vendredi 24 mai 2013

1468. Ep1. Guerre Froide

L’alliance du Duc de Bourgogne et de l’Angleterre ne prit pas Louis XI au dépourvu. Il s’y était préparé depuis longtemps et avait pris mantes dispositions pour contrer l’alliance naissante que le duc avait formée. Quand Charles signait un traité avec la Savoie, le roi s’alliait avec le duc Sforza de Milan. Quand le duc annonçait son mariage avec Marguerite d’York, Louis convoyait plus de fonds aux partisans des Lancastres qui résistaient encore dans le nord du pays de Galles. Quand le téméraire officialisait son alliance avec l’Angleterre, Le roi présenta son nouvel allié : le duc François II. Quand il tenta de faire appel aux grands du royaume, Louis convoqua les Etats Généraux à Tours et y invita personnellement les ducs et comtes de France. Ses arrières sécurisés, le roi passa l’année à préparer la guerre avec la Bourgogne, l’Angleterre et la Savoie. Edouard IV n’ayant pas accepté de renouveler la trêve, la France était de facto en guerre contre la nation anglaise.  Par de belles paroles et quelques promesses habiles, il relança le mécontentement dans la ville démantelée de Liège qui voulait retrouver ses libertés municipales. En avril, aux Etats Généraux, l’ambassade bretonne fut acclamée car elle précédait quatre bandes de 1200 hommes chacune. Le roi y annonça qu’il finançait depuis janvier, une escadre bretonne pour la guerre navale. Les Etats Généraux votèrent le rattachement définitif au domaine royal de la Normandie et l’impossibilité de la transformer en apanage. Par ce vote, Nobles, Clercs et membres du tiers proclamaient leur soutien inconditionnel à la monarchie française.

Vue actuelle du Chateau de St Malo, base de départ de l'escadre bretonne que François II confia à André de Lohéac.
En Bretagne, François II nomma un des plus expérimentés  capitaines de son duché à la tête de l’escadre : André de Lohéac. La nomination d’un capitaine en disgrâce à la cour de France était un subtil rappel au roi que le traité d’Ancenis devait être respecté et que l’argent devait couler vers la Bretagne tout autant que dans les bourses des soldats du roi. Le contrat de location de l’escadron, premier de son genre, rapporta au duc une rallonge de 50.000 livres. Equiper 20 navires n’était pas une mince affaire et nécessitait une expérience et une préparation que les malouins étaient prêts à accorder si on leur permettait d’ajouter dix de leurs propres navires équipés de lettres de représailles à cette flotte. Le duc sur les conseils de Pierre Landais accepta et pour la première fois, accorda gratuitement des lettres de marque, l’armement des navires restant à la charge des malouins. A la tête de 30 bâtiments de toutes les tailles, le baron de Lohéac hissa les voiles au printemps vers les eaux troubles de la mer d’Irlande. De son côté, le duc de Bourgogne positionna son armée autour de la ville de Péronne prête à se ruer en territoire français. Elle défendait ainsi la ville de Calais où devaient débarquer les forces anglaises du roi Edouard.  Louis XI concentra la majeure partie de son ost à Compiègne et mit en alerte les forces du Dauphiné.  
En fait, Edouard IV se retrouvait dans une position difficile et louis XI découvrit par ses agents qu’en fait d’alliance, le roi d’Angleterre était un tigre de papier qui ruait haut et fort mais qui n’avait pas les moyens de partir en campagne. Il devait encore pacifier le nord du pays de galles, chose faite fin septembre mais qui retarda d’un an sa venue sur le continent. De plus, le Danemark allié de la Hanse se mêla de la bonne santé du commerce anglais. Son roi confisqua quatre navires anglais. Edouard IV dut lui déclarer la guerre. En mai, il se décida et obtint du parlement le financement de sa prochaine campagne en France. Le 3 juillet, sa sœur Marguerite d’York se maria avec le duc de Bourgogne à Damme, en Flandres. Si ce mariage fut nommé le mariage du siècle grâce à la beauté de la duchesse et à la magnificence déployée par le duc, une triste figure fut remarquée par tous les participants : le duc de Berry qui n’avait toujours ni apanage ni argent pour mener sa propre politique. Il désespérait de voir sa situation évoluée d’autant plus que Louis XI avait réussi à rallier les grands du royaume de France. Les ducs de Bourbons, d’Armagnac et d’Anjou avaient reçu de quoi apaiser leurs appétits.  
Louis XI ne voulait pas de guerre avec l’Angleterre. La dernière confrontation entre les deux pays n’était pas vieille de quinze ans et les ravages qu’elle avait causés en France restaient encore dans les mémoires. Si ce souvenir servit sa propagande contre le duc de Bourgogne, vassal félon et qu’il portait le germe de la nation française, Louis XI savait que le royaume ne pouvait pas se permettre une guerre contre trois ennemis. Enfin, en cas de guerre, le duc de Berry fuirait hors de sa portée ou serait capturé par Charles le téméraire qui alors, en ferait ce qu’il voudrait. Le roi devait protéger son héritier pour le bien du royaume. Le duc de Bourgogne avait maintenu des contacts avec la cour de France et renouvelait de mois en mois ses trêves avec le roi de France. Malgré l’avis de ses conseillers qui voulaient continuer à faire pression sur le duc, Louis envoya en Bourgogne le seul des membres de son conseil défendant l’option diplomatique le cardinal Jean Balue. Il arriva au camp du duc, le 6 octobre. Ne voyant pas débarquer d’armée anglaise à Calais, le duc accepta une négociation d’homme à homme dans la ville de Péronne. Le roi s’y rendit le 9 octobre. Fort de ses succès diplomatiques en Bretagne et lors de la ligue du bien public, il se croyait capable de manipuler le duc, récupérer son hériter et conserver sa suzeraineté sur la Bourgogne. Ce jour-là, les milices de Liège en pleine révolte fondirent sur la ville de Tongres où résidaient le Prince de Bourbon et le gouverneur bourguignon Humbercourt.

