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jeudi 27 juin 2013

1475. Ep1. Le bâton ou la carotte.


Jacques III d'Ecosse, le pion surprise de Louis XI qui recevra à partir de 1474, une pension de 20000 écus de la France.
En Angleterre, Edouard IV reconstruisait lentement ses capacités navales. Les échanges avaient repris avec les bourguignons et la flotte bretonne semblait avoir disparu. Le roi avait réussi à rassembler une nouvelle escadre de vingt navires dans la Tamise et comptait l’envoyer à Douvres dés l’arrivée des beaux jours. Sa mission serait de protéger ses communications avec le continent. S’il avait réquisitionné quelques bateaux marchands, il avait aussi recruté en Flandres avec l’accord du Téméraire. Dix navires bourguignons devaient arriver à Calais au printemps. Charles lui promit aussi de revenir en Picardie dés qu’il aurait châtié les Suisses qui fomentaient troubles et désordres dans ses territoires et sur ceux de ses alliés. Jusqu’en février, Edouard IV essaya de séparer France et Bretagne. Il offrit à l’émissaire breton, Jean de Rohan, trêve, traité commercial avantageux et alliance matrimoniale. François demanda un temps de réflexion car il avait des engagements vis à vis de Louis XI et des Tudors, ennemis déclarés de l’Angleterre. L’attitude du duc ne surprit pas le comte de Rohan. Ménager la chèvre et le chou était devenu une tradition à la cour de Bretagne. Jean de Rohan savait pertinemment que son beau-frère ne changerait jamais de camp aussi facilement. Mais, comme tout chef d’état courtisé qui se respecte, François II fit monter les enchères jusqu’en février. Sa réponse arriva à Douvres, le 12 mars.
A Nantes, les propositions du roi d’Angleterre avaient fait sourire. Les subsides que Louis XI fournissait régulièrement au duché, étaient devenus une véritable manne pour nombre de bretons et pour le duc. Pierre du Pont - L’Abbé et ses bandes de Cornouailles et de Léon revinrent de Suisse pour les Vins du Duc. Le Baron de Rostrenen devint le bras droit du Maréchal de Bretagne, obtint un siège dans la Confrérie des Bandes et repartit avec le nouveau contingent de Bretons pour la France. Apprenant cette volonté de servir, le Roi de France fournit chevaux, armes et ravitaillement aux bandes de Retz et Nantes et l’envoya aider les Suisses. Pour la première fois, Louis XI conserva les compagnies de Vannes et Rennes pour servir à côté de ses Ecossais. Apprenant les discussions de l’Angleterre avec la Bretagne, Le monarque de France se déplaça jusqu’à Angers et rencontra François II. Il lui proposa la seule et unique chose qu’il désirait vraiment. Ce n’était ni la main d’Anne de France, ni un traité de commerce, ni des terres, ni un pénultième coffre plein d’or. Le 10 février, Louis XI offrit l’autonomie judiciaire. François sauta sur l’occasion et signa immédiatement le traité proposé dans lequel il était stipulé qu’aucune affaire de Bretagne ne serait jugée, ni examinée par le Parlement de Paris. Louis accepta aussi d’appuyer les bretons pour qu’ils obtiennent les iles anglo-normandes dans les négociations avec l’Angleterre. François II sortit réjouit de l’entrevue. Il ordonna la sortie de sa flotte et demanda à ses corsaires des actions plus vigoureuses.
A Londres, Jean de Rohan apprit la nouvelle avec stupeur et se présenta à Edouard IV le 4 mars pour l’anniversaire de son couronnement. Il lui déclara que le duc voulait la paix mais que liés à la France, les bretons restaient en guerre avec l’Angleterre jusqu’à la conclusion d’une trêve entre Edouard et Louis. Le 5 mars, la ville de Londres apprit qu’un émissaire d’Ecosse était arrivé dans la capitale. Il demanda et obtint audience au palais pour présenter ses lettres de créance. Le 10 mars, après les formalités d’usage, il annonça que le royaume d’Ecosse avait passé une alliance défensive avec la France. Edouard ne répondit rien. Louis XI avait réussi un coup diplomatique. L’Angleterre était seule et entourée d’ennemis. La nouvelle se répandit vite dans les villes et les campagnes. Le 12 mars, Yann de Ranrouët se présenta devant le port de Douvres. Il fit tirer à blanc ses navires, les uns après les autres. La cité fut prise de panique et une partie des habitants s’enfuit propageant la nouvelle d’un débarquement. Même si l’information fut vite démentie, Edouard IV comprit qu’il n’allait pas gagner cette guerre. Il demanda une trêve. Le traité de Douvres du 15 avril laissait à la Bretagne le contrôle des iles anglo-normandes dont le statut devait être fixé à la paix. La France obtenait la fin de l’alliance anglo – bourguignonne et une trêve de 6 ans. L’Irlande ne fut pas mentionnée dans le traité.
 

Château de Douvres

 

mercredi 26 juin 2013

1474. Ep6. Vers une 3ème manche ?

Lorsque les Malouins avaient envahis l’ile de Wight, les Londoniens avaient réagi avec énergie et détermination. Nombre d’entre eux s’étaient engagés dans les équipages de la flotte. Edouard IV, roi d’Angleterre et Seigneur d’Irlande, avait chevauché immédiatement jusqu’à Portsmouth mobilisant au passage toutes les bonnes volontés qu’il rencontrait. Si le raid avait fait craindre une invasion, la défaite à Calais du 23 juillet rendit la menace parfaitement crédible pour nombre d’habitants du sud de l’Angleterre. Un sentiment d’effroi se répandit dans les campagnes et dans la ville de Londres. Les Français arrivaient. Le Roi prit des mesures d’urgence. Il ordonna de réquisitionner les meilleurs navires marchands présents dans la Tamise et de maintenir les milices en armes jusqu’à l’arrivée des vents violents d'automne. Le Parlement accepta de financer ce nouvel effort. Dans le Kent, le Sussex, et le Hampshire, la population resta en armes toute la saison, s’entraînant et surveillant constamment le littoral. Si elle aperçut de temps en temps un navire battant croix noire ou fleur de lys, elle ne vit jamais une flotte arrivée sur les côtes et débarquée une horde de Français ivres de vengeance. Fin septembre, une violente tempête annonça la fin de l'été et des grandes opérations maritimes. Edouard démobilisa ses troupes et espéra passer l’hiver tranquillement à remettre en ordre flotte et défense. Mais les grognements se développaient en Angleterre et la populace manifestaient publiquement son dédain pour le roi. En raison des fortes pertes navales, des réquisitions et des troubles dans le commerce, Londres, Douvres et Calais connurent quelques incidents publics. A l’hiver, même s’il avait ramené un semblant de calme, Edouard avait mauvaise réputation et l’arrivée d’émissaires français et breton n’avait rien arrangé.

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Représentation de la Tour de Londres au XVè siècle. 
 
La flotte bretonne revint dans ses ports rapidement après la bataille de Calais. André de Lohéac succéda à son compère Jean Quelennec dit le Vieux et on lui donna immédiatement le surnom de son prédécesseur. Se considérant comme trop âgé, André ne souhaitait plus prendre la mer. Mais, il fut nommé Seigneur de la Mer en charge du maintien et de la direction générale de la flotte bretonne. Ce titre supplantait celui des Amiraux de Bretagne. Le Seigneur de la Mer siégeait à Port-François et menait les services et la stratégie de la marine bretonne. Il était aussi le président du conseil de guerre de Bretagne en l’absence du Duc. Quelennec le Vieux, malade, se retira et mourut aux premiers frimas. Pour lui rendre hommage, André de Lohéac nomma un des nouveaux navires de son prénom : Le Vieux Jean, caraque de guerre de trente canons servie dans la marine bretonne jusqu’en 1540. Le duc promut Quelennec le Jeune au rang de vice-amiral, sans lui accorder les droits de l’amirauté qui revinrent au Seigneur de la Mer. Yann de Ranrouët prit en charge la Grande Escadre de Morlaix qu’André de Lohéac porta à 40 navires. A Port-François, Quelennec le Jeune commandait 10 bâtiments de la dernière génération. Il était chargé de leurs entraînements et de leurs améliorations. André de Lohéac voulait ainsi sanctuariser le Golfe de Gascogne et la Mer d’Iroise tandis que la Grande Escadre devait bloquer toute pénétration anglaise dans les eaux de Bretagne. Il entama aussi une étude des différents ports de la Bretagne Nord car depuis deux ans, le port et le chantier de Morlaix étaient constamment surchargés. Il fallait trouver un site approprié pour y développer un Port Ducal. Enfin, cannibalisant les prises anglaises et grâce aux fournitures navals en provenance de la Hanse, le Vieux réussit à porter la flotte bretonne à 60 navires. Elle comprenait dix caravelles garde-côtes, 8 caravelles d’escadre et 42 carvels, nom que le vieux attribua aux nouvelles caraques de guerre. La flotte bretonne passa la fin de l’été à patrouiller la Manche mais surtout à réparer les navires endommagés et à se réorganiser. Après l’équinoxe d’Automne, Quelennec le Jeune emmena son escadron vers le sud. Il embarquait les ambassadeurs du Duc auprès des puissances ibériques et de la papauté.

