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samedi 24 mai 2014

1476. Ep6. Eté indien.




L’été en la cour de France avait été réjouissant et distrayant pour les membres de la cour ducale. François II était quand même inquiet pour son héritier. Jean VI n’avait pas fait bonne impression sur la noblesse française. Perçu comme un original amoureux des arts et des lettres, il s’était trop absorbé dans les trésors italiens ramenés par Michel Landais. Les Français avait pris cela pour du dédain. Seuls Louis XI, Anne et Pierre de Beaujeu avaient apprécié son jeune enthousiasme et sa conversation. Louis XI l’avait même complimenté sur ses connaissances politiques et sa compréhension des puissances européennes. Le roi avait secrètement engagé son chambellan Philippe de Commynes à trouver un parti français pour Jean VI. Renforcer les liens avec la Bretagne restait une des priorités royales et Jean VI était une cible toute trouvée pour renforcer l’influence française dans le duché breton. Alors que tous s’amusaient, le Duc et le Roi tinrent quelques conseils discrets. Le duc fit part de ses inquiétudes sur l’absence d’enregistrement du traité interdisant l'ingérence du parlement de Paris en ses affaires et obtint le payement des derniers arriérés de soldes de ses mercenaires. Tout de velours, le roi promit d’accentuer sa pression sur les parlementaires parisiens et offrit son appui diplomatique pour le mariage de Jean VI. Le duc remercia du bout des lèvres et prit congé. Il voulait rentrer en Bretagne pour présider ses Etats et attendre son second héritier. Enceinte de quatre mois, Gabrielle, la duchesse souhaitait retrouver le calme de sa cour nantaise. La caravane ducale atteignit lors des dernières chaleurs d’aout l’estuaire de la Loire et se vit offrir une entrée par la populace. Le duc exhiba les trésors italiens ramenés par Michel Landais et parcourut les rues avec son fils dont la santé et la curiosité ravirent le petit peuple.
La Porte-Prison à Vannes.
Les Etats de Bretagne de septembre 1476 se tinrent à Vannes et ne furent pas de tous repos. Si Pierre Landais proposa et obtint de l’assemblée l’uniformisation des poids et mesures dans l’ensemble du duché, l’inattendu se manifesta par l’intervention conjointe de deux des Etats. Dans une alliance sans précédent, La noblesse et la bourgeoisie demandèrent la mise en place de foire dans les villes du duché. Si François II réaffirma le droit de toutes ses villes à posséder un marché hebdomadaire, charge à elle d’en assurer la sécurité, il ne conféra qu’aux villes de Nantes, Rennes, Vannes, Carhaix et Morlaix le droit de foire car cela allait lui couter. Il faisait là un pari sur l’avenir commercial du duché. Contre le paiement d’un sauf-conduit, le Duc dut s’engager personnellement à assurer la sécurité des marchands se rendant à ses rassemblements et il dut aussi les exonérer des péages les plus onéreux. En contrepartie, François II se réserva le bénéfice des inscriptions, somme dont le revenu devait financer les gardes qu’il affecterait aux escortes et aux foires. Enfin, il imposa que les bretons aient un tarif préférentiel sur les étrangers. Nantes, Rennes et Vannes obtinrent deux foires annuelles tandis que le duc n'accorda qu’une foire d’été aux deux autres cités. Selon les historiens, les Etats de 1476 établirent un double précédent : Premièrement, Bourgeoisie et Noblesse s’allièrent et parlèrent d’une seule voix. En effet, la régularité de réunions des Etats depuis 1464 avait permis à ces membres d’établir des liens durables et d’échanger idées et connaissances. Il émergea donc des groupes d’influence suffisamment puissants pour peser sur les autres membres de l’assemblée. Deuxièmement, si la nature de la  doléance souligne l’importance grandissante de l’activité commerciale dans les classes urbaines et nobiliaires bretonnes, elle montre surtout le rôle croissant des Etats comme intermédiaire entre les élites sociales et le pouvoir ducal. 
La Foire de Nantes gravure du XIXè siècle.

Enfin, sur les conseils de son chancelier vieillissant Guillaume Chauvin, le duc demanda aux députés de ses états de fournir un effort administratif sans précédent. Par souci de bonne justice, il avait ordonné la compilation des coutumes de Bretagne par ses officiers dans le but d’harmoniser les pratiques judiciaires et appelaient donc les membres les plus illustres de son duché à coopérer pleinement pour faciliter le bon déroulement de cette opération. Les membres des trois ordres réagirent favorablement à cette demande et promirent leur pleine et entière coopération dans une suite de discours ampoulés et interminables qui clôturèrent les Etats. François II regagna Nantes fort heureux de voir ses sujets aller de l’avant.

