et entama à partir de la Picardie une surveillance constante des abords de Calais avec son escadre de 20 bâtiments. Il ne vit jamais de flotte anglaise. Celle-ci était occupée ailleurs et combattait un adversaire bien plus pugnace : Jasper Tudor, comte de Pembroke. Celui-ci avait fui au pays de Galles et réoccupé temporairement la forteresse de Harlech. Dés l’annonce de l’arrivée d’une armée yorkiste, il prit la mer pour l’ile de Man d’où il rejoignit l’Irlande. Il y contacta son ancien allié, le baron de Kildare, Gerald Mor Fitzgerald et l’informa de la situation en Angleterre. Le Lord deputy of Ireland, qui avait basculé dans le camp Lancastre en 1469, comprit de suite que sa tête ne vaudrait pas grand-chose à la cour d’Edouard IV s’il ralliait la cause de la couronne. Il écouta Jasper Tudor et il accepta ses plans.

Maquette de Dublin au moyen-âge.
Ce dernier envoya alors un message à son neveu Henri et au duc de Bretagne. Début juillet, le comte de Pembroke eut la surprise de voir arriver trois navires malouins dans le port de Dublin. Jacques Danican, leur commandant, demanda au Comte de Pembroke de se mettre à son service le temps de la guerre. Il amenait 100 franc-Archers de St Malo et l’information qu’Edouard n’avait pas garni de troupes l’ile de Man. Le comte sauta sur l’occasion. La fin de l’été vit donc les Tudor s’installer en terres d’Irlande. A partir d’aout 1471, Les corsaires irlandais et malouins utilisèrent l’ile de Man comme base d’opérations contre l’Angleterre. Dés septembre, avec l’arrivée des premières prises, les habitants se joignirent au combat contre la Couronne.
Le port de Dublin au Moyen-âge.
(source :after http://www.medievaldublin.ie/index.php/gallery)
En Bretagne, à Rennes, le duc, Pierre Landais et Guillaume Chauvin reçurent l’habituel financement du roi de France pour l’utilisation de la flotte bretonne. Cet argent fut reversé au chantier du Blavet pour accélérer la construction des deux caraques de guerre de Jean de Quelennec. L’échange de courrier avec le roi lui apprit l’évolution de la situation dans le royaume de France et il fit envoyer un message à Yann de Ranrouët pour lui demander d’entrer en Méditerranée et d’attaquer le commerce aragonais. Il passa en revue 6000 cavaliers, 3000 de ses compagnies d’ordonnance et 3000 vassaux avaient répondu à son appel. Il nota la présence importante des contingents du Comte de Rieux et du Comte de Rohan. Ce dernier se trouvait à Morlaix où il armait deux autres navires pour la protection d’un convoi pour Lisbonne et organisait la défense des côtes de Brest à St Malo. Avant de partir pour Rouen, Le duc alla prier au Mont St Michel si bien qu’il n’arriva sur les rives de la Seine que le 19 juillet. Louis XI lui confia les Bandes bretonnes une nouvelle fois pour protéger la Haute-Normandie de Rouen à Abbeville. Comme l’année précédente, il prit Pierre de Pont-l’Abbé comme second. Avant son départ, Il avait chargé le maréchal de Rieux d’utiliser le Ban pour la défense des forteresses de Bretagne et en particulier, celles du Sud car il craignait une action de Charles de Guyenne. Le vieil amiral en prit le commandement.
Cette crainte était absolument injustifiée. Charles pleurait sa maîtresse au fond de son lit de souffrances. Atteint de la syphilis, il se mourait. Il la rejoignit dans l’au-delà le 3 août 1471. Cette nouvelle parcourut la France plus vite que le galop du messager qui la portait. Louis XI envoya ses garnisons de St Jean d’Angély et de Ré occuper la ville de Bordeaux tandis que celle de Saintes parcourait l’est de la Guyenne jusqu'à Toulouse pour rallier les vassaux de Charles. A Malines, le duc de Bourgogne avait aussi rassemblé son ost et ses compagnies d’ordonnance, cria à l’empoisonnement et accusa Louis XI de fratricide et de sorcellerie. Le 23 août, il traversait la Somme avec 80000 hommes.