A la fin aout, Louis XI décida d’envoyer des ambassadeurs en Angleterre pour demander une trêve. Depuis la bataille de Calais, il pensait qu’Edouard IV n’avait plus les capacités de mener des actions sur le continent pour au moins deux années. Les Irlandais et les Bretons faisaient le travail pour lui. Ils avaient battus une flotte anglaise et auraient le champ libre l’année prochaine dans la Manche et la mer d'Irlande. A la toussaint, il envoya au duc les financements pour la flotte de Bretagne ainsi que pour le recrutement des Bandes de Retz, Rennes, Vannes et Nantes. En Angleterre, Philippe de Commynes et Jean de Rohan, émissaires de Louis XI et de François II, rencontrèrent de nombreuses résistances. Pourtant, Louis XI ne demandait qu’une trêve de plusieurs années et le Duc de Bretagne le contrôle des iles anglo-normandes. Mais, les Anglais ne désiraient pas la paix. La situation financière et militaire du royaume d’Angleterre était difficile. Cependant, le peuple, les marchands et la noblesse ne pensaient qu’à obtenir réparations de la France et de la Bretagne pour les pertes humaines, territoriales et navales des années précédentes. En décembre, lors d’une audience royale, Edouard IV demanda non seulement le retour des iles anglo-normandes mais aussi, celui de l’Irlande sous l’autorité de son seigneur légitime. En coulisse, il déclara que cette déclaration avait juste pour but de calmer la rue et qu’il était prêt à continuer les pourparlers. Philippe de Commynes et Jean de Rohan étaient sceptiques car ils connaissaient les préparatifs navals et militaires qui se déroulaient dans la Tamise et à Douvres. Apprenant cette situation, le roi de France décida d'employer toutes les armes diplomatiques dont il disposait. Le 18 décembre, trois courriers partirent le long de la Seine, vers la Manche.
Le Palais Royal du Louvre au XVè siècle, représentation tirée des Richesses Heures du Duc de Berry.

 

 

lundi 24 juin 2013

1474. Ep4. Seconde Manche.

Les premiers incendies qui furent déclenchés pendant cet été - là s’embrasèrent en Irlande. Henry Tudor et Tadgh Liath MacCarthy mirent les frontières de l’Ulster à feu et à sang à partir du mois d’avril. Puis, ils passèrent à l’offensive en juin. Alors que la flotte de Jasper Tudor assurait le ravitaillement de l’armée, les troupes entraînées par les Bandes du Trégor et du Penthièvre progressèrent lentement vers le nord et assiégèrent Belfast à partir du 10 juillet. Si la prise de la cité, le 3 aout, sonna le glas de la résistance sur la cote est de l’Ulster, le roi du Tyrone, Henry O’Neill poursuivit le combat. Son clan ne baissa pas les armes malgré sa défaite à Portglenone le 27 et il lança raids et pillages sur les territoires que contrôlaient Henry Tudor et ses alliés. L’armée d’Irlande arriva sur la Foyle le 1er septembre. La mise en place d’un blocus naval par Jasper Tudor permit la reddition de Derry, le 7. A l’automne, Henry Tudor y installa une forte garnison et mit son armée en quartier d’hiver autour de Belfast. S’il contrôlait les littoraux et les ports de l’Ulster, Henry n’avait pas rallié l’intérieur des terres. Pourtant, les forces du clan O’Neill déclinaient rapidement. les désertions se multipliaient. En septembre, Henry Tudor envoya son oncle Jasper en Bretagne acheter du blé. La guerre avait ruiné l’agriculture dans le nord de l’Irlande et Il voulait gagner les populations à sa cause.
Bristol médiéval.
 
Après son succès à l’ile de Wight, Jacques Danycan passa juillet à St Malo où il procéda aux essais de sa nouvelle caraque. Puis, il mit les voiles vers le canal de Bristol où il tenta de surprendre l’escadron anglais qui s’y trouvait depuis un an. Si Jacques Danycan prit quelques navires marchands, l’escadre anglaise resta à l'abri dans la Severn malgré ses pillages de la côte galloise et cornouaillaise. En septembre, le Gouverneur retourna en Bretagne puis il prit le chemin des iles anglo-normandes pour y passer l’hiver.
A l’Ecluse, 20 navires marchands bretons attendaient le grand convoi du nord. Les négociants d’Armorique firent rapidement leurs affaires, échangeant vins, toiles et draps contre les denrées de la Baltique. Grâce à la protection de l’escadron de Yann de Ranrouët, ils eurent des conditions préférentielles dans les échanges et une bonne partie des cargaisons de la Hanse finit entre leurs mains. Cela indigna les commerçants de Bruges qui durent payer le prix fort et qui s’empressèrent de renseigner la flotte anglaise à Calais. Celle-ci appareilla dés le 11 juillet et se tint en embuscade prête à fondre sur la flotte marchande bretonne. Les 30 navires bretons ne sortirent de la rade de l’Ecluse que le 17 juillet. Dés le départ, Yann de Ranrouët s’inquiéta car les navires marchands n’étaient pas aussi modernes que les siens et louvoyaient moins bien contre les vents d'ouest. Sa progression était donc très lente et il devait régulièrement attendre les moins rapides pour éviter de faire des retardataires des prises faciles. Le 23 au matin, ses équipages aperçurent la flotte anglaise dans la pire des position. Elle arrivait toutes voiles dehors et elle avait le vent pour elle. Yann sut de suite qu’il était surclassé. Ses bâtiments s’interposèrent entre les caraques anglaises et celles des marchands. Les navires bretons ne réussirent à lâcher qu’une seule bordée qui fit des dégâts importants mais insuffisants. L’avant-garde anglaise prit d’assaut l’escadre de Yann. Les équipages de la Bretagne se défendirent avec furie. Les franc-archers, vétérans de la Solent, de Méditerranée et des raids en mer d’Irlande menèrent les marins et formaient des môles de résistance sur toutes les caraques de guerre. Chacune d’entre elles se vit rapidement attaqués par deux navires anglais. Si la situation était désespéré pour les navires du duc, les marchands mal protégés fuyaient vers l’est pourchassés par dix bâtiments de sa majesté anglaise.
Mais de nouvelles voiles apparurent à l’ouest et elles portaient des croix noires. André de Lohéac arrivait à la rescousse.

La bataille de Calais. Fin d'un navire anglais.

 

L’avant- garde de Quelennec le jeune arriva la première. Les agiles caravelles canonnèrent au passage les caraques qui assiégeaient les navires de Ranrouët. Puis elles filèrent au secours des navires marchands. Deux par deux, elles s’attaquèrent aux lourds vaisseaux anglais qui viraient désespérément vers le nord-est. Le corps de bataille de Lohéac approcha plus lentement mais son action fut bien plus dévastatrice. La bordée bretonne endommagea suffisamment les anglais pour faciliter les abordages et les contre-attaques des équipages bretons. 
Dans les combats qui se prolongèrent tard dans l’après midi, les 40 bâtiments bretons submergèrent les navires de sa majesté et prirent 15 navires. Six autres coulèrent corps et âmes tandis que la Edouard par la Grâce de Dieu, caraque amiral de la flotte anglaise explosa emportant avec elle le St Yves. Deux jours plus tard, il ne revint dans la Tamise que 8 bâtiments et 2400 membres d’équipages. Les pertes bretonnes s’élevaient à deux navires de guerre, le St Yves et la petite St Anne d’Auray ainsi qu’à un marchand. Mais les blessés et les morts se comptaient par centaines sur les ponts de l’escadre de Yann. La flotte retourna à l’Ecluse pour réparer, se réorganiser et se ravitailler. André de Lohéac répartit ses équipages sur les prises et renforça les bâtiments de son jeune collègue. Puis précédée par l’escadron de Quelennec le Jeune, la flotte de Bretagne qui maintenant comptait 51 navires de guerre et 19 marchands vogua tranquillement vers St Malo.
La fin du St Yves et de l'Edouard par la grâce de Dieu


 
 

dimanche 23 juin 2013

1474.Ep3. Histoire des marins de Bretagne. Commerce et Raid dans la Manche.