vendredi 25 octobre 2013

1476. Ep4. Bretons en la cour de France

Le long de la Loire, les cortèges de nobles progressaient lentement dans la chaleur de l’été. S’ils étaient habituels dans cette région, leur nombre frappa cette année-là les esprits du val. De l’est venaient la famille des Bourbons et ses clients tandis que l’ouest du royaume et le duché de Bretagne fournissaient maintes maisonnées aux caravanes luxueuses. Parmi les fastueuses compagnies provenant de Lyon, chevauchait Michel Landais à la tête d’une procession de mules et de mulets chargés de lourds ballots de toiles. Ce défilé était escorté par un groupe de mercenaires issus des bandes de Pierre du Pont-l’Abbé. Il devait rejoindre son duc et son père en la cour de France et rentrer en Bretagne dans la troupe ducale. A la St  Jean, cette dernière s’était arrêtée à Ancenis, le duc voulant y inspecter les travaux de la forteresse. Jean l’héritier prit schémas et croquis des défenses et du chantier. Cet intérêt pour la poliorcétique rapprocha père et fils qui s’arrêtèrent dans tous les châteaux, forteresses, forts, fortins et maisons fortes jusqu’à Blois. L’état de la duchesse de Bretagne nécessitait ces arrêts. En effet, à Angers, Gabrielle de Bourbon annonça officiellement sa grossesse. Tout à son bonheur, le duc offrit tout au long de son parcours dons et charités mais aussi agapes et banquets aux habitants du Val de Loire. Il dépensa sans compter au grand dam de Pierre Landais. L’arrivée des Bretons à Blois se fit en grand apparat au son des bombardes, des cornemuses et des trompes militaires. De fort bonne humeur, le duc n’en était pas moins déterminé à manifester sa puissance et son rang.
Scène de Tournois 
Louis XI l’attendait. Il avait séjourné à Blois depuis le printemps. Ses intendants y avaient rénové les appartements et rafraichi la décoration du château et de la ville. Aux moissons, tout était prêt. Les lices et les pavillons étaient dressés dans les prés fraîchement moissonnés au bord du fleuve. La suite du duc s’y installa tandis que celui-ci résidait dans des appartements que lui avait réservés le roi. Aucun monarque d’importance n’avait fait le déplacement. Seuls, les grandes familles de France étaient présentes ainsi que quelques grands noms de la noblesse bretonne. Le mariage était une affaire de politique intérieure chargée de renforcer le pouvoir royal, et non d’affirmer la place de la France sur l’échiquier européen. Pourtant, Louis XI y accordait une telle importance qu’elle intriguait la délégation bretonne. Le duc et ses officiers savaient quels étaient les objectifs de louis XI mais ils ne comprenaient pas où le roi voulait en venir. Pierre Landais trouvait que trop d’argent était dépensé pour ce mariage. Anne de France n’épousait pas un fils de roi, mais un baron. L'universelle aragne devait cacher quelque chose.
Juillet se déroula sans encombre malgré les habituelles disputes de préséance et de rang. Bretons et Bourbons tenaient le haut du pavé dans la cour de Louis XI. La grossesse de Gabrielle de Bretagne suscita, dans le clan bourbon, un regain d’intérêt pour le duché et Pierre Landais réussit ainsi à passer quelques accords commerciaux avec la noblesse auvergnate. Si la canicule qui débuta à la mi-juillet rendit les drapiers malheureux, elle offrit d’abondantes opportunités aux marchands de toiles de lin. Lorsque les dames de la cour découvrirent que Gabrielle de Bretagne faisait ample usage du tissu du Léon dans la confection de ses chemises, elles passèrent de nombreuses commandes auprès des marchands accompagnant la troupe ducale. Avant la fin de l’été, la reine de France et ses dames de compagnie vantaient le lin de Bretagne pour sa légèreté et sa fraicheur.
Nobles à la Chasse. 

Mais c’est le jeune Jean qui intrigua le plus les Français. Ils découvrirent rapidement que le jeune duc s’entraînait avec les mercenaires bretons qui assuraient la garde du roi de France et qu’il préférait le champ de manœuvre à la lice du chevalier. S’il faisait preuve du minimum de courtoisie et de solennité nécessaire à la cour de France, la noblesse française considéra rapidement qu’il avait un comportement singulier, inattendu et fort peu respectueux des valeurs chevaleresque. Intéressé par les arts de toutes sortes, l’héritier retrouva pendant son séjour à Blois son mentor Jean de Rohan qui lui laissa l’accès aux manuscrits et aux machineries qu’il avait rassemblé depuis le printemps. Il disparut ainsi pendant de longues heures chaque jour, esquivant maints jeux, chasses et amusements de la cour. L’arrivée de Michel Landais fut une véritable bénédiction pour le jeune Duc. Le jeune marchand revenait d’Italie avec une pleine caravane de nouveautés. Les bats de ses mules déversèrent un trésor de statues, de monnaies, d’amphores antiques, de tableaux italiens, de parchemins byzantins et de traductions latines. La sculpture romaine captiva la noblesse française et ducale. Mais elle laissa froide le jeune héritier de Bretagne. Avec l’aide de son compère de Rohan, il récupéra un inventaire de la caravane de Michel Landais et arracha au jeune commerçant toutes les œuvres écrites grâce à un cassette lourdement garnie. Deux jours plus tard, François II dut personnellement chercher son fils qui n’apparaissait plus aux festivités proposées par le roi de France, ni ne répondait à ses convocations paternelles. Ils eurent une longue conversation sur l’importance de la diplomatie, sur le rôle d’une cour et sur celui d'un jeune héritier. Le jour du mariage, Jean de Bretagne tint son rang de belle manière malgré les craintes de sa belle – mère. Le soir même, il faisait son premier rapport à son père sur les informations qu’il avait glanées. Il lui annonça que le Duc de Bourgogne assiégeait Nancy.