Discussion houleuse entre Louis XI et Charles Le Téméraire à Péronne.

mercredi 22 mai 2013

1467. Ep3. Chronique des Grands Hommes de Bretagne.

François II passa l’hiver en sa bonne ville de Nantes où il surveilla le début des travaux du château. Il augmenta ses défenses et y adjoignit un logis pour son conseil et sa cour. En avril, il se rendit à Ancenis sur l’invitation de Louis XI. Après trois semaines de négociations et surtout de banquets, le jour de Pâques, le duc accepta une alliance défensive contre 200.000 livres tournois et le rachat du comté de Penthièvre pour 100.000, payées intégralement par Louis XI : il se convainquit que c’était une bonne affaire. Le 25 mai, les ambassadeurs du duc renouvelèrent la trêve d’un an avec l’Angleterre malgré la guérilla navale qui se poursuivait dans la Manche. En juin, il se rendit à Clisson où il assista au 4eme anniversaire de son fils. Jean de Montfort-L’amaury abandonna ce jour-là ces robes d’enfant et revêtit pour la première fois des chausses et un pourpoint. Il célébra la majorité de son beau-frère Jean II de Rohan, vicomte de Rohan, de Leon ; comte de Porhoët, seigneur de Blain, de la Garnache et de Beauvoir sur Mer, époux de Marie de Bretagne, sœur de la duchesse Marguerite. Le duc présida les Etats de Bretagne du 15 aout au 15 septembre en la ville de Vannes. Il y imposa la création des Grands Jours, cour d’appel souveraine copiée sur le parlement de Paris. En octobre, il se déplaça à Angers où il rencontra le Roi René. Les deux ducs passèrent un accord sur le commerce des vins et du sel qui limitait les péages sur la Loire. Puis, il rentra à Nantes où il redessina pour la énième fois les plans du château en y incluant une tour d’artillerie. Le plan fut finalement dédié au renforcement de la forteresse d’Ancenis.
Chateau des ducs de Bretagne à Nantes
Pierre Landais, Trésorier Général du duché, suivit son duc jusqu’à la mi-septembre. De Janvier à Mai, il s’intéressa au commerce et investit personnellement dans la construction navale et en tant que trésorier général dans les mines de plomb argentifère du Huelgoat. Il créa un quai dans la ville de Blavet (Port Louis, en face de l’actuelle Lorient) et rénova la route qui reliait cette ville au Huelgoat par Carhaix. Pendant l’été, il prépara une vaste réforme de l’administration centrale du duché, réforme qu’il soumit au duc en aout. Il en obtint l’application malgré l’opposition de Guillaume Chauvin. En septembre, il fit approuver par les Etats un recensement de la population fiscale pour réévaluer les fouages (impôts par tête).De Vannes, le jour de la St Michel, il se rendit sur le blavet pour vérifier l’état des travaux. Puis il termina l’année à Nantes pour mettre en place les conseils dont les membres étaient nommés par le Duc.
Guillaume Chauvin conserva son poste de Chancelier et de garde des sceaux. Il rénova son administration en créant quatre services spécialisés : les Archives ducales, la vice-chancellerie de Basse- Bretagne, la vice-chancellerie de Haute-Bretagne et enfin, la vice-chancellerie d’outre-duché qui s’occupa de la correspondance avec les puissances étrangères et qui fut toujours sous la direction directe du Chancelier. En avril, il joua un rôle central dans les négociations et poussa le duc à assurer la paix aux frontières de son duché par une alliance avec la France. Il le convainquit de racheter le comté de Penthièvre pour diminuer l’influence de cette famille car elle avait des droits sur la succession des Montforts. En septembre, il obtint des Etats et du duc que le Chancelier représenterait le Duc en ses Grands Jours et en ses conseils si celui –ci s’absentait. Il fit recruter des juristes parisiens et offrit à plusieurs maîtres réputés du parlement de Paris le poste de premier président du parlement ainsi que celui de doyen du collège de droit de l’université de Nantes. Jean Buré, juriste originaire de Montfort-L’amaury et maître des requêtes de Paris, accepta.