Lors du conseil de guerre de février, André de Lohéac prit Quelennec le Jeune sous son aile. Il décida de rassembler sur son navire un groupe d’officiers jeunes et expérimentés capables de mener des actions indépendantes avec de petits groupes de navires. Il lui confia l’écran de reconnaissance de la flotte qui partait pour la base avancée de St Valéry sur Somme. L’Amiral Lohéac conserva trente des navires bretons pour mener les opérations de convoyages et de patrouilles dans le Pas de Calais car Edouard IV avait rassemblé sa flotte malmenée dans la Tamise. Il ordonna que les navires marchands se rassemblent à Barfleur et soient escortés par au moins  un escadron, soit un tiers de la flotte. Un convoi partirait chaque mois vers les ports de Flandres et la Mer du Nord. La flotte entière les escorteraient jusqu’au Pas de Calais puis une garde plus légère les accompagneraient jusqu’à l’Ecluse ou Anvers.
Yann de Ranrouët, vice amiral de Bretagne, reprit en charge les navires qu’on lui avait confiés l’année précédente. En plus, il obtint le St Gabriel et le St Raphaël qui portèrent son escadron à 9 navires. Il mit les voiles en avril pour St Valéry en Somme. Puis, le vice-amiral partit pour la mer du Nord et le Danemark. Il se trouvait à Copenhague début Juin quand arrivèrent les navires hanséates en provenance des terres baltes. Il organisa un grand convoi destiné à l’Europe de l’Ouest. Le bruit courut à Copenhague que cette flotte marchande attirerait tous les corsaires et pirates du Skagerrak à la Mer d’Iroise. Pourtant, Yann de Ranrouët leva l’ancre le 17 juin à destination des Flandres. Le premier grand convoi du nord était formé. Il comprenait une cinquantaine de voiles, chargées de toutes les richesses du nord de l’Europe. Il transportait du bois, des fourrures, des métaux, de l'argent de bohême, de l'ambre de Prusse, du blé d'Allemagne et des graines de lin de Libau...etc.


Commerce en Baltique au XIVè siècle.

Jacques Danycan, gouverneur des iles anglo-normandes, passa l’hiver à faire des aller-retours entre St Malo et Jersey pour recruter des administrateurs et surveiller la construction de sa nouvelle caraque. Au printemps, il rassembla une troupe de 11 navires dans la capitale de son gouvernement. Il avait longuement discuté avec Lohéac et De Ranrouët avant de décider de piller l’ile de Wight avec une troupe de 2000 franc-archers de l’évêché de St Malo. La Notre Dame du lac était bien sûr de la partie et devait servir de navire de débarquement. Les amiraux avaient accepté cette diversion qui devait faciliter leurs opérations dans le Pas de Calais. Le mauvais temps et la forte houle de la Manche retardèrent le départ jusqu’en juin et la flotte n’arriva à St Helens que le 13 juin. Le débarquement fut un succès. Les anglais défendant le fort s’enfuirent. Dans la foulée, Jacques Danycan prit le Manoir de Nettlestone. De là, il s’empara de l'abbaye de Ryde le 14. Mais les milices du Hampshire arrivèrent à Cowes ce jour-là. Sous leur pression, Jacques Danycan retraita vers Sandown Bay où il rembarqua avec son butin sous la protection des canons de sa flotte. Le 19, il appareillait pour les Iles anglo-normandes.


Carte de l'ile de Wight, 1724, http://www.iwhistory.com/

Lorsque la nouvelle arriva à Londres, Edouard IV crut à un débarquement en force des bretons et des français. Il mobilisa massivement ses troupes et ordonna à  sa flotte de la Manche de couper le ravitaillement des envahisseurs. Le 1er juillet, les 30 meilleurs navires de la flotte anglaise firent escale dans le port de Calais tandis que le roi d’Angleterre arrivait à Cowes où il réorganisa la surveillance des côtes de l’ile. Edouard IV pensa que le pire avait été évité. Au même moment, Yann de Ranrouët arrivait avec son convoi à l’Ecluse tandis qu’André de Lohéac, apprenant la sortie de la flotte anglaise, appareillait de St Valéry en Somme. les adversaires étaient prêts pour la seconde manche.
 


 

samedi 22 juin 2013

1474. Ep2. Chroniques du duc de Bretagne. partie II.

 

François II passa une grande partie de l’année à régler des conflits administratifs entre Pierre Landais et Guillaume Chauvin. Il effectua pourtant trois déplacements notables cette année-là. Le premier d’entre fut un court voyage en février à St Malo durant lequel il présida le premier conseil de guerre du duché et distribua les pouvoirs entre les membres. L’Amiral y siégeait de droit et comme président en l’absence du duc tandis que le Maréchal de Bretagne ne devait y tenir que la seconde place. Il faut noter la présence de Jacques Danycan, gouverneur des iles anglo-normandes et que le duc invita comme représentant des corsaires. Il avait été appelé en raison de sa réputation grandissante et parce que François II voulait l’utiliser pour ses relations avec les bourgeois de ses ports. Pour la première fois, le Duc et ses officiers tentèrent de définir une stratégie commune pour maintenir la suprématie qu’ils avaient obtenue dans la Manche. La flotte qui s’était agrandie d’une dizaine de navires devait terminer la généralisation du gréement portugais et renforcer ses dépôts dans les villes de Morlaix, St Malo et Port-François. Il la chargea d’escorter les convois de marchands vers les Flandres et de patrouiller la Manche jusqu’à Calais. Il demanda aux corsaires de mener la course en Mer d’Irlande et au large du Cotentin. Lors de ce conseil de guerre fut aussi décidé de mener une enquête sur les fortifications littorales. Les Bretons pouvaient perdre l’initiative en mer et la faiblesse des défenses inquiétait Quelennec le Vieux. De même, François II demanda au Maréchal de Rieux de procéder à une revue des fortifications de la Marche de Bretagne et de planifier leur rénovation.


La production textile liée au Lin et au Chanvre en Bretagne à la fin du XVè siècle.
Le second déplacement du duc se fit à Port-François. Il y présida au lancement de deux caraques de guerre qu’il fit nommer du nom des archanges Gabriel et Raphaël. Il les confia à Yann de Ranrouët qui les emmena immédiatement à St Malo puis à St Valéry sur Somme. Le duc resta un certain temps dans le Vannetais avec Jean de Rohan. Ils discutèrent des réformes économiques et de leurs implications sur la stratégie de la Bretagne. Le duché devait maintenir ouverts la Manche et le golfe de Gascogne à son commerce pour préserver les routes maritimes du Lin. Avoir une marine était devenu une nécessité et François II devait être capable de l’entretenir seul sans l’apport annuel des écus de Louis XI. Il fallait donc que le duc augmente ses revenus dans les années à venir. La France en paix arrêterait de financer une flotte bretonne qui comptait quarante navires de guerre. François II accepta donc de développer les proto-industries et de favoriser les éléments novateurs en agriculture. Réaliste, il adopta les plans de Jean de Rohan pour renforcer ses finances. Une seconde fois, il proposa le mariage de son fils avec la petite Françoise de Rohan. Le Comte, cette fois, ne refusa pas. N’ayant qu’une héritière et sa femme multipliant les fausses couches, il demanda le temps de la réflexion.
Le troisième déplacement était attendu depuis longtemps par les Bretons. Le duc convoqua les Etats de Bretagne à Vannes et s’y rendit après les moissons. Il avait décidé de les réformer. Pour la première fois, il demanda la rédaction de Cahier de Doléances. De plus, Les députés des deux ordres séculiers devaient être élus par évêché ou par cité. Seuls, les comtes, les évêques et les maires siégeaient de plein droit. Or, le retour des Bandes en Bretagne après la seconde guerre de Bourgogne avait changé la donne politique dans l'état de la noblesse. Cette année-là, elle se divisa entre deux partis, la Noblesse Mercantile et la Noblesse Féodale. Les vétérans des Bandes et la noblesse littorale voulaient imposer une diminution des obligations de l’honneur nobiliaire pour profiter un maximum du commerce. L’entrée de cette minorité aux Etats permit de renforcer la position du Tiers dans les débats qui demandait moins d’impôts mais aussi plus de libertés commerciales. François II trancha en faveur de l’application totale des réformes de Rohan dans le duché. La forte pression du Duc, de leurs vassaux et l’influence grandissante de Jean de Rohan permirent de rallier les grands féodaux à ce programme. Mais ils firent opposition à toute nouvelle dérogation au statut de noble. Le duc obtint un recensement de la population qui devait se dérouler sur quatre ans et permettrait de réévaluer les revenus du duché. Il ordonna que dans toutes les paroisses soit tenu un registre des baptêmes, mariages et enterrements ainsi qu’un état des Franc-archers, avec leur âge et leur équipement. Enfin, il annonça que dorénavant, la moitié de sa part perçue sur les contrats des Bandes serait dédiée à la rénovation des fortifications de la marche de Bretagne.
Jean VI de Bretagne, âgé de 11 ans commença des études approfondies. Un maître d'armes vint à Nantes et le suivit toute l’année. En été, il fut confié à des représentants des Bandes qui devaient lui apprendre la guerre nouvelle. Enfin, il assista aux Etats de Bretagne et à quelques Grands Conseils où sa concentration fut remarquée. Jean grandissait et François II nota son enthousiasme pour toutes les choses nouvelles, pour la marine et l'artillerie, mais aussi l'art et les langues.
 

