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jeudi 4 juillet 2013

1475. Ep2. Diplomatie méditerranéenne.

Armoirie de l'Emirat de Grenade.

Lorsque Quelennec le Jeune fit escale à Lisbonne en juillet, il commençait à être pleinement satisfait de son escadron qui se comportait enfin en marin. Il déposa les diplomates à destination de la cour du Portugal. Un agent de Rohan prit contact avec lui et l’informa de la situation dans la péninsule ibérique. La Castille était en guerre contre le Portugal. Alphonse du Portugal n’acceptait pas qu’Isabelle de Castille devienne l’héritière du royaume de Tolède car elle était fiancée à Ferdinand, l'héritier d’Aragon. Le roi n’étant pas présent, le jeune vice-amiral décida de laisser les diplomates bretons puis de mettre les voiles pour Valence où il débarquerait les ambassades pour l’Aragon et pour Rome. Il passa le détroit de Gibraltar et profitant des vents océaniques, il remonta le long de la côte andalouse. A la hauteur d’Almeira, il reçut une visite inattendue. Un chébec se présenta devant la flotte bretonne et demanda une négociation avec les représentants du duché de Bretagne. Pendant deux jours, les représentants du Duc discutèrent avec ceux de l’Emir. Les Andalous offraient un accès complet à leurs marchés mais demandaient aux Bretons de leur vendre armes, poudre et canons. Quelennec le jeune répondit qu’aucun des représentants du duc ne pouvaient prendre une telle décision mais qu’il était d’accord pour emmener un petit groupe de Grenadins à Nantes. L’Emir devait bien prendre en compte qu’il n’aurait sa réponse qu’au printemps prochain. Le 15 aout, l’escadron de Port-François entrait à Valence. Quelennec le Jeune déposa les ambassadeurs de Bretagne puis fila vers l’Atlantique avec à son bord trois représentants musulmans.
Les diplomates en Castille et au Portugal ne réussirent qu’à renouveler les accords commerciaux des années précédentes. Ils désappointèrent Alphonse du Portugal quand ils lui annoncèrent qu’aucune des bandes n’étaient libres. Pourtant, il passa commande d'un certain nombre d'articles militaires que son pays ne pouvait produire en quantités suffisantes : poudre et éléments d'armures. Les deux délégations rentrèrent dés l’automne en Bretagne. A Rome, au contraire, les négociations furent longues mais fructueuses. En effet, les ambassadeurs bretons apportaient un message du légat du Pape en France. Celui-ci recommandait à sa sainteté Sixte IV de reconnaitre le pouvoir de Henry Tudor en Irlande et d’élever l’évêché de Vannes au statut d’archevêché. Ce nouvel archevêché aurait juridiction sur l’ensemble des terres du duché de Bretagne. Sixte IV décida de ne plus faire la sourde oreille et il présenta le projet à l‘administration vaticane. Cet archevêché permettrait de désolidariser les évêchés bretons de la France et donc des éléments les plus gallicans de l’église française. En ce qui concerne l’Irlande, le pape ne souffla mot.
Le Duc mit tout de suite son veto. Il n’allait pas recevoir les Grenadins. François II confia à son beau-frère Jean les demandes du Roi du Portugal en poudre et en armes. Et, devant lui, il souligna que le duché ne pouvait s’opposer à ce que des marchands indépendants entreprennent de vendre des armes aux musulmans. Jean comprit parfaitement le message. Rachetant des vieux stocks de l'ost breton, Rohan rassembla les marchandises rapidement. Profitant d'un beau mois de décembre, cinq navires de Rohan partirent vers le sud, officiellement à destination de Lisbonne. Ils avaient pour instruction de troquer armes et poudre contre sucre ou épices. Or Grenade était le terminus des routes musulmanes du commerce de ces denrées.
 
Carte de l'Emirat de Grenade en 1475

mardi 11 juin 2013

1471.Ep6. Escapade méditerranéenne.

