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vendredi 25 octobre 2013

1476. Ep4. Bretons en la cour de France

Le long de la Loire, les cortèges de nobles progressaient lentement dans la chaleur de l’été. S’ils étaient habituels dans cette région, leur nombre frappa cette année-là les esprits du val. De l’est venaient la famille des Bourbons et ses clients tandis que l’ouest du royaume et le duché de Bretagne fournissaient maintes maisonnées aux caravanes luxueuses. Parmi les fastueuses compagnies provenant de Lyon, chevauchait Michel Landais à la tête d’une procession de mules et de mulets chargés de lourds ballots de toiles. Ce défilé était escorté par un groupe de mercenaires issus des bandes de Pierre du Pont-l’Abbé. Il devait rejoindre son duc et son père en la cour de France et rentrer en Bretagne dans la troupe ducale. A la St  Jean, cette dernière s’était arrêtée à Ancenis, le duc voulant y inspecter les travaux de la forteresse. Jean l’héritier prit schémas et croquis des défenses et du chantier. Cet intérêt pour la poliorcétique rapprocha père et fils qui s’arrêtèrent dans tous les châteaux, forteresses, forts, fortins et maisons fortes jusqu’à Blois. L’état de la duchesse de Bretagne nécessitait ces arrêts. En effet, à Angers, Gabrielle de Bourbon annonça officiellement sa grossesse. Tout à son bonheur, le duc offrit tout au long de son parcours dons et charités mais aussi agapes et banquets aux habitants du Val de Loire. Il dépensa sans compter au grand dam de Pierre Landais. L’arrivée des Bretons à Blois se fit en grand apparat au son des bombardes, des cornemuses et des trompes militaires. De fort bonne humeur, le duc n’en était pas moins déterminé à manifester sa puissance et son rang.
Scène de Tournois 
Louis XI l’attendait. Il avait séjourné à Blois depuis le printemps. Ses intendants y avaient rénové les appartements et rafraichi la décoration du château et de la ville. Aux moissons, tout était prêt. Les lices et les pavillons étaient dressés dans les prés fraîchement moissonnés au bord du fleuve. La suite du duc s’y installa tandis que celui-ci résidait dans des appartements que lui avait réservés le roi. Aucun monarque d’importance n’avait fait le déplacement. Seuls, les grandes familles de France étaient présentes ainsi que quelques grands noms de la noblesse bretonne. Le mariage était une affaire de politique intérieure chargée de renforcer le pouvoir royal, et non d’affirmer la place de la France sur l’échiquier européen. Pourtant, Louis XI y accordait une telle importance qu’elle intriguait la délégation bretonne. Le duc et ses officiers savaient quels étaient les objectifs de louis XI mais ils ne comprenaient pas où le roi voulait en venir. Pierre Landais trouvait que trop d’argent était dépensé pour ce mariage. Anne de France n’épousait pas un fils de roi, mais un baron. L'universelle aragne devait cacher quelque chose.
Juillet se déroula sans encombre malgré les habituelles disputes de préséance et de rang. Bretons et Bourbons tenaient le haut du pavé dans la cour de Louis XI. La grossesse de Gabrielle de Bretagne suscita, dans le clan bourbon, un regain d’intérêt pour le duché et Pierre Landais réussit ainsi à passer quelques accords commerciaux avec la noblesse auvergnate. Si la canicule qui débuta à la mi-juillet rendit les drapiers malheureux, elle offrit d’abondantes opportunités aux marchands de toiles de lin. Lorsque les dames de la cour découvrirent que Gabrielle de Bretagne faisait ample usage du tissu du Léon dans la confection de ses chemises, elles passèrent de nombreuses commandes auprès des marchands accompagnant la troupe ducale. Avant la fin de l’été, la reine de France et ses dames de compagnie vantaient le lin de Bretagne pour sa légèreté et sa fraicheur.
Nobles à la Chasse. 

