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samedi 27 juillet 2013

1475.Ep4. Turning Point en Helvétie.


Représentation de la Bataille de Morat du 19 septembre 1475 par D.Schilling. le jeune.
Après la défaite de Grandson, Charles Le Téméraire ne renonça pas à donner une leçon aux Suisses. Il passa l’été à rassembler des troupes et de l’argent à Lausanne. Attirés par sa richesse et par son prestige à peine écorné, les mercenaires complétèrent les débris de l’armée bourguignonne qui atteignit lors de la revue du 15 aout, 12000 combattants. Cet ost se composait d’environ 2000 cavaliers lourds, de 5000 archers montés et de 4000 fantassins. L’objectif de Charles était de mettre définitivement à genou les Bernois. Canton le plus agressif de la confédération helvétique, Berne avait placé une garnison importante dans la cité de Morat et avait renforcé cette ville fortifiée des canons pris à Gandson. Aldrian Von Bubenberg commandait la cité et contrôlait la route de Lausanne à Berne. Habile capitaine, il savait que le Téméraire devait prendre Morat s’il voulait s’attaquer à Berne. Charles ne pouvait laisser derrière lui une forte garnison capable de couper ses communications avec la Franche-Comté. A Berne, Renée II de Lorraine et les Bernois faisaient pression sur les autres cantons pour obtenir des hommes et des fonds pour la guerre. Ces négociations trainèrent et ne se finalisèrent que lorsque Charles assiégea Morat le 4 septembre. En raison de leurs faiblesses financières, les Suisses ne pouvaient mobiliser leur armée que pendant un temps très court et devaient frapper vite et fort pour obtenir une décision rapide. L’ost Suisse se rassembla à Berne le 17 septembre tandis que les Bretons de Pierre du Pont-L’Abbé surveillaient les abords du camp bourguignon.

A Morat, Charles le Téméraire menait hardiment le siège de la cité. En raison du caractère lacustre de la ville, Adrian Von Bubenberg réussit à maintenir des liaisons constantes avec Berne et connaissait les préparatifs de l’armée suisse. Avec son artillerie, il obligea les Bourguignons à ne réaliser leurs travaux de siège que de nuit. Ceux-ci prirent donc un retard certain. Pour se protéger d’un retour offensif des Suisses, le téméraire établit une position fortifiée nommée la Haye Verte composé d’une palissade et d’un fossé. L’ost bourguignon devait l’utiliser pour se rassembler en toute sécurité puis contre-attaquer les carrés suisses qui s’aventureraient à tenter de relever la cité de Morat. Mais cette position ne servit à rien. Le 19 septembre, elle n’était que faiblement défendue par l’artillerie du duc, une compagnie d’ordonnance et une bande d’archers bourguignons. Les confédérés prirent les défenseurs par surprise. Les artilleurs du Téméraire réagirent vertement et bombardèrent les carrés helvétiques qui essuyèrent des pertes. L’avant-garde suisse marqua le pas et la compagnie d’ordonnance charge pour permettre aux canonniers de recharger. Mais René II de Lorraine intervint avec ses cavaliers lourds. Repoussés, les chevaliers bourguignons durent se replier derrière la palissade. Les Suisses reprirent leur avance soutenus par la cavalerie légère de Pierre du Pont-L’Abbé qui avait contourné au sud la position fortifiée. Les Hélvétiques franchirent la palissade délogeant piétons, artilleurs et cavaliers de leur position favorable. Alors, ils déferlèrent sur les camps bourguignons à l’ouest de la cité. Celui des mercenaires italiens fut submergé le premier. Puis, les Suisses foncèrent sur le quartier général et obligèrent le duc à se retirer. La retraite du duc et la sortie de la garnison de Morat sonna le glas de l’armée bourguignonne. La panique s’empara des piétons bourguignons retranchés à Meyriez, dernier objectif des Suisses sur la rive du lac de Morat. Lorsque les carrés écrasèrent la garde ducale et les archers anglais, la retraite devint déroute et les cavaliers légers de Bretagne se jetèrent sur les restes de la gendarmerie du duché qui se fit décimer pour protéger la fuite du Téméraire.Si l’ost bourguignon avait réussit à fuir le champ de bataille de Grandson, la situation à Morat fut tout autre. Les Bourguignons étaient encerclés entre les carrés suisses, la cité et le lac. Nombre d’entre eux tentèrent de traverser mais se noyèrent. Enfin, les Suisses ne firent aucun quartier et massacrèrent les restes de l’ost bourguignon. Aujourd’hui, les historiens estiment les pertes du Téméraire à 10000 hommes tandis que celles des Suisses et de leurs alliés ne s’élevèrent qu’à six cents hommes. Si cette victoire consacra la prédominance des piquiers et confirma la solidarité naissante entre les cantons où émergeait une identité commune, elle rejetait définitivement les Bourguignons hors du pays de Vaud, libérait l’accès à Lyon et au sel de Franche-Comté. Enfin, elle permettait aux Suisses d’obtenir une trêve avec la Savoie. A l’inverse, pour Charles, c’était une catastrophe. Argent, réputation et armée avaient cette fois disparus et seraient difficilement remplaçables. Si Grandson était apparu comme un accident dans de nombreuses cours d’Europe, Morat détruisit la puissance diplomatique de Charles déjà fragilisée par son arrogance et ses ambitions. Passant à Lausanne le 21 septembre, Charles le Téméraire fila vers ses domaines bourguignons sans se retourner. Le 22 septembre, la Haute-Alsace se révoltait de nouveau. Le 25 septembre, un contingent de Bernois et la Bande de Pierre de Pont-L’Abbé franchirent le Rhin à Bâle puis s’aventurèrent en Franche-Comté.

 

vendredi 5 juillet 2013

1475.Ep3. Grandson. De la Parade au désastre.

Chapeau ducal du Téméraire récupéré dans le butin et exposé au musée de Grandson. Photo de momox de Morteau.
Pour renforcer son autorité, Charles passa le printemps à parader dans les villes alsaciennes avec la moitié de son armée tandis que l’autre se rassemblait à Lausanne après son passage en Lorraine. Dans chaque ville qu'il traversa, le téméraire déploya ses richesses et sa puissance. Joyaux, perles, vêtements de brocard, vaisselles d'or côtoyaient bombardes gigantesques, couleuvrines imposantes, bandes de mercenaires bigarrés d'Italie et archers redoutés d'Angleterre. Ils étaient précédés des gendarmes d'ordonnance de Bourgogne, rutilants du froid métal de la guerre et juchés sur de redoutables destriers cuirassés de fer. Vêtu d'une armure à liseré d'or et d'un chapeau recouvert du plus noble des métaux, Charles le Téméraire menait ce défilé de bannières et d' étendards qui rappela aux Alsaciens qu'ils n'étaient qu'une puissance minuscule face à celui qui s' auto-proclamait Grand Duc d'Occident. Charles obtint calme et obéissance des villes du Rhin qui lui fournirent suffisamment de ravitaillement pour aller faire la guerre en Suisse. Il les frappa tout de même d'une amende de 50000 livres. Les acclamations avaient été moins nombreuses que les regards de peur et les volets clos.