jeudi 6 juin 2013

1471. Ep1. Egos bretons au nouvel an.

A Nantes, le duc félicita ses conseillers pour leurs réalisations pendant l'année précédente. Il accueillit avec joie ses trois marins préférés dont les parts de prises avaient remplies les coffres du duché. Il souhaita la bonne année à tous et les remercia d’avoir fait de la Bretagne un duché fort, industrieux et commerçant. Puis il les invita tous à profiter du festin qu'il avait fait préparer. Yann de Ranrouët était perdu dans cette cours de Bretagne. Mais son nouveau statut de Chevalier l'obligeait envers le duc. Ce titre et celui de capitaine de Noirmoutier lui donnait droit à une pension confortable. François II l'avait promu pour lui donner plus de pouvoirs dans la flotte. Il devait d’ailleurs retourner à Oléron dés les premiers beaux jours pour en rapatrier la garnison. Comme il n’était pas du tout à l'aise, il se mit à raconter des histoires au jeune héritier. Des années plus tard, François II lui avouera qu'il avait secrètement chanté ses louanges, ce soir-là car il ne savait pas quoi dire à son propre fils. Il ne l'avait pas vu pendant un an et le trouvait déroutant.
Chateau des Ranrouët tel qu'il fut en 1469 après la reconstruction réalisée par Yann de Ranrouët.
Il abrite aujourd'hui le Musée des Bandes Bretonnes.
 A la droite du duc se tenaient Marie de Bretagne et son époux Jean II de Rohan. Depuis son passage sur une caravelle, Jean avait pris contact avec les charpentiers du Blavet et en avait débauché trois pour transformer un gros navire de Morlaix. Le premier trois mâts doté de sabords devait être lancé au printemps à ses frais. Ce n'était qu'une adaptation, un gréement de caravelle redimensionné posé sur une coque de caraque. Il comptait bien participer à la première croisière de son nouveau navire vers l’Ibérie puis vers les Flandres. Il avait d'ailleurs un stock important de toiles de lin à écouler.
 Sa femme n'était pas du tout d'accord. Elle avait porté sa fille et accouché pendant que le duc courrait la Guyenne. De plus, elle avait assuré la garde de son neveu et la bonne gestion des fiefs. Malgré une abondante domesticité, elle était si épuisée à la naissance que l'accouchement avait failli tourner au drame. Jusqu'à ce qu’il accepte, elle lui mènerait une vie infernale.

André de Lohéac jubilait. Il avait appris la veille que Jean III de Quelennec se retirait. Le duc avait décidé de lui accorder son office jusqu'à ce que l’héritier de Quelennec aie fait ses preuves sur mer. Le duc voulait un officier capable de commander sa flotte. Jean IV de Quelennec avait donc été nommé capitaine d'un navire et André Amiral de Bretagne. Le vieux Quelennec avait décidé de rester à Blavet et d'y apporter tous ses talents d'organisateur. S'il était revenu fatigué de sa dernière campagne, il avait assuré André qu'il pouvait encore diriger un bureau et avoir des idées. Jean de Rohan et lui voulait d'ailleurs lancer un nouveau type de navire qu’ils appelaient la caraques de guerre.

Guillaume Chauvin avait passé le mois de novembre et décembre à contacter des familles illustres de France pour trouver une femme bien dotée pour son duc. Deux réponses étaient arrivées à Nantes. Deux grandes familles françaises : Gaston de Foix et Louis de Bourbon-Montpensier avaient accepté d’étudier sa proposition de mariage. Enfin, le rattachement du service des postes à sa chancellerie l'avait comblé d'aise. Même si l’ambassade à Rome n'avait pas obtenu un archevêché pour la Bretagne, des contacts avaient été pris et les clauses ecclésiastiques du traité d'Étampes reconnues par le Pape. L’évêque de Nantes n'avait plus qu'à s'incliner et le roi de France aurait bien du mal à revenir sur cette clause.

Pierre Landais avait reçu peu du duc. Ce dernier savait pertinemment qu'il se servait dans les caisses du duché. Les revenus des douanes avaient augmenté, les sècheries fonctionnaient bien, les fouages, les devoirs, les aides rentraient correctement et les contrats des bandes avaient été réglés. Même si le duc dépensait, surtout dans ses tours d’artillerie, le trésor ducal se remplissait peu à peu et les négociants nantais l'avaient même associé dans certaines affaires à gros bénéfices. Il avait beaucoup discuté avec deux lombards pendant l’automne Pierre Thedaldi et Thomas Bartoli. Ces hommes lui avaient donné une idée. Peut-être que son deuxième fils pourrait tenter cette nouvelle aventure et un petit voyage à Florence l'aiderait aussi à mûrir.

