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dimanche 16 juin 2013

1473. Ep1. Année Tranquille ?

Sixte IV.


L’année débuta à Nantes par la visite du légat du Pape Sixte IV. Francesco Maria Scelloni-Visconti, nouvel ambassadeur de l’Eglise auprès de Louis XI, avait obtenu l’application des accords du concordat d’Amboise du 31 octobre 1472. Dorénavant, le pape demandait l’avis du roi pour la nomination de ses évêques. En échange, Sixte IV avait récupéré une partie des revenus ecclésiastiques français que la pragmatique sanction et les ordonnances de Louis XI lui avaient enlevés. Cet accord, s’il apaisa les relations entre l’Eglise et la France, ne comprenait pas les évêchés de Bretagne que le pape et son légat avaient refusés d’impliquer dans le traité. Louis XI réclama vainement qu’ils le fussent, considérant qu’ils étaient dépendants de l’archevêché de Tours. S’opposant aux entreprises des évêques gallicans, le pape avait refusé. Le légat italien se rendit en visite à Nantes en janvier. Le duc l’accueillit à bras ouverts ainsi que les trois professeurs qui l’accompagnaient depuis Rome. Ils devaient devenir les doyens des collèges de Droit canon, de Théologie et de Médecine de Nantes. Les deux premiers, étant prêtres et romains, devinrent les relais de la correspondance diplomatique entre la chancellerie bretonne et sa sainteté. Le troisième créa enfin un cours de médecine valable à l'Université. Ils renforcèrent donc les liens avec Rome. Les relations entre Pape et Duché ne furent jamais aussi troublées que celles avec la France. Le duc ne demandait de ses évêques que le respect des liens féodaux qui le reliaient à lui : l’hommage-lige de l’évêque pour les terres dont il était le seigneur et donc vassal de François II. La confirmation des accords des années précédentes devint évidente lorsque le vieil évêque de Nantes, Amaury d’Acigné, reçut une lettre menaçante du pape en avril 1473 et que le roi lui retira son soutien pour complaire à Sixte IV. Il fit sa réapparition à Nantes où il fit son hommage au duc en juin.

Jean de Rohan et sa femme parcoururent les Flandres de l’automne 1472 à la fin du Printemps 1473. Son voyage de découvertes avait un autre but. Il devait prendre contact avec les représentants de la Hanse et ceux des villes de Flandres. Il devait réparer les relations entre le Duché et les grands ports de la mer du nord. En effet, les actions régulières de la flotte bretonne dans la manche et le long des côtes anglaises avaient rendu le commerce difficile entre Flandres et Bretagne. Il obtint la réaffirmation des accords commerciaux précédents avec les cités d’Anvers et Bruges ainsi que, de la Hanse, la certitude d’un approvisionnement régulier en graines de lin même, en temps de guerre. L’association des commerçants de la mer baltique demanda à profiter des convois et de la protection de la flotte bretonne dés le printemps 1473. Si le comte obtint des Hanséates un accès à Amsterdam, il ne put briser le monopole que ces hommes avaient sur les graines de lin de Libau. En raison du conflit naval entre Angleterre et Bretagne, l’accord ne fut signé par le duc qu’en octobre. Ces longues négociations permirent à Rohan de prendre contact et de recruter un certains nombres  de spécialistes allemands et wallons. Ainsi, il embaucha un maître forgeron de Liège et deux de ses compagnons qui avaient fui la ville lors de son sac par le Téméraire. Ils devaient être les créateurs du premier haut-fourneau dans la cité de Pontivy. Jean de Rohan revint avec sa femme en Bretagne après avoir rendu visite au Téméraire en sa ville de Malines. S’ils furent impressionnés par sa richesse, ils le furent bien moins par les rumeurs qu’ils avaient entendues sur lui dans les villes drapières de Flandres. Le duc leur confia une lettre pour François II.
Louis XI obtint du Téméraire la prolongation de la trêve et il s’empara en février de l’héritage angevin. Puis il dut faire face à une insurrection dans le Roussillon. Perpignan se révolta contre les officiers du roi et ouvrit ses portes aux soldats de Jean II d’Aragon. Le roi envoya des troupes qui assiégèrent la ville jusqu’à l’automne. Malheureusement, les Aragonais arrivaient à ravitailler et renforcer la cité par mer. Louis XI dut accepter son échec et envoyer des émissaires à Jean II d’Aragon. A l’été, il fournit argent et matériels de guerre aux Suisses et attendit avec impatience les résultats des événements se déroulant en Manche. Dés septembre, il mit en marche la machine diplomatique qu'il avait développée. Des ambassadeurs partirent vers l'est, l'ouest et le sud.