L'ost de Bourgogne n’arriva à Grandson que le 12 mai et demanda la reddition de la garnison. Celle-ci résista mais fut prise d’assaut le lendemain. Charles fit pendre les survivants à cause de leur obstination imbécile. A Neuchâtel, les forces des cantons suisses étaient prêtes et décidèrent de le surprendre pendant ce qu'ils croyaient être un siège. Agissant comme éclaireurs, les troupes montées de Pierre du Pont L’Abbé arrivèrent sur le mont Aubert qui supplante le château de Grandson, le 13 au soir. Les cavaliers bretons étaient séparés en deux groupes, une de lanciers légers et une d’arbalétriers montés. Pierre du Pont-L'abbé fit prévenir les forces des cantons que le camp bourguignon n’avait posté que des sentinelles pour surveiller l'accès nord, le long du lac de Neuchâtel. Les discussions entre les chefs suisses prirent toute la soirée mais les Bernois réussirent à convaincre les autres cantons de s’attaquer aux Bourguignons. Le 14 mai, les piquiers suisses s’avancèrent vers la ville. Mais la situation avait changé. Charles de Bourgogne avait posté son armée pour défendre l’accès nord-est à Grandson. Près de la rive, son artillerie couvrait la route du lac tandis que ses piétons et sa cavalerie étaient en embuscade formant un fer à cheval de la rive aux forêts des pentes abruptes du mont Aubert. En avant d’une ligne garnie de pieux défendant les hommes à pied, Charles avait posté sa cavalerie tout en laissant des intervalles par lesquels artillerie et archers pouvaient arroser les assaillants. En début de matinée, Pierre de Pont-l’Abbé vit tout cela et prévint les Suisses des nouvelles dispositions de l’ost bourguignon. Les Bernois qui formaient l’avant-garde décidèrent de pousser l’assaut car ils avaient peur de voir les autres cantons refuser de poursuivre les combats. Confiants dans leur formation en carré et dans leur agressivité, les Suisses chargèrent sous une pluie de missiles. Le carré se révélait une formidable cible pour l’artillerie et les archers bourguignons. L’assaut tourna court mais l’alternance de charges et de tirs n’entama pas la résolution des Bernois qui restèrent sur le champ de bataille. Lorsque le corps principal des Suisses arriva, les Helvétiques et les Bourguignons réitérèrent les mêmes tactiques qui aboutirent au même résultat. Se regroupant, les Helvétiques formèrent peu à peu un énorme carré résistant aux charges et aux tirs de l’ost bourguignon. Mais l’assaut était arrêté et les pertes s'élevaient rapidement quand, d'un coup, le flanc gauche de l’armée bourguignonne s’écroula. Les archers et les hommes d’armes à pied s'enfuirent. Derrière les pieux plantés par les Bourguignons apparut l’étendard à la croix noire et les lanciers de Pierre du Pont-L'abbé. Un groupe de 500 arbalétriers demonta et arrosa de carreaux les chevaliers de Charles alors qu’ils se portaient à la rescousse de leur infanterie. Pieux et missiles firent le nécessaire et les cavaliers bourguignons durent se replier derrière le centre de la ligne du Temeraire. Ce répit permit aux Helvètes de reprendre l’initiative, d’enfoncer le flanc droit et de capturer l'artillerie de Charles alors que le centre résistait furieusement grâce aux Compagnies d'ordonnance du Duc. Celui-ci rassembla alors les restes de sa cavalerie et tenta une dernière charge sur le carré des cantons. Harcelés par les arbalétriers bretons sur leur flanc et repoussés par les piquiers, les gendarmes ne purent percer et refluerent en désordre sur le centre affaibli. A ce moment-là, sonnant de tous ses cors de guerre, l’arrière-garde suisse déboucha sur la plaine. S'il renforça le courage helvète, ce hurlement sauvage remplit d'effroi les Bourguignons qui craquèrent enfin et s’enfuirent vers l'ouest. Partageant ses troupes en deux, Pierre de Pont-L’Abbé engagea ses lanciers qui firent un massacre des piétons de bourgogne tandis que ses arbalétriers montés devançant les Suisses s’emparèrent du campement de Charles. Pierre et ses 600 hommes s'approprierent les bagages du Duc laissant le reste à l’ost suisse épuisée.
 



La fuite du Téméraire par Eugène Burmand.



Le butin fut colossal. Les pertes l’étaient aussi. 4000 Suisses sur environ 20000 étaient étendus sur le champ de bataille tandis que 3000 Bourguignons ne se présentèrent pas au rassemblement de l’ost à Lausanne. Charles avait perdu l’ensemble de son artillerie mais aussi les symboles de sa richesse et de sa puissance. Joyaux, vêtements de parade, tapisseries, vaisselles de prix et trésor de guerre restèrent entre les mains des Helvétiques et des Bretons. A Lausanne, enragé et humilié, Charles Le Téméraire rassembla ses troupes désorganisées, appela celles stationnant en Alsace et prépara furieusement une seconde offensive. Il n'allait pas se laisser faire.

 

jeudi 27 juin 2013

1475. Ep1. Le bâton ou la carotte.


Jacques III d'Ecosse, le pion surprise de Louis XI qui recevra à partir de 1474, une pension de 20000 écus de la France.
En Angleterre, Edouard IV reconstruisait lentement ses capacités navales. Les échanges avaient repris avec les bourguignons et la flotte bretonne semblait avoir disparu. Le roi avait réussi à rassembler une nouvelle escadre de vingt navires dans la Tamise et comptait l’envoyer à Douvres dés l’arrivée des beaux jours. Sa mission serait de protéger ses communications avec le continent. S’il avait réquisitionné quelques bateaux marchands, il avait aussi recruté en Flandres avec l’accord du Téméraire. Dix navires bourguignons devaient arriver à Calais au printemps. Charles lui promit aussi de revenir en Picardie dés qu’il aurait châtié les Suisses qui fomentaient troubles et désordres dans ses territoires et sur ceux de ses alliés. Jusqu’en février, Edouard IV essaya de séparer France et Bretagne. Il offrit à l’émissaire breton, Jean de Rohan, trêve, traité commercial avantageux et alliance matrimoniale. François demanda un temps de réflexion car il avait des engagements vis à vis de Louis XI et des Tudors, ennemis déclarés de l’Angleterre. L’attitude du duc ne surprit pas le comte de Rohan. Ménager la chèvre et le chou était devenu une tradition à la cour de Bretagne. Jean de Rohan savait pertinemment que son beau-frère ne changerait jamais de camp aussi facilement. Mais, comme tout chef d’état courtisé qui se respecte, François II fit monter les enchères jusqu’en février. Sa réponse arriva à Douvres, le 12 mars.
A Nantes, les propositions du roi d’Angleterre avaient fait sourire. Les subsides que Louis XI fournissait régulièrement au duché, étaient devenus une véritable manne pour nombre de bretons et pour le duc. Pierre du Pont - L’Abbé et ses bandes de Cornouailles et de Léon revinrent de Suisse pour les Vins du Duc. Le Baron de Rostrenen devint le bras droit du Maréchal de Bretagne, obtint un siège dans la Confrérie des Bandes et repartit avec le nouveau contingent de Bretons pour la France. Apprenant cette volonté de servir, le Roi de France fournit chevaux, armes et ravitaillement aux bandes de Retz et Nantes et l’envoya aider les Suisses. Pour la première fois, Louis XI conserva les compagnies de Vannes et Rennes pour servir à côté de ses Ecossais. Apprenant les discussions de l’Angleterre avec la Bretagne, Le monarque de France se déplaça jusqu’à Angers et rencontra François II. Il lui proposa la seule et unique chose qu’il désirait vraiment. Ce n’était ni la main d’Anne de France, ni un traité de commerce, ni des terres, ni un pénultième coffre plein d’or. Le 10 février, Louis XI offrit l’autonomie judiciaire. François sauta sur l’occasion et signa immédiatement le traité proposé dans lequel il était stipulé qu’aucune affaire de Bretagne ne serait jugée, ni examinée par le Parlement de Paris. Louis accepta aussi d’appuyer les bretons pour qu’ils obtiennent les iles anglo-normandes dans les négociations avec l’Angleterre. François II sortit réjouit de l’entrevue. Il ordonna la sortie de sa flotte et demanda à ses corsaires des actions plus vigoureuses.
A Londres, Jean de Rohan apprit la nouvelle avec stupeur et se présenta à Edouard IV le 4 mars pour l’anniversaire de son couronnement. Il lui déclara que le duc voulait la paix mais que liés à la France, les bretons restaient en guerre avec l’Angleterre jusqu’à la conclusion d’une trêve entre Edouard et Louis. Le 5 mars, la ville de Londres apprit qu’un émissaire d’Ecosse était arrivé dans la capitale. Il demanda et obtint audience au palais pour présenter ses lettres de créance. Le 10 mars, après les formalités d’usage, il annonça que le royaume d’Ecosse avait passé une alliance défensive avec la France. Edouard ne répondit rien. Louis XI avait réussi un coup diplomatique. L’Angleterre était seule et entourée d’ennemis. La nouvelle se répandit vite dans les villes et les campagnes. Le 12 mars, Yann de Ranrouët se présenta devant le port de Douvres. Il fit tirer à blanc ses navires, les uns après les autres. La cité fut prise de panique et une partie des habitants s’enfuit propageant la nouvelle d’un débarquement. Même si l’information fut vite démentie, Edouard IV comprit qu’il n’allait pas gagner cette guerre. Il demanda une trêve. Le traité de Douvres du 15 avril laissait à la Bretagne le contrôle des iles anglo-normandes dont le statut devait être fixé à la paix. La France obtenait la fin de l’alliance anglo – bourguignonne et une trêve de 6 ans. L’Irlande ne fut pas mentionnée dans le traité.
 

Château de Douvres

 

samedi 15 juin 2013

1473-1477. Ep2. Etat et Soldats dans la Bretagne Ducale.

