Affichage des articles dont le libellé est Jean II d'Aragon. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean II d'Aragon. Afficher tous les articles

mardi 25 juin 2013

1474. Ep5. Real Politik


A Neuss, Charles le Téméraire échoua tout l’hiver à obtenir la reddition de la ville. La cité protégée par ses vastes douves et sur une île du Rhin, ne pouvait être approchée que par des ponts enjambant deux îlots. Malgré d’importants travaux de siège, Charles piétinait devant les défenses de la cité. Celle-ci était ravitaillée par la rivière grâce à une noria de barges qui arrivait de Cologne. Si les Bourguignons réussirent à conquérir les iles et à y installer des batteries, les inondations de l’hiver les en chassèrent. Au printemps, ils avaient tout à refaire alors que la crue de Rhin diminuait. Le Téméraire tenait sa cour sous la tente et y menait grand train. Il recevait ambassadeurs et courtisans qui venaient de toute l’Europe pour obtenir ses faveurs. Mais il restait sur le qui-vive car l’empereur Fréderic III approchait. L’ost impérial n’avait rien de comparable avec celle du Bourguignon. Malgré les subsides de Louis XI, elle ne se composait que du ban féodal, de milices urbaines et de la cour de l’empereur. Même si nombre de Princes de l’Empire accompagnaient Frédéric et rêvaient de rabaisser le toupet du duc de Bourgogne, l’Empereur savait que sa puissance n’était pas militaire, mais diplomatique. Il n’avait pas les moyens de faire la guerre, ni de risquer une défaite qui compromettrait son fragile pouvoir. Mais il savait que Charles cherchait à obtenir plus de légitimité et était prêt à accepter beaucoup, juste pour être reconnu. Bloqué depuis 10 mois devant Neuss, le duc de Bourgogne voulait en finir d’autant plus qu’il commençait à avoir du mal à payer ses mercenaires et il s’inquiétait de la situation dans ses domaines. Les deux monarques étaient dans une impasse.

Frédéric III, Empereur du St Empire Germanique.
L’Empereur s’avança vers Neuss et après quelques escarmouches de pure forme, il installa son camp à une journée de celui du Téméraire. Les négociations aboutirent à un compromis qui ne satisfit aucun des partis mais permit aux deux protagonistes de sortir du cul-de--sac dans lequel ils se trouvaient. Frédéric III refusa de soutenir Charles dans ses ambitions impériales. Mais, il accepta que leurs enfants se fiancent. Marie de Bourgogne devint la promise de Maximilien de Habsbourg. Frédéric n’en refusa pas moins de lui laisser le contrôle de l’archevêché de Cologne. Charles et l’Empereur se quittèrent tous les deux mécontents. Frédéric se sentait humilié par la richesse et l’audace de son vassal tandis que Charles revint frustré et désabusé car il avait compris que Frédéric ne lui accorderait jamais rien. Il avait perdu du temps et ses ennemis s’en donnaient à cœur joie.
Au sud, les terres bourguignonnes connaissaient des temps difficiles. La Franche-Comté avait connu une année infernale en raison des raids de Pierre du Pont-L’Abbé. Les villes d'Alsace avait pris leur indépendance et se liait de plus en plus avec les Suisses malgré la pression de Sigismond d’Autriche. En lorraine, Renée II avait tourné casaque. S’alliant avec Louis XI, il expulsa les troupes bourguignonnes de son duché. Libéré de la menace anglaise, le roi de France avait lancé une offensive dans le Luxembourg et en Picardie pour déloger les garnisons du duc. Enfin, les Suisses entamèrent la conquête du pays de Vaud pour dégager les accès aux foires de Genève et de Lyon. Ils mettaient ainsi en difficulté le plus fidèle allié de Charles, la Savoie. La situation stratégique des Etats Bourguignons était catastrophique.
Quittant enfin Neuss, le 27 juin, le duc revint en ses états et dirigea son armée sur Namur. il lui fallait absolument mettre à bas la Lorraine qui coupait en deux ses territoires et pour cela, mettre fin à l’attaque de Louis XI. Il envoya donc des diplomates. Louis XI accepta car dans le midi, les nobles et les habitants du Roussillon n’acceptaient toujours pas sa politique et poussés par les agents de Jean d’Aragon, étaient de nouveau, en pleine révolte. Louis XI laissa donc la Lorraine, Les Suisses et les Alsaciens se battre seuls avec l’appui de quelques mercenaires bretons qu’il fournissait. Cette petite trahison lui permettait de concentrer l'ensemble de ses forces dans le sud. De même, Charles délaissa ses alliés aragonais et anglais pour faire face à la plus grande menace, la défection de la Lorraine. Le 13 septembre, Charles et Louis signèrent une nouvelle trêve à Soleuvre de 9 ans.