Jean Il d'Aragon, allié surprise du Téméraire mais ennemi attendu de Louis XI qui lui a confisqué le Roussillon et la Cerdagne 
La fin de l’été 1471 trouva Yann de Ranrouêt à Lisbonne où il reçut un message de François II l’informant d’un possible conflit entre la France et la coalition bourguignonne. L’ordre du duc le laissa sans voix. Naviguer dans la méditerranée était compliqué, en fait, quasi-impossible car il ne possédait ni les pilotes ni les portulans nécessaires. Il ne savait absolument pas où il pourrait ravitailler en vivres et en eau. Enfin, ses navires avaient besoin d’un carénage important qu’ils ne pouvaient recevoir qu’au Blavet. Il prit donc quelques précautions. Dans un message, il répondit et décrivit sa situation au duc, déposa ses parts de butin chez un agent des Médicis et il confia son courrier et une copie de son journal de bord à un navire breton de passage contre une somme rondelette. Mais, il fallait obéir. Il mit quatre jours à trouver des pilotes pour trois de ses navires. Le 29 septembre, jour de la St Michel, il mit les voiles pour la méditerranée. Ils y pénétrèrent le 11 octobre et remontèrent lentement vers le nord pour atteindre les côtes de Provence. Yann espérait faire escale dans un port français et y faire campagne. Malheureusement, les mois d’automne en Méditerranée n’ont rien de clément pour les lourdes caraques. Entrecoupés de courts jours de vent portant, les orages et les calmes plats se succédaient. Le moral des bretons diminuaient. Ils apprirent en mer d’une galère génoise que la France et la Bretagne étaient en guerre contre l’Aragon, l’Angleterre, la Bourgogne et la Savoie. Les marins remarquèrent que les prises potentielles, des galères, les fuyaient aisément et allaient se réfugier dans le premier port venu grâce à leur avirons qui leurs permettaient d’échapper au période de calme. Elles étaient bien plus agiles que les grosses caraques de Yann qui se mit à prier de ne pas rencontrer la flotte de guerre de l’Aragon. Heureusement, en septembre, celle-ci se trouvait sur les côtes de Provence qu’elle razzia consciencieusement. Mais faute d’adversaire, elle s’était repliée sur Barcelone assiégée dont elle bloquait l'accès à la mer. Or, le pilote portugais les avait dirigés vers les Baléares pour éviter la côte aragonaise. Au bout d’un mois de mer, ils virent enfin les cotes de l’archipel. Yann fit aiguade sur une des petites iles puis fit voguer vers le nord pendant une journée. Le lendemain, un vent plein nord se leva et souffla régulièrement. A l’aube, Yann se décida et convoqua ses capitaines. Sa flotte fit demi-tour vers Palma de Majorque.
 

Dans le Roussillon, les garnisons de Louis XI tinrent pendant l’automne car l’armée aragonaise n’engageait que peu d’artillerie, réservée pour le siège de Barcelone. Le ban aquitain et languedocien vint leur prêter main-forte sous la direction du comte de Saint Pol, connétable du Luxembourg. En Savoie, l’offensive bourguignonne avait autant surpris les autorités savoyardes que les forces royales. Les garnisons furent rapidement renforcées par des Franc-archers et des émissaires partirent pour la Suisse et pour Milan. Les milanais ne bougèrent pas. Les agents du roi recrutèrent une dizaine de milliers de mercenaires à Genève qui vinrent à Lyon. En novembre, l’armée aventurée à Nîmes se scinda en deux. La partie la plus importante partit vers le Roussillon tandis que l’autre retourna à Lyon. A noël, la nouvelle de la trêve entre le Téméraire et Louis XI fit la joie de tous les lyonnais. Elle ne réjouit aucunement les Savoyards ni les Aragonais qui se retrouvaient seuls face à louis XI. Ils s’empressèrent d’envoyer des plénipotentiaires. Si les troupes en Dauphiné ne bougèrent pas, celles du Connétable de Luxembourg poursuivirent escarmouches et raids jusqu’en janvier sans succès.