vendredi 4 octobre 2013

1476.Ep3. Printemps pour Mécontents

Les premiers d’entre eux furent les deux jeunes fils de François de Bretagne. Jean VI, le fils légitime, âgé de 13 ans, vit son emploi du temps chamboulé dés l’annonce du mariage Valois-Bourbon. Les dames de compagnie de Gabrielle de Bourbon le kidnappèrent le matin des premiers bourgeons et le conduisirent auprès de la duchesse. La duchesse avait fait débarrasser une salle du château de Nantes pour y installer une cour factice et on avait engagé un maître de danse pour 4 mois de leçons intensives. Ainsi, le jeune jean dut chaque matin pratiquer quatre heures durant l’art de la discussion, celui de la danse et des bonnes manières. Auprès des dames de Gabrielle, il s’essaya à la parole courtoise déclenchant maints fou-rires et de très rares pamoisons. Ayant perdu sa mère tôt, le jeune héritier manquait de raffinement. Avant le remariage du duc, la présence féminine autour de lui était rare et s’était résumé à quelques servantes mal dégrossies et aux femmes de ses maitres ou des membres de la Confrérie. SI, à Clisson, où siégeait la confrérie, ces dames de Bretagne se voulaient les arbitres du bon goût. A la cour ducale, elles paraissaient toutefois bigotes, précieuses et ridicules par rapport aux dames de compagnie de la duchesse. A la cour de France, elles auraient été l’objet des quolibets de toute la noblesse française. Pour Gabrielle, il n’était pas question que son beau-fils subisse ce genre d’insultes, surtout lors du mariage d’un parent avec une fille de France. Elle avait donc insisté auprès du duc pour policer le comportement de l’héritier. Ainsi, en ce printemps 1476, Jean passa les premiers beaux jours à l’apprentissage ardu de l’élégance et à l’essayage fastidieux de son trousseau de cour et de sa tenue de cérémonie. Pourtant, il ne se présentait pas sans arme à la cour de France. Habile aux armes sans être exceptionnel, bon cavalier comme il sied à tout noble, Jean, âgé de 13 ans, possédait une formation atypique pour l’époque. Il suivait régulièrement des leçons données par des maitres de l’Université. Il savait écrire et lire en latin et en français tout en étant capable de tenir une conversation en breton et il s’intéressait en particulier au droit. Son père ne comprenait pas cet engouement pour les connaissances universitaires mais le tolérait tant qu’étaient remplies les obligations c du jeune duc. Dans cérémonielles et militaires du jeune duc. Dans ces dernières, de petite taille, Jean s’entêtait à affronter plus fort et plus habile que lui. François II louait cet acharnement mais redoutait que les passions de son fils le poussent à l’intransigeance, notamment envers son demi-frère François d’Avaugour. François, Bâtard de Bretagne, avait poursuivi son entraînement militaire auprès de la confrérie. Relégué à Clisson depuis le début de son adolescence, il suivait un enseignement militaire qui allait devenir la base de la formation des officiers des bandes. Latin, Français, Breton n’étaient qu’abordés tandis que mathématiques, fortifications et arts mécaniques étaient au programme. François II comptait faire de son bâtard un des bras armés du duché, le premier ingénieur militaire non italien. Mais, en ce printemps 1476, François d’Avaugour qui avait espéré participer aux réjouissances du mariage Bourbon-Valois, apprit qu’il devait s’embarquer pour l’Irlande. Le duc voulait qu’il y reçoive son baptême du feu sous la direction d’hommes de guerre expérimentés et exemplaires comme les Tudors. Pour faciliter les choses, il lui offrit un nouvel équipement et déclara qu’une bonne épée était forgée aussi dans le sang. François II ne lui confia pas qu’il préférait le savoir loin de la France et de son machiavélique et très fortuné roi qui aurait pu allumer quelques ambitions désastreuses dans l’esprit d’un jeune bâtard influençable. Le roi en question ne débordait pas de joie en ce printemps. Les nouvelles de l’est étaient bonnes mais la venue de Jean de Rohan à Plessis les Tours avait gâché la fin du carême et les fêtes de pâques. Le duc de Bretagne l’avait envoyé renégocier les contrats des bandes. Leur compétence reconnue faisait des mercenaires bretons des hommes recherchés. Louis XI leur faisait autant confiance qu’aux suisses et les considérait bien plus solide que ses francs-archers. Mais, à partir du mercredi des cendres, il avait découvert un nouvel aspect des Bretons. Ils étaient durs en affaire. Vantant les réussites des bandes, des corsaires, de la flotte du Ponant et la fidélité du duc de Bretagne, Jean de Rohan négocia le plus âprement qu’il put les nouveaux engagements. Le Roi tenta d’abord de l’acheter en faisant allusion à des titres prestigieux, à des pensions mirifiques ou à des sommes faramineuses. Mais Rohan refusa. Quand Louis passa aux menaces voilées, le vicomte ne fit qu’exprimer, en souriant, son espoir de passer de longues semaines dans ses fiefs, tous hors du royaume de France à attendre la naissance de son deuxième enfant et à régler ses propres affaires. Les instructions du Duc étaient claires. D’une manière ou d’une autre, le roi devait payer toutes les promesses non tenues depuis 1473. Jean devait prendre son temps et récolter au passage un maximum d’informations sur la cour de France. Si certaines vieilles familles le traitaient en privé de maquignon pour sa rapacité commerciale, la réputation de sa famille, ses moyens financiers et son excentricité lui ouvrirent les portes de la noblesse française. Il débuta ainsi une série de correspondances avec des seigneurs d’ile de France, du Maine, de Provence, d’Anjou et d’Auvergne. S’appuyant sur ces sources d’information ainsi que sur la présence de Michel Landais à Lyon, Jean de Rohan envoya chaque semaine, jusqu’à l’été, un courrier en Bretagne. Il y donnait instructions commerciales, conseils de gestion de fiefs et fermes ordres de repos à sa femme. François II, son beau-frère, y lisait, lui, l’état des finances royales, de l’armée française, des factions à la cour de France et l’évolution de la guerre en Bourgogne.. Ainsi, début juin, Jean de Rohan fut le premier à apprendre la chute de Nancy. La garnison bourguignonne n’ayant pas été payée depuis des lustres, se rendit à Renée de Lorraine qui les assiégeait mollement. Louis XI s’en réjouit et décida de profiter de l’occasion. Il accepta les exigences de Jean de Rohan. Louis paya le double pour recruter les bandes. Il voulait absolument des troupes aguerries pour encadrer les piétons français. Lourdement escortée, une caravane achemina l’or français à Nantes. Rohan était encore à la cour de France lorsqu’arriva la St Jean. Dans un très rare accès de sincérité, Louis XI lui demanda ce qu’il désirait pour devenir son homme. Le vicomte lui répondit qu’aucun roi de France ne voudrait lui accorder ce qu’il avait obtenu du duc. Le roi en resta coi.
Banquet au XVè siècle.