Mais c’est le jeune Jean qui intrigua le plus les Français. Ils découvrirent rapidement que le jeune duc s’entraînait avec les mercenaires bretons qui assuraient la garde du roi de France et qu’il préférait le champ de manœuvre à la lice du chevalier. S’il faisait preuve du minimum de courtoisie et de solennité nécessaire à la cour de France, la noblesse française considéra rapidement qu’il avait un comportement singulier, inattendu et fort peu respectueux des valeurs chevaleresque. Intéressé par les arts de toutes sortes, l’héritier retrouva pendant son séjour à Blois son mentor Jean de Rohan qui lui laissa l’accès aux manuscrits et aux machineries qu’il avait rassemblé depuis le printemps. Il disparut ainsi pendant de longues heures chaque jour, esquivant maints jeux, chasses et amusements de la cour. L’arrivée de Michel Landais fut une véritable bénédiction pour le jeune Duc. Le jeune marchand revenait d’Italie avec une pleine caravane de nouveautés. Les bats de ses mules déversèrent un trésor de statues, de monnaies, d’amphores antiques, de tableaux italiens, de parchemins byzantins et de traductions latines. La sculpture romaine captiva la noblesse française et ducale. Mais elle laissa froide le jeune héritier de Bretagne. Avec l’aide de son compère de Rohan, il récupéra un inventaire de la caravane de Michel Landais et arracha au jeune commerçant toutes les œuvres écrites grâce à un cassette lourdement garnie. Deux jours plus tard, François II dut personnellement chercher son fils qui n’apparaissait plus aux festivités proposées par le roi de France, ni ne répondait à ses convocations paternelles. Ils eurent une longue conversation sur l’importance de la diplomatie, sur le rôle d’une cour et sur celui d'un jeune héritier. Le jour du mariage, Jean de Bretagne tint son rang de belle manière malgré les craintes de sa belle – mère. Le soir même, il faisait son premier rapport à son père sur les informations qu’il avait glanées. Il lui annonça que le Duc de Bourgogne assiégeait Nancy.

samedi 14 septembre 2013

1476. Ep1. Noces et désaccords


La nouvelle année débuta par un événement heureux en la cours de France. Louis XI fiançait sa fille Anne. Le vieux roi avait longuement pesé le pour et le contre dans les multiples possibilités d’alliance qui lui donnait cet enfant. Il avait choisi celle qui renforçait le plus le pouvoir royal et qui n’accordait ni prestige ni finances à des puissances étrangères. De plus, il avait sécurisé par cette promesse de mariage sa succession. Louis se savait vieux. Un accident, un assassinat ou une maladie pouvaient le frapper à tout moment. Cette cérémonie lui avait gagné le soutien d’un des clans les plus puissants de la cour de France. Anne ne serait pas reine mais il espérait qu’elle serait régente et qu’elle protègerait son jeune frère. Dans une longue discussion, il lui avait expliqué les tenants et les aboutissants de cette alliance et elle s’était inclinée de bonnes grâces. Le roi savait maintenant avoir vu juste. Sa fille était une politicienne. Elle avait compris que derrière les basses manipulations diplomatiques de son père se cachait une volonté inébranlable de faire du royaume un roc qu’aucune puissance étrangère ou intérieure ne viendrait ébranler. Elle avait adopté ses vues et le roi la promit à un des hommes les plus brillants de sa cour, homme d’âge mur capable de rivaliser avec l’esprit de sa jeune fille mais aussi de la soutenir dans la défense du royaume.
Anne de France, âgée de 15 ans, lors de ses fiançailles, triptyque de Jean Hey.
En effet, si les succès suisses avaient diminué la menace bourguignonne et donc renforcé le prestige de la France, la politique intérieure de Louis créait maints mécontentements dans la noblesse. Il s’échinait à rogner leurs pouvoirs pour renforcer le sien. La grogne se multipliait et ce qu’on disait, il y a 5 ans, dans les alcôves se disaient maintenant ouvertement dans les salons des grands du royaume. Le roi empiétait trop sur les droits de la noblesse, il était trop puissant, il exigeait trop de services et donnait trop peu. Et surtout, il était vieux. Récemment, des rumeurs avaient courus sur sa sénilité. Mais de tous les bruits, les plus persistants étaient ceux qui faisaient état de sa vilénie, de sa rouerie et de son manque d’esprit chevaleresque. Ses opposants attendaient sa mort pour profiter d’une régence durant laquelle le pouvoir royal serait nécessairement affaibli. Heureusement, ces fiançailles réunissaient la monarchie et la famille la plus riche de France. Anne allait épouser un Bourbon, clan qui contrôlait l’Auvergne et qui pouvait faciliter ou limiter les accès à la partie méridionale du royaume de France. De plus, cette alliance permettait à Louis XI de renforcer sa position au centre du royaume et de récompenser un de ses officiers les plus brillants : le Sire de Beaujeu.
Pierre Sire de Beaujeu, Comte de La Marche, Vicomte de Carlat et de Murat puis à partir de 1488, Duc de Bourbon, Duc d'Auvergne, Comte de Clermont, Comte de forez et Prince de Dombes, âgé de 38 ans. triptyque de Jean Hey