Jean de Bretagne dînait à côte de son père et écoutait les histoires du chevalier de Ranrouët. Sa tante l’avait accueilli à partir d'avril. Il avait découvert les forges, les forêts, les livres de son oncle et avait reçu ses premiers cours de français, latin et breton. Son père avait spécialement insisté sur ces derniers après le siège de Picquigny. Il avait aussi une petite cousine fort bruyante et de nouveaux jouets, des cavaliers, des canons et des franc-archers sculptés dans du chêne de Rohan. Il avait passé la meilleure année de sa vie, loin de l’étiquette de la cour et elle avait été pleine de découvertes qui le fascinaient encore. Il écoutait avec envie son voisin qui lui parlait de la mer et d’un petit navire fascinant, la caravelle. Il avait sept ans et toute la vie devant lui.

Le fils bâtard du duc se tenait loin de la table principale. La présence de l'héritier l'avait poussé à l'écart. François d'Avaugour avait 8 ans. Ce soir-là, il ressentit pour la première fois sa place d'enfant illégitime et il n'aima pas ça.
Armoirie de François d'Avangour, fils illégitime de François II de Bretagne et d'Antoinette de Bagnolet.

samedi 1 juin 2013

1470. Ep1. La Première Guerre de Bourgogne.

La Bretagne connut cet hiver là, son premier effort militaire important depuis 1465. En raison de l' Absence des bandes de Bretagne, le suc fit appel à ses franc-archers dès le mois de janvier et demanda au reste du ban de se concentrer à part égal en les villes de St Malo et de Nantes. L'annonce de cette mobilisation amena les nantais à armer une dizaine de navires qui vinrent renforcer la flotte ducale en l'estuaire de la Loire. Les Malouins firent de même de leurs côtés et le duc accorda un grand nombre de lettres de représailles. Fin mars, deux nouvelles caravelles commandées par Yann de Ranrouët rejoignirent la flotte.
En raison d'un temps très défavorable jusqu' en mars, la flotte nantaise ne hissa les voiles qu'en avril et mit le cap au sud. André. De Loheac commandait le gros et il confia les trois caravelles et ses meilleurs franc-archers à Yann de Ranrouët. Le délai avait permis l'entraînement des troupes qui y gagnèrent en cohésion. Devançant la flotte, Yann de Ranrouët devait s'emparer d'une place forte sur le littoral de Guyenne pour y créer une base de ravitaillement. Le vice-amiral de Bretagne ne voulait pas s'engager dans la Gironde mais bloquer l'estuaire. La cible désignée était l' île d'Oléron à l'embouchure du fleuve.


Reconstitution de la caravelle de Yann de Ranrouët par l'association de la marine à Port-François.
Yann fit débarquer ses troupes à l'ouest de l'île dans le village de pêcheur de St Denis. Il y captura trois familles et envoya les pères à André de Loheac pour servir de pilote. Progressant vers l'est, il s'empara dans la foulée de St Pierre d'Oléron. La garnison de Château-d'Oléron sortit de son refuge pour reprendre le contrôle de l'île. A la nuit tombée, les navires de Loheac jetèrent l'ancre au large de la petite cité. Les pilotes avaient rempli leurs rôles et la flotte avait échappé aux bancs de sable. La garnison se retrouvait prise entre deux feux. Incapable de reprendre St Pierre et d'empêcher in débarquement de la flotte en même temps, la garnison s'enferma dans la cité. Le lendemain, André de Loheac débarqua ses troupes. Il détacha 300 archers pour surveiller le pertuis et établit le siège de la cité avec 1400 hommes. Il ordonna à Yann de Ranrouet de rembarquer et de menacer l'estuaire de la Gironde. Lorsque le vice-amiral débarqua ses canons, la ville se rendit.
Le 5 mai, Yann de Ranrouët captura deux caraques bordelaises à l'entrée de la Gironde. Chargées de vins, elles permirent aux bretons de fêter leurs victoires. Cette prise confirma les craintes de la municipalité girondine. L'occupation de l'île d'Oléron permettait aux bretons d'assaillir le moindre navire qui sortait du port. La ville rassembla sa milice et arma quatre navires pour percer le blocus. La bataille navale qui s'en suivit, fut une nette victoire bretonne grâce à leur supériorité numérique. Les caraques armées de Loheac soutenues par les caravelles de Ranrouët prirent d'assaut les bordelais poussés hors de l'estuaire par la marée descendante. Incapable de se mettre à l'abri, deux navires furent pris, un incendié par son capitaine tandis que le dernier fut échoué sur un banc de sable. La perte de ses meilleurs équipages poussa les bordelais à supplier de l'aide auprès de leur duc.
La bataille de la Gironde. oeuvre anonyme de l'art breton du XIVe siècle. 