Mercenaires Suisses franchissant les Alpes.
A partir de Namur, les bourguignons menèrent une campagne d’automne exceptionnelle. Ils s’emparèrent de l’ensemble de la Lorraine en quelques mois et y placèrent des garnisons. Le 30 novembre, le Téméraire entra en grand apparat à Nancy et épargna la ville car il venait d’y convoquer les Etats de Lorraine. Lors de cette réunion, le duc obtint un serment de fidélité des représentants lorrains et leur promit de faire de Nancy sa capitale. Mais, pendant ce temps, les Suisses avaient attaqué le Pays de Vaud, ravagé les campagnes, détruit nombre de châteaux de ce pays et installé des garnisons dans Grandson et Morat. Leur brutalité indigna le duc de Bourgogne. Les Suisses avaient ainsi libéré les accès à Genève et Lyon que la Savoie interdisait aux marchands étrangers. Mais, ils avaient  aussi coupé l'accès du Téméraire à l'Italie et à ses mercenaires. En Franche- Comté, Pierre du Pont-L’Abbé tenta de ralentir les forces bourguignonnes qui se concentraient près de Besançon. S’il réussit à bloquer de nombreux raids, les Alsaciens savaient qu’il ne pourrait rien contre l’ost bourguignon et décidèrent de négocier avant de subir la fureur du duc de Bourgogne. Une trêve fut donc conclue sans les Suisses. 
 
 
 
 

dimanche 16 juin 2013

1473. Ep1. Année Tranquille ?

Sixte IV.


L’année débuta à Nantes par la visite du légat du Pape Sixte IV. Francesco Maria Scelloni-Visconti, nouvel ambassadeur de l’Eglise auprès de Louis XI, avait obtenu l’application des accords du concordat d’Amboise du 31 octobre 1472. Dorénavant, le pape demandait l’avis du roi pour la nomination de ses évêques. En échange, Sixte IV avait récupéré une partie des revenus ecclésiastiques français que la pragmatique sanction et les ordonnances de Louis XI lui avaient enlevés. Cet accord, s’il apaisa les relations entre l’Eglise et la France, ne comprenait pas les évêchés de Bretagne que le pape et son légat avaient refusés d’impliquer dans le traité. Louis XI réclama vainement qu’ils le fussent, considérant qu’ils étaient dépendants de l’archevêché de Tours. S’opposant aux entreprises des évêques gallicans, le pape avait refusé. Le légat italien se rendit en visite à Nantes en janvier. Le duc l’accueillit à bras ouverts ainsi que les trois professeurs qui l’accompagnaient depuis Rome. Ils devaient devenir les doyens des collèges de Droit canon, de Théologie et de Médecine de Nantes. Les deux premiers, étant prêtres et romains, devinrent les relais de la correspondance diplomatique entre la chancellerie bretonne et sa sainteté. Le troisième créa enfin un cours de médecine valable à l'Université. Ils renforcèrent donc les liens avec Rome. Les relations entre Pape et Duché ne furent jamais aussi troublées que celles avec la France. Le duc ne demandait de ses évêques que le respect des liens féodaux qui le reliaient à lui : l’hommage-lige de l’évêque pour les terres dont il était le seigneur et donc vassal de François II. La confirmation des accords des années précédentes devint évidente lorsque le vieil évêque de Nantes, Amaury d’Acigné, reçut une lettre menaçante du pape en avril 1473 et que le roi lui retira son soutien pour complaire à Sixte IV. Il fit sa réapparition à Nantes où il fit son hommage au duc en juin.