Bastion de Port-François défendant l'entrée du Blavet. 1er exemple de Bastion en Bretagne construit en 1507.

A l’exception de la mise en place des municipalités urbaines, le duc ne prit pas d’ordonnance fondamentale pour son administration. Il n’avait pas les moyens de pensionner plus d’officiers. Il laissa ainsi les « Grands Jours » tels quels, même si Pierre landais déplorait cette faiblesse judiciaire vis-à-vis du parlement de Paris. Les conseils de la cour du duc se stabilisèrent enfin dans leurs pratiques. L’année 1473 fut décisive pour cela. Pierre Landais et Guillaume Chauvin, chef des deux factions opposées à la cour, cherchèrent à obtenir plus de pouvoirs dans ces rassemblements et à caser leurs alliés au plus prêt du duc. François II passa une bonne partie de l’année en arbitrages mesquins mais nécessaires pour la bonne marche des affaires. On sait aujourd’hui qu’il consulta régulièrement son beau-frère Jean de Rohan. Cela permit à François II de maintenir un équilibre entre les francophiles de Guillaume Chauvin et les indépendantistes de Pierre Landais. Derrière le duc se développa une troisième faction qui désirait l’alliance avec le royaume de France et une autonomie politique, économique et judiciaire. Elle était soutenue par ceux qui avaient profité le plus de la prospérité, marchands, petite noblesse, bourgeois, gros paysans et officiers de l’administration. Cette faction considérait que la croissance provenait de deux facteurs : l’accroissement des échanges avec la France grâce au traité des Estuaires mais aussi la proximité du pouvoir avec les forces industrieuses de Bretagne. Ainsi, Ils craignaient qu’un rattachement avec le royaume capétiens mette fin à la prospérité et ils défendaient l’autonomie du duché tout en comprenant que les liens commerciaux avec le royaume étaient devenus indissolubles. Cette 3e faction devint à partir de 1476 la faction dominante dans l’élite qui entourait le duc. Jean de Rohan en prit la tête. En recrutant de nombreux clients de Pierre Landais et de Guillaume Chauvin, elle équilibra la pratique politique des conseils qui devinrent réguliers à partir de 1477. Le gouvernement se composait de quatre conseils : le Grand conseil qui réglait la politique générale du duché, le conseil de guerre, celui des finances et celui de justice. Le grand conseil menait de front la diplomatie, les questions administratives, le domaine ducal et souvent les arbitrages judiciaires concernant le duc ou ceux qui l’intéressaient. Il rassemblait les plus fidèles et influents conseillers du duc. Guerre et finances eurent leur domaine de compétences assez vite délimité. Une originalité est à noter : le maréchal de Bretagne avait rang de second par rapport à l’amiral de Bretagne, montrant ainsi l’importance de l’arme navale dans les intérêts du duché. Le seul conseil qui restait à stabiliser était celui de la justice qui, coincé entre les Grands Jours et le Grand Conseil, ne trouvera ses limites qu’au XVIé siècle après la réforme du parlement de Bretagne. Cette régulation de l'administration centrale permit un gain en efficacité car la politique générale gagnait en cohérence. ces années-là virent ainsi un important effort naval.


A Port-François, le développement de la marine de guerre continua. Quelennec le Vieux, Lohéac et De Ranrouët remplacèrent les anciennes caraques par des caraques de guerre, bâtiments pouvant jauger jusqu’à 900-1200 tonneaux et équipés de trois à quatre mats, d’un minimum de 24 canons. Ils avaient encore les rondeurs de coque des navires hollandais. Mais ils adoptèrent une poupe carrée comme sur la caravelle. En 1477, la flotte se composait de 4 escadrons d’1 caravelle de guerre et de 4 caraques de guerre. Ces 20 navires étaient facilement renforcés par des navires marchands armés de Morlaix, St Malo et Nantes qui se mirent aussi à adopter ce nouveau dessin de navires. Enfin, ils améliorèrent l’artillerie et obtinrent des boulets de métal des forges de Rohan ainsi que la limitation du nombre des calibres de canons. Très rapidement, ce type de navires se généralisa dans les ports bretons. Capable d’emporter une cargaison conséquente, il pouvait être construit dans toutes les grandes villes portuaires de Bretagne. Morlaix, St Malo, Nantes et Brest mirent en chantier des caraques de ce type. Dés 1474, Jean de Rohan et Jacques Danycan armèrent les premiers corsaires sur ce type de navires. Les équipages de ces navires rendirent de grands services à la couronne irlandaise jusqu’à la reprise des hostilités en 1477.

La longue période de conflit qu’avaient connue les Bandes depuis leur création, entraîna la mise en place d’une Confrérie. Parrainé et présidé par le Duc, siégeant à Clisson, ce groupe d’anciens capitaines et de vétérans assurait la tenue d’un Etat des Bandes, rapport sur les emplois, les contrats et les membres des compagnies. Présenté une fois l’an à l’administration ducale, il permettait de connaître les éléments mobilisables de la noblesse bretonne et de limiter le mercenariat sans diminuer les forces ducales. De fait, ce rassemblement de soldats devint une sorte de laboratoire de la guerre où batailles, fortifications et techniques étaient discutées. A la fin de la seconde guerre de Bourgogne, les bandes de Cornouaille et de Léon sous la direction de Pierre de Pont - l’Abbé finirent leur contrat auprès du roi de France sur la frontière de la Savoie où ils rencontrèrent des mercenaires suisses. Notant la tactique suisse et son efficacité sur le champ de bataille, il fit adopter la pique comme arme d’hast principal dans ses bandes et l’arbalète comme arme de jet. La Confrérie des Bandes discuta pendant longtemps de ce choix. Mais poussée par les vétérans, elle adopta en 1481 une organisation basée sur cette division en piquiers et arbalétriers dans des bandes de 1200 hommes. Elle jugea les arquebuses aptes à la défense des fortifications et à la reconnaissance mais refusa de les employer sur le champ de bataille en raison de leur poids et de leur rechargement très lent. Enfin, elle imposa, en 1476, l’obligation aux officiers de savoir lire et écrire pour tenir les livres de comptes et le journal de la Bande et elle ordonna l’usage d’un drapeau commun mêlant l’hermine ducale et la croix noire des bandes.




Etendard des Bandes qui deviendra en 1550, celui de l'armée bretonne.
 

mercredi 12 juin 2013

1472. Ep2. Guerre Navale, Guerre d'unification irlandaise.



En avril, le traditionnel convoi d’écus français arriva dans la capitale bretonne. Il était deux fois plus long que celui de l’année précédente. Pierre Landais assura son transfert vers le Blavet où se concentrait peu à peu les services de l’amirauté. Le chantier naval poursuivait ses constructions et on posa la quille de deux nouvelles caraques de guerre en juin. Les deux premières terminèrent leurs essais le 17 mars. Quelennec le Vieux les inspecta, il fit quelques remarques sur l’évolution de la marine depuis son jeune temps en bougonnant et toujours plein de morgue, admit ces deux nouveaux bâtiments au service actif, le 4 avril. Dix jours plus tard, elles partirent sous la direction d’André de Lohéac pour Morlaix où elles rejoignirent l’escadron du Ponant. Armées de canons tirant des boulets de fer, l’escadre transportait une cargaison de grande valeur : les 15000 livres que le roi envoyait chaque année à Jasper Tudor et elle escortait dix navires marchands transportant les bandes du Trégor et de Cornouailles que le roi avait louées au nom du dernier représentant des Lancastres. L’escale à Dublin fut des plus agréables et la flotte réduite aux seuls navires du duc mit le cap sur la Manche et la Normandie à St Jean. Elle se ravitailla à Barfleur en juillet et remplaça l’escadron de cinq navires qui avait patrouillé devant Calais depuis le début du printemps sur demande du Roi. Lohéac décida de prendre les choses en main et porta son escadre sur les côtes wallonnes. Il s’y empara de quelques navires anglais mais surtout en coula un certain nombre. Les boulets de fer faisaient merveille contre les navires marchands du roi d’Angleterre. Cette faillite de la flotte anglaise permit de couper le commerce de la laine pendant août et septembre. Cela mit en rage parlement, marchands et londoniens qui exigèrent du roi une action plus énergique dés la construction de la nouvelle flotte. A la mi-octobre, André de Lohéac mit le cap sur St Malo où il fit panser les plaies de ses hommes et hiverner sa flotte.