Portrait de jeune homme de la Renaissance par Boticelli, 1483.

 


mercredi 19 juin 2013

1473.Ep5. La bataille de Spithead.


Représentation de la fin de la Notre-Dame de Daoulas lors de la bataille du Spithead. Elle porte la croix noire de Bretagne tandis qu'a l'arrière-plan brûle un navire anglais portant la croix rouge de St Georges. 


En la fin d'après midi du 10 juillet, les 30 navires anglais approchèrent par l'est de l' embouchure de la Solent. Ils avaient profité du vent estival qui soufflait de l'est depuis deux semaines pour venir de la Tamise. Cette escadre devait se réunir aux 20 bâtiments de Portsmouth. Sur l'île de Wight, à la pointe de Spithead, le roi Edouard IV observait ses fiers et beaux navires manœuvrer pour entrer dans l'embouchure quand un de ses suivants déclara qu'il voyait au sud, une seconde flotte progressant vers le nord. Edouard IV assista impuissant à l' attaque de la flotte bretonne. L'avant garde de Yann de Ranrouët s'enfonça au beau milieu de la flotte anglaise en faisant hurler ses canons. Les caraques de guerre sur deux lignes formèrent un môle destructeur qui ralentit les plus lents et vulnérables navires anglais. Peu après, André de Lohéac referma la nasse. Poussés par le vent vers les bâtiments de Yann, les Anglais étaient coincés entre la côte  et les deux escadres bretonnes. L'avant-garde anglaise tenta de faire demi-tour. Mais la marée montante et le vent d'est l'entraîna dans la Solent malgré les efforts des marins. Les Anglais firent face et se battirent bravement malgré leur infériorité numérique et leur désavantage technique. Les boulets de fer bretons faisaient des ravages sur les ponts et blessaient nombres de combattants avant les abordages. Quand les navires de Ranrouet se dégagèrent, ils emmenaient avec eux deux navires anglais. André de Lohéac n'en captura que six. Cinq bâtiment de sa majesté réussirent à s'échouer. Le reste coula par le fond car Yann fit tirer sur les coques dès le début de la bataille. Les pertes bretonnes se chiffraient à trois caraques et 500 hommes. Sur la côte, Edouard IV impuissant comptait ses pertes et arriva à la conclusion que sa flotte ne comprenaient plus que 28 bâtiments dans le port de Portsmouth. Pour une fois, sa chance n'avait pas été au rendez-vous.
André de Loheac renvoya ses prises et les navires les plus abîmés à St Malo sous les ordres de Ranrouët. Le 12 juillet, l'amiral canonna les navires échoués pour provoquer une sortie anglaise qui ne vint pas. Puis, le vent passant à l'ouest, il mit le cap au sud, laissant deux caravelles surveillées la flotte. Il fila sur Barfleur où les normands et le roi de France pouvaient lui fournir les boulets, la poudre et le ravitaillement dont il avait grandement besoin. Le 3 août, il repartit vers le nord pour bloquer les anglais. A St Malo, la cité entière accueillit l'escadron de Yann de Ranrouët et l'acclama depuis les remparts. Les prises furent mises en chantier et les caraques ravitaillées. Ses six bâtiments reprirent la mer le 16 août pour une croisière en mer d'Irlande.
Edouard passa la fin juillet à réorganiser sa flotte et à tenter de découvrir l'origine de la victoire bretonne. Les boulets en fer qui furent récupérer sur les plages lui donnèrent l'information nécessaire.  En août, il tenta quand même d'envoyer ses navires vers la mer d'Irlande mais les bretons étaient déjà de retour. Un seul escadron de dix bâtiments réussit à se glisser jusqu'à Plymouth. Si bien qu'en septembre, la flotte anglaise était éparpillée de Bristol à Portsmouth et les 100.000 livres du parlement étaient dépensées. Edouard IV n'avait plus un sous alors que son frère Richard en demandait pour repousser les raids écossais et qu'il devait lancer la production de boulets métalliques. Quand il apprit la chute des îles anglo-normandes et l'évolution de la situation en Irlande, il envoya des émissaires au Téméraire pour obtenir l'aide de sa flotte.

mardi 18 juin 2013

1473. Ep4. Harcèlement.



Oriflamme des navires bretons à partir du XVe siècle.

"Hey du Pont ! Le Tugdual bat drapeau bleu. Il vire lofe pour lofe ." cria la vigie du St Michel. Les voilà, enfin, pensa Yann de Ranrouët. Il regarda son pilote Philippe Cartier appelé aux postes de combat. Ses franc-archers revêtirent leur plastron et coiffèrent leur salade puis prirent position sur les deux châteaux du navire. Au moment où il entendit les premiers coups de canon, la St Anne vira plein ouest. Elle allait prévenir Lohéac. Le vent était à l'est depuis deux jours et les bretons avaient eu du mal à tenir leur position. Pendant une demi-heure, Yann laissa filer son groupe au sud-est. Puis, il vira et vogua au nord-ouest. Au grand largue, les deux caraques prirent de la vitesse et de la gîte. Enfin, la vigie annonça des voiles, une mer de voiles, trente navires voire plus. Prenant son porte-voix, Yann hurla au St Yves de s'aligner sur sa poupe et de le suivre. Lorsqu'il vit la flotte anglaise, il fit venir son chef canonnier et celui des franc-archers et il donna une dernière fois ses instructions.
"Messieurs, on va frôler cette masse de voiles au plus près. On ne va pas y rentrer et on va délivrer une seule bordée sur un seul navire. Je veux que tout tire en même temps. Canons, couleuvrines, arbalètes et arcs doivent tirer au même moment."
Il fut interrompu par la vigie qui hurlait :" le Tugdual et le Corentin file pleine ouest devant la flotte anglaise. Le Pol et le Guénolé arrive du sud-est. Pas de trace de la lokmaria. Le groupe de tête des anglais a les voiles qui fasèyent.
- Messieurs, il est temps de rejoindre vos postes. Que St Michel  soit avec nous !"
Les deux caraques arrivèrent par les trois-quarts arrières de la flotte. Ils essuyèrent des tirs d'arcs et de couleuvrines de faible calibre. Puis Philippe Cartier mit la caraque vent arrière et prit un cap qui lui permettait de s'approcher d'un navire au plus près. Le chef canonnier fit ouvrir les sabords lorsqu'ils rattrapèrent une grosse nef battant pavillon à croix rouge. Les archers anglais tirèrent plusieurs fois sur le gaillard d'avant, sans succès car les bretons étaient accroupis derrière la coque. Yann observa un moment ses adversaires puis quand les deux navires furent parallèles, il cria et l'enfer se déchaîna. Les 12 boulets du St Michel ravagèrent le pont de la nef puis les archers lâcherent leur volée qui s'écrasa sur son château arrière. Immédiatement, Yann ordonna de virer au sud-ouest, juste avant qu'un archer ne le tire à l'abri du bastingage. Une pluie de flèches s'abattit sur la poupe. La caraque prit son nouveau cap tandis que résonnaient les canons du St Yves qui martelèrent la même cible. Ranrouët se releva et aperçut la nef qui abattait désemparée. Philippe Cartier prit alors la parole :
- J'ai cru que le St Michel allait partir en morceaux. En tout cas, ça marche. La nef est foutue.
- Pas tout à fait ! On a tiré trop haut.
- Vraiment ? Vous avez remarqué qu'aucun navire anglais n'a de voile latine ? Nos navires sont meilleurs, plus rapides et plus agiles. Je suppose qu'on refait la même manœuvre ?
- Oui, une fois, avant la nuit. Plus, si on peut.
- Au fait, z'avez qu'à tirer dans la descente du roulis. Vous toucherez la coque.
- Bonne idée, et on va prier que la prochaine cible n'ait pas non plus de bons canonniers.
Dans l'heure suivante, Yann fit recharger et passer la nouvelle consigne. Il décida de laisser tirer ses franc-archers dès qu'ils seraient à portée. La bordée avait déstabilisé beaucoup trop d'entre eux et il les voulaient efficace. Et c'est ainsi que se déroula les journées du 8 et du 9 juillet dans la manche.

lundi 17 juin 2013

1473. Ep2. La Manche en Feu.

Le St Michel partant de St Malo. (peinture de G. Hunt de la Mary Rose)




