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mardi 25 juin 2013

1474. Ep5. Real Politik


A Neuss, Charles le Téméraire échoua tout l’hiver à obtenir la reddition de la ville. La cité protégée par ses vastes douves et sur une île du Rhin, ne pouvait être approchée que par des ponts enjambant deux îlots. Malgré d’importants travaux de siège, Charles piétinait devant les défenses de la cité. Celle-ci était ravitaillée par la rivière grâce à une noria de barges qui arrivait de Cologne. Si les Bourguignons réussirent à conquérir les iles et à y installer des batteries, les inondations de l’hiver les en chassèrent. Au printemps, ils avaient tout à refaire alors que la crue de Rhin diminuait. Le Téméraire tenait sa cour sous la tente et y menait grand train. Il recevait ambassadeurs et courtisans qui venaient de toute l’Europe pour obtenir ses faveurs. Mais il restait sur le qui-vive car l’empereur Fréderic III approchait. L’ost impérial n’avait rien de comparable avec celle du Bourguignon. Malgré les subsides de Louis XI, elle ne se composait que du ban féodal, de milices urbaines et de la cour de l’empereur. Même si nombre de Princes de l’Empire accompagnaient Frédéric et rêvaient de rabaisser le toupet du duc de Bourgogne, l’Empereur savait que sa puissance n’était pas militaire, mais diplomatique. Il n’avait pas les moyens de faire la guerre, ni de risquer une défaite qui compromettrait son fragile pouvoir. Mais il savait que Charles cherchait à obtenir plus de légitimité et était prêt à accepter beaucoup, juste pour être reconnu. Bloqué depuis 10 mois devant Neuss, le duc de Bourgogne voulait en finir d’autant plus qu’il commençait à avoir du mal à payer ses mercenaires et il s’inquiétait de la situation dans ses domaines. Les deux monarques étaient dans une impasse.

Frédéric III, Empereur du St Empire Germanique.
L’Empereur s’avança vers Neuss et après quelques escarmouches de pure forme, il installa son camp à une journée de celui du Téméraire. Les négociations aboutirent à un compromis qui ne satisfit aucun des partis mais permit aux deux protagonistes de sortir du cul-de--sac dans lequel ils se trouvaient. Frédéric III refusa de soutenir Charles dans ses ambitions impériales. Mais, il accepta que leurs enfants se fiancent. Marie de Bourgogne devint la promise de Maximilien de Habsbourg. Frédéric n’en refusa pas moins de lui laisser le contrôle de l’archevêché de Cologne. Charles et l’Empereur se quittèrent tous les deux mécontents. Frédéric se sentait humilié par la richesse et l’audace de son vassal tandis que Charles revint frustré et désabusé car il avait compris que Frédéric ne lui accorderait jamais rien. Il avait perdu du temps et ses ennemis s’en donnaient à cœur joie.
Au sud, les terres bourguignonnes connaissaient des temps difficiles. La Franche-Comté avait connu une année infernale en raison des raids de Pierre du Pont-L’Abbé. Les villes d'Alsace avait pris leur indépendance et se liait de plus en plus avec les Suisses malgré la pression de Sigismond d’Autriche. En lorraine, Renée II avait tourné casaque. S’alliant avec Louis XI, il expulsa les troupes bourguignonnes de son duché. Libéré de la menace anglaise, le roi de France avait lancé une offensive dans le Luxembourg et en Picardie pour déloger les garnisons du duc. Enfin, les Suisses entamèrent la conquête du pays de Vaud pour dégager les accès aux foires de Genève et de Lyon. Ils mettaient ainsi en difficulté le plus fidèle allié de Charles, la Savoie. La situation stratégique des Etats Bourguignons était catastrophique.
Quittant enfin Neuss, le 27 juin, le duc revint en ses états et dirigea son armée sur Namur. il lui fallait absolument mettre à bas la Lorraine qui coupait en deux ses territoires et pour cela, mettre fin à l’attaque de Louis XI. Il envoya donc des diplomates. Louis XI accepta car dans le midi, les nobles et les habitants du Roussillon n’acceptaient toujours pas sa politique et poussés par les agents de Jean d’Aragon, étaient de nouveau, en pleine révolte. Louis XI laissa donc la Lorraine, Les Suisses et les Alsaciens se battre seuls avec l’appui de quelques mercenaires bretons qu’il fournissait. Cette petite trahison lui permettait de concentrer l'ensemble de ses forces dans le sud. De même, Charles délaissa ses alliés aragonais et anglais pour faire face à la plus grande menace, la défection de la Lorraine. Le 13 septembre, Charles et Louis signèrent une nouvelle trêve à Soleuvre de 9 ans.