A Palma de Majorque,  le 12 novembre, le mistral s’était mis à souffler et les pêcheurs avaient décidé de rester au port pour la journée. Ils rafistolèrent leurs filets puis se mirent à caréner leurs barques. Les officiers des deux galères du port sortirent tard et retournèrent vite à leurs occupations lançant leurs sous-fifres s’occuper de la chiourme. Yann regarda les tours du port puis ses sept caraques qui se dessinaient à l’horizon. Il avait pris place dans la caravelle et était parti en avant pour prendre d’assaut une des tours du port. La Ste Anne d’Auray battait pavillon aragonais et paraissait poursuivie par sept navires portant fleur de lys. Un cri d’alarme retentit et le pilote portugais embarqué contre son grès répondit en bon castillan sous la menace d’un couteau. La caravelle arriva à toute allure dans le port et s’écrasa contre le quai. Les franc-archers en jaillirent , ils filerent vers les tours dont ils tuèrent les occupants. La chaîne fut coulée et deux caraques négocièrent la passe sur leurs lancées. Les autres jetèrent l’ancre et mirent des chaloupes à la mer. Sachant qu’il n’avait pas les moyens de tenir la ville, Yann de Ranrouêt lança ses troupes à l’assaut des galères dont il libéra les rameurs. Bagnards et esclaves musulmans se jetèrent sur la ville comme de loups affamés tandis que les bretons se rassemblèrent pour contrôler le port et les rues qui y menaient. S’ils vidèrent quelques maisons et entrepôts, ils entreprirent surtout de remorquer les caraques et les deux galères hors du havre. Les bagnards firent assez de dégâts dans la ville pour que la garnison reste occupée le temps de l’opération. Yann fit alors mettre le feu dans les deux tours du port avant de partir. Ravitaillée et victorieuse, la flotte vogua vers le sud-est pendant une journée puis vers le nord-est, la Corse et la Provence avec une cinquantaine de bagnards qu’on avait remis aux avirons. Le soir même, dans Palma de Majorque, la garnison et les troupes du Château de Bellver mirent fin à la révolte à coup d'épées et de hallebardes.

Yann de Ranrouët passa noël à Aigues - Morte. Il y avait vendu sa caraque la plus abimée et une des galères. Lorsqu’il apprit le début de la trêve entre France, Aragon et Savoie. Il décida de reprendre la mer au printemps et de retrouver l’atlantique. Il espérait avoir autant de chance en 1472, mais il n'y croyait pas.

 
La construction du royaume d'Aragon, source Encyclopédie Universalis.

samedi 8 juin 2013

1473. Ep3. Croisade au Maroc.

En juillet, les navires de la flotte portugaise traversèrent le détroit de Gibraltar. Débutée pour venger la chute de Constantinople en 1453, la croisade d’Aphonse V du Portugal devint, faute de participants, une affaire purement portugaise destinée à acquérir le contrôle du détroit et à obtenir des têtes de pont sur le continent africain. Le roi Alphonse avait échoué, en 1463 mais cette fois, il se présentait avec environ 30000 hommes et pas moins de 500 navires devant la ville d’Assilah. Dans cette armada, les bretons n’avaient pas une place de choix. La chaleur, le manque d’eau potable et les retards des soldes rendirent les équipages mécontents dés le début de la campagne. Ils s’étaient habitués à l’administration efficace de Pierre Landais et rechignaient à combattre dans ces conditions. Pendant le mois de juillet, Yann de Ranrouët réussit à tenir ses troupes et à maintenir une certaine entente, même si les problèmes s’empilaient peu à peu. Partis en croisade, les Portugais n’acceptaient pas la présence de mercenaires qui se battaient pour l’argent et non pour la foi. Les bretons, eux, n’acceptaient pas d’être tenus à l’écart de la vie sociale du camp et d’être méprisés. Après trois semaines de siège, la cité tomba le 24 aout.
Assilah, forteresse portugaise construite à Assilah
après 1471 qui contrôlait le détroit de Gibraltar..
L’entrée dans la cité tourna rapidement à l’hallali. Alors que les bretons appliquaient leur pratique habituelle, foncer vers le centre de la ville, bloquer les rues les plus opulentes et les vider consciencieusement en les interdisant aux autres pillards, les portugais s’attaquèrent aux mosquées et à la population. Trois semaines de privations avaient transformées l’armée croisée. La haine de l’infidèle et du pirate barbaresque dominait les esprits. A la fin de la soirée, il ne régnait pas dans la ville le silence pesant des cités vaincues. Les bretons et leurs butins étaient au beau milieu d’un maelstrom de hurlements, de gémissements, de rires obscènes et de cris de furies. L’armée entra en ébullition. Les hommes laissés sans ordre dévastaient la ville, se servaient en objets, en femmes, en filles et même en garçons. Quelques bretons se joignirent au chaos, la plupart restèrent pour défendre les rues qu’ils contrôlaient. Ils durent jouer des poings et de la dague plusieurs fois pour que les pillards aillent vider leur rancœur ailleurs. Les soudards visaient particulièrement les lieux de culte. Certaines mosquées furent prises d'assaut sans attendre la sortie des habitants qui s’y étaient réfugiés, d’autres détruites pierre par pierre, la plupart souillées. Vers midi, alors que la chaleur accablait les derniers Portugais éveillés, Yann rassembla sa compagnie et décida de regagner le camp. Comprenant que les mercenaires allaient s’en aller, les musulmans dévoilèrent leurs dernières cachettes pour se faire escorter hors de la ville. A l’approche des portes de la cité, le groupe de mercenaires et de citadins fut confronté à une bande de maraudeurs qui voulut s’en prendre à leur butin et aux habitants. Bretons et Portugais échangèrent des menaces et les épées sortirent des fourreaux. L’arrivée inopinée de chevaliers de Malte permit de calmer les esprits. Ils ramenaient d’anciens captifs chrétiens. Se mettant à leur service, Yann de Ranrouët réussit à extraire sa compagnie et ses réfugiés des ruines d’Assilah. Dés les portes de la cité franchies, les marocains s’égayèrent dans la nature.
La vielle ville d'Assilah au XXè siècle.
Pendant deux jours, les mercenaires attendirent à l’écart que la destruction et le massacre se terminent. Le 26 aout, Alphonse V envoya à Tanger les dernières troupes organisées de son armée. A l’annonce de la chute d’Assilah, la ville se rendit. Bretons, chevaliers portugais et gardes du roi entrèrent dans le calme. Le pillage fut prohibé sous peine de mort. Les mosquées devinrent des églises et les musulmans furent autorisés à partir vers Fès. Dans les deux villes, on s’activait à renforcer et à améliorer les défenses car on s’attendait à une attaque de représailles. Le 30, Yann de Ranrouët partagea le butin d’Assilah entre ses hommes pour qu’ils profitent de Tanger. Convoqué par Alphonse de Portugal, il obtint une gratification pour la prise de la cité mais aussi pour qu’ils s’en aillent. Leurs actions et leurs présences n’avaient pas été appréciées dans l’armée croisée. En septembre, les navires bretons arrivèrent à Lisbonne où les trouva un messager du duc. Après avoir acheté du ravitaillement, les bretons firent voile vers la Méditerranée.