Les 9 navires de Yann de Ranrouët levèrent l’ancre de l’embouchure du Blavet, le 14 mars 1473. Le nouveau vice-amiral de Bretagne surveillait son escadre du château de son nouveau navire : le St Michel. Il regardait voguer la Notre de Dame du Lac qui hissait déjà sa grande voile latine. Elle allait faire route seule, le long de la côte de Bretagne pour profiter des points d’eau et de ports pour se ravitailler. Elle devait aller jusqu’à St Malo et passer sous le commandement d’un des corsaires les plus réputés de la ville, Jacques Danican. Elle était la seule des navires envoyés en méditerranée à ne pas servir sous ordres pendant cette croisière. Elle n’avait plus sa place dans son escadre dont les navires avaient été rénovés et grées pendant l’hiver en trois mâts à la portugaise. Canons et sabords avaient été installés et des boulets de fer étaient empilés dans les soutes. Les informations que Quelennec le vieux lui avait fait parvenir étaient alarmantes. L’Angleterre reconstruisait sa flotte et on comptait par dizaines les navires en chantier dans l’estuaire de la Tamise et de la Solent. Il remarqua que les lourdes caraques, si elles rendaient quelques encablures au St Michel et au St Yves, tenaient mieux la mer et le rythme de l’agile St Anne d’Auray. La combinaison d’une coque à carvel et du nouveau gréement donnait à son escadre une meilleure unité. Il en eut confirmation quand ils arrivèrent trois semaines plus tard en la ville de St Malo. Deux escadres étaient déjà au mouillage, celle des corsaires de St Malo et celle d’André de Lohéac. Le soir même, l’Amiral de Bretagne lui confiait quatre nouvelles caraques de guerre. Au St Michel et au St Yves, André de Lohéac ajouta deux caravelles armées de 12 canons, la St Anne d’Auray et la Lokmaria et quatre caraques de guerre neuves de 24 canons, le St Pol construit à Morlaix, le St Gwénolé de Brest et les St Tugdual et St Corentin, construits à Port-François. Le 17 avril, son escadron partit croiser au large de Calais et servir d’avant- garde à la flotte qui allait patrouiller plus à l’ouest. Ces deux escadres fortes de tous les navires de Bretagne comptaient 30 navires de guerre et devaient empêcher que les anglais ne reprennent aux français et aux bretons la suprématie navale dans la Manche. Pendant ce temps, Jacques Danican attendit impatiemment l’arrivée de la Notre Dame du Lac et mit les voiles pour la Normandie, le 10 mai avec 10 navires corsaires de St Malo.
Pavillon de l'Amirauté bretonne

St Valéry en Somme. Réunion des capitaines bretons à bord du St Michel.

« - Messieurs, les informations que nous ont fournis les agents du roi et de Rohan, sont alarmantes. Ces damnés godons ont rassemblé une flotte d’une cinquantaine de navires dans la tamise et un escadron de 10 bâtiments s’apprêtent à appareiller de Bristol. Nous laisserons les irlandais s’occuper de ces derniers. déclara le vice-amiral Ranrouët. Nous nous devons de conserver notre suprématie sur Manche.
- Je suppose qu’ils ont rénové leurs 30 vieilles barques et construit 20 nouvelles caraques, ajouta Quelennec le jeune. Si elles sont chargées de troupes, ça fait au moins 5000 hommes d’équipages et 5000 hommes de troupes. Comment font-ils pour ravitailler tout ce monde ?
- Leur objectif est soit très proche, soit ils vont longer la côte anglaise pour profiter des ports du sud de l’Angleterre. Sans ravitaillement, la Picardie est trop loin et je pense que l’escadre de Bristol n’a qu’un seul rôle : approvisionner la flotte si elle réussit à se glisser hors de la manche.
- Donc, leur objectif serait l’Irlande. Henry Tudor va adorer ça !
- Oui, mais ils ont un second objectif : Nous. Ils doivent se débarrasser de notre flotte et de nos corsaires s’ils veulent être tranquilles en mer d’Irlande pour assiéger l’ile de Man ou Dublin.
- Dés qu’on les aperçoit, il faudra prévenir l’amiral. Ma caravelle est là pour ça. Elle est plus rapide que la St Anne. affirma le capitaine de la Lokmaria.
- André de Lohéac patrouille déjà dans l’ouest de la Manche, reprit l’amiral de Ranrouët. Nous devons ralentir la flotte anglaise et le prévenir de son passage du pas de Calais. Nous allons donc fonctionner différemment et former une ligne de patrouille de trois groupes. Du nord au Sud, St Tugdual et St Corentin seront sous les ordres de Quelennec puis St Michel et St Yves dont j’assurerai le commandement et enfin, St Gwénolé et St Pol fermeront la ligne dirigés par Hervé de Kerouadès. Les caravelles patrouilleront en avant et au nord de la ligne par alternance et une d’entre elles sera toujours avec mon groupe. Restez à portée de vue les uns des autres. Si vous voyez la flotte anglaise, hissez un drapeau bleu. Pendant le combat, ne vous engagez pas bord à bord. Harcelez- les ! On est trop faible pour leur barrer le passage. Tirez puis dégagez. Visez les coques. Coulez en quelques-uns. Ne montez pas à l’abordage ! On est là ni pour faire des prises ni pour prendre des prisonniers, on est là pour gêner, retarder et énerver cette armada. Filez si vous êtes débordés puis revenez et recommencez ! Messieurs, si vous n'avez pas de questions, alors... Buvons à la défaite des Godons.


mercredi 12 juin 2013

1472. Ep2. Guerre Navale, Guerre d'unification irlandaise.



En avril, le traditionnel convoi d’écus français arriva dans la capitale bretonne. Il était deux fois plus long que celui de l’année précédente. Pierre Landais assura son transfert vers le Blavet où se concentrait peu à peu les services de l’amirauté. Le chantier naval poursuivait ses constructions et on posa la quille de deux nouvelles caraques de guerre en juin. Les deux premières terminèrent leurs essais le 17 mars. Quelennec le Vieux les inspecta, il fit quelques remarques sur l’évolution de la marine depuis son jeune temps en bougonnant et toujours plein de morgue, admit ces deux nouveaux bâtiments au service actif, le 4 avril. Dix jours plus tard, elles partirent sous la direction d’André de Lohéac pour Morlaix où elles rejoignirent l’escadron du Ponant. Armées de canons tirant des boulets de fer, l’escadre transportait une cargaison de grande valeur : les 15000 livres que le roi envoyait chaque année à Jasper Tudor et elle escortait dix navires marchands transportant les bandes du Trégor et de Cornouailles que le roi avait louées au nom du dernier représentant des Lancastres. L’escale à Dublin fut des plus agréables et la flotte réduite aux seuls navires du duc mit le cap sur la Manche et la Normandie à St Jean. Elle se ravitailla à Barfleur en juillet et remplaça l’escadron de cinq navires qui avait patrouillé devant Calais depuis le début du printemps sur demande du Roi. Lohéac décida de prendre les choses en main et porta son escadre sur les côtes wallonnes. Il s’y empara de quelques navires anglais mais surtout en coula un certain nombre. Les boulets de fer faisaient merveille contre les navires marchands du roi d’Angleterre. Cette faillite de la flotte anglaise permit de couper le commerce de la laine pendant août et septembre. Cela mit en rage parlement, marchands et londoniens qui exigèrent du roi une action plus énergique dés la construction de la nouvelle flotte. A la mi-octobre, André de Lohéac mit le cap sur St Malo où il fit panser les plaies de ses hommes et hiverner sa flotte.

Le 3 aout, un curieux cortège de navires entra dans l’embouchure de la Loire. On reconnut facilement les 4 navires marchands qui revenaient de Lisbonne et qui avait quitté la cité ligurienne au printemps. Mais les 5 caraques, la caravelle et la galère qui se présentèrent firent sortir les habitants sur les quais et l’information fut criée de rues en rues jusqu’au château de Nantes. Menée par la Ste Anne d’Auray et la Notre-Dame du Lac dont les avirons battaient les flots, la flotte se glissa dans le port grâce à la marée. Yann de Ranrouët ramenait sa flottille dépareillée, usée jusqu’à la corde par le temps, les embruns et le manque d’approvisionnements navals. Il avait aussi contracté un certain nombre de dettes à Lisbonne pour assurer son ravitaillement en eau et en nourritures. Il savait qu’il aurait un très long rapport à faire à son duc et à son amiral. Mais aujourd’hui, il voulait profiter de ce que tous ressentaient. Ils étaient revenus et allaient fêter ça dans leurs familles et avec leurs amis. Jean de Quelennec et le duc comptaient les navires d’une des tours du château. Le vieil amiral se dit qu’il allait passer un certain nombre de soirées avec le Jeune Ranrouët pour obtenir toutes les informations et l’expérience qu’il avait pues glaner au cours de ses deux ans d’absences. Il mit cela de côté et demanda avec un rare sourire au duc de prendre congé pour aller retrouver son fils. Celui-ci lui ordonna de l'amener à dîner avec son commandant. François II voulait avoir la primeur des aventures de son chevalier de Noirmoutier.
Les provinces historiques d'Irlande.