En janvier, Jean II de Quelennec, amiral de Bretagne, obtint du duc l’autorisation d’armer un escadron de cinq navires destinés à pourchasser les pirates anglais et bretons qui sévissaient le long du littoral nord. Homme trapu et ventripotent, bien plus à l’aise sur le pont d’un navire qu’à cheval, Jean II de Quelennec finança l’opération avec ses parts de la vente des lettres de marques et pourchassa pendant tout le printemps et l’été les navires anglais qu’ils soient pirates ou non. En juillet, il embarqua Jean de Rohan qui désirait s’instruire des choses de la mer. Jean de Quelennec poussa son escadron jusqu’à l’ile de Jersey à la St Michel. Fin octobre, de retour à Nantes, il décréta que les navires de Bretagne devait porter le drapeau blanc frappé d’hermines ou celui à la croix noire frappé d’hermines pour faciliter leur identification. Si l’opération anti-piraterie n’eut pas les succès escomptés, les petits navires pirates s’enfuyant à la vue des lourdes caraques armées, elle facilita le commerce dans la manche, permit quelques prises de navires anglais et vit le premier usage de couleuvrines (canons de faible calibre) sur des navires bretons. Enfin, elle décida Jean de Quelennec à chercher un navire plus rapide, plus manœuvrant et capable de s’approcher des hauts fonds dangereux pour les lourdes caraques.
André de Lohéac resta à Nantes jusqu’en mars puis se rendit en son domaine de Montjean en Mayenne où il fit réparer le château mais ne le renforça pas. En avril, il demanda au roi louis XI de venir lui faire sa cour. Celui-ci refusa et André de Lohéac voyagea jusqu’à Machecoul dans le pays de Retz dont il entreprit le renforcement. Il agrandit notamment les meurtrières. Il put ainsi armer ses tours de canons. Comprenant qu’il ne s’agissait que d’un pire-aller car les servants étaient mal protégés, il dessina une tour circulaire aux murs très épais et aux étages renforcés avec deux hauteurs de canons donnant de la gueule dans des meurtrières équipés de volets protecteurs. Il y passa son été. De nouveau, en septembre, il écrivit au roi de France espérant un changement d’opinion sur sa personne. Louis XI ne répondit pas. En octobre, il se rendit à la cour de Bretagne et devant les grands officiers du duché, il demanda au duc à prendre du service sous son commandement. Lors de la réforme des conseils, François II le nomma membre permanent du Grand Conseil.
Tour d'artillerie du château de Fougères
construite sur les plans d'André de Lohéac
 (source : mesvieuxchateaux.blogpost.com)
Jehan II de Rohan parcourut ses fiefs pendant l’hiver et le printemps. Il rencontra en avril les marchands et les seigneurs du Léon qui l’informèrent sur les possibilités de développement du textile dans cette région. Il séjourna à Morlaix et assista à l’exportation des toiles de lin vers le Portugal. A la St Jean, il célébra sa majorité et rendit l’hommage-lige à son beau-frère le duc. En juillet, il participa à la croisière navale de l’amiral de Bretagne et y passa haut la main son baptême du feu. Débarqué à St Malo avant la virée sur Jersey, Jehan de Rohan traversa la Bretagne du nord au sud pour assister aux Etats à Vannes où il soutint les décisions de son beau-frère. Il y fit un discours sur l’importance du commerce et des liaisons maritimes qui réjouit les représentants des villes. En octobre, de retour au château de Josselin, il éplucha ses finances et planifia l’extension des forges de Pontivy et de Josselin.
Chateau des Comtes de Rohan à Pontivy