samedi 22 juin 2013

1474. Ep2. Chroniques du duc de Bretagne. partie II.

 

François II passa une grande partie de l’année à régler des conflits administratifs entre Pierre Landais et Guillaume Chauvin. Il effectua pourtant trois déplacements notables cette année-là. Le premier d’entre fut un court voyage en février à St Malo durant lequel il présida le premier conseil de guerre du duché et distribua les pouvoirs entre les membres. L’Amiral y siégeait de droit et comme président en l’absence du duc tandis que le Maréchal de Bretagne ne devait y tenir que la seconde place. Il faut noter la présence de Jacques Danycan, gouverneur des iles anglo-normandes et que le duc invita comme représentant des corsaires. Il avait été appelé en raison de sa réputation grandissante et parce que François II voulait l’utiliser pour ses relations avec les bourgeois de ses ports. Pour la première fois, le Duc et ses officiers tentèrent de définir une stratégie commune pour maintenir la suprématie qu’ils avaient obtenue dans la Manche. La flotte qui s’était agrandie d’une dizaine de navires devait terminer la généralisation du gréement portugais et renforcer ses dépôts dans les villes de Morlaix, St Malo et Port-François. Il la chargea d’escorter les convois de marchands vers les Flandres et de patrouiller la Manche jusqu’à Calais. Il demanda aux corsaires de mener la course en Mer d’Irlande et au large du Cotentin. Lors de ce conseil de guerre fut aussi décidé de mener une enquête sur les fortifications littorales. Les Bretons pouvaient perdre l’initiative en mer et la faiblesse des défenses inquiétait Quelennec le Vieux. De même, François II demanda au Maréchal de Rieux de procéder à une revue des fortifications de la Marche de Bretagne et de planifier leur rénovation.


La production textile liée au Lin et au Chanvre en Bretagne à la fin du XVè siècle.
Le second déplacement du duc se fit à Port-François. Il y présida au lancement de deux caraques de guerre qu’il fit nommer du nom des archanges Gabriel et Raphaël. Il les confia à Yann de Ranrouët qui les emmena immédiatement à St Malo puis à St Valéry sur Somme. Le duc resta un certain temps dans le Vannetais avec Jean de Rohan. Ils discutèrent des réformes économiques et de leurs implications sur la stratégie de la Bretagne. Le duché devait maintenir ouverts la Manche et le golfe de Gascogne à son commerce pour préserver les routes maritimes du Lin. Avoir une marine était devenu une nécessité et François II devait être capable de l’entretenir seul sans l’apport annuel des écus de Louis XI. Il fallait donc que le duc augmente ses revenus dans les années à venir. La France en paix arrêterait de financer une flotte bretonne qui comptait quarante navires de guerre. François II accepta donc de développer les proto-industries et de favoriser les éléments novateurs en agriculture. Réaliste, il adopta les plans de Jean de Rohan pour renforcer ses finances. Une seconde fois, il proposa le mariage de son fils avec la petite Françoise de Rohan. Le Comte, cette fois, ne refusa pas. N’ayant qu’une héritière et sa femme multipliant les fausses couches, il demanda le temps de la réflexion.
Le troisième déplacement était attendu depuis longtemps par les Bretons. Le duc convoqua les Etats de Bretagne à Vannes et s’y rendit après les moissons. Il avait décidé de les réformer. Pour la première fois, il demanda la rédaction de Cahier de Doléances. De plus, Les députés des deux ordres séculiers devaient être élus par évêché ou par cité. Seuls, les comtes, les évêques et les maires siégeaient de plein droit. Or, le retour des Bandes en Bretagne après la seconde guerre de Bourgogne avait changé la donne politique dans l'état de la noblesse. Cette année-là, elle se divisa entre deux partis, la Noblesse Mercantile et la Noblesse Féodale. Les vétérans des Bandes et la noblesse littorale voulaient imposer une diminution des obligations de l’honneur nobiliaire pour profiter un maximum du commerce. L’entrée de cette minorité aux Etats permit de renforcer la position du Tiers dans les débats qui demandait moins d’impôts mais aussi plus de libertés commerciales. François II trancha en faveur de l’application totale des réformes de Rohan dans le duché. La forte pression du Duc, de leurs vassaux et l’influence grandissante de Jean de Rohan permirent de rallier les grands féodaux à ce programme. Mais ils firent opposition à toute nouvelle dérogation au statut de noble. Le duc obtint un recensement de la population qui devait se dérouler sur quatre ans et permettrait de réévaluer les revenus du duché. Il ordonna que dans toutes les paroisses soit tenu un registre des baptêmes, mariages et enterrements ainsi qu’un état des Franc-archers, avec leur âge et leur équipement. Enfin, il annonça que dorénavant, la moitié de sa part perçue sur les contrats des Bandes serait dédiée à la rénovation des fortifications de la marche de Bretagne.
Jean VI de Bretagne, âgé de 11 ans commença des études approfondies. Un maître d'armes vint à Nantes et le suivit toute l’année. En été, il fut confié à des représentants des Bandes qui devaient lui apprendre la guerre nouvelle. Enfin, il assista aux Etats de Bretagne et à quelques Grands Conseils où sa concentration fut remarquée. Jean grandissait et François II nota son enthousiasme pour toutes les choses nouvelles, pour la marine et l'artillerie, mais aussi l'art et les langues.
 