Le 3 aout, un curieux cortège de navires entra dans l’embouchure de la Loire. On reconnut facilement les 4 navires marchands qui revenaient de Lisbonne et qui avait quitté la cité ligurienne au printemps. Mais les 5 caraques, la caravelle et la galère qui se présentèrent firent sortir les habitants sur les quais et l’information fut criée de rues en rues jusqu’au château de Nantes. Menée par la Ste Anne d’Auray et la Notre-Dame du Lac dont les avirons battaient les flots, la flotte se glissa dans le port grâce à la marée. Yann de Ranrouët ramenait sa flottille dépareillée, usée jusqu’à la corde par le temps, les embruns et le manque d’approvisionnements navals. Il avait aussi contracté un certain nombre de dettes à Lisbonne pour assurer son ravitaillement en eau et en nourritures. Il savait qu’il aurait un très long rapport à faire à son duc et à son amiral. Mais aujourd’hui, il voulait profiter de ce que tous ressentaient. Ils étaient revenus et allaient fêter ça dans leurs familles et avec leurs amis. Jean de Quelennec et le duc comptaient les navires d’une des tours du château. Le vieil amiral se dit qu’il allait passer un certain nombre de soirées avec le Jeune Ranrouët pour obtenir toutes les informations et l’expérience qu’il avait pues glaner au cours de ses deux ans d’absences. Il mit cela de côté et demanda avec un rare sourire au duc de prendre congé pour aller retrouver son fils. Celui-ci lui ordonna de l'amener à dîner avec son commandant. François II voulait avoir la primeur des aventures de son chevalier de Noirmoutier.
Les provinces historiques d'Irlande.


L’arrivée des bandes bretonnes en Irlande changea la donne politique. Henri Tudor obtenait ainsi un corps de professionnels autour duquel construire une armée. Il rassembla ses soutiens du Pale (enclave anglo-normande autour de Dublin) et accompagné de Gerald de Kildare, il passa le mois de juillet à rallier par la force ou par la persuasion les lords de la province de Leinster. Henry Tudor savait que ses droits à la couronne anglaise étaient très tenus, mais les assassinats de l’année 1471 avaient renforcés sa détermination. Il poussa, cajola et força la main aux lords du Pale en maniant la carotte (l’or de Louis XI) et le bâton (la seule armée professionnelle d’Irlande). En août, les nobles anglo-normands et irlandais de Leinster s’étaient ralliés à son commandement. Le jeune Henri, son oncle Jasper et Gerald Fitzgerald de Kildare décidèrent de soumettre les provinces du sud. Le 3 septembre, des espions de Kildare ouvrirent les portes de Waterford à l’armée de Jasper. Deux jours plus tard, il écrasa l’armée du roi de Thomond et sa cavalerie captura de nombreux chefs de clans, le roi et son allié le earl de Ormond. Henri envoya des ambassadeurs au roi de Desmond. Ravitaillée par les corsaires de Dublin et de St Malo, son armée atteignit Cork le 3 octobre. Le roi de Desmond était dans les murs et poussa la municipalité à se rendre. La double menace navale et terrestre suffit à les dissuader. Le lendemain, Tadg Liath mac Domhnaill, roi de Desmond fit allégeance à Henry Tudor. Il préférait un roi en Irlande qu’un roi à Londres. A Noël, tandis que Jasper restait à Cork hiverner, Henry Tudor revint à Dublin avec le roi de Desmond et Gerald Fitzgerald. Il prépara une session parlementaire exceptionnelle pour la St Patrick. Il y convoqua les nobles les plus importants de Connaugh et d’Ulster ainsi que ses vassaux des provinces de Leinster et de Munster. Prenant des otages dans leurs familles, il libéra les chefs de clan qui lui rendirent l’hommage-lige et les nomma comte de leurs territoires. Enfin, il commença à prendre des cours d’Irlandais.

dimanche 9 juin 2013

1471.Ep4. La seconde guerre de Bourgogne.

Le 22 juin, des messagers partirent de Nantes dans toutes les directions. François II demandait à Morlaix et au Blavet de ravitailler sa flotte et à ses compagnies d’ordonnance de se rassembler à Rennes pour une revue. Louis XI mit en état d’alerte les garnisons de Picardie. Il ordonna de rassembler ses compagnies d’ordonnance à Compiègne et à Lyon. Le soir - même, n’attendant pas sa suite nombreuse, il chevauchait vers la capitale. A Orléans, il apprit que la Savoie et l’Aragon se joignait à l’alliance bourguignonne. Il demanda la levée du Ban occitan et aquitain, puis il transporta sa seconde armée de Lyon à Nîmes. Le 25 juin, François II se dirigea sur Rennes après avoir confié son fils et sa femme aux défenses du château de Clisson où les rejoignit Marie de Rohan. André de Lohéac retrouva sa flotte au Blavet et mit les voiles vers le nord. A Morlaix, les marchands réorganisèrent des convois et ravitaillèrent les navires de la flotte bretonne. St Malo était en effervescence depuis le passage d’Henri Tudor et armait tous les navires qu’elle pouvait en corsaire pour les envoyer dans la Manche et dans la mer d’Irlande.
Château de Clisson, refuge des ducs de Bretagne.
Lorsque les 10 navires de Lohéac firent relâche à St Malo, les 10 caraques de Morlaix l’attendaient ainsi que 10 corsaires malouins qui voulaient profiter de la flotte bretonne pour rejoindre St Valery en Somme. Les Malouins voulaient en faire leurs bases d’opérations sur les côtes picardes et wallonnes. Le 17 juillet, le baron de Retz débarquait à Barfleur et reçut ses ordres de Louis XI : empêcher l’anglais de traverser la Manche en bloquant Calais.

André de Lohéac laissa les Malouins agir à leur guise et entama à partir de la Picardie une surveillance constante des abords de Calais avec son escadre de 20 bâtiments. Il ne vit jamais de flotte anglaise. Celle-ci était occupée ailleurs et combattait un adversaire bien plus pugnace : Jasper Tudor, comte de Pembroke. Celui-ci avait fui au pays de Galles et réoccupé temporairement la forteresse de Harlech. Dés l’annonce de l’arrivée d’une armée yorkiste, il prit la mer pour l’ile de Man d’où il rejoignit l’Irlande. Il y contacta son ancien allié, le baron de Kildare, Gerald Mor Fitzgerald et l’informa de la situation en Angleterre. Le Lord deputy of Ireland, qui avait basculé dans le camp Lancastre en 1469, comprit de suite que sa tête ne vaudrait pas grand-chose à la cour d’Edouard IV s’il ralliait la cause de la couronne. Il écouta Jasper Tudor et il accepta ses plans.

Maquette de Dublin au moyen-âge.
Ce dernier envoya alors un message à son neveu Henri et au duc de Bretagne. Début juillet, le comte de Pembroke eut la surprise de voir arriver trois navires malouins dans le port de Dublin. Jacques Danican, leur commandant, demanda au Comte de Pembroke de se mettre à son service le temps de la guerre. Il amenait 100 franc-Archers de St Malo et l’information qu’Edouard n’avait pas garni de troupes l’ile de Man. Le comte sauta sur l’occasion. La fin de l’été vit donc les Tudor s’installer en terres d’Irlande. A partir d’aout 1471, Les corsaires irlandais et malouins utilisèrent l’ile de Man comme base d’opérations contre l’Angleterre. Dés septembre, avec l’arrivée des premières prises, les habitants se joignirent au combat contre la Couronne.
Le port de Dublin au Moyen-âge.
(source :after http://www.medievaldublin.ie/index.php/gallery)
En Bretagne, à Rennes, le duc, Pierre Landais et Guillaume Chauvin reçurent l’habituel financement du roi de France pour l’utilisation de la flotte bretonne. Cet argent fut reversé au chantier du Blavet pour accélérer la construction des deux caraques de guerre de Jean de Quelennec. L’échange de courrier avec le roi lui apprit l’évolution de la situation dans le royaume de France et il fit envoyer un message à Yann de Ranrouët pour lui demander d’entrer en Méditerranée et d’attaquer le commerce aragonais. Il passa en revue 6000 cavaliers, 3000 de ses compagnies d’ordonnance et 3000 vassaux avaient répondu à son appel. Il nota la présence importante des contingents du Comte de Rieux et du Comte de Rohan. Ce dernier se trouvait à Morlaix où il armait deux autres navires pour la protection d’un convoi pour Lisbonne et organisait la défense des côtes de Brest à St Malo. Avant de partir pour Rouen, Le duc alla prier au Mont St Michel si bien qu’il n’arriva sur les rives de la Seine que le 19 juillet. Louis XI lui confia les Bandes bretonnes une nouvelle fois pour protéger la Haute-Normandie de Rouen à Abbeville. Comme l’année précédente, il prit Pierre de Pont-l’Abbé comme second. Avant son départ, Il avait chargé le maréchal de Rieux d’utiliser le Ban pour la défense des forteresses de Bretagne et en particulier, celles du Sud car il craignait une action de Charles de Guyenne. Le vieil amiral en prit le commandement.
Cette crainte était absolument injustifiée. Charles pleurait sa maîtresse au fond de son lit de souffrances. Atteint de la syphilis, il se mourait. Il la rejoignit dans l’au-delà le 3 août 1471. Cette nouvelle parcourut la France plus vite que le galop du messager qui la portait. Louis XI envoya ses garnisons de St Jean d’Angély et de Ré occuper la ville de Bordeaux tandis que celle de Saintes parcourait l’est de la Guyenne jusqu'à Toulouse pour rallier les vassaux de Charles. A Malines, le duc de Bourgogne avait aussi rassemblé son ost et ses compagnies d’ordonnance, cria à l’empoisonnement et accusa Louis XI de fratricide et de sorcellerie. Le 23 août, il traversait la Somme avec 80000 hommes.