François II de Bretagne et Guillaume Chauvin avait longtemps espéré que la fille de Louis serait promise à Jean. Si le duc et son chancelier avaient fait des ouvertures sérieuses au sujet de ce mariage, Louis XI avait toujours évité de répondre grâce à son génie de l’esquive diplomatique. François II n’avait donc pas fondé de grands espoirs sur cette possible alliance. Pourtant, cela le vexa  et il se souvint d’un coup de toutes les couleuvres françaises qu’il avait dues avaler depuis deux ans. Malgré les promesses royales et le traité des estuaires, le parlement de Paris tentaient toujours de s’immiscer dans le affaires ducales tandis que les normands et les bordelais perturbaient régulièrement le commerce breton par les estuaires français. Irrité, il décida de ne pas renouveler l’alliance avec la France après la chute du téméraire et d’attendre les ouvertures de Louis si celui-ci voulait prolonger leur entente.

L’échec de ses actions diplomatiques diminua l’influence de Guillaume Chauvin à la cour de Nantes tandis que Pierre Landais devenait peu à peu la puissance à courtiser. Rohan, les amiraux et les marchands soutenaient ses efforts à l’intérieur du duché car il privilégiait l’essor économique et maritime dans un but d’indépendance financière. Mais ils s’opposaient à sa volonté d’indépendance politique. Tant que Louis alimenterait le duché en subsides, la position des amiraux et des officiers des bandes ne ferait que se renforcer en Bretagne. L’influence française restait grande, même si elle tendait à se limiter. En Bretagne, l’administration, l’agriculture, le commerce et les proto-industries continuaient à se développer et le duché gagnait en prospérité. Une partie de la noblesse possédait des fiefs en France et en Bretagne. Leurs terres bretonnes produisaient de plus en plus de richesses. A l’inverse, leurs seigneuries françaises, écrasées sous les nouveaux impôts royaux et bloquées dans leur développement par les coutumes françaises, devenaient des fardeaux pour leurs finances. Alors que dix ans auparavant, ces hommes préféraient séjourner en la cour de France, ils résidaient de plus en plus longtemps auprès du duc qui certes avaient moins de possibilités de les récompenser mais où, la coutume bretonne aidant, ils pouvaient profiter de plus d’opportunités économiques et commerciales. Enfin, dans le duché, la surveillance était bien moindre que dans le royaume de France où les agents officiels et officieux du roi reportaient à l’universelle aragne tous les faits et gestes de ses vassaux. Ainsi, la noblesse franco-bretonne changeait peu à peu et se désolidarisait lentement de la cour de France d’autant plus que le duché devenait un des laboratoires de la Renaissance. Le retour du fils de Pierre Landais allait précipiter les choses.