1467.Ep2. Prélude.

L’arrivée de Charles de Berry en Bourgogne posa un problème à Philippe Le bon. Vieux, fatigué et malade, il voulait assurer une succession paisible à son fils et cela nécessitait une baisse des tensions entre la France et son duché. Louis XI envoya des diplomates dés février pour récupérer l’héritier du Trône. Vivant à Genappe, Charles de Berry recevait régulièrement la visite de l’héritier de Bourgogne qui l’acquit à ses vues. Charles de Charolais exigea qu’on confie à Charles de Berry la Champagne comme apanage. En mars, Louis XI refusa car ce duché aurait été voisin des terres bourguignonnes et bien trop proche de Paris. Alarmé par les contacts réguliers entre la couronne d’Angleterre et les bourguignons, Louis XI fit reprendre les négociations et invita François II à venir lui rendre visite. Le duc accepta une rencontre de quatre jours à Ancenis. Louis XI y déploya tous ses stratagèmes diplomatiques. Il le charma, le cajola, l’étourdit de fêtes, de chasses et de plaisirs. De quatre jours, le rendez-vous devint un séjour de trois semaines. Pour finir, il l’acheta. Lors de la Pâques, Louis XI signa une alliance défensive avec la Bretagne par le traité d’Ancenis et obtint le droit de recruter les bandes pendant 3 ans. Cette alliance lui coûta peu : 300000 livres et un noble d’origine bretonne fort mécontent, Jean de Penthièvre. Il avait assuré ses arrières. Pendant ce temps, les négociations avec les Bourguignons se poursuivaient. En mai, Le roi proposa à Charles de Berry la Guyenne. Mais, sur les conseils de Charles de Charolais, Berry refusa. Le roi de France prit aussi contact avec les habitants de Liège et passa un accord avec eux contre la Bourgogne. A l’annonce de la mort de Philipe Le Bon, le roi entreprit de mobiliser son armée et de la concentrer au nord de Paris et dans l’orléanais. Au passage, comme il détenait de nouveau le titre de comte d’Etampes, il expulsa l’administration bourguignonne qui gérait ce comté et le rattacha au domaine royal. Pendant le reste de l’année, il attendit l’attaque bourguignonne tout en contrecarrant la diplomatie du duc Charles par des ambassades vers l’Aragon, la Castille, le duché de Milan, les cantons suisses et surtout l’Angleterre. Les missions outre-manche furent un échec et l’Angleterre bascula peu à peu dans le camp bourguignon.
Le 15 juin 1467, Charles de Charolais devint Duc de Bourgogne, de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg, Marquis de Namur, Comte d’Artois, de Flandres, de Hainaut, de Hollande, et de Zélande, Comte Palatin de Bourgogne. Son domaine s’étendait des côtes de la Frise sur la Mer du Nord au contrefort des Alpes suisses mais ne formait pas un ensemble continu car il était séparé par le duché de Lorraine. Né dans le palais familial de Dijon, Charles tenait sa cour dans la ville de Bruxelles et rêvait de devenir roi. Les ducs précédents avaient d’ailleurs développé un protocole compliqué pour manifester leur pouvoir politique et leur puissance financière. Le contrôle des Pays-Bas leur donnait accès aux richesses de la seconde région la plus riche d’Europe par son commerce et son industrie textile. Mais les Hollandais et les Zélandais étaient jaloux de leurs libertés. Le Duc