Portrait de jeune homme de la Renaissance par Boticelli, 1483.

 


vendredi 21 juin 2013

1474. Ep1. L'araignée tisse sa toile.



Château d'Amboise où fut élevé Charles VIII
Résidence royale dont Louis XI préféra ne pas trop profiter.
L'Universelle Aragne est le surnom qu’il laisserait à la postérité, se dit-il en lisant le rapport qui venait de lui parvenir d’Irlande par un des premiers marchands venus sur le continent. Louis XI se trouvait à Amboise en famille pour l’épiphanie. Son fils y résidait. Mais le roi trouvait sa présence déstabilisante. Il regarda par la fenêtre et pensa que Charles grandissait comme grandissait sa puissance. Ses actions diplomatiques de ces dernières années avaient engendré une alliance encore fragile mais qui s'affermissait de jour en jour par les coups d’épingles qu’elle donnait à ses adversaires. Si les Bretons n’avaient remporté qu’un succès partiel sur l’Angleterre, ils se renforçaient et les Irlandais se lançaient toujours plus nombreux dans la guerre de course. Une Angleterre occupée lui donnait le temps et les moyens pour intervenir ailleurs. Il décida de renforcer son soutien aux Suisses et aux Alsaciens qui se battaient dans les montagnes du Juras et dans les Vosges. Il avait d’ailleurs envoyé Pierre du Pont–L’Abbé dans cette région à la tête des bandes de Léon et de Cornouailles. Les Suisses demandant des artilleurs et des cavaliers, Louis avait monté les Bretons à ses propres frais et recruter des artilleurs à Lyon. En plein hiver, le baron du Pont-L'Abbé  avait lancé des raids profonds en Franche-Comté pour menacer les lignes de communication des forces Bourguignonnes. Pendant ce temps à l’est, les Suisses avaient dégagé l’ensemble des villes de Haute-Alsace et du Brisgau. En pleine révolte contre le duc de Bourgogne, les cités avaient accueillis avec joie leurs libérateurs et décidé de se gouverner elles-mêmes. Le duc d’Autriche envoya des hérauts pour en reprendre le contrôle, mais trouva porte close. Les villes avaient refusé en bloc. Malgré les réclamations de Sigismond, Louis XI continua pendant l’hiver à soutenir les prétentions des Alsaciens et l’expansionnisme suisse qui ne pouvait se faire qu’au détriment des Autrichiens, des Bourguignons ou des Savoyards. Enfin, il avait réussi à passer une alliance avec l’Empereur. Frédéric III empereur du St Empire Romain Germanique rassemblait une armée dans les villes rhénanes pour dégager Neuss que le duc de Bourgogne assiégeait depuis 6 mois. Il lui avait fourni quelques subsides mais les finances impériales étaient faibles et le recrutement lent. Louis XI hésitait beaucoup. L’année allait être décisive et il voulait séparer Bourgogne et Angleterre. Pour cela, il devait renforcer ses garnisons en Picardie ainsi que les moyens à la disposition des Normands et des Bretons. La France allait s’engager sur mer.

 Il était perdu dans ses pensées quand sa fille Anne arriva. Elle avait 13 ans et manifestait déjà un grand sens politique. Elle fit sa révérence et s’éloigna pour jouer avec son frère Charles. Elle savait déjà qu’il ne fallait pas le déranger quand il réfléchissait. Il soupira et se dit qu’il n’avait qu’à espérer que Charles aurait l’esprit aussi agile. Elle avait été fiancée à Nicolas d'Anjou mais celui-ci était mort l’année précédente. Il devait lui trouver un autre parti qui servit la cause française. Le roi hésitait entre le jeune Jean VI de Bretagne de 11 ans et Pierre de Beaujeu, un des plus grands seigneurs de la cour de France de 36 ans. Un mariage avec les Bourbons permettrait de fidéliser cette grande famille du royaume tandis qu’une alliance matrimoniale avec la Bretagne ne ferait que cimenter une alliance déjà existante. Le duc de Bretagne exigerait une dot en territoires et Louis ne voulait céder aucun parcelle de son royaume. Il regrettait encore la perte de Noirmoutier. Il faudrait qu’il consulte ses conseillers mais l’alliance des Bourbons lui paraissait plus stratégique car Pierre de Beaujeu, duc de Bourbon possédait des territoires importants en plein centre du royaume. De plus, Louis était mécontent de la prise des îles anglo-normandes par les Bretons. Il les considérait relevant du duché de Normandie et voulait les contrôler. Il aurait alors une monnaie d’échanges avec l'Angleterre et il pourrait peut-être obtenir la paix d'Edouard IV, ou au moins une trêve qui lui permettrait de s’occuper enfin du Téméraire.