jeudi 27 juin 2013

1475. Ep1. Le bâton ou la carotte.


Jacques III d'Ecosse, le pion surprise de Louis XI qui recevra à partir de 1474, une pension de 20000 écus de la France.
En Angleterre, Edouard IV reconstruisait lentement ses capacités navales. Les échanges avaient repris avec les bourguignons et la flotte bretonne semblait avoir disparu. Le roi avait réussi à rassembler une nouvelle escadre de vingt navires dans la Tamise et comptait l’envoyer à Douvres dés l’arrivée des beaux jours. Sa mission serait de protéger ses communications avec le continent. S’il avait réquisitionné quelques bateaux marchands, il avait aussi recruté en Flandres avec l’accord du Téméraire. Dix navires bourguignons devaient arriver à Calais au printemps. Charles lui promit aussi de revenir en Picardie dés qu’il aurait châtié les Suisses qui fomentaient troubles et désordres dans ses territoires et sur ceux de ses alliés. Jusqu’en février, Edouard IV essaya de séparer France et Bretagne. Il offrit à l’émissaire breton, Jean de Rohan, trêve, traité commercial avantageux et alliance matrimoniale. François demanda un temps de réflexion car il avait des engagements vis à vis de Louis XI et des Tudors, ennemis déclarés de l’Angleterre. L’attitude du duc ne surprit pas le comte de Rohan. Ménager la chèvre et le chou était devenu une tradition à la cour de Bretagne. Jean de Rohan savait pertinemment que son beau-frère ne changerait jamais de camp aussi facilement. Mais, comme tout chef d’état courtisé qui se respecte, François II fit monter les enchères jusqu’en février. Sa réponse arriva à Douvres, le 12 mars.
A Nantes, les propositions du roi d’Angleterre avaient fait sourire. Les subsides que Louis XI fournissait régulièrement au duché, étaient devenus une véritable manne pour nombre de bretons et pour le duc. Pierre du Pont - L’Abbé et ses bandes de Cornouailles et de Léon revinrent de Suisse pour les Vins du Duc. Le Baron de Rostrenen devint le bras droit du Maréchal de Bretagne, obtint un siège dans la Confrérie des Bandes et repartit avec le nouveau contingent de Bretons pour la France. Apprenant cette volonté de servir, le Roi de France fournit chevaux, armes et ravitaillement aux bandes de Retz et Nantes et l’envoya aider les Suisses. Pour la première fois, Louis XI conserva les compagnies de Vannes et Rennes pour servir à côté de ses Ecossais. Apprenant les discussions de l’Angleterre avec la Bretagne, Le monarque de France se déplaça jusqu’à Angers et rencontra François II. Il lui proposa la seule et unique chose qu’il désirait vraiment. Ce n’était ni la main d’Anne de France, ni un traité de commerce, ni des terres, ni un pénultième coffre plein d’or. Le 10 février, Louis XI offrit l’autonomie judiciaire. François sauta sur l’occasion et signa immédiatement le traité proposé dans lequel il était stipulé qu’aucune affaire de Bretagne ne serait jugée, ni examinée par le Parlement de Paris. Louis accepta aussi d’appuyer les bretons pour qu’ils obtiennent les iles anglo-normandes dans les négociations avec l’Angleterre. François II sortit réjouit de l’entrevue. Il ordonna la sortie de sa flotte et demanda à ses corsaires des actions plus vigoureuses.
A Londres, Jean de Rohan apprit la nouvelle avec stupeur et se présenta à Edouard IV le 4 mars pour l’anniversaire de son couronnement. Il lui déclara que le duc voulait la paix mais que liés à la France, les bretons restaient en guerre avec l’Angleterre jusqu’à la conclusion d’une trêve entre Edouard et Louis. Le 5 mars, la ville de Londres apprit qu’un émissaire d’Ecosse était arrivé dans la capitale. Il demanda et obtint audience au palais pour présenter ses lettres de créance. Le 10 mars, après les formalités d’usage, il annonça que le royaume d’Ecosse avait passé une alliance défensive avec la France. Edouard ne répondit rien. Louis XI avait réussi un coup diplomatique. L’Angleterre était seule et entourée d’ennemis. La nouvelle se répandit vite dans les villes et les campagnes. Le 12 mars, Yann de Ranrouët se présenta devant le port de Douvres. Il fit tirer à blanc ses navires, les uns après les autres. La cité fut prise de panique et une partie des habitants s’enfuit propageant la nouvelle d’un débarquement. Même si l’information fut vite démentie, Edouard IV comprit qu’il n’allait pas gagner cette guerre. Il demanda une trêve. Le traité de Douvres du 15 avril laissait à la Bretagne le contrôle des iles anglo-normandes dont le statut devait être fixé à la paix. La France obtenait la fin de l’alliance anglo – bourguignonne et une trêve de 6 ans. L’Irlande ne fut pas mentionnée dans le traité.
 