L’arrivée des bandes bretonnes en Irlande changea la donne politique. Henri Tudor obtenait ainsi un corps de professionnels autour duquel construire une armée. Il rassembla ses soutiens du Pale (enclave anglo-normande autour de Dublin) et accompagné de Gerald de Kildare, il passa le mois de juillet à rallier par la force ou par la persuasion les lords de la province de Leinster. Henry Tudor savait que ses droits à la couronne anglaise étaient très tenus, mais les assassinats de l’année 1471 avaient renforcés sa détermination. Il poussa, cajola et força la main aux lords du Pale en maniant la carotte (l’or de Louis XI) et le bâton (la seule armée professionnelle d’Irlande). En août, les nobles anglo-normands et irlandais de Leinster s’étaient ralliés à son commandement. Le jeune Henri, son oncle Jasper et Gerald Fitzgerald de Kildare décidèrent de soumettre les provinces du sud. Le 3 septembre, des espions de Kildare ouvrirent les portes de Waterford à l’armée de Jasper. Deux jours plus tard, il écrasa l’armée du roi de Thomond et sa cavalerie captura de nombreux chefs de clans, le roi et son allié le earl de Ormond. Henri envoya des ambassadeurs au roi de Desmond. Ravitaillée par les corsaires de Dublin et de St Malo, son armée atteignit Cork le 3 octobre. Le roi de Desmond était dans les murs et poussa la municipalité à se rendre. La double menace navale et terrestre suffit à les dissuader. Le lendemain, Tadg Liath mac Domhnaill, roi de Desmond fit allégeance à Henry Tudor. Il préférait un roi en Irlande qu’un roi à Londres. A Noël, tandis que Jasper restait à Cork hiverner, Henry Tudor revint à Dublin avec le roi de Desmond et Gerald Fitzgerald. Il prépara une session parlementaire exceptionnelle pour la St Patrick. Il y convoqua les nobles les plus importants de Connaugh et d’Ulster ainsi que ses vassaux des provinces de Leinster et de Munster. Prenant des otages dans leurs familles, il libéra les chefs de clan qui lui rendirent l’hommage-lige et les nomma comte de leurs territoires. Enfin, il commença à prendre des cours d’Irlandais.

1472.EP1. Heurts et Malheurs des grands de ce monde.

Jean Il d'Aragon, allié surprise du Téméraire mais ennemi attendu de Louis XI qui lui a confisqué le Roussillon et la Cerdagne 
La fin de l’été 1471 trouva Yann de Ranrouêt à Lisbonne où il reçut un message de François II l’informant d’un possible conflit entre la France et la coalition bourguignonne. L’ordre du duc le laissa sans voix. Naviguer dans la méditerranée était compliqué, en fait, quasi-impossible car il ne possédait ni les pilotes ni les portulans nécessaires. Il ne savait absolument pas où il pourrait ravitailler en vivres et en eau. Enfin, ses navires avaient besoin d’un carénage important qu’ils ne pouvaient recevoir qu’au Blavet. Il prit donc quelques précautions. Dans un message, il répondit et décrivit sa situation au duc, déposa ses parts de butin chez un agent des Médicis et il confia son courrier et une copie de son journal de bord à un navire breton de passage contre une somme rondelette. Mais, il fallait obéir. Il mit quatre jours à trouver des pilotes pour trois de ses navires. Le 29 septembre, jour de la St Michel, il mit les voiles pour la méditerranée. Ils y pénétrèrent le 11 octobre et remontèrent lentement vers le nord pour atteindre les côtes de Provence. Yann espérait faire escale dans un port français et y faire campagne. Malheureusement, les mois d’automne en Méditerranée n’ont rien de clément pour les lourdes caraques. Entrecoupés de courts jours de vent portant, les orages et les calmes plats se succédaient. Le moral des bretons diminuaient. Ils apprirent en mer d’une galère génoise que la France et la Bretagne étaient en guerre contre l’Aragon, l’Angleterre, la Bourgogne et la Savoie. Les marins remarquèrent que les prises potentielles, des galères, les fuyaient aisément et allaient se réfugier dans le premier port venu grâce à leur avirons qui leurs permettaient d’échapper au période de calme. Elles étaient bien plus agiles que les grosses caraques de Yann qui se mit à prier de ne pas rencontrer la flotte de guerre de l’Aragon. Heureusement, en septembre, celle-ci se trouvait sur les côtes de Provence qu’elle razzia consciencieusement. Mais faute d’adversaire, elle s’était repliée sur Barcelone assiégée dont elle bloquait l'accès à la mer. Or, le pilote portugais les avait dirigés vers les Baléares pour éviter la côte aragonaise. Au bout d’un mois de mer, ils virent enfin les cotes de l’archipel. Yann fit aiguade sur une des petites iles puis fit voguer vers le nord pendant une journée. Le lendemain, un vent plein nord se leva et souffla régulièrement. A l’aube, Yann se décida et convoqua ses capitaines. Sa flotte fit demi-tour vers Palma de Majorque.
 

Dans le Roussillon, les garnisons de Louis XI tinrent pendant l’automne car l’armée aragonaise n’engageait que peu d’artillerie, réservée pour le siège de Barcelone. Le ban aquitain et languedocien vint leur prêter main-forte sous la direction du comte de Saint Pol, connétable du Luxembourg. En Savoie, l’offensive bourguignonne avait autant surpris les autorités savoyardes que les forces royales. Les garnisons furent rapidement renforcées par des Franc-archers et des émissaires partirent pour la Suisse et pour Milan. Les milanais ne bougèrent pas. Les agents du roi recrutèrent une dizaine de milliers de mercenaires à Genève qui vinrent à Lyon. En novembre, l’armée aventurée à Nîmes se scinda en deux. La partie la plus importante partit vers le Roussillon tandis que l’autre retourna à Lyon. A noël, la nouvelle de la trêve entre le Téméraire et Louis XI fit la joie de tous les lyonnais. Elle ne réjouit aucunement les Savoyards ni les Aragonais qui se retrouvaient seuls face à louis XI. Ils s’empressèrent d’envoyer des plénipotentiaires. Si les troupes en Dauphiné ne bougèrent pas, celles du Connétable de Luxembourg poursuivirent escarmouches et raids jusqu’en janvier sans succès.

A Palma de Majorque,  le 12 novembre, le mistral s’était mis à souffler et les pêcheurs avaient décidé de rester au port pour la journée. Ils rafistolèrent leurs filets puis se mirent à caréner leurs barques. Les officiers des deux galères du port sortirent tard et retournèrent vite à leurs occupations lançant leurs sous-fifres s’occuper de la chiourme. Yann regarda les tours du port puis ses sept caraques qui se dessinaient à l’horizon. Il avait pris place dans la caravelle et était parti en avant pour prendre d’assaut une des tours du port. La Ste Anne d’Auray battait pavillon aragonais et paraissait poursuivie par sept navires portant fleur de lys. Un cri d’alarme retentit et le pilote portugais embarqué contre son grès répondit en bon castillan sous la menace d’un couteau. La caravelle arriva à toute allure dans le port et s’écrasa contre le quai. Les franc-archers en jaillirent , ils filerent vers les tours dont ils tuèrent les occupants. La chaîne fut coulée et deux caraques négocièrent la passe sur leurs lancées. Les autres jetèrent l’ancre et mirent des chaloupes à la mer. Sachant qu’il n’avait pas les moyens de tenir la ville, Yann de Ranrouêt lança ses troupes à l’assaut des galères dont il libéra les rameurs. Bagnards et esclaves musulmans se jetèrent sur la ville comme de loups affamés tandis que les bretons se rassemblèrent pour contrôler le port et les rues qui y menaient. S’ils vidèrent quelques maisons et entrepôts, ils entreprirent surtout de remorquer les caraques et les deux galères hors du havre. Les bagnards firent assez de dégâts dans la ville pour que la garnison reste occupée le temps de l’opération. Yann fit alors mettre le feu dans les deux tours du port avant de partir. Ravitaillée et victorieuse, la flotte vogua vers le sud-est pendant une journée puis vers le nord-est, la Corse et la Provence avec une cinquantaine de bagnards qu’on avait remis aux avirons. Le soir même, dans Palma de Majorque, la garnison et les troupes du Château de Bellver mirent fin à la révolte à coup d'épées et de hallebardes.