Jean de Rohan et sa femme parcoururent les Flandres de l’automne 1472 à la fin du Printemps 1473. Son voyage de découvertes avait un autre but. Il devait prendre contact avec les représentants de la Hanse et ceux des villes de Flandres. Il devait réparer les relations entre le Duché et les grands ports de la mer du nord. En effet, les actions régulières de la flotte bretonne dans la manche et le long des côtes anglaises avaient rendu le commerce difficile entre Flandres et Bretagne. Il obtint la réaffirmation des accords commerciaux précédents avec les cités d’Anvers et Bruges ainsi que, de la Hanse, la certitude d’un approvisionnement régulier en graines de lin même, en temps de guerre. L’association des commerçants de la mer baltique demanda à profiter des convois et de la protection de la flotte bretonne dés le printemps 1473. Si le comte obtint des Hanséates un accès à Amsterdam, il ne put briser le monopole que ces hommes avaient sur les graines de lin de Libau. En raison du conflit naval entre Angleterre et Bretagne, l’accord ne fut signé par le duc qu’en octobre. Ces longues négociations permirent à Rohan de prendre contact et de recruter un certains nombres  de spécialistes allemands et wallons. Ainsi, il embaucha un maître forgeron de Liège et deux de ses compagnons qui avaient fui la ville lors de son sac par le Téméraire. Ils devaient être les créateurs du premier haut-fourneau dans la cité de Pontivy. Jean de Rohan revint avec sa femme en Bretagne après avoir rendu visite au Téméraire en sa ville de Malines. S’ils furent impressionnés par sa richesse, ils le furent bien moins par les rumeurs qu’ils avaient entendues sur lui dans les villes drapières de Flandres. Le duc leur confia une lettre pour François II.
Louis XI obtint du Téméraire la prolongation de la trêve et il s’empara en février de l’héritage angevin. Puis il dut faire face à une insurrection dans le Roussillon. Perpignan se révolta contre les officiers du roi et ouvrit ses portes aux soldats de Jean II d’Aragon. Le roi envoya des troupes qui assiégèrent la ville jusqu’à l’automne. Malheureusement, les Aragonais arrivaient à ravitailler et renforcer la cité par mer. Louis XI dut accepter son échec et envoyer des émissaires à Jean II d’Aragon. A l’été, il fournit argent et matériels de guerre aux Suisses et attendit avec impatience les résultats des événements se déroulant en Manche. Dés septembre, il mit en marche la machine diplomatique qu'il avait développée. Des ambassadeurs partirent vers l'est, l'ouest et le sud.

Charles reprit ces projets d’extensions territoriales. Il voulait réunir ses terres du sud à celles du nord. Il commença donc l’année par envoyer des émissaires au nouveau duc de Lorraine René II. René devait choisir entre France et Bourgogne. Dans les deux cas, il considérait que c’était se jeter dans la gueule du loup. Louis XI avait absorbé l’Anjou tandis que Charles voulait contrôler les communications entre Dijon et les Flandres. René chercha à gagner du temps et à faire monter les enchères entre les deux souverains. Au bout de deux mois d’échanges diplomatiques, la pression des bourguignons devint si forte qu’il dut accepter le libre passage des troupes bourguignonnes sur ses terres. A partir d’avril, celles-ci purent se rendre sans retard en Franche-Comté. De là, elles entrèrent en Haute-alsace et tentèrent de remettre de l’ordre dans les cités rhénanes en ruinant les campagnes et en attaquant les villes. Devant un tel carnage, les alsaciens appelèrent leurs alliés à l’aide. Si Sigismond d’Autriche ne répondit pas, les Suisses déclarèrent la guerre au duc de bourgogne et intervinrent militairement grâce à l’or de Louis XI. Ils battirent le 12 novembre, une armée bourguignonne près de la ville de Héricourt. Pendant ce temps, Charles le Téméraire poursuivait ses rêves. Il s’attaqua à la ville de Neuss qu’il assiégea dés juillet. Ainsi, il désirait établir sa domination sur l’archevêché de Cologne et gagner une frontière sur le Rhin. A l’automne, le duc était encore devant Neuss qui résistait à tous ses assauts quand il apprit la défaite d’Héricourt et l’alliance de Louis XI avec L’empereur Frédéric.
 
Représentation du Siège de Neuss.

mercredi 12 juin 2013

1472.EP1. Heurts et Malheurs des grands de ce monde.