Celui-ci se trouvait à St Jean d'Angely où il rassemblait une armée, mélange hétéroclite de vassaux et de levées féodales, 5000 hommes peu confiants dans les capacités de leur chef. Il devait faire face à un contingent de l'armée royale venu de l'orléanais ainsi qu'à une chevauchée bretonne menée par François II en personne. Le duc de Bretagne accompagné de ses vassaux de Rohan et de Rieux se lança dans une vaste opération de pillage  en Saintonge. Avec 3000 cavaliers et 1000 de franc-archers, il traversa la Vendée début avril et ravagea la côte où les navires bretons pouvaient le ravitailler et rembarquer le butin. Depuis Nantes, Pierre Landais organisait les rotations avec l'aide des négociants nantais. L'accumulation d'opposants et de mauvaises nouvelles poussa Charles de Guyenne à retirer son armée vers Saintes puis vers St André de Lidon. sa constante retraite s'accompagna d'une désertion massive et il arriva à destination avec uniquement la moitié de son armée.
A la St Jean, le duc François dégagea les approches terrestres de l'île d'Oléron et prit le commandement des troupes de Loheac. Ne laissant que les 10 navires nantais, le vice-amiral reprit le chemin de la manche avec 8 lourdes caraques. Il confiait le blocus à Yann de Ranrouët qui reçut les compliments du duc pour ses actions. François Il ne voulait pas s'éterniser en Guyenne. Son trésorier lui avait précisé que ses finances ne permettraient pas de maintenir une armée et une flotte en campagne plus d'un an. Il envoya donc son chancelier Guillaume Chauvin en la ville de Bordeaux. En raison des ravages sur la rive nord de la Gironde et de la débandade de leur duc, les bordelais étaient prêts à négocier. Ils firent amende honorable, rouvrirent leur ville au commerce, payèrent réparations, et acceptèrent l'occupation de l'île d'Oléron par les bretons jusqu'à la paix signée avec le roi de France.
Bordeaux au XVIè siècle. 
Avec ses 2000 hommes, le duc de Guyenne se retira alors plus au sud où le trouvèrent les émissaires du roi de France. Une trêve fut signé contre la promesse par le duc de ne pas franchir la Gironde ou la Garonne. Les troupes royales occupèrent Saintes et St Jean d'Angely. Laissant des garnisons dans l'île d'Oléron, François II s'embarqua pour Nantes où il apprit que le roi de France avait eu un héritier. Il songea qu'après ces aventures guerrières, il devait se remarier et penser à fiancer son fils de 8 ans. 
Yann de Ranrouet et son ami Jean de Rohan voguèrent vers le Blavet puis les trois caravelles hissèrent les voiles pour la manche où elles arrivèrent à la mi-août.