devait donc demander aux Etats de ces territoires les finances nécessaires à sa politique. Ainsi, ses moyens étaient limités et ses pays disposaient d’une autonomie importante qui favorisait leurs activités économiques mais aussi leurs volontés d’indépendance. Le duché de Bourgogne était un Etat puissant mais fragile, régulièrement parcouru de révoltes citadines réclamant le maintien de leurs droits. Incitée par le roi de France, la principauté de Liège se révolta dés qu’elle apprit la mort de Philippe le Bon. Elle cherchait à retrouver son indépendance car en 1465, elle était devenue un protectorat bourguignon. Charles mit du temps à réagir car il parcourut ses différents domaines pour se faire reconnaitre duc et obtenir les hommages de ses vassaux. Il en profita pour récolter les fonds nécessaires à sa campagne militaire. Il écrasa le 28 octobre les Liégeois à la bataille de St Trond. Le 11 novembre, la principauté se rendit et fut intégré dans les territoires bourguignons. Cette période de conflit interne obligea Charles à réformer son armée. Il la transforma en suivant le modèle français tout en y intégrant une portion importante de mercenaires (dont des Bretons). Cette période lui permit aussi de finaliser les discussions portant sur son troisième mariage. Ses deux premières femmes étant mortes, en l’absence d’héritier légitime, le duc devait se trouver une épouse. Dés février, il avait envoyé des représentants à la cour des Habsbourg, en Angleterre, en Castille, à Milan et dans les principautés allemandes. C’est d’Angleterre que vinrent les réponses les plus prometteuses. Espérant sceller une alliance contre la France, le duc de Bourgogne demanda la main de Marguerite d’York, sœur d’Edouard IV d’ Angleterre.
Edouard IV sollicita l’alliance bourguignonne car la situation dans ses territoires devenait de plus en plus instable. La plupart des nobles anglais qui s’étaient ralliés à lui n’avaient accepté que du bout des lèvres son mariage de 1464 avec Elisabeth Woodville. A partir de cette date, le roi favorisa très nettement cette famille de noblesse récente alors qu’elle n’avait eu qu’un rôle très secondaire dans sa montée sur le trône. Les nombreuses révoltes lancastriennes freinèrent les malcontents yorkistes. Mais la sécurisation du royaume à partir de 1465 entraîna la radicalisation de l’opposition. Ulcérée par le mépris des francophiles Woodville et par l’indifférence du roi qu’elle avait mis sur le trône, la famille Neville menée par le Comte de Warwick, dit « le faiseur de rois » manifesta de plus en plus ouvertement son désaccord. Le comte reçut le soutien du plus jeune frère d’Edouard IV : Georges, duc de Clarence. En été, la proposition de Charles le Téméraire permit au roi de calmer temporairement le climat politique et de rallier à sa cause les francophobes et ceux qui voulaient retrouver l’Angleterre forte et puissante des Plantagenets. Ils espéraient que le roi reprendrait l’offensive contre le royaume de France. Edouard IV reçut aussi une ambassade bretonne et entama des discussions politiques et économiques dans l’espoir de former une alliance. L’ambassade était encore à Londres le 31 décembre.
Avril 1467. Louis XI et François II sur les bords de Loire.