Jean Il d'Aragon, allié surprise du Téméraire mais ennemi attendu de Louis XI qui lui a confisqué le Roussillon et la Cerdagne 
La fin de l’été 1471 trouva Yann de Ranrouêt à Lisbonne où il reçut un message de François II l’informant d’un possible conflit entre la France et la coalition bourguignonne. L’ordre du duc le laissa sans voix. Naviguer dans la méditerranée était compliqué, en fait, quasi-impossible car il ne possédait ni les pilotes ni les portulans nécessaires. Il ne savait absolument pas où il pourrait ravitailler en vivres et en eau. Enfin, ses navires avaient besoin d’un carénage important qu’ils ne pouvaient recevoir qu’au Blavet. Il prit donc quelques précautions. Dans un message, il répondit et décrivit sa situation au duc, déposa ses parts de butin chez un agent des Médicis et il confia son courrier et une copie de son journal de bord à un navire breton de passage contre une somme rondelette. Mais, il fallait obéir. Il mit quatre jours à trouver des pilotes pour trois de ses navires. Le 29 septembre, jour de la St Michel, il mit les voiles pour la méditerranée. Ils y pénétrèrent le 11 octobre et remontèrent lentement vers le nord pour atteindre les côtes de Provence. Yann espérait faire escale dans un port français et y faire campagne. Malheureusement, les mois d’automne en Méditerranée n’ont rien de clément pour les lourdes caraques. Entrecoupés de courts jours de vent portant, les orages et les calmes plats se succédaient. Le moral des bretons diminuaient. Ils apprirent en mer d’une galère génoise que la France et la Bretagne étaient en guerre contre l’Aragon, l’Angleterre, la Bourgogne et la Savoie. Les marins remarquèrent que les prises potentielles, des galères, les fuyaient aisément et allaient se réfugier dans le premier port venu grâce à leur avirons qui leurs permettaient d’échapper au période de calme. Elles étaient bien plus agiles que les grosses caraques de Yann qui se mit à prier de ne pas rencontrer la flotte de guerre de l’Aragon. Heureusement, en septembre, celle-ci se trouvait sur les côtes de Provence qu’elle razzia consciencieusement. Mais faute d’adversaire, elle s’était repliée sur Barcelone assiégée dont elle bloquait l'accès à la mer. Or, le pilote portugais les avait dirigés vers les Baléares pour éviter la côte aragonaise. Au bout d’un mois de mer, ils virent enfin les cotes de l’archipel. Yann fit aiguade sur une des petites iles puis fit voguer vers le nord pendant une journée. Le lendemain, un vent plein nord se leva et souffla régulièrement. A l’aube, Yann se décida et convoqua ses capitaines. Sa flotte fit demi-tour vers Palma de Majorque.
 

Dans le Roussillon, les garnisons de Louis XI tinrent pendant l’automne car l’armée aragonaise n’engageait que peu d’artillerie, réservée pour le siège de Barcelone. Le ban aquitain et languedocien vint leur prêter main-forte sous la direction du comte de Saint Pol, connétable du Luxembourg. En Savoie, l’offensive bourguignonne avait autant surpris les autorités savoyardes que les forces royales. Les garnisons furent rapidement renforcées par des Franc-archers et des émissaires partirent pour la Suisse et pour Milan. Les milanais ne bougèrent pas. Les agents du roi recrutèrent une dizaine de milliers de mercenaires à Genève qui vinrent à Lyon. En novembre, l’armée aventurée à Nîmes se scinda en deux. La partie la plus importante partit vers le Roussillon tandis que l’autre retourna à Lyon. A noël, la nouvelle de la trêve entre le Téméraire et Louis XI fit la joie de tous les lyonnais. Elle ne réjouit aucunement les Savoyards ni les Aragonais qui se retrouvaient seuls face à louis XI. Ils s’empressèrent d’envoyer des plénipotentiaires. Si les troupes en Dauphiné ne bougèrent pas, celles du Connétable de Luxembourg poursuivirent escarmouches et raids jusqu’en janvier sans succès.