vendredi 7 juin 2013

1471.Ep2. L'oeil du cyclone.


Gabrielle de Bourbon-Montpensier, cousine de Louis XI,
descendante de St Louis, conjuguait un amour des arts et une piété fervente.

Les ouvertures de Guillaume Chauvin avaient porté leurs fruits. Gabrielle de Bourbon-Montpensier et Marguerite de Foix étaient de bons partis issus de familles puissantes en terres, argent et prestige. Le cas de Marguerite, fille de la reine de Navarre, posait un petit problème. En effet, son père était en disgrâce dans le royaume de France. Louis XI le trouvait bien trop puissant et sapait systématiquement ses actions.. Au contraire, la famille de Gabrielle pouvait lier les Montforts aux Capétiens. Elle descendait directement de St Louis. Ce prestige et ce lien familial permettraient au duc de rester dans les bonnes grâces du roi au moment où Louis XI avait bien moins besoin de la Bretagne grâce à son alliance avec l’Angleterre. Pendant le mois de Janvier, Guillaume Chauvin dépensa beaucoup d’énergie pour que le duc choisisse Gabrielle tandis que Pierre Landais considérait que cette alliance allait contre les intérêts du duc. François II était sur le point de choisir la jeune Marguerite en raison de ses liens très proches avec la couronne de Navarre lorsqu’il reçut une lettre de Louis XI. L’appelant son cousin, Louis XI considérait que le mariage avec Gabrielle était affaire acceptée et annonçait qu’il avait obtenu des Penthièvres qu’ils lui vendent leurs droits pour le prix de 80000 livres. Cela sous-entendait que sans mariage, la vente ne se ferait pas. Le duc grogna, rala puis accepta et envoya Guillaume Chauvin négocier le contrat avec le comte de Bourbon-Montpensier. Il demanda pas moins de 80000 livres comme dot.