Château de Douvres

 

vendredi 21 juin 2013

1474. Ep1. L'araignée tisse sa toile.



Château d'Amboise où fut élevé Charles VIII
Résidence royale dont Louis XI préféra ne pas trop profiter.
L'Universelle Aragne est le surnom qu’il laisserait à la postérité, se dit-il en lisant le rapport qui venait de lui parvenir d’Irlande par un des premiers marchands venus sur le continent. Louis XI se trouvait à Amboise en famille pour l’épiphanie. Son fils y résidait. Mais le roi trouvait sa présence déstabilisante. Il regarda par la fenêtre et pensa que Charles grandissait comme grandissait sa puissance. Ses actions diplomatiques de ces dernières années avaient engendré une alliance encore fragile mais qui s'affermissait de jour en jour par les coups d’épingles qu’elle donnait à ses adversaires. Si les Bretons n’avaient remporté qu’un succès partiel sur l’Angleterre, ils se renforçaient et les Irlandais se lançaient toujours plus nombreux dans la guerre de course. Une Angleterre occupée lui donnait le temps et les moyens pour intervenir ailleurs. Il décida de renforcer son soutien aux Suisses et aux Alsaciens qui se battaient dans les montagnes du Juras et dans les Vosges. Il avait d’ailleurs envoyé Pierre du Pont–L’Abbé dans cette région à la tête des bandes de Léon et de Cornouailles. Les Suisses demandant des artilleurs et des cavaliers, Louis avait monté les Bretons à ses propres frais et recruter des artilleurs à Lyon. En plein hiver, le baron du Pont-L'Abbé  avait lancé des raids profonds en Franche-Comté pour menacer les lignes de communication des forces Bourguignonnes. Pendant ce temps à l’est, les Suisses avaient dégagé l’ensemble des villes de Haute-Alsace et du Brisgau. En pleine révolte contre le duc de Bourgogne, les cités avaient accueillis avec joie leurs libérateurs et décidé de se gouverner elles-mêmes. Le duc d’Autriche envoya des hérauts pour en reprendre le contrôle, mais trouva porte close. Les villes avaient refusé en bloc. Malgré les réclamations de Sigismond, Louis XI continua pendant l’hiver à soutenir les prétentions des Alsaciens et l’expansionnisme suisse qui ne pouvait se faire qu’au détriment des Autrichiens, des Bourguignons ou des Savoyards. Enfin, il avait réussi à passer une alliance avec l’Empereur. Frédéric III empereur du St Empire Romain Germanique rassemblait une armée dans les villes rhénanes pour dégager Neuss que le duc de Bourgogne assiégeait depuis 6 mois. Il lui avait fourni quelques subsides mais les finances impériales étaient faibles et le recrutement lent. Louis XI hésitait beaucoup. L’année allait être décisive et il voulait séparer Bourgogne et Angleterre. Pour cela, il devait renforcer ses garnisons en Picardie ainsi que les moyens à la disposition des Normands et des Bretons. La France allait s’engager sur mer.