A Palma de Majorque,  le 12 novembre, le mistral s’était mis à souffler et les pêcheurs avaient décidé de rester au port pour la journée. Ils rafistolèrent leurs filets puis se mirent à caréner leurs barques. Les officiers des deux galères du port sortirent tard et retournèrent vite à leurs occupations lançant leurs sous-fifres s’occuper de la chiourme. Yann regarda les tours du port puis ses sept caraques qui se dessinaient à l’horizon. Il avait pris place dans la caravelle et était parti en avant pour prendre d’assaut une des tours du port. La Ste Anne d’Auray battait pavillon aragonais et paraissait poursuivie par sept navires portant fleur de lys. Un cri d’alarme retentit et le pilote portugais embarqué contre son grès répondit en bon castillan sous la menace d’un couteau. La caravelle arriva à toute allure dans le port et s’écrasa contre le quai. Les franc-archers en jaillirent , ils filerent vers les tours dont ils tuèrent les occupants. La chaîne fut coulée et deux caraques négocièrent la passe sur leurs lancées. Les autres jetèrent l’ancre et mirent des chaloupes à la mer. Sachant qu’il n’avait pas les moyens de tenir la ville, Yann de Ranrouêt lança ses troupes à l’assaut des galères dont il libéra les rameurs. Bagnards et esclaves musulmans se jetèrent sur la ville comme de loups affamés tandis que les bretons se rassemblèrent pour contrôler le port et les rues qui y menaient. S’ils vidèrent quelques maisons et entrepôts, ils entreprirent surtout de remorquer les caraques et les deux galères hors du havre. Les bagnards firent assez de dégâts dans la ville pour que la garnison reste occupée le temps de l’opération. Yann fit alors mettre le feu dans les deux tours du port avant de partir. Ravitaillée et victorieuse, la flotte vogua vers le sud-est pendant une journée puis vers le nord-est, la Corse et la Provence avec une cinquantaine de bagnards qu’on avait remis aux avirons. Le soir même, dans Palma de Majorque, la garnison et les troupes du Château de Bellver mirent fin à la révolte à coup d'épées et de hallebardes.

Yann de Ranrouët passa noël à Aigues - Morte. Il y avait vendu sa caraque la plus abimée et une des galères. Lorsqu’il apprit le début de la trêve entre France, Aragon et Savoie. Il décida de reprendre la mer au printemps et de retrouver l’atlantique. Il espérait avoir autant de chance en 1472, mais il n'y croyait pas.

 
La construction du royaume d'Aragon, source Encyclopédie Universalis.

mardi 11 juin 2013

1471.Ep6. Escapade méditerranéenne.

Jean Il d'Aragon, allié surprise du Téméraire mais ennemi attendu de Louis XI qui lui a confisqué le Roussillon et la Cerdagne 
La fin de l’été 1471 trouva Yann de Ranrouêt à Lisbonne où il reçut un message de François II l’informant d’un possible conflit entre la France et la coalition bourguignonne. L’ordre du duc le laissa sans voix. Naviguer dans la méditerranée était compliqué, en fait, quasi-impossible car il ne possédait ni les pilotes ni les portulans nécessaires. Il ne savait absolument pas où il pourrait ravitailler en vivres et en eau. Enfin, ses navires avaient besoin d’un carénage important qu’ils ne pouvaient recevoir qu’au Blavet. Il prit donc quelques précautions. Dans un message, il répondit et décrivit sa situation au duc, déposa ses parts de butin chez un agent des Médicis et il confia son courrier et une copie de son journal de bord à un navire breton de passage contre une somme rondelette. Mais, il fallait obéir. Il mit quatre jours à trouver des pilotes pour trois de ses navires. Le 29 septembre, jour de la St Michel, il mit les voiles pour la méditerranée. Ils y pénétrèrent le 11 octobre et remontèrent lentement vers le nord pour atteindre les côtes de Provence. Yann espérait faire escale dans un port français et y faire campagne. Malheureusement, les mois d’automne en Méditerranée n’ont rien de clément pour les lourdes caraques. Entrecoupés de courts jours de vent portant, les orages et les calmes plats se succédaient. Le moral des bretons diminuaient. Ils apprirent en mer d’une galère génoise que la France et la Bretagne étaient en guerre contre l’Aragon, l’Angleterre, la Bourgogne et la Savoie. Les marins remarquèrent que les prises potentielles, des galères, les fuyaient aisément et allaient se réfugier dans le premier port venu grâce à leur avirons qui leurs permettaient d’échapper au période de calme. Elles étaient bien plus agiles que les grosses caraques de Yann qui se mit à prier de ne pas rencontrer la flotte de guerre de l’Aragon. Heureusement, en septembre, celle-ci se trouvait sur les côtes de Provence qu’elle razzia consciencieusement. Mais faute d’adversaire, elle s’était repliée sur Barcelone assiégée dont elle bloquait l'accès à la mer. Or, le pilote portugais les avait dirigés vers les Baléares pour éviter la côte aragonaise. Au bout d’un mois de mer, ils virent enfin les cotes de l’archipel. Yann fit aiguade sur une des petites iles puis fit voguer vers le nord pendant une journée. Le lendemain, un vent plein nord se leva et souffla régulièrement. A l’aube, Yann se décida et convoqua ses capitaines. Sa flotte fit demi-tour vers Palma de Majorque.
 