Mais pour cela, il devait d’abord sécuriser ses flancs et enfoncer un nouveau coin dans les états bourguignons. Il espérait le retour rapide de Commynes pour qu’il fasse basculer le jeune René de Lorraine dans son camp. Si celui-ci fermait ses routes et ses forteresses au Téméraire, les terres du sud de l’état bourguignon seraient bonnes à prendre. Charles ferait tout pour conserver ses territoires ancestraux. Mais, si la France avait la Lorraine, les Suisses, les Alsaciens et les Bretons de son côté, elle n'aurait aucun mal à s'en emparer. Louis XI regarda son fils et sa fille puis se leva et se dit qu'il allait jouer ces deux pions avec le plus de soin possible.

 

jeudi 6 juin 2013

1471. Ep1. Egos bretons au nouvel an.

A Nantes, le duc félicita ses conseillers pour leurs réalisations pendant l'année précédente. Il accueillit avec joie ses trois marins préférés dont les parts de prises avaient remplies les coffres du duché. Il souhaita la bonne année à tous et les remercia d’avoir fait de la Bretagne un duché fort, industrieux et commerçant. Puis il les invita tous à profiter du festin qu'il avait fait préparer. Yann de Ranrouët était perdu dans cette cours de Bretagne. Mais son nouveau statut de Chevalier l'obligeait envers le duc. Ce titre et celui de capitaine de Noirmoutier lui donnait droit à une pension confortable. François II l'avait promu pour lui donner plus de pouvoirs dans la flotte. Il devait d’ailleurs retourner à Oléron dés les premiers beaux jours pour en rapatrier la garnison. Comme il n’était pas du tout à l'aise, il se mit à raconter des histoires au jeune héritier. Des années plus tard, François II lui avouera qu'il avait secrètement chanté ses louanges, ce soir-là car il ne savait pas quoi dire à son propre fils. Il ne l'avait pas vu pendant un an et le trouvait déroutant.
Chateau des Ranrouët tel qu'il fut en 1469 après la reconstruction réalisée par Yann de Ranrouët.
Il abrite aujourd'hui le Musée des Bandes Bretonnes.
 A la droite du duc se tenaient Marie de Bretagne et son époux Jean II de Rohan. Depuis son passage sur une caravelle, Jean avait pris contact avec les charpentiers du Blavet et en avait débauché trois pour transformer un gros navire de Morlaix. Le premier trois mâts doté de sabords devait être lancé au printemps à ses frais. Ce n'était qu'une adaptation, un gréement de caravelle redimensionné posé sur une coque de caraque. Il comptait bien participer à la première croisière de son nouveau navire vers l’Ibérie puis vers les Flandres. Il avait d'ailleurs un stock important de toiles de lin à écouler.
 Sa femme n'était pas du tout d'accord. Elle avait porté sa fille et accouché pendant que le duc courrait la Guyenne. De plus, elle avait assuré la garde de son neveu et la bonne gestion des fiefs. Malgré une abondante domesticité, elle était si épuisée à la naissance que l'accouchement avait failli tourner au drame. Jusqu'à ce qu’il accepte, elle lui mènerait une vie infernale.

André de Lohéac jubilait. Il avait appris la veille que Jean III de Quelennec se retirait. Le duc avait décidé de lui accorder son office jusqu'à ce que l’héritier de Quelennec aie fait ses preuves sur mer. Le duc voulait un officier capable de commander sa flotte. Jean IV de Quelennec avait donc été nommé capitaine d'un navire et André Amiral de Bretagne. Le vieux Quelennec avait décidé de rester à Blavet et d'y apporter tous ses talents d'organisateur. S'il était revenu fatigué de sa dernière campagne, il avait assuré André qu'il pouvait encore diriger un bureau et avoir des idées. Jean de Rohan et lui voulait d'ailleurs lancer un nouveau type de navire qu’ils appelaient la caraques de guerre.

Guillaume Chauvin avait passé le mois de novembre et décembre à contacter des familles illustres de France pour trouver une femme bien dotée pour son duc. Deux réponses étaient arrivées à Nantes. Deux grandes familles françaises : Gaston de Foix et Louis de Bourbon-Montpensier avaient accepté d’étudier sa proposition de mariage. Enfin, le rattachement du service des postes à sa chancellerie l'avait comblé d'aise. Même si l’ambassade à Rome n'avait pas obtenu un archevêché pour la Bretagne, des contacts avaient été pris et les clauses ecclésiastiques du traité d'Étampes reconnues par le Pape. L’évêque de Nantes n'avait plus qu'à s'incliner et le roi de France aurait bien du mal à revenir sur cette clause.