 Il était perdu dans ses pensées quand sa fille Anne arriva. Elle avait 13 ans et manifestait déjà un grand sens politique. Elle fit sa révérence et s’éloigna pour jouer avec son frère Charles. Elle savait déjà qu’il ne fallait pas le déranger quand il réfléchissait. Il soupira et se dit qu’il n’avait qu’à espérer que Charles aurait l’esprit aussi agile. Elle avait été fiancée à Nicolas d'Anjou mais celui-ci était mort l’année précédente. Il devait lui trouver un autre parti qui servit la cause française. Le roi hésitait entre le jeune Jean VI de Bretagne de 11 ans et Pierre de Beaujeu, un des plus grands seigneurs de la cour de France de 36 ans. Un mariage avec les Bourbons permettrait de fidéliser cette grande famille du royaume tandis qu’une alliance matrimoniale avec la Bretagne ne ferait que cimenter une alliance déjà existante. Le duc de Bretagne exigerait une dot en territoires et Louis ne voulait céder aucun parcelle de son royaume. Il regrettait encore la perte de Noirmoutier. Il faudrait qu’il consulte ses conseillers mais l’alliance des Bourbons lui paraissait plus stratégique car Pierre de Beaujeu, duc de Bourbon possédait des territoires importants en plein centre du royaume. De plus, Louis était mécontent de la prise des îles anglo-normandes par les Bretons. Il les considérait relevant du duché de Normandie et voulait les contrôler. Il aurait alors une monnaie d’échanges avec l'Angleterre et il pourrait peut-être obtenir la paix d'Edouard IV, ou au moins une trêve qui lui permettrait de s’occuper enfin du Téméraire.


Mais pour cela, il devait d’abord sécuriser ses flancs et enfoncer un nouveau coin dans les états bourguignons. Il espérait le retour rapide de Commynes pour qu’il fasse basculer le jeune René de Lorraine dans son camp. Si celui-ci fermait ses routes et ses forteresses au Téméraire, les terres du sud de l’état bourguignon seraient bonnes à prendre. Charles ferait tout pour conserver ses territoires ancestraux. Mais, si la France avait la Lorraine, les Suisses, les Alsaciens et les Bretons de son côté, elle n'aurait aucun mal à s'en emparer. Louis XI regarda son fils et sa fille puis se leva et se dit qu'il allait jouer ces deux pions avec le plus de soin possible.

 

mercredi 5 juin 2013

1470. Ep4. Dialogue de mules.

Après avoir assuré le succès des négociations entre Marguerite d’Anjou et Warwick, le roi rentra à Paris où il leva des fonds pour soutenir la guerre. Puis il se rendit à Roye et atteignit enfin Noyon en octobre où se regroupèrent l’armée royale et sa garde écossaise. Les garnisons picardes étaient soutenues par les forces du Duc de Bretagne qui, composée de 8000 cavaliers et fantassins ainsi que de 10 canons, étaient suffisantes pour repousser une traversée de la Somme par les Bourguignons. Le roi Louis XI avait atteint son but. Il avait repris les cités données à Péronne et Conflans. Il était aussi entrain de grignoter petit à petit le comté de Bourgogne et celui de Bar. Ses compagnies d’ordonnance menaient de fréquentes excursions dans les terres d’Artois et du Hainaut où elles ravageaient les campagnes et obligeaient les vassaux du Téméraire à conserver leurs forces loin du véritable théâtre d’opérations. Le Téméraire maintenait avec le roi de France des contacts diplomatiques constants pour obtenir une trêve et le retour des cités conquises. La perte de son allié anglais l’obligea à accepter l’état des choses. Si France et Bourgogne étaient financièrement épuisées, l’armée française avait l’initiative. Il accepta donc la trêve que le roi demandait. Mais, il exigea le retour des forteresses picardes ou de celles des comtés de Bar et de Bourgogne pour la signer. Louis XI n’était pas dupe. Il savait que cette trêve n’aboutirait qu’à retarder l’inévitable. Mais il s’en contenta car sa position était tout autant difficile. Il n’avait plus un sous. Il avait financé la marine bretonne, les forces de Warwick et de Jasper Tudor, corrompu le comte de Bresse, payé les soldes des mercenaires bretons, de ses compagnies d’ordonnance et de la levée du ban et de l’arrière-ban. Ses coffres étaient vides. De plus, du temps lui permettrait de renflouer son trésor et de faire la paix avec son frère Charles. Celui-ci n’étant plus l’héritier du trône depuis le 30 juin, avait perdu de l’importance sur l’échiquier politique. Mais il contrôlait toujours le sud de la Guyenne. Il retira ses troupes du comté de Bar puis du comté de Bourgogne. On signa pour quinze jours de trêve. Le roi proposa la ville d’Ham pour y négocier la paix. Les émissaires se rencontrèrent, discutèrent, firent des allers-retours portant des courriers et des propositions. Mais rien ne vint. Seule, la trêve passa de quelques jours à quelques mois. Le roi démobilisa donc ses franc-archers, son ban et son arrière-ban. 1470 passa sans qu’un accord fut trouvé.