lundi 3 juin 2013

1470. Ep2. Louis, souviens toi de Picquigny !

Le mois de février vit l’arrivée dans la région picarde des forces de Charles le Téméraire. Ces 25.000 hommes étaient ceux qu’il avait rassemblés en novembre et qu’il avait dû rappeler en urgence. Alors que l’armée française tenait ferme dans la ville d’Amiens, le duc contourna la ville lentement et testa les forces françaises par de brusques engagements. Il se présenta devant Picquigny à la fin du mois. Dans l’est, Louis XI sécurisait les villes qu’il avait prises. Roye et Montdidier furent abondamment garnis de garnisons et de canons. L’armée royale campait sous les murs de Roye. Le roi ne voulait pas risquer son armée dans une bataille rangée et envoya des troupes ravager les Flandres. La ville de Picquigny s’était donnée au roi de France en Janvier et avait reçu comme garnison 1200 bretons du Léon et de Cornouaille. Ils étaient commandés par Pierre du Pont-L’abbé, baron du Pont et seigneur de Rostrenen. Comme Charles le Téméraire, cet homme était féru de chose militaire et comme lui, il avait lu Végèce et Xénophon. Présent à Picquigny depuis 2 mois, il n’avait pas laissé chômer ses hommes. Ils avaient renforcés les défenses, établis des abattis, enterrés des pieux en avant des douves qu’il avait fait curées. Il rassembla le maximum de grains qu’il put trouver et fit saler toute la viande qu’il put acquérir. Il fit travailler nuit et jour ses armuriers pour produire carreaux et flèches. Enfin, il monta une dizaine de ses mercenaires pour qu’ils lui servent d’éclaireurs et de messagers. Ils eurent peu de reconnaissances à faire. L’ost bourguignon était visible par les feux qu’elles déclenchaient sur son passage. Mais dés qu’elle fut en vue des murs de la ville, le baron renvoya ses cavaliers pour qu’ils préviennent le roi. Lorsque Charles se présenta devant la ville, ses hérauts furent accueillis avec courtoisie mais fermement repoussés. Le duc lança son armée à l’assaut ne s’attendant pas à une résistance importante dans cette petite ville. Sous une pluie de carreaux et de flèches, les bourguignons s’empêtrèrent dans les abattis, se blessèrent sur les pieux, se noyèrent dans les douves et arrivèrent à la porte. Ils s’attaquèrent à celle-ci avec des haches mais le baron fit s’écrouler une structure de madriers sur les attaquants, blessant les hommes et encombrant ainsi l’espace devant la poterne. Puis, il fit tirer trois couleuvrines contre le groupe le plus fournis d’assaillants. Les bourguignons refluèrent. Furieux par cette résistance, Charles le téméraire installa une partie de son artillerie dans la soirée et elle entra en action le 25 février. Le 26, la ville tenait encore malgré un nouvel assaut tandis qu’à Roye, le roi de France recevait le message de Pierre de Pont l’abbé, lui indiquant les dernières actions du Téméraire ainsi que ses prévisions sur le siège. Il pensait tenir dix jours.



Représentation du Siège de Picquigny. 

Le roi hésitait. Depuis Montlhéry, il ne cherchait plus à décider des choses par la guerre. Il n’avait aucune envie de laisser le hasard décider de son sort. En fait, Pierre de Pont-L’abbé le mettait face à un dilemme qu’il ne voulait pas résoudre. L’aragne était prise dans sa propre toile. Louis XI ne voulait pas échouer. Il voulait contrôler son succès dans les moindres détails. Il voulait vaincre mais sans miser, gagner sans parier. A contrecœur, il s’avança vers la cité à petites journées, s’assurant du ravitaillement, de la bonne marche de l’artillerie et protégeant son armée par de nombreuses reconnaissances. Si bien que le 1er mars, l’armée royale n’avait parcouru que 4 lieues sur les 12 qui séparaient les deux villes. Ce jour-là, le connétable de France Jean de Luxembourg revint de son raid sur Maubeuge et discuta de la situation avec le roi. Il demanda d’accélérer la manœuvre pour prendre à revers l’armée bourguignonne. Le roi accepta d’avancer jusqu’à Amiens. A l’abri de la forteresse, il pourrait compter sur les 10000 hommes d’Antoine de Chabannes. Cela lui donnerait un avantage numérique d’environ 8000 combattants. Le 3, l’armée arriva près de la cité. Antoine de Chabannes conseilla au roi la même chose que Jean de Luxembourg. Il fallait couper la retraite du Téméraire. Ce même jour-là, on apprit que Picquigny résistait toujours. Les bretons de l’armée royale le surent aussi. Le 4, comme chaque matin, le roi parcourut les rangs de son armée. Lorsqu’il arriva dans le camp des bretons, les regards le fuirent et un sourd murmure se leva, s’amplifia et parcourut la longue ligne des feux où se chauffaient les hommes à la croix noire. Les bandes grognaient. Le roi Louis XI enfonça son chapeau sur sa tête et partit au galop. Ce jour-là, l’armée marcha plus longtemps que les jours précédents. Des colonnes de fumée montaient dans le lointain. A l’aube du 5, l’armée royale n’était plus qu’à une étape de la cité picarde lorsqu’un cavalier arriva ventre à terre dans le camp royal.


Reconstitution du Siège de Picquigny. La croix rouge est celle de St André.
(medieval-siege-society.co.uk)

Extrait du spectacle nocturne organisé depuis 1990 par la Municipalité.
Dans la ville de Picquigny, des hommes gisaient ça et là. Tous avaient des croix sur le paletot. La croix noire se mélangeait à celle de St André. La poterne n’était plus qu’un tas de gravats. Les maisons qui l’entouraient avaient été abattues et transformées en redoute. Derrière une barricade de poutres et de blocs de pierres, deux couleuvrines piquaient du nez dans l’axe de la rue principale. Sur les toits, les arcs et les arbalètes reposaient contre les ardoises tandis que des faisceaux de piques se dressaient au coin des rues. Des hommes armés et hagards marchaient dans cet enfer de fumées et de poussières. D’autres attendaient crispés, appuyés sur un mur, une barricade ou une porte. Au château, un homme anxieux parcourait les derniers rapports qui lui étaient parvenus et tentait d’être sourd aux pleurs et aux cris d’agonie qui montaient jusqu’à sa fenêtre. La plupart des blessés, des mourants et des vivants portaient une croix sombre. Picquigny attendait toujours.
Le 5, le Téméraire repassa la Somme.

samedi 1 juin 2013

1470. Ep1. La Première Guerre de Bourgogne.

La Bretagne connut cet hiver là, son premier effort militaire important depuis 1465. En raison de l' Absence des bandes de Bretagne, le suc fit appel à ses franc-archers dès le mois de janvier et demanda au reste du ban de se concentrer à part égal en les villes de St Malo et de Nantes. L'annonce de cette mobilisation amena les nantais à armer une dizaine de navires qui vinrent renforcer la flotte ducale en l'estuaire de la Loire. Les Malouins firent de même de leurs côtés et le duc accorda un grand nombre de lettres de représailles. Fin mars, deux nouvelles caravelles commandées par Yann de Ranrouët rejoignirent la flotte.
En raison d'un temps très défavorable jusqu' en mars, la flotte nantaise ne hissa les voiles qu'en avril et mit le cap au sud. André. De Loheac commandait le gros et il confia les trois caravelles et ses meilleurs franc-archers à Yann de Ranrouët. Le délai avait permis l'entraînement des troupes qui y gagnèrent en cohésion. Devançant la flotte, Yann de Ranrouët devait s'emparer d'une place forte sur le littoral de Guyenne pour y créer une base de ravitaillement. Le vice-amiral de Bretagne ne voulait pas s'engager dans la Gironde mais bloquer l'estuaire. La cible désignée était l' île d'Oléron à l'embouchure du fleuve.