Mercenaires Suisses franchissant les Alpes.
A partir de Namur, les bourguignons menèrent une campagne d’automne exceptionnelle. Ils s’emparèrent de l’ensemble de la Lorraine en quelques mois et y placèrent des garnisons. Le 30 novembre, le Téméraire entra en grand apparat à Nancy et épargna la ville car il venait d’y convoquer les Etats de Lorraine. Lors de cette réunion, le duc obtint un serment de fidélité des représentants lorrains et leur promit de faire de Nancy sa capitale. Mais, pendant ce temps, les Suisses avaient attaqué le Pays de Vaud, ravagé les campagnes, détruit nombre de châteaux de ce pays et installé des garnisons dans Grandson et Morat. Leur brutalité indigna le duc de Bourgogne. Les Suisses avaient ainsi libéré les accès à Genève et Lyon que la Savoie interdisait aux marchands étrangers. Mais, ils avaient  aussi coupé l'accès du Téméraire à l'Italie et à ses mercenaires. En Franche- Comté, Pierre du Pont-L’Abbé tenta de ralentir les forces bourguignonnes qui se concentraient près de Besançon. S’il réussit à bloquer de nombreux raids, les Alsaciens savaient qu’il ne pourrait rien contre l’ost bourguignon et décidèrent de négocier avant de subir la fureur du duc de Bourgogne. Une trêve fut donc conclue sans les Suisses. 
 
 
 
 

dimanche 16 juin 2013

1473. Ep1. Année Tranquille ?

Sixte IV.


L’année débuta à Nantes par la visite du légat du Pape Sixte IV. Francesco Maria Scelloni-Visconti, nouvel ambassadeur de l’Eglise auprès de Louis XI, avait obtenu l’application des accords du concordat d’Amboise du 31 octobre 1472. Dorénavant, le pape demandait l’avis du roi pour la nomination de ses évêques. En échange, Sixte IV avait récupéré une partie des revenus ecclésiastiques français que la pragmatique sanction et les ordonnances de Louis XI lui avaient enlevés. Cet accord, s’il apaisa les relations entre l’Eglise et la France, ne comprenait pas les évêchés de Bretagne que le pape et son légat avaient refusés d’impliquer dans le traité. Louis XI réclama vainement qu’ils le fussent, considérant qu’ils étaient dépendants de l’archevêché de Tours. S’opposant aux entreprises des évêques gallicans, le pape avait refusé. Le légat italien se rendit en visite à Nantes en janvier. Le duc l’accueillit à bras ouverts ainsi que les trois professeurs qui l’accompagnaient depuis Rome. Ils devaient devenir les doyens des collèges de Droit canon, de Théologie et de Médecine de Nantes. Les deux premiers, étant prêtres et romains, devinrent les relais de la correspondance diplomatique entre la chancellerie bretonne et sa sainteté. Le troisième créa enfin un cours de médecine valable à l'Université. Ils renforcèrent donc les liens avec Rome. Les relations entre Pape et Duché ne furent jamais aussi troublées que celles avec la France. Le duc ne demandait de ses évêques que le respect des liens féodaux qui le reliaient à lui : l’hommage-lige de l’évêque pour les terres dont il était le seigneur et donc vassal de François II. La confirmation des accords des années précédentes devint évidente lorsque le vieil évêque de Nantes, Amaury d’Acigné, reçut une lettre menaçante du pape en avril 1473 et que le roi lui retira son soutien pour complaire à Sixte IV. Il fit sa réapparition à Nantes où il fit son hommage au duc en juin.