Scène de Banquet au Moyen-âge.
A la toussaint, le duc François II rejoignit le roi à Noyon où les échanges diplomatiques se poursuivaient. Il laissa deux informations s’ébruiter négligemment. Tout d’abord, le contrat des 4200 hommes du traité d’Ancenis arrivait à terme et deuxièmement, il cherchait deux épouses, une pour lui et une pour son fils. Le roi de France n’avait plus de fille à marier. Jeanne la boiteuse et Anne étaient déjà fiancées. Louis XI demanda la prolongation d’une année du contrat des bandes de Vannes, Nantes, Rennes et Retz et proposa la somme de 50000 livres payables en deux fois. Le duc engagé dans la même guerre que le roi, accepta. François II mit alors en avant sa campagne en Saintonge, l’occupation de l’ile d’Oléron, la prise d’Abbeville et demanda récompense. Il espérait du roi compensation territoriale pour ses actions. Il informa Louis XI qu’il aurait aimé obtenir la vicomté de Thouars. Louis XI regimba puis refusa. Depuis mai, elle revenait à Anne de France. Il proposa que le roi lui cède seulement la seigneurie de la Garnache, modeste fief dépendant de la dite vicomté qui comprenait l’ile de Noirmoutier. Le roi était d’accord mais demanda que le seigneur reste vassal de sa fille et donc, du roi de France. François II rappela au roi qu’en temps que Montfort, il était son vassal mais qu’en tant que duc de Bretagne, il ne pouvait lui rendre hommage-lige pour ce présent, même pour 50000 livres. Louis XI et son chancelier comprirent l’allusion mais en restèrent là. François II ne se découragea pas et le lendemain, il fit quelques allusions en présence des émissaires de Bourgogne sur la bonne santé, sur le goût des armes et des arts de son fils de 7 ans. Il fit de même avec des membres des grandes familles de France. Il rappela ainsi à tous, qu’il cherchait fiancée pour son fils, mais aussi épouse pour lui. Louis XI le fit alors venir car il craignait que ces mariages ne créent une nouvelle alliance des Princes, une nouvelle ligue du Bien Public. Il accorda la seigneurie comme territoire du duché de Bretagne. Le roi voulait la Bretagne comme alliée et devait en payer le prix. Mais il était mécontent et donna son congé au duc. François II sortit après avoir juste courbé la tête. Le roi n’avait rien dit des droits des Penthièvres.

Vue aérienne du Chateau-fort de Noirmoutier au XXème siècle.
source : ileochateau.com
Le retour des compagnies d'ordonnance bretonnes se fit en un mois par la Normandie. Dès son arrivée, le duc envoya Pierre Landais en sa nouvelle seigneurie pour y faire un état des lieux et commença le dessin de la forteresse qu’il voulait construire sur l’ile de Noirmoutier. A la noël 1470, François II de Bretagne proposa à Jean II de Rohan de fiancer sa fille Françoise à son fils Jean. Le jeune Jean lui répondit que son accord dépendrait de la dispense papale. On ne mariait pas des cousins comme cela et la nature aussi pouvait rappeler la toute petite Françoise.