Reconstitution de la caravelle de Yann de Ranrouët par l'association de la marine à Port-François.
Yann fit débarquer ses troupes à l'ouest de l'île dans le village de pêcheur de St Denis. Il y captura trois familles et envoya les pères à André de Loheac pour servir de pilote. Progressant vers l'est, il s'empara dans la foulée de St Pierre d'Oléron. La garnison de Château-d'Oléron sortit de son refuge pour reprendre le contrôle de l'île. A la nuit tombée, les navires de Loheac jetèrent l'ancre au large de la petite cité. Les pilotes avaient rempli leurs rôles et la flotte avait échappé aux bancs de sable. La garnison se retrouvait prise entre deux feux. Incapable de reprendre St Pierre et d'empêcher in débarquement de la flotte en même temps, la garnison s'enferma dans la cité. Le lendemain, André de Loheac débarqua ses troupes. Il détacha 300 archers pour surveiller le pertuis et établit le siège de la cité avec 1400 hommes. Il ordonna à Yann de Ranrouet de rembarquer et de menacer l'estuaire de la Gironde. Lorsque le vice-amiral débarqua ses canons, la ville se rendit.
Le 5 mai, Yann de Ranrouët captura deux caraques bordelaises à l'entrée de la Gironde. Chargées de vins, elles permirent aux bretons de fêter leurs victoires. Cette prise confirma les craintes de la municipalité girondine. L'occupation de l'île d'Oléron permettait aux bretons d'assaillir le moindre navire qui sortait du port. La ville rassembla sa milice et arma quatre navires pour percer le blocus. La bataille navale qui s'en suivit, fut une nette victoire bretonne grâce à leur supériorité numérique. Les caraques armées de Loheac soutenues par les caravelles de Ranrouët prirent d'assaut les bordelais poussés hors de l'estuaire par la marée descendante. Incapable de se mettre à l'abri, deux navires furent pris, un incendié par son capitaine tandis que le dernier fut échoué sur un banc de sable. La perte de ses meilleurs équipages poussa les bordelais à supplier de l'aide auprès de leur duc.
La bataille de la Gironde. oeuvre anonyme de l'art breton du XIVe siècle. 

Celui-ci se trouvait à St Jean d'Angely où il rassemblait une armée, mélange hétéroclite de vassaux et de levées féodales, 5000 hommes peu confiants dans les capacités de leur chef. Il devait faire face à un contingent de l'armée royale venu de l'orléanais ainsi qu'à une chevauchée bretonne menée par François II en personne. Le duc de Bretagne accompagné de ses vassaux de Rohan et de Rieux se lança dans une vaste opération de pillage  en Saintonge. Avec 3000 cavaliers et 1000 de franc-archers, il traversa la Vendée début avril et ravagea la côte où les navires bretons pouvaient le ravitailler et rembarquer le butin. Depuis Nantes, Pierre Landais organisait les rotations avec l'aide des négociants nantais. L'accumulation d'opposants et de mauvaises nouvelles poussa Charles de Guyenne à retirer son armée vers Saintes puis vers St André de Lidon. sa constante retraite s'accompagna d'une désertion massive et il arriva à destination avec uniquement la moitié de son armée.
A la St Jean, le duc François dégagea les approches terrestres de l'île d'Oléron et prit le commandement des troupes de Loheac. Ne laissant que les 10 navires nantais, le vice-amiral reprit le chemin de la manche avec 8 lourdes caraques. Il confiait le blocus à Yann de Ranrouët qui reçut les compliments du duc pour ses actions. François Il ne voulait pas s'éterniser en Guyenne. Son trésorier lui avait précisé que ses finances ne permettraient pas de maintenir une armée et une flotte en campagne plus d'un an. Il envoya donc son chancelier Guillaume Chauvin en la ville de Bordeaux. En raison des ravages sur la rive nord de la Gironde et de la débandade de leur duc, les bordelais étaient prêts à négocier. Ils firent amende honorable, rouvrirent leur ville au commerce, payèrent réparations, et acceptèrent l'occupation de l'île d'Oléron par les bretons jusqu'à la paix signée avec le roi de France.
Bordeaux au XVIè siècle. 
Avec ses 2000 hommes, le duc de Guyenne se retira alors plus au sud où le trouvèrent les émissaires du roi de France. Une trêve fut signé contre la promesse par le duc de ne pas franchir la Gironde ou la Garonne. Les troupes royales occupèrent Saintes et St Jean d'Angely. Laissant des garnisons dans l'île d'Oléron, François II s'embarqua pour Nantes où il apprit que le roi de France avait eu un héritier. Il songea qu'après ces aventures guerrières, il devait se remarier et penser à fiancer son fils de 8 ans. 
Yann de Ranrouet et son ami Jean de Rohan voguèrent vers le Blavet puis les trois caravelles hissèrent les voiles pour la manche où elles arrivèrent à la mi-août.

jeudi 30 mai 2013

1469. Ep1. Négociations Franco-bretonnes

En janvier, l'annonce de l’arrivée de François II, à Chinon, fit grimacer à la cour de Louis XI. les courtisans savaient le duc fort agaçé. Il avait misé sur un cheval puissant qui se révéla, à sa grande déconvenue, un véritable percheron capable de foncer tête baissée dans la première fondrière venue. Mais ce que ne comprenaient pas les courtisans, c'est que le duc, bien que courroucé par l'affaire de Péronne, y trouvait aussi son compte. Le chancelier Guillaume Chauvin avait dû expliquer à François Il que, derrière cette bêtise de Péronne, se trouvait une opportunité qu'il devait saisir : le roi de France avait besoin de la Bretagne. Elle était sa seule alliée capable de frapper ou au moins de distraire les deux ennemis  du royaume. Doté d'une marine en pleine expansion et d'une population militaire motivée, le duché se révélait indispensable car il protégeait le commerce maritime et fournissait un nombre de professionnels de la guerre toujours plus grand.
 En effet, le duc ne venait pas seul. 2400 soldats remontaient péniblement la Loire à sa suite, approvisionnés par un constant ballet de gabares que l'administration royale avait mis en place. Cette imposante organisation   rasséréna le duc qui y aperçut l'inébranlable volonté du roi ainsi que les vastes ressources du royaume de France. Ainsi, les berges de la Loire se réveillaient chaque matin au son guttural des voix de basse-Bretagne qui chantaient des cantiques en marchant. La petite noblesse de Cornouaille et du Léon s’était aussi lancée dans l'aventure du mercenariat. Pierre Landais avait imposé la présence d'un aumônier pour mettre fin à certains abus, très préjudiciables pour les populations mais selon lui, surtout pour les revenus de ce commerce de la guerre. François Il regarda ce long serpent d'hommes disparaitre dans le lointain et se dit que sa Bretagne faisait la guerre à la place des indisciplinés français qui ne voulait pas suivre leur roi.  Au fil des ans, il avait compris quelle importance accordait ses nobles à améliorer leur sort mais il déplorait la perte des valeurs traditionnelles. L'argent gâchait tout, surtout l'honneur. La Bretagne qu'il avait connue disparaissait dans ce flux constant de monnaies. Son duché se transformait en une province avide de nouveautés, cupide mais aussi tellement plus industrieuse qu'il y a dix ans que lui-même n'en revenait pas. Il n'avait pas les moyens de s'opposer à  ce mouvement qui touchait surtout ses meilleurs soutiens. La petite et moyenne noblesse avait changé. Elle avait compris que sa dépendance vis à vis des grands était due à sa faiblesse financière. Maintenant, ils acceptaient cet état de fait et se démenaient pour le changer. Le premier pas était souvent une campagne militaire à l'étranger. Ceux qui revenaient riches, se retiraient et s'orientaient vers d'autres activités lucratives. Maintenant, nombre d'entre eux prêtaient de l'argent sous des noms d'emprunt et fournissaient des moyens à des artisans ou des marchands qui développaient le commerce, des ateliers ou finançaient des navires. Sa Bretagne changeait et il devait maintenant lui donner les moyens politiques de continuer à changer.