Jean de Rohan et sa femme parcoururent les Flandres de l’automne 1472 à la fin du Printemps 1473. Son voyage de découvertes avait un autre but. Il devait prendre contact avec les représentants de la Hanse et ceux des villes de Flandres. Il devait réparer les relations entre le Duché et les grands ports de la mer du nord. En effet, les actions régulières de la flotte bretonne dans la manche et le long des côtes anglaises avaient rendu le commerce difficile entre Flandres et Bretagne. Il obtint la réaffirmation des accords commerciaux précédents avec les cités d’Anvers et Bruges ainsi que, de la Hanse, la certitude d’un approvisionnement régulier en graines de lin même, en temps de guerre. L’association des commerçants de la mer baltique demanda à profiter des convois et de la protection de la flotte bretonne dés le printemps 1473. Si le comte obtint des Hanséates un accès à Amsterdam, il ne put briser le monopole que ces hommes avaient sur les graines de lin de Libau. En raison du conflit naval entre Angleterre et Bretagne, l’accord ne fut signé par le duc qu’en octobre. Ces longues négociations permirent à Rohan de prendre contact et de recruter un certains nombres  de spécialistes allemands et wallons. Ainsi, il embaucha un maître forgeron de Liège et deux de ses compagnons qui avaient fui la ville lors de son sac par le Téméraire. Ils devaient être les créateurs du premier haut-fourneau dans la cité de Pontivy. Jean de Rohan revint avec sa femme en Bretagne après avoir rendu visite au Téméraire en sa ville de Malines. S’ils furent impressionnés par sa richesse, ils le furent bien moins par les rumeurs qu’ils avaient entendues sur lui dans les villes drapières de Flandres. Le duc leur confia une lettre pour François II.
Louis XI obtint du Téméraire la prolongation de la trêve et il s’empara en février de l’héritage angevin. Puis il dut faire face à une insurrection dans le Roussillon. Perpignan se révolta contre les officiers du roi et ouvrit ses portes aux soldats de Jean II d’Aragon. Le roi envoya des troupes qui assiégèrent la ville jusqu’à l’automne. Malheureusement, les Aragonais arrivaient à ravitailler et renforcer la cité par mer. Louis XI dut accepter son échec et envoyer des émissaires à Jean II d’Aragon. A l’été, il fournit argent et matériels de guerre aux Suisses et attendit avec impatience les résultats des événements se déroulant en Manche. Dés septembre, il mit en marche la machine diplomatique qu'il avait développée. Des ambassadeurs partirent vers l'est, l'ouest et le sud.

Charles reprit ces projets d’extensions territoriales. Il voulait réunir ses terres du sud à celles du nord. Il commença donc l’année par envoyer des émissaires au nouveau duc de Lorraine René II. René devait choisir entre France et Bourgogne. Dans les deux cas, il considérait que c’était se jeter dans la gueule du loup. Louis XI avait absorbé l’Anjou tandis que Charles voulait contrôler les communications entre Dijon et les Flandres. René chercha à gagner du temps et à faire monter les enchères entre les deux souverains. Au bout de deux mois d’échanges diplomatiques, la pression des bourguignons devint si forte qu’il dut accepter le libre passage des troupes bourguignonnes sur ses terres. A partir d’avril, celles-ci purent se rendre sans retard en Franche-Comté. De là, elles entrèrent en Haute-alsace et tentèrent de remettre de l’ordre dans les cités rhénanes en ruinant les campagnes et en attaquant les villes. Devant un tel carnage, les alsaciens appelèrent leurs alliés à l’aide. Si Sigismond d’Autriche ne répondit pas, les Suisses déclarèrent la guerre au duc de bourgogne et intervinrent militairement grâce à l’or de Louis XI. Ils battirent le 12 novembre, une armée bourguignonne près de la ville de Héricourt. Pendant ce temps, Charles le Téméraire poursuivait ses rêves. Il s’attaqua à la ville de Neuss qu’il assiégea dés juillet. Ainsi, il désirait établir sa domination sur l’archevêché de Cologne et gagner une frontière sur le Rhin. A l’automne, le duc était encore devant Neuss qui résistait à tous ses assauts quand il apprit la défaite d’Héricourt et l’alliance de Louis XI avec L’empereur Frédéric.
 
Représentation du Siège de Neuss.