Pierre Landais avait reçu peu du duc. Ce dernier savait pertinemment qu'il se servait dans les caisses du duché. Les revenus des douanes avaient augmenté, les sècheries fonctionnaient bien, les fouages, les devoirs, les aides rentraient correctement et les contrats des bandes avaient été réglés. Même si le duc dépensait, surtout dans ses tours d’artillerie, le trésor ducal se remplissait peu à peu et les négociants nantais l'avaient même associé dans certaines affaires à gros bénéfices. Il avait beaucoup discuté avec deux lombards pendant l’automne Pierre Thedaldi et Thomas Bartoli. Ces hommes lui avaient donné une idée. Peut-être que son deuxième fils pourrait tenter cette nouvelle aventure et un petit voyage à Florence l'aiderait aussi à mûrir.

Jean de Bretagne dînait à côte de son père et écoutait les histoires du chevalier de Ranrouët. Sa tante l’avait accueilli à partir d'avril. Il avait découvert les forges, les forêts, les livres de son oncle et avait reçu ses premiers cours de français, latin et breton. Son père avait spécialement insisté sur ces derniers après le siège de Picquigny. Il avait aussi une petite cousine fort bruyante et de nouveaux jouets, des cavaliers, des canons et des franc-archers sculptés dans du chêne de Rohan. Il avait passé la meilleure année de sa vie, loin de l’étiquette de la cour et elle avait été pleine de découvertes qui le fascinaient encore. Il écoutait avec envie son voisin qui lui parlait de la mer et d’un petit navire fascinant, la caravelle. Il avait sept ans et toute la vie devant lui.

Le fils bâtard du duc se tenait loin de la table principale. La présence de l'héritier l'avait poussé à l'écart. François d'Avaugour avait 8 ans. Ce soir-là, il ressentit pour la première fois sa place d'enfant illégitime et il n'aima pas ça.
Armoirie de François d'Avangour, fils illégitime de François II de Bretagne et d'Antoinette de Bagnolet.

mercredi 5 juin 2013

1470. Ep4. Dialogue de mules.

Après avoir assuré le succès des négociations entre Marguerite d’Anjou et Warwick, le roi rentra à Paris où il leva des fonds pour soutenir la guerre. Puis il se rendit à Roye et atteignit enfin Noyon en octobre où se regroupèrent l’armée royale et sa garde écossaise. Les garnisons picardes étaient soutenues par les forces du Duc de Bretagne qui, composée de 8000 cavaliers et fantassins ainsi que de 10 canons, étaient suffisantes pour repousser une traversée de la Somme par les Bourguignons. Le roi Louis XI avait atteint son but. Il avait repris les cités données à Péronne et Conflans. Il était aussi entrain de grignoter petit à petit le comté de Bourgogne et celui de Bar. Ses compagnies d’ordonnance menaient de fréquentes excursions dans les terres d’Artois et du Hainaut où elles ravageaient les campagnes et obligeaient les vassaux du Téméraire à conserver leurs forces loin du véritable théâtre d’opérations. Le Téméraire maintenait avec le roi de France des contacts diplomatiques constants pour obtenir une trêve et le retour des cités conquises. La perte de son allié anglais l’obligea à accepter l’état des choses. Si France et Bourgogne étaient financièrement épuisées, l’armée française avait l’initiative. Il accepta donc la trêve que le roi demandait. Mais, il exigea le retour des forteresses picardes ou de celles des comtés de Bar et de Bourgogne pour la signer. Louis XI n’était pas dupe. Il savait que cette trêve n’aboutirait qu’à retarder l’inévitable. Mais il s’en contenta car sa position était tout autant difficile. Il n’avait plus un sous. Il avait financé la marine bretonne, les forces de Warwick et de Jasper Tudor, corrompu le comte de Bresse, payé les soldes des mercenaires bretons, de ses compagnies d’ordonnance et de la levée du ban et de l’arrière-ban. Ses coffres étaient vides. De plus, du temps lui permettrait de renflouer son trésor et de faire la paix avec son frère Charles. Celui-ci n’étant plus l’héritier du trône depuis le 30 juin, avait perdu de l’importance sur l’échiquier politique. Mais il contrôlait toujours le sud de la Guyenne. Il retira ses troupes du comté de Bar puis du comté de Bourgogne. On signa pour quinze jours de trêve. Le roi proposa la ville d’Ham pour y négocier la paix. Les émissaires se rencontrèrent, discutèrent, firent des allers-retours portant des courriers et des propositions. Mais rien ne vint. Seule, la trêve passa de quelques jours à quelques mois. Le roi démobilisa donc ses franc-archers, son ban et son arrière-ban. 1470 passa sans qu’un accord fut trouvé.