Charles reprit ces projets d’extensions territoriales. Il voulait réunir ses terres du sud à celles du nord. Il commença donc l’année par envoyer des émissaires au nouveau duc de Lorraine René II. René devait choisir entre France et Bourgogne. Dans les deux cas, il considérait que c’était se jeter dans la gueule du loup. Louis XI avait absorbé l’Anjou tandis que Charles voulait contrôler les communications entre Dijon et les Flandres. René chercha à gagner du temps et à faire monter les enchères entre les deux souverains. Au bout de deux mois d’échanges diplomatiques, la pression des bourguignons devint si forte qu’il dut accepter le libre passage des troupes bourguignonnes sur ses terres. A partir d’avril, celles-ci purent se rendre sans retard en Franche-Comté. De là, elles entrèrent en Haute-alsace et tentèrent de remettre de l’ordre dans les cités rhénanes en ruinant les campagnes et en attaquant les villes. Devant un tel carnage, les alsaciens appelèrent leurs alliés à l’aide. Si Sigismond d’Autriche ne répondit pas, les Suisses déclarèrent la guerre au duc de bourgogne et intervinrent militairement grâce à l’or de Louis XI. Ils battirent le 12 novembre, une armée bourguignonne près de la ville de Héricourt. Pendant ce temps, Charles le Téméraire poursuivait ses rêves. Il s’attaqua à la ville de Neuss qu’il assiégea dés juillet. Ainsi, il désirait établir sa domination sur l’archevêché de Cologne et gagner une frontière sur le Rhin. A l’automne, le duc était encore devant Neuss qui résistait à tous ses assauts quand il apprit la défaite d’Héricourt et l’alliance de Louis XI avec L’empereur Frédéric.
 
Représentation du Siège de Neuss.

dimanche 5 mai 2013

LE POINT DE DIVERGENCE


1463

Le 29 juin 1463 nait en la ville de Clisson Jean fils de François II duc de Bretagne et de Marguerite de Bretagne. Cette naissance est attendue dans le duché qui célèbre la descendance de son bon duc. Celui-ci a mené une politique bien reçue par les bretons : en 1460, il fonde une université en la ville de Nantes où il entame aussi la rénovation du château. En 1462, il réforme la justice, le métier d’avocat, augmente les peines pour les faux-monnayeurs et les faux témoins. Cette politique intérieure est la continuation de celle de ses prédécesseurs. Le duc veut renforcer l’autorité ducale sur ses territoires et diminuer l’importance des grandes familles bretonnes comme les Rohan, les Penthièvre et les Rieux. Ces familles possèdent des domaines considérables qui se trouvent dans le duché et dans le royaume de France. Leur capacité à faire appel au roi de France et à ses institutions judiciaires est un frein puissant contre cette politique. La politique intérieure du duché est ainsi fortement liée à ses relations avec le royaume de France.

Le duc François II mène dés l’arrivée au pouvoir de Louis XI une politique de rupture qui cherche non seulement à protéger l’autonomie bretonne mais surtout à créer une entité totalement indépendante du royaume de France. Il se veut « roi en son duché » et déclare comme ses prédécesseurs avoir reçu son pouvoir de la grâce de dieu comme le roi de France. Ainsi, il n’est pas apparu au sacre de Louis à Reims en 1461 et n’a pas prêté l’hommage simple que les ducs de Bretagne doivent au roi de France depuis le XIVe siècle. Il n’a pas non plus prêté l’hommage-lige qu’il doit pour ses titres français de Montfort et d’Etampes. Si ses prédécesseurs ont réussi à maintenir la Bretagne quasi-indépendante, le duc François II se trouve face à un adversaire de poids : Louis XI qui veut centraliser les pouvoirs féodaux et abaisser les grands du royaume. Sa puissance se heurte au poids des grands féodaux qu’ils soient bretons, angevins, bourguignons ou gascons. Ainsi, dés 1462, louis XI a essayé de nommer un abbé à Redon mais il a échoué. Cette année-là, la nomination de l’évêque de Nantes Amaury d’Acigné est révélatrice de cette volonté d’ingérence. Les accords entre Rome et le duché impliquent que les évêques fassent hommage au duc pour leurs possessions temporelles. Amaury refuse, est chassé du duché et reçoit le soutien du roi de France qui réclame la garde des évêchés bretons et remet en cause l’existence de la couronne ducale. Le pape laisse trainer l’affaire car il veut protéger l’Eglise bretonne des aspirations gallicanes que Louis XI a réactivées dés son arrivée au pouvoir.

Or la naissance d’un héritier change la position géopolitique du duché. Le principe de succession compliquée de la Bretagne donnait des droits aux Rohan et aux Penthièvres. Cette naissance affaiblit leur importance politique dans le duché d’autant plus que François II convoque les Etats de Bretagne en septembre et fait légitimer sa succession par ceux-ci et par la cour du parlement de Bretagne. Ainsi, lors de la St Michel, le jeune Jean dit de Montfort-L’amaury est reconnu comme héritier par la noblesse, le clergé et les représentants des villes de Bretagne. De même, dans son arrêt, la cour du parlement de Bretagne stipule que le futur Jean VI de Bretagne est reconnu héritier du duc de par la grâce de dieu.