 

En mars arriva une ambassade inattendue du Portugal. François II espéra un moment obtenir la main de la sublime Jeanne du Portugal. Mais, l’ambassadeur venait avec un message et un coffre contenant assez de ducats pour louer un escadron de la flotte bretonne. Alphonse V du Portugal l’informait qu’il allait une nouvelle fois tenter d’envahir le Maghreb et d’en bouter les infidèles. Il avait donc besoin de tous les marins expérimentés qu’il pouvait trouver. Cette offre tombait à point nommé pour le duc car en raison de la paix, le roi de France ne finançait plus sa marine. De plus, les constructions navales de Jean de Quelennec et d’André de Lohéac lui coutaient fort cher. Cet accord permit de retarder les désarmements de navires d’une année. En avril, la flotte du Blavet mit voile pour Oléron où elle recueillit la garnison. Un escadron de 8 navires commandés par Yann de Ranrouët prit le chemin du sud tandis qu’André de Lohéac rentrait patrouiller la côte nord de la Bretagne ne laissant qu’un escadron de cinq caraques à Nantes. Quelennec le Jeune partait aussi vers le Portugal tandis que son père suivait de prêt la construction de deux caraques de guerre (des caravelles redimensionnées portant 24 canons) et assurait la direction générale de la flotte et son ravitaillement à partir des ports du Blavet, de Morlaix et de Nantes.
En avril, la Françoise, première caraque bretonne gréée en trois mâts quitta le port de Morlaix les cales pleines de crées. Jean de Rohan la regarda du quai. Après un hiver de scènes de ménage, il s’était rendu aux arguments de sa femme. Il ne voulait pas que toutes ses réformes disparaissent s’il décédait en mer avant d’avoir un héritier. Il planifia pourtant un voyage en Flandres pour l’automne. Nommé Gouverneur du Leon, du Trégor et du Penthièvre, le duc lui avait donné carte blanche pour y appliquer ses réformes. Ces trois pays allaient servir de bancs d’essai pour tout le domaine ducal. Jusqu’en mai, il parcourut le nord pour convaincre nobles et marchands de les appliquer. La prospérité que Morlaix affichait par rapport à ses rivales Tréguier, St Quai - Pontrieux et St Brieuc, lui permit de rallier les élites de ces régions. En mai, de retour à Rohan, il réorganisa ses forges vers une production plus militaire pour répondre à la demande des mercenaires et des troupes du duc.
Le 8 mai, les Penthièvres signèrent la renonciation aux droits de succession du duché après que Pierre Landais eut versé la somme demandée. Le 12 mai, Guillaume Chauvin rejoignit le duc et ses conseillers à Nantes. Il avait obtenu une dot de 100.000 livres payables sur cinq ans et le mariage avait été fixé au 21 juin en la ville de Nantes. Le duc reçut un message du roi qui approuvait ce contrat et qui annonçait sa venue. Il invitait aussi le duc à rejoindre son ordre de Chevalerie, celui de St Louis. Louis XI avait créé cette institution pour concurrencer le Téméraire et ses chevaliers de la Toison d’Or, mais aussi pour contrôler ses vassaux les plus puissants. François II refusa mais proposa que son bâtard François d’Avaugour puisse y accéder et ainsi mener carrière en France et en Bretagne.


Louis XI présidant la première réunion de l'ordre de St Louis.
Alors que les grandes familles de France et de Bretagne se dirigeaient lentement vers l’estuaire de la Loire, un jeune homme et ses cinq compagnons débarquèrent à St Malo. Connus des marchands de la ville, on leur prêta des chevaux et ils filèrent immédiatement au galop vers le sud-est. Alors, le tocsin sonna et la cité corsaire s’activa comme une ruche. Le soir même, trois navires quittèrent le port et voguèrent plein nord. Ils contenaient tout le ravitaillement que les malouins avaient pu rassembler et leurs équipages étaient armés jusqu’aux dents. Le 21 juin, à Nantes, si les mariés furent loués pour leur beauté, l’invité surprise occupa toutes les conversations. Louis XI et François II s’étaient isolés la veille avec lui. S’il fit bonne figure pendant la cérémonie, le jeune homme s’isola, incapable de supporter la frivolité de la fête après les deux terribles mois qu’il venait de vivre. Edouard IV avait repris le trône. Henri VI était décapité, Marguerite d’Anjou emprisonné, le Prince de Galles exécuté, Warwick six pieds sous terre et Jasper Tudor introuvable. Henri Tudor était arrivé en Bretagne.
Henri VI, le roi "maudit" d'Angleterre.