Scène de Banquet au Moyen-âge.
A la toussaint, le duc François II rejoignit le roi à Noyon où les échanges diplomatiques se poursuivaient. Il laissa deux informations s’ébruiter négligemment. Tout d’abord, le contrat des 4200 hommes du traité d’Ancenis arrivait à terme et deuxièmement, il cherchait deux épouses, une pour lui et une pour son fils. Le roi de France n’avait plus de fille à marier. Jeanne la boiteuse et Anne étaient déjà fiancées. Louis XI demanda la prolongation d’une année du contrat des bandes de Vannes, Nantes, Rennes et Retz et proposa la somme de 50000 livres payables en deux fois. Le duc engagé dans la même guerre que le roi, accepta. François II mit alors en avant sa campagne en Saintonge, l’occupation de l’ile d’Oléron, la prise d’Abbeville et demanda récompense. Il espérait du roi compensation territoriale pour ses actions. Il informa Louis XI qu’il aurait aimé obtenir la vicomté de Thouars. Louis XI regimba puis refusa. Depuis mai, elle revenait à Anne de France. Il proposa que le roi lui cède seulement la seigneurie de la Garnache, modeste fief dépendant de la dite vicomté qui comprenait l’ile de Noirmoutier. Le roi était d’accord mais demanda que le seigneur reste vassal de sa fille et donc, du roi de France. François II rappela au roi qu’en temps que Montfort, il était son vassal mais qu’en tant que duc de Bretagne, il ne pouvait lui rendre hommage-lige pour ce présent, même pour 50000 livres. Louis XI et son chancelier comprirent l’allusion mais en restèrent là. François II ne se découragea pas et le lendemain, il fit quelques allusions en présence des émissaires de Bourgogne sur la bonne santé, sur le goût des armes et des arts de son fils de 7 ans. Il fit de même avec des membres des grandes familles de France. Il rappela ainsi à tous, qu’il cherchait fiancée pour son fils, mais aussi épouse pour lui. Louis XI le fit alors venir car il craignait que ces mariages ne créent une nouvelle alliance des Princes, une nouvelle ligue du Bien Public. Il accorda la seigneurie comme territoire du duché de Bretagne. Le roi voulait la Bretagne comme alliée et devait en payer le prix. Mais il était mécontent et donna son congé au duc. François II sortit après avoir juste courbé la tête. Le roi n’avait rien dit des droits des Penthièvres.

Vue aérienne du Chateau-fort de Noirmoutier au XXème siècle.
source : ileochateau.com
Le retour des compagnies d'ordonnance bretonnes se fit en un mois par la Normandie. Dès son arrivée, le duc envoya Pierre Landais en sa nouvelle seigneurie pour y faire un état des lieux et commença le dessin de la forteresse qu’il voulait construire sur l’ile de Noirmoutier. A la noël 1470, François II de Bretagne proposa à Jean II de Rohan de fiancer sa fille Françoise à son fils Jean. Le jeune Jean lui répondit que son accord dépendrait de la dispense papale. On ne mariait pas des cousins comme cela et la nature aussi pouvait rappeler la toute petite Françoise.

dimanche 5 mai 2013

LE POINT DE DIVERGENCE


1463

Le 29 juin 1463 nait en la ville de Clisson Jean fils de François II duc de Bretagne et de Marguerite de Bretagne. Cette naissance est attendue dans le duché qui célèbre la descendance de son bon duc. Celui-ci a mené une politique bien reçue par les bretons : en 1460, il fonde une université en la ville de Nantes où il entame aussi la rénovation du château. En 1462, il réforme la justice, le métier d’avocat, augmente les peines pour les faux-monnayeurs et les faux témoins. Cette politique intérieure est la continuation de celle de ses prédécesseurs. Le duc veut renforcer l’autorité ducale sur ses territoires et diminuer l’importance des grandes familles bretonnes comme les Rohan, les Penthièvre et les Rieux. Ces familles possèdent des domaines considérables qui se trouvent dans le duché et dans le royaume de France. Leur capacité à faire appel au roi de France et à ses institutions judiciaires est un frein puissant contre cette politique. La politique intérieure du duché est ainsi fortement liée à ses relations avec le royaume de France.

Le duc François II mène dés l’arrivée au pouvoir de Louis XI une politique de rupture qui cherche non seulement à protéger l’autonomie bretonne mais surtout à créer une entité totalement indépendante du royaume de France. Il se veut « roi en son duché » et déclare comme ses prédécesseurs avoir reçu son pouvoir de la grâce de dieu comme le roi de France. Ainsi, il n’est pas apparu au sacre de Louis à Reims en 1461 et n’a pas prêté l’hommage simple que les ducs de Bretagne doivent au roi de France depuis le XIVe siècle. Il n’a pas non plus prêté l’hommage-lige qu’il doit pour ses titres français de Montfort et d’Etampes. Si ses prédécesseurs ont réussi à maintenir la Bretagne quasi-indépendante, le duc François II se trouve face à un adversaire de poids : Louis XI qui veut centraliser les pouvoirs féodaux et abaisser les grands du royaume. Sa puissance se heurte au poids des grands féodaux qu’ils soient bretons, angevins, bourguignons ou gascons. Ainsi, dés 1462, louis XI a essayé de nommer un abbé à Redon mais il a échoué. Cette année-là, la nomination de l’évêque de Nantes Amaury d’Acigné est révélatrice de cette volonté d’ingérence. Les accords entre Rome et le duché impliquent que les évêques fassent hommage au duc pour leurs possessions temporelles. Amaury refuse, est chassé du duché et reçoit le soutien du roi de France qui réclame la garde des évêchés bretons et remet en cause l’existence de la couronne ducale. Le pape laisse trainer l’affaire car il veut protéger l’Eglise bretonne des aspirations gallicanes que Louis XI a réactivées dés son arrivée au pouvoir.

Or la naissance d’un héritier change la position géopolitique du duché. Le principe de succession compliquée de la Bretagne donnait des droits aux Rohan et aux Penthièvres. Cette naissance affaiblit leur importance politique dans le duché d’autant plus que François II convoque les Etats de Bretagne en septembre et fait légitimer sa succession par ceux-ci et par la cour du parlement de Bretagne. Ainsi, lors de la St Michel, le jeune Jean dit de Montfort-L’amaury est reconnu comme héritier par la noblesse, le clergé et les représentants des villes de Bretagne. De même, dans son arrêt, la cour du parlement de Bretagne stipule que le futur Jean VI de Bretagne est reconnu héritier du duc de par la grâce de dieu.