En réalité, le duc ne demanda pas grand chose au roi pour le prix de son alliance. S'il demanda ses parts sur les nouveaux contrats, il n'exigea ni terres, ni titres, ni pensions. Il voulait deux papiers de sa main : le premier était un accord de commerce : le traité des estuaires. Ce texte qui resta en vigueur jusqu'aux guerres de  religion fut la première pierre de la longue coopération franco-bretonne du XVIème siècle. Il donnait aux bretons l'accès libre de taxes royales aux ports de la Garonne et de la Seine ainsi qu'au bassin de la Loire jusqu'à Tours. Le second devait empêcher un probable conflit franco-breton que le duc voulait éviter. Il demanda à Louis XI de faire pression sur les Penthièvres car il allait reformer le traité de Guérande. Le duc annonça au roi qu'il allait imposer la loi salique aux prochains Grands Jours. Il espérait obtenir un accord avec les Penthièvres avant cette déclaration. Louis XI  répondit que le retour du fief du Penthièvre serait la meilleure arme de négociation. Avec un sourire, François répondit qu'il n'en était pas question car comme le royaume de France, le domaine ducal était inaliénable. Les Penthièvres ne pourraient récupérer que leurs revenus féodaux liés à la terre mais surtout pas leurs droits de justice. De plus, Il ne leur accorderait ce droit que s'ils remplissaient les obligations qu'il avait fixées trois ans plus tôt. A la fin de sa déclaration, il s'approcha du roi et lui dit dans un souffle : « Obtenez leur accord et je reste votre allié jusqu'à la défaite du téméraire que cela prenne trois ou dix ans.».

Chateau de Chinon. Lieu de signature du traité des Estuaires.
Pendant que les diplomates ergotaient sur les limites du traité des estuaires, le roi regarda longuement le duc de Bretagne. Pour lui, le fait que François II capitalise sur sa haine du Téméraire était révélateur. Le petit duc avait bien grandi depuis Étampes. Il était loin le fringuant et insouciant jeune homme qui avait voulu l'impressionner par sa fougue et sa magnificence. François II était devenu un vrai homme d'État, bien moins belliqueux que le téméraire mais aussi bien plus retors que le duc de Bourgogne. En fait, il était devenu un duc qui allait lui couter fort cher.

mercredi 22 mai 2013

1467.Ep2. Prélude.

L’arrivée de Charles de Berry en Bourgogne posa un problème à Philippe Le bon. Vieux, fatigué et malade, il voulait assurer une succession paisible à son fils et cela nécessitait une baisse des tensions entre la France et son duché. Louis XI envoya des diplomates dés février pour récupérer l’héritier du Trône. Vivant à Genappe, Charles de Berry recevait régulièrement la visite de l’héritier de Bourgogne qui l’acquit à ses vues. Charles de Charolais exigea qu’on confie à Charles de Berry la Champagne comme apanage. En mars, Louis XI refusa car ce duché aurait été voisin des terres bourguignonnes et bien trop proche de Paris. Alarmé par les contacts réguliers entre la couronne d’Angleterre et les bourguignons, Louis XI fit reprendre les négociations et invita François II à venir lui rendre visite. Le duc accepta une rencontre de quatre jours à Ancenis. Louis XI y déploya tous ses stratagèmes diplomatiques. Il le charma, le cajola, l’étourdit de fêtes, de chasses et de plaisirs. De quatre jours, le rendez-vous devint un séjour de trois semaines. Pour finir, il l’acheta. Lors de la Pâques, Louis XI signa une alliance défensive avec la Bretagne par le traité d’Ancenis et obtint le droit de recruter les bandes pendant 3 ans. Cette alliance lui coûta peu : 300000 livres et un noble d’origine bretonne fort mécontent, Jean de Penthièvre. Il avait assuré ses arrières. Pendant ce temps, les négociations avec les Bourguignons se poursuivaient. En mai, Le roi proposa à Charles de Berry la Guyenne. Mais, sur les conseils de Charles de Charolais, Berry refusa. Le roi de France prit aussi contact avec les habitants de Liège et passa un accord avec eux contre la Bourgogne. A l’annonce de la mort de Philipe Le Bon, le roi entreprit de mobiliser son armée et de la concentrer au nord de Paris et dans l’orléanais. Au passage, comme il détenait de nouveau le titre de comte d’Etampes, il expulsa l’administration bourguignonne qui gérait ce comté et le rattacha au domaine royal. Pendant le reste de l’année, il attendit l’attaque bourguignonne tout en contrecarrant la diplomatie du duc Charles par des ambassades vers l’Aragon, la Castille, le duché de Milan, les cantons suisses et surtout l’Angleterre. Les missions outre-manche furent un échec et l’Angleterre bascula peu à peu dans le camp bourguignon.
Le 15 juin 1467, Charles de Charolais devint Duc de Bourgogne, de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg, Marquis de Namur, Comte d’Artois, de Flandres, de Hainaut, de Hollande, et de Zélande, Comte Palatin de Bourgogne. Son domaine s’étendait des côtes de la Frise sur la Mer du Nord au contrefort des Alpes suisses mais ne formait pas un ensemble continu car il était séparé par le duché de Lorraine. Né dans le palais familial de Dijon, Charles tenait sa cour dans la ville de Bruxelles et rêvait de devenir roi. Les ducs précédents avaient d’ailleurs développé un protocole compliqué pour manifester leur pouvoir politique et leur puissance financière. Le contrôle des Pays-Bas leur donnait accès aux richesses de la seconde région la plus riche d’Europe par son commerce et son industrie textile. Mais les Hollandais et les Zélandais étaient jaloux de leurs libertés. Le Duc devait donc demander aux Etats de ces territoires les finances nécessaires à sa politique. Ainsi, ses moyens étaient limités et ses pays disposaient d’une autonomie importante qui favorisait leurs activités économiques mais aussi leurs volontés d’indépendance. Le duché de Bourgogne était un Etat puissant mais fragile, régulièrement parcouru de révoltes citadines réclamant le maintien de leurs droits. Incitée par le roi de France, la principauté de Liège se révolta dés qu’elle apprit la mort de Philippe le Bon. Elle cherchait à retrouver son indépendance car en 1465, elle était devenue un protectorat bourguignon. Charles mit du temps à réagir car il parcourut ses différents domaines pour se faire reconnaitre duc et obtenir les hommages de ses vassaux. Il en profita pour récolter les fonds nécessaires à sa campagne militaire. Il écrasa le 28 octobre les Liégeois à la bataille de St Trond. Le 11 novembre, la principauté se rendit et fut intégré dans les territoires bourguignons. Cette période de conflit interne obligea Charles à réformer son armée. Il la transforma en suivant le modèle français tout en y intégrant une portion importante de mercenaires (dont des Bretons). Cette période lui permit aussi de finaliser les discussions portant sur son troisième mariage. Ses deux premières femmes étant mortes, en l’absence d’héritier légitime, le duc devait se trouver une épouse. Dés février, il avait envoyé des représentants à la cour des Habsbourg, en Angleterre, en Castille, à Milan et dans les principautés allemandes. C’est d’Angleterre que vinrent les réponses les plus prometteuses. Espérant sceller une alliance contre la France, le duc de Bourgogne demanda la main de Marguerite d’York, sœur d’Edouard IV d’ Angleterre.
Edouard IV sollicita l’alliance bourguignonne car la situation dans ses territoires devenait de plus en plus instable. La plupart des nobles anglais qui s’étaient ralliés à lui n’avaient accepté que du bout des lèvres son mariage de 1464 avec Elisabeth Woodville. A partir de cette date, le roi favorisa très nettement cette famille de noblesse récente alors qu’elle n’avait eu qu’un rôle très secondaire dans sa montée sur le trône. Les nombreuses révoltes lancastriennes freinèrent les malcontents yorkistes. Mais la sécurisation du royaume à partir de 1465 entraîna la radicalisation de l’opposition. Ulcérée par le mépris des francophiles Woodville et par l’indifférence du roi qu’elle avait mis sur le trône, la famille Neville menée par le Comte de Warwick, dit « le faiseur de rois » manifesta de plus en plus ouvertement son désaccord. Le comte reçut le soutien du plus jeune frère d’Edouard IV : Georges, duc de Clarence. En été, la proposition de Charles le Téméraire permit au roi de calmer temporairement le climat politique et de rallier à sa cause les francophobes et ceux qui voulaient retrouver l’Angleterre forte et puissante des Plantagenets. Ils espéraient que le roi reprendrait l’offensive contre le royaume de France. Edouard IV reçut aussi une ambassade bretonne et entama des discussions politiques et économiques dans l’espoir de former une alliance. L’ambassade était encore à Londres le 31 décembre.
Avril 1467. Louis XI et François II sur les bords de Loire.