Yann de Ranrouët passa noël à Aigues - Morte. Il y avait vendu sa caraque la plus abimée et une des galères. Lorsqu’il apprit le début de la trêve entre France, Aragon et Savoie. Il décida de reprendre la mer au printemps et de retrouver l’atlantique. Il espérait avoir autant de chance en 1472, mais il n'y croyait pas.

 
La construction du royaume d'Aragon, source Encyclopédie Universalis.

mardi 11 juin 2013

1471.Ep6. Escapade méditerranéenne.

Jean Il d'Aragon, allié surprise du Téméraire mais ennemi attendu de Louis XI qui lui a confisqué le Roussillon et la Cerdagne 
La fin de l’été 1471 trouva Yann de Ranrouêt à Lisbonne où il reçut un message de François II l’informant d’un possible conflit entre la France et la coalition bourguignonne. L’ordre du duc le laissa sans voix. Naviguer dans la méditerranée était compliqué, en fait, quasi-impossible car il ne possédait ni les pilotes ni les portulans nécessaires. Il ne savait absolument pas où il pourrait ravitailler en vivres et en eau. Enfin, ses navires avaient besoin d’un carénage important qu’ils ne pouvaient recevoir qu’au Blavet. Il prit donc quelques précautions. Dans un message, il répondit et décrivit sa situation au duc, déposa ses parts de butin chez un agent des Médicis et il confia son courrier et une copie de son journal de bord à un navire breton de passage contre une somme rondelette. Mais, il fallait obéir. Il mit quatre jours à trouver des pilotes pour trois de ses navires. Le 29 septembre, jour de la St Michel, il mit les voiles pour la méditerranée. Ils y pénétrèrent le 11 octobre et remontèrent lentement vers le nord pour atteindre les côtes de Provence. Yann espérait faire escale dans un port français et y faire campagne. Malheureusement, les mois d’automne en Méditerranée n’ont rien de clément pour les lourdes caraques. Entrecoupés de courts jours de vent portant, les orages et les calmes plats se succédaient. Le moral des bretons diminuaient. Ils apprirent en mer d’une galère génoise que la France et la Bretagne étaient en guerre contre l’Aragon, l’Angleterre, la Bourgogne et la Savoie. Les marins remarquèrent que les prises potentielles, des galères, les fuyaient aisément et allaient se réfugier dans le premier port venu grâce à leur avirons qui leurs permettaient d’échapper au période de calme. Elles étaient bien plus agiles que les grosses caraques de Yann qui se mit à prier de ne pas rencontrer la flotte de guerre de l’Aragon. Heureusement, en septembre, celle-ci se trouvait sur les côtes de Provence qu’elle razzia consciencieusement. Mais faute d’adversaire, elle s’était repliée sur Barcelone assiégée dont elle bloquait l'accès à la mer. Or, le pilote portugais les avait dirigés vers les Baléares pour éviter la côte aragonaise. Au bout d’un mois de mer, ils virent enfin les cotes de l’archipel. Yann fit aiguade sur une des petites iles puis fit voguer vers le nord pendant une journée. Le lendemain, un vent plein nord se leva et souffla régulièrement. A l’aube, Yann se décida et convoqua ses capitaines. Sa flotte fit demi-tour vers Palma de Majorque.
 

Dans le Roussillon, les garnisons de Louis XI tinrent pendant l’automne car l’armée aragonaise n’engageait que peu d’artillerie, réservée pour le siège de Barcelone. Le ban aquitain et languedocien vint leur prêter main-forte sous la direction du comte de Saint Pol, connétable du Luxembourg. En Savoie, l’offensive bourguignonne avait autant surpris les autorités savoyardes que les forces royales. Les garnisons furent rapidement renforcées par des Franc-archers et des émissaires partirent pour la Suisse et pour Milan. Les milanais ne bougèrent pas. Les agents du roi recrutèrent une dizaine de milliers de mercenaires à Genève qui vinrent à Lyon. En novembre, l’armée aventurée à Nîmes se scinda en deux. La partie la plus importante partit vers le Roussillon tandis que l’autre retourna à Lyon. A noël, la nouvelle de la trêve entre le Téméraire et Louis XI fit la joie de tous les lyonnais. Elle ne réjouit aucunement les Savoyards ni les Aragonais qui se retrouvaient seuls face à louis XI. Ils s’empressèrent d’envoyer des plénipotentiaires. Si les troupes en Dauphiné ne bougèrent pas, celles du Connétable de Luxembourg poursuivirent escarmouches et raids jusqu’en janvier sans succès.

A Palma de Majorque,  le 12 novembre, le mistral s’était mis à souffler et les pêcheurs avaient décidé de rester au port pour la journée. Ils rafistolèrent leurs filets puis se mirent à caréner leurs barques. Les officiers des deux galères du port sortirent tard et retournèrent vite à leurs occupations lançant leurs sous-fifres s’occuper de la chiourme. Yann regarda les tours du port puis ses sept caraques qui se dessinaient à l’horizon. Il avait pris place dans la caravelle et était parti en avant pour prendre d’assaut une des tours du port. La Ste Anne d’Auray battait pavillon aragonais et paraissait poursuivie par sept navires portant fleur de lys. Un cri d’alarme retentit et le pilote portugais embarqué contre son grès répondit en bon castillan sous la menace d’un couteau. La caravelle arriva à toute allure dans le port et s’écrasa contre le quai. Les franc-archers en jaillirent , ils filerent vers les tours dont ils tuèrent les occupants. La chaîne fut coulée et deux caraques négocièrent la passe sur leurs lancées. Les autres jetèrent l’ancre et mirent des chaloupes à la mer. Sachant qu’il n’avait pas les moyens de tenir la ville, Yann de Ranrouêt lança ses troupes à l’assaut des galères dont il libéra les rameurs. Bagnards et esclaves musulmans se jetèrent sur la ville comme de loups affamés tandis que les bretons se rassemblèrent pour contrôler le port et les rues qui y menaient. S’ils vidèrent quelques maisons et entrepôts, ils entreprirent surtout de remorquer les caraques et les deux galères hors du havre. Les bagnards firent assez de dégâts dans la ville pour que la garnison reste occupée le temps de l’opération. Yann fit alors mettre le feu dans les deux tours du port avant de partir. Ravitaillée et victorieuse, la flotte vogua vers le sud-est pendant une journée puis vers le nord-est, la Corse et la Provence avec une cinquantaine de bagnards qu’on avait remis aux avirons. Le soir même, dans Palma de Majorque, la garnison et les troupes du Château de Bellver mirent fin à la révolte à coup d'épées et de hallebardes.

Yann de Ranrouët passa noël à Aigues - Morte. Il y avait vendu sa caraque la plus abimée et une des galères. Lorsqu’il apprit le début de la trêve entre France, Aragon et Savoie. Il décida de reprendre la mer au printemps et de retrouver l’atlantique. Il espérait avoir autant de chance en 1472, mais il n'y croyait pas.

 
La construction du royaume d'Aragon, source Encyclopédie Universalis.

dimanche 9 juin 2013

1471.Ep4. La seconde guerre de Bourgogne.

Le 22 juin, des messagers partirent de Nantes dans toutes les directions. François II demandait à Morlaix et au Blavet de ravitailler sa flotte et à ses compagnies d’ordonnance de se rassembler à Rennes pour une revue. Louis XI mit en état d’alerte les garnisons de Picardie. Il ordonna de rassembler ses compagnies d’ordonnance à Compiègne et à Lyon. Le soir - même, n’attendant pas sa suite nombreuse, il chevauchait vers la capitale. A Orléans, il apprit que la Savoie et l’Aragon se joignait à l’alliance bourguignonne. Il demanda la levée du Ban occitan et aquitain, puis il transporta sa seconde armée de Lyon à Nîmes. Le 25 juin, François II se dirigea sur Rennes après avoir confié son fils et sa femme aux défenses du château de Clisson où les rejoignit Marie de Rohan. André de Lohéac retrouva sa flotte au Blavet et mit les voiles vers le nord. A Morlaix, les marchands réorganisèrent des convois et ravitaillèrent les navires de la flotte bretonne. St Malo était en effervescence depuis le passage d’Henri Tudor et armait tous les navires qu’elle pouvait en corsaire pour les envoyer dans la Manche et dans la mer d’Irlande.
Château de Clisson, refuge des ducs de Bretagne.
Lorsque les 10 navires de Lohéac firent relâche à St Malo, les 10 caraques de Morlaix l’attendaient ainsi que 10 corsaires malouins qui voulaient profiter de la flotte bretonne pour rejoindre St Valery en Somme. Les Malouins voulaient en faire leurs bases d’opérations sur les côtes picardes et wallonnes. Le 17 juillet, le baron de Retz débarquait à Barfleur et reçut ses ordres de Louis XI : empêcher l’anglais de traverser la Manche en bloquant Calais.