Dans le Roussillon, les garnisons de Louis XI tinrent pendant l’automne car l’armée aragonaise n’engageait que peu d’artillerie, réservée pour le siège de Barcelone. Le ban aquitain et languedocien vint leur prêter main-forte sous la direction du comte de Saint Pol, connétable du Luxembourg. En Savoie, l’offensive bourguignonne avait autant surpris les autorités savoyardes que les forces royales. Les garnisons furent rapidement renforcées par des Franc-archers et des émissaires partirent pour la Suisse et pour Milan. Les milanais ne bougèrent pas. Les agents du roi recrutèrent une dizaine de milliers de mercenaires à Genève qui vinrent à Lyon. En novembre, l’armée aventurée à Nîmes se scinda en deux. La partie la plus importante partit vers le Roussillon tandis que l’autre retourna à Lyon. A noël, la nouvelle de la trêve entre le Téméraire et Louis XI fit la joie de tous les lyonnais. Elle ne réjouit aucunement les Savoyards ni les Aragonais qui se retrouvaient seuls face à louis XI. Ils s’empressèrent d’envoyer des plénipotentiaires. Si les troupes en Dauphiné ne bougèrent pas, celles du Connétable de Luxembourg poursuivirent escarmouches et raids jusqu’en janvier sans succès.

A Palma de Majorque,  le 12 novembre, le mistral s’était mis à souffler et les pêcheurs avaient décidé de rester au port pour la journée. Ils rafistolèrent leurs filets puis se mirent à caréner leurs barques. Les officiers des deux galères du port sortirent tard et retournèrent vite à leurs occupations lançant leurs sous-fifres s’occuper de la chiourme. Yann regarda les tours du port puis ses sept caraques qui se dessinaient à l’horizon. Il avait pris place dans la caravelle et était parti en avant pour prendre d’assaut une des tours du port. La Ste Anne d’Auray battait pavillon aragonais et paraissait poursuivie par sept navires portant fleur de lys. Un cri d’alarme retentit et le pilote portugais embarqué contre son grès répondit en bon castillan sous la menace d’un couteau. La caravelle arriva à toute allure dans le port et s’écrasa contre le quai. Les franc-archers en jaillirent , ils filerent vers les tours dont ils tuèrent les occupants. La chaîne fut coulée et deux caraques négocièrent la passe sur leurs lancées. Les autres jetèrent l’ancre et mirent des chaloupes à la mer. Sachant qu’il n’avait pas les moyens de tenir la ville, Yann de Ranrouêt lança ses troupes à l’assaut des galères dont il libéra les rameurs. Bagnards et esclaves musulmans se jetèrent sur la ville comme de loups affamés tandis que les bretons se rassemblèrent pour contrôler le port et les rues qui y menaient. S’ils vidèrent quelques maisons et entrepôts, ils entreprirent surtout de remorquer les caraques et les deux galères hors du havre. Les bagnards firent assez de dégâts dans la ville pour que la garnison reste occupée le temps de l’opération. Yann fit alors mettre le feu dans les deux tours du port avant de partir. Ravitaillée et victorieuse, la flotte vogua vers le sud-est pendant une journée puis vers le nord-est, la Corse et la Provence avec une cinquantaine de bagnards qu’on avait remis aux avirons. Le soir même, dans Palma de Majorque, la garnison et les troupes du Château de Bellver mirent fin à la révolte à coup d'épées et de hallebardes.

Yann de Ranrouët passa noël à Aigues - Morte. Il y avait vendu sa caraque la plus abimée et une des galères. Lorsqu’il apprit le début de la trêve entre France, Aragon et Savoie. Il décida de reprendre la mer au printemps et de retrouver l’atlantique. Il espérait avoir autant de chance en 1472, mais il n'y croyait pas.

 
La construction du royaume d'Aragon, source Encyclopédie Universalis.