vendredi 31 mai 2013

1469. Ep2. Chronique de François II. partie 1.

Le retour du duc en Bretagne fut lent. Si L’accord avec le roi de France avait pris du temps, il en profita aussi pour parcourir les vignobles angevins et y acquérir quelques fûts pour agrémenter sa table. A son arrivée à Nantes, le 18 février, il fut fêté par les marchands de la ville qui lui organisèrent une entrée triomphale. Ils se réjouissaient de l’alliance avec la France et des clauses du traité qui leur accordaient la paix et les libertés nécessaires à la croissance de leurs échanges. Grand Seigneur, le duc offrit en retour ses nouveaux fûts à la ville qui les mit en perce pour le petit peuple. Depuis cette date, il est coutume en la cité nantaise de ne plus fêter mardi gras mais de célébrer les Vins du Duc, sorte de Carnaval où ne se boit que des vins d’Anjou et, en particulier, des Coteaux du Layon.
Comme tous les deux ans, le duc convoqua ses états généraux pour la fin des moissons. Puis, accompagné de Pierre Landais, il se rendit à Vannes où il engagea une des réformes qui fit la grande prospérité du golfe du Morbihan. Il y multiplia les autorisations de sècheries, destinées à transformer les prises de la pêche côtière en aliment conservable et surtout commercialisable. Avec son autorisation, Pierre Landais étendit les années suivantes ces droits dans les pays de Nantes et de Retz. Le climat favorable et la proximité des ressources de sel permirent un développement important de cette pratique. Dés 1470, la Bretagne exporta de nombreux tonneaux de poissons salés vers la vallée de la Loire puis vers les ports d’Ibérie à partir de l’année suivante. Cela faisait un complément idéal pour le commerce du sel et celui des toiles. Les finances du duc s’en trouvèrent renforcées car il percevait un droit à l’exploitation pour cette activité.
A Pâques, le duc se trouvait en compagnie de Jean de Quelennec et André de Lohéac en sa bonne ville du Blavet. Ces deux compères qui se partageaient efficacement la direction de l’amirauté bretonne, y mettaient au point un chantier naval qui devait produire de nouveaux vaisseaux pour les forces du duc. Les actions en mer d’Irlande et en Manche pendant les années précédentes les poussèrent à construire un nouveau type de navire. Jean de Quelennec qui avait passé l’année 1468 à questionner des capitaines de commerce sur les nouvelles techniques navales, proposa de construire un navire d’origine portugaise : la caravelle. Petite, plus rapide et plus agile que les caraques, le navire avait plu au vice-amiral de Lohéac qui voulait un bateau capable de frapper dans les estuaires et les anses, espaces confinés fort dangereux pour les lourds navires qu’il commandait. Par l’intermédiaire d’un marchand, l’amiral avait engagé deux charpentiers de marine portugais. Arrivés en Mars, ils présentèrent au duc leurs dessins et Pierre Landais leur accorda les finances pour construire trois de ces navires. Il envoya un agent à Nantes recrutés des artisans habiles. Yann de Ranrouët, écuyer de Lohéac, plus connu sous le sobriquet de La Roche, fut chargé de négocier un contrat pour du bois de marine et pour l’enrôlement de charpentiers avec le comte de Rohan. Début mai, il était à Pontivy et achetait chêne et pins pour le compte de l’amirauté. Il y reçut une missive de son seigneur qui le convoquait à St Malo pour y rembarquer à destination de la Manche. La flotte partait au secours des marins normands. Laissant le soin des livraisons à ses clercs, Jean de Rohan accompagna son nouvel ami.
Schéma de la Caravelle battant pavillon portugais. les Bretons l'appelaient familièrement Carvel
Fin avril, Le duc s’engagea sur les chemins du pèlerinage de Bretagne. Le Tro Breizh le mena à travers l’ensemble de son duché. Il se rendit d’abord à Morlaix par la cote sud. Il constata dans cette ville une réelle prospérité qui commençait à s’étendre dans les campagnes avoisinantes. Puis par Tréguier où il séjourna le 19 mai pour la fête de Saint Yves, il rejoignit St Malo et y retrouva Jean de Rohan, passionné par l’armement de son premier navire. Le duc et son trésorier général discutèrent longuement avec lui des réformes qu’il avait appliquées dans son comté de Léon. François II resta dans la cité corsaire jusqu’au départ de la flotte puis s’en alla au Mont St Michel y prier pour le salut des marins et le rétablissement de la duchesse. Le duc traversa la baie, pieds nus et vêtu d’une simple chemise de chanvre. Il monta jusqu’au monastère et demanda pardon à l’archange pour l’incendie de 1204 causé par des chevaliers bretons. Le lendemain, après une nuit de pénitence, il reçut l’eucharistie des mains de l’abbé puis celui-ci lui rendit hommage devant l’ensemble de son chapitre. Enfin, il offrit une fête aux habitants pour célébrer le rattachement du Mont à la Bretagne. Si les précédents ducs avaient été incapables de conquérir la forteresse par la force, en deux jours, le duc la gagna par le cœur. Il sortit de l’ile en grand apparat au plus grand plaisir des habitants qui acclamèrent leur nouveau duc. Enfin, après un détour par Fougères où il inspecta rapidement des travaux de défense, François II chevaucha vers Nantes car la maladie de la duchesse s’était aggravée.
Représentation du Mont St Michel dans les Riches Heures du Duc de Berry