lundi 13 mai 2013

1465. FIN DE CAMPAGNE



L’armée bretonne marche tout d’abord sur Montfort-L’amaury puis rayonne à partir de ce lieu pour contrôler le sud-ouest de la capitale. Les bretons poussent vers le nord-ouest jusqu’à la Seine. Le duc de Berry avec 3000 de ses vassaux se chargent d’assiéger la zone nord de la ville à partir de St Denis tandis que le Comte de Charolais se charge du sud-est. Les rencontres entre les coalisés se font à la Beauté sur Marne et des négociations s’engagent avec le roi de France. Un cantonnement est aussi installé au pont de Charenton. Le contrôle des routes menant à la capitale reste donc assez lâche. Ravitaillements et renforts parviennent dans la cité surtout en provenance de Normandie. Louis XI recrute personnellement des troupes dans ce duché et les ramène en aout. En parallèle, il négocie avec les grands féodaux, jouant de leurs ambitions personnelles pour les séparer. Les ligueurs resserrent l’étau autour de Paris mais restent incapable de se mettre d’accord. le roi les divise en les rencontrant individuellement. La situation évolue en septembre. Le 21 septembre, les bandes bretonnes menées par André de Lohéac prennent la forteresse de Pontoise, porte de la Normandie. Cet assaut impressionne le comte de Charolais et le Duc de Berry. Enfin, las des impositions élevées et des prélèvements forcés, la ville de Rouen se révolte. Charles de Berry s’y rend et y est accueilli en héros. La Basse-Normandie est, elle, occupée par des garnisons bretonnes. Louis XI  céde. En effet, la capitale est alors complètement encerclée par des forts ennemis. Même si du ravitaillement passe encore les lignes ligueuses, Paris sera vite affamé. Les trois principaux meneurs obtiennent ce qu’ils désirent. Mais leurs ambitions aboutissent à trois traités séparés et à la mise en place d’une commission de réforme du royaume.
Château royal de Pontoise
Le 5 octobre 1465 est signé le traité de Conflans entre le roi et le comte de Charolais. C’est celui qui frustre le plus le roi de France. Charles obtient le retour des villes de la somme dans le domaine bourguignon. De plus, Louis XI lui cède en toute propriété Boulogne, Guîne, Roye, Péronne et Montdidier . Enfin, en raison de l’alliance du roi avec les bourgeois révoltés de liège, Charles l’oblige à financer le recrutement de mercenaires destinés à écraser cette révolte. 
Le 29 octobre à St Maur-les-Fossés, Louis XI confie à son frère Charles de Berry le duché de Normandie en apanage. Il donne à Jean de Calabre, régent de Lorraine, les villes de Mouzon, St-Ménehould et Neufchâteau. Enfin, une commission de 36 membres, présidée par Dunois, doit réformer les abus de l'administration.
le 30 octobre, à Etampes, Louis XI abandonne au duc de Bretagne la régale et les aides de la Bretagne. En échange du comté d’Etampes et de la libération de Pontoise et de Montlhéry, le duc de Bretagne obtient la forteresse du Mont St Michel. Cet abandon d’Etampes ne surprend personne car ce n’est pour le duc de Bretagne qu’un titre. En effet, la vicomté est tenue par les bourguignons et cela ne fait ni chaud ni froid au duc que le roi de France la réclame au comte de Charolais. Dunois, le bâtard d’Orléans et Antoine de Chabannes rentrent en grâce et reprennent leur place à la cour.
Impressionné par la prise de Pontoise, Charles demande à engager trois bandes de mercenaires bretons, soit un total de 1200 hommes pour un an. François II donne facilement son accord car cela lui permet de payer les arriérés de soldes de ses troupes. François II dont les forces se sont emparées de quelques garnisons normandes et en particulier de Caen ne pousse pas ses avantages sur Charles de Berry mais négocie avec lui un accord lucratif. Charles veut engager deux bandes pour prendre le contrôle de son nouveau duché. Le duc de Bretagne propose plutôt de lui louer pour un an les garnisons des forteresses que ses forces occupent. Le contrat est signé le 25 octobre à Montfort-L’amaury. Les capacités financières de l’Etat de Bourgogne étant ce qu’elles sont, Charles de Charolais débourse la totalité de la part du duc. Son sixième obtenu, le duc ne pose que deux conditions : les 1200 hommes de Bretagne doivent combattre en une seule unité, leurs officiers assureront leur commandement et éliront un chef parmi eux. Le contrat avec le Duc de Berry demande plus de négociations mais aboutit au versement de la moitié du sixième et le passage des deux ducs par la Normandie en novembre permet à François II de prélever le reste auprès des bonnes villes de Normandie.


Extrait du film "Le Petit Poucet" de 2001 réalisé par Olivier Dahan qui met en scène les prélèvements pacifiques des Bretons en Normandie.


mercredi 8 mai 2013

1464 Ep5 LES CONTREPARTIES


Toute formation de bande devra être déclarée auprès de la chancellerie et du trésorier de guerre. Les bandes seront chargées de s’équiper elle-même et d’entretenir cet équipement. Celui-ci comprendra deux armes dominantes, une arme d’hast et une arme de jet, une protection identique pour tous les hommes du rang et une arme secondaire. Elles seront formées d’au moins un contingent de 400 hommes. Tous les membres doivent être de noble extraction et porteront la croix noire sur le torse. De plus, chaque membre sera enregistré auprès de la chancellerie. En cas de mutinerie contre le duc, ses membres seront mis à l’amende avec perte de leurs équipements et la compagnie dissoute. En cas de combats contre des troupes ducales en territoire breton ou étranger, la compagnie sera dissoute et les membres perdront terres et droits féodaux. Pour éviter ce cas de figure, tout contrat d’une compagnie ou bande avec une puissance extérieure devra être enregistré et approuvé par l’autorité ducale qui percevra alors le 1/8ème du contrat d’embauche.

La mise en place de ses compagnies se fait rapidement. Six bandes seront prêtes en mai 1465 soit un total de 2400 hommes et présentes à Nantes lors de l’appel du ban par le duc. Si les grands officiers du royaume financent trois d’entre elles, le duc autorise André de Lohéac à en créer une par amitié et en raison de son implication dans la réforme de l’ost. Enfin, deux associations de noble de moyenne noblesse et de marchand se chargent des dernières : le premier apportant les connaissances militaires et le second le financement. Ces bandes deviennent ainsi pour le duc une source de revenus, de soldats entrainés et de faveurs à accorder. Elles seront rapidement connues sous le nom de Bandes à la Croix Noires puis Compagnies Noires au XVIé.
Formation de piquiers bretons vers le début du XVIe. Représentation des Compagnies Noires de Bretagne dans le film "L'Heure du Choix" qui traite de la création de l'Eglise Gallicane en France sous François Ier.

1464 Ep4 L'INATTENDU

La troisième décision est plus difficile à imposer et le duc prend alors conseil auprès des représentants de la noblesse et de la bourgeoisie des États. Parmi eux, les membres de la haute noblesse sont fondamentalement contre mais les bourgeois ainsi que les chevaliers de la moyenne noblesse poussent cette réforme jusqu’à son accomplissement. Ils espèrent en tirer bénéfices et faveurs. Ce que proposent les conseillers du duc est simple d'autant plus que le système existe déjà outre-manche : la pratique de l'indenture. L'indenture est un contrat qui dans le domaine militaire est passé entre un capitaine chargé du recrutement, de l'équipement et de l'encadrement d'une troupe et le roi d'Angleterre qui assure son financement. Le 28 septembre, le duc accorde à des capitaines de son choix le droit de lever des contingents en bandes, de les équiper et de les engager auprès de sa maison mais aussi auprès de puissances étrangères. Les contrats auront une durée précise allant d’un an à cinq ans. Ces bandes doivent être formées en priorité de nobles dont les revenus sont insuffisants pour s’équiper en cavaliers. En fait, ce que propose André de Lohéac n’est que l’officialisation d’une pratique qui s’était déroulée pendant la guerre de cent ans : le mercenariat d’une partie de la noblesse bretonne au profit des rois de France mais aussi d’Angleterre. Les bandes ainsi constituées sont engagées par le duc en cas de guerre et leurs soldes basées sur celles des compagnies d’ordonnances. Ainsi, le duc veut créer un groupe de professionnels pour son armée, groupe qu'il espère louer en temps de paix à d'autres souverains.
Archer Anglais équipé du célèbre Longbow dont l'usage nécessitait un long et continuel entraînement.