André de Lohéac laissa les Malouins agir à leur guise et entama à partir de la Picardie une surveillance constante des abords de Calais avec son escadre de 20 bâtiments. Il ne vit jamais de flotte anglaise. Celle-ci était occupée ailleurs et combattait un adversaire bien plus pugnace : Jasper Tudor, comte de Pembroke. Celui-ci avait fui au pays de Galles et réoccupé temporairement la forteresse de Harlech. Dés l’annonce de l’arrivée d’une armée yorkiste, il prit la mer pour l’ile de Man d’où il rejoignit l’Irlande. Il y contacta son ancien allié, le baron de Kildare, Gerald Mor Fitzgerald et l’informa de la situation en Angleterre. Le Lord deputy of Ireland, qui avait basculé dans le camp Lancastre en 1469, comprit de suite que sa tête ne vaudrait pas grand-chose à la cour d’Edouard IV s’il ralliait la cause de la couronne. Il écouta Jasper Tudor et il accepta ses plans.

Maquette de Dublin au moyen-âge.
Ce dernier envoya alors un message à son neveu Henri et au duc de Bretagne. Début juillet, le comte de Pembroke eut la surprise de voir arriver trois navires malouins dans le port de Dublin. Jacques Danican, leur commandant, demanda au Comte de Pembroke de se mettre à son service le temps de la guerre. Il amenait 100 franc-Archers de St Malo et l’information qu’Edouard n’avait pas garni de troupes l’ile de Man. Le comte sauta sur l’occasion. La fin de l’été vit donc les Tudor s’installer en terres d’Irlande. A partir d’aout 1471, Les corsaires irlandais et malouins utilisèrent l’ile de Man comme base d’opérations contre l’Angleterre. Dés septembre, avec l’arrivée des premières prises, les habitants se joignirent au combat contre la Couronne.
Le port de Dublin au Moyen-âge.
(source :after http://www.medievaldublin.ie/index.php/gallery)
En Bretagne, à Rennes, le duc, Pierre Landais et Guillaume Chauvin reçurent l’habituel financement du roi de France pour l’utilisation de la flotte bretonne. Cet argent fut reversé au chantier du Blavet pour accélérer la construction des deux caraques de guerre de Jean de Quelennec. L’échange de courrier avec le roi lui apprit l’évolution de la situation dans le royaume de France et il fit envoyer un message à Yann de Ranrouët pour lui demander d’entrer en Méditerranée et d’attaquer le commerce aragonais. Il passa en revue 6000 cavaliers, 3000 de ses compagnies d’ordonnance et 3000 vassaux avaient répondu à son appel. Il nota la présence importante des contingents du Comte de Rieux et du Comte de Rohan. Ce dernier se trouvait à Morlaix où il armait deux autres navires pour la protection d’un convoi pour Lisbonne et organisait la défense des côtes de Brest à St Malo. Avant de partir pour Rouen, Le duc alla prier au Mont St Michel si bien qu’il n’arriva sur les rives de la Seine que le 19 juillet. Louis XI lui confia les Bandes bretonnes une nouvelle fois pour protéger la Haute-Normandie de Rouen à Abbeville. Comme l’année précédente, il prit Pierre de Pont-l’Abbé comme second. Avant son départ, Il avait chargé le maréchal de Rieux d’utiliser le Ban pour la défense des forteresses de Bretagne et en particulier, celles du Sud car il craignait une action de Charles de Guyenne. Le vieil amiral en prit le commandement.
Cette crainte était absolument injustifiée. Charles pleurait sa maîtresse au fond de son lit de souffrances. Atteint de la syphilis, il se mourait. Il la rejoignit dans l’au-delà le 3 août 1471. Cette nouvelle parcourut la France plus vite que le galop du messager qui la portait. Louis XI envoya ses garnisons de St Jean d’Angély et de Ré occuper la ville de Bordeaux tandis que celle de Saintes parcourait l’est de la Guyenne jusqu'à Toulouse pour rallier les vassaux de Charles. A Malines, le duc de Bourgogne avait aussi rassemblé son ost et ses compagnies d’ordonnance, cria à l’empoisonnement et accusa Louis XI de fratricide et de sorcellerie. Le 23 août, il traversait la Somme avec 80000 hommes.



samedi 8 juin 2013

1473. Ep3. Croisade au Maroc.

En juillet, les navires de la flotte portugaise traversèrent le détroit de Gibraltar. Débutée pour venger la chute de Constantinople en 1453, la croisade d’Aphonse V du Portugal devint, faute de participants, une affaire purement portugaise destinée à acquérir le contrôle du détroit et à obtenir des têtes de pont sur le continent africain. Le roi Alphonse avait échoué, en 1463 mais cette fois, il se présentait avec environ 30000 hommes et pas moins de 500 navires devant la ville d’Assilah. Dans cette armada, les bretons n’avaient pas une place de choix. La chaleur, le manque d’eau potable et les retards des soldes rendirent les équipages mécontents dés le début de la campagne. Ils s’étaient habitués à l’administration efficace de Pierre Landais et rechignaient à combattre dans ces conditions. Pendant le mois de juillet, Yann de Ranrouët réussit à tenir ses troupes et à maintenir une certaine entente, même si les problèmes s’empilaient peu à peu. Partis en croisade, les Portugais n’acceptaient pas la présence de mercenaires qui se battaient pour l’argent et non pour la foi. Les bretons, eux, n’acceptaient pas d’être tenus à l’écart de la vie sociale du camp et d’être méprisés. Après trois semaines de siège, la cité tomba le 24 aout.
Assilah, forteresse portugaise construite à Assilah
après 1471 qui contrôlait le détroit de Gibraltar..
L’entrée dans la cité tourna rapidement à l’hallali. Alors que les bretons appliquaient leur pratique habituelle, foncer vers le centre de la ville, bloquer les rues les plus opulentes et les vider consciencieusement en les interdisant aux autres pillards, les portugais s’attaquèrent aux mosquées et à la population. Trois semaines de privations avaient transformées l’armée croisée. La haine de l’infidèle et du pirate barbaresque dominait les esprits. A la fin de la soirée, il ne régnait pas dans la ville le silence pesant des cités vaincues. Les bretons et leurs butins étaient au beau milieu d’un maelstrom de hurlements, de gémissements, de rires obscènes et de cris de furies. L’armée entra en ébullition. Les hommes laissés sans ordre dévastaient la ville, se servaient en objets, en femmes, en filles et même en garçons. Quelques bretons se joignirent au chaos, la plupart restèrent pour défendre les rues qu’ils contrôlaient. Ils durent jouer des poings et de la dague plusieurs fois pour que les pillards aillent vider leur rancœur ailleurs. Les soudards visaient particulièrement les lieux de culte. Certaines mosquées furent prises d'assaut sans attendre la sortie des habitants qui s’y étaient réfugiés, d’autres détruites pierre par pierre, la plupart souillées. Vers midi, alors que la chaleur accablait les derniers Portugais éveillés, Yann rassembla sa compagnie et décida de regagner le camp. Comprenant que les mercenaires allaient s’en aller, les musulmans dévoilèrent leurs dernières cachettes pour se faire escorter hors de la ville. A l’approche des portes de la cité, le groupe de mercenaires et de citadins fut confronté à une bande de maraudeurs qui voulut s’en prendre à leur butin et aux habitants. Bretons et Portugais échangèrent des menaces et les épées sortirent des fourreaux. L’arrivée inopinée de chevaliers de Malte permit de calmer les esprits. Ils ramenaient d’anciens captifs chrétiens. Se mettant à leur service, Yann de Ranrouët réussit à extraire sa compagnie et ses réfugiés des ruines d’Assilah. Dés les portes de la cité franchies, les marocains s’égayèrent dans la nature.
La vielle ville d'Assilah au XXè siècle.
Pendant deux jours, les mercenaires attendirent à l’écart que la destruction et le massacre se terminent. Le 26 aout, Alphonse V envoya à Tanger les dernières troupes organisées de son armée. A l’annonce de la chute d’Assilah, la ville se rendit. Bretons, chevaliers portugais et gardes du roi entrèrent dans le calme. Le pillage fut prohibé sous peine de mort. Les mosquées devinrent des églises et les musulmans furent autorisés à partir vers Fès. Dans les deux villes, on s’activait à renforcer et à améliorer les défenses car on s’attendait à une attaque de représailles. Le 30, Yann de Ranrouët partagea le butin d’Assilah entre ses hommes pour qu’ils profitent de Tanger. Convoqué par Alphonse de Portugal, il obtint une gratification pour la prise de la cité mais aussi pour qu’ils s’en aillent. Leurs actions et leurs présences n’avaient pas été appréciées dans l’armée croisée. En septembre, les navires bretons arrivèrent à Lisbonne où les trouva un messager du duc. Après avoir acheté du ravitaillement, les bretons firent voile vers la Méditerranée.