mardi 21 mai 2013

1467. Ep1. Escapade .... monastique.

En Picardie, l’arrivée d’une bande de cisterciens crasseux était un évènement important mais qui restait banal. Membres d’un ordre monastique très répandu dans l’occident chrétien, ces moines crottés devaient se rendre dans un de leurs monastères pour y étudier les saintes écritures, recopier des livres d’heures précieux ou pour y faire étape sur le chemin de Rome. Quelques habitants d’Abbeville vinrent aux nouvelles cherchant un confesseur ou espérant un prêche qui pourrait réconforter leurs cœurs et leur foi chahuter par l’omniprésence des guerres, des pestes et de la famine. En fait, personne n’avait fait attention à la puissante stature des deux tiers d’entre eux, ni aux trois mules surchargés de coffres et de ballots qui les accompagnaient, ni aux lourdes bottes qui dépassaient des robes de bures. Mais, quand ces cisterciens entrèrent dans la meilleure auberge de la ville, demandèrent bains, chambres, vins et volailles et que le barbier fut convoqué, la petite ville picarde d’Abbeville s’interrogea sur ces hommes si dispendieux et si peu respectueux de la modestie monastique. L’étonnement augmenta encore quand le barbier reparut et affirma n’avoir tonsuré personne mais bellement taillé barbes et longs cheveux. La surprise des habitants fut à son comble quand le premier cistercien décrotté portant épée, chausses, bottes, pourpoint et cape sortit de l’auberge et se rendit chez le plus gros fermier de la banlieue, y négocier une dizaine de fières et fraîches montures. Enfin, les habitants furent ébahis quand, alerté par la rumeur populaire, l’éminent représentant de l’autorité du Duc Philippe fut rudement accueilli, traîné à l’étage de l’auberge par deux cisterciens très gaillards et renvoyé séance tenante en mission hors de la cité. Malheureusement pour les plus curieux, il leur fallut encore attendre vêpres pour apprendre que le noble le plus endetté de France, le seul duc sans duché, le seigneur français le plus rebelle à son suzerain et, accessoirement, l’héritier du trône de St-Louis se trouvait en leur bonne ville picarde. Charles de Berry venait demander asile à son bon oncle Philippe et à son téméraire cousin Charles.
Depuis son lit de vieillard, Philippe le Bon déclara qu’il ne voulait pas s’embarrasser de Charles. Mais, son fils qui détenait effectivement les rênes du pouvoir, décida d’envoyer son cousin dans une petite ville proche de Bruxelles et de lui fournir quelques deniers pour qu’il puisse mener vie princière. Et c’est, ainsi, qu’à partir de février 1467, Charles de Berry dormit dans le lit qu’avait occupé son frère au château de Genappe. Encore une fois, la Bourgogne contrôlait l’héritier du trône.

vendredi 17 mai 2013

1466. Ep4. AFFAIRES ETRANGERES

L’année 1466 vit la Bretagne s’engager dans un vaste effort diplomatique. Le duc envoya des représentants en Angleterre, Aragon, Bourgogne, Castille et au Portugal à la recherche de soutien pour sa politique. L’ambassade en Castille n’aboutit pas à cause de l’indécision de son monarque et elle poursuivit son périple vers Rome où elle n’arriva qu’en décembre 1466 en raison de frictions avec les aragonais. Les relations cordiales avec le Portugal furent renforcées par un accord qui permit aux bretons de s’immiscer dans le commerce du sucre vers l’Europe du Nord en échange d’un accès privilégié aux Créés. Les toiles de lin du Léon plaisaient aux ibériques car fines et aérées, elles permettaient de supporter la chaleur estivale de la péninsule. Le sucre acheté à Lisbonne puis transporté par des navires bretons, était vendu à Nantes, Bordeaux ou Anvers. Dans ce dernier port, des marchands de Morlaix contactèrent la Hanse pour obtenir un approvisionnement régulier en graines de lin de la baltique nécessaires pour maintenir des récoltes et un tissu de qualité. Ces contacts commerciaux aboutirent au contrôle par les bretons d’une partie du transit nord-sud de l’Europe et d’une grande partie du cabotage sur les côtes françaises. En Angleterre, les représentants du duc demandèrent à Edouard IV d’arrêter les pirates anglais qui pullulaient en Mer du Nord et dans la Manche. Ils reconduisirent aussi la trêve qui existait depuis deux ans.


Edouard IV, chef du parti Yorkiste dans la guerre des deux Roses.

Malheureusement, la piraterie ne s’arrêta pas et les pertes navales de l’été furent importantes dans les deux pays car l’Amiral de Bretagne, Jean II de Quelennec vendit un nombre important de lettres de marques et de représailles. L’entrée en vigueur de la réforme navale de François II permit une augmentation du nombre et de l’efficacité des corsaires bretons. En septembre, les principaux pirates anglais avaient été pris et la pratique du convoi adoptée. Les navires bretons ne remontaient la Manche qu’en groupe de quatre à cinq navires armés. Pourtant, la piraterie restait endémique en Europe du Nord. Si les relations avec le Comte de Charolais était excellente, celles avec le duc de Bourgogne étaient guère aimables. Philippe Le Bon, soucieux de ne pas agacer le roi Louis XI, refusait toute alliance officielle car il voulait le calme sur sa frontière française. En effet, la principauté de Liège était en état de rébellion contre son duc. Si Le duc Philippe et les Liégeois arrivèrent à un accord à l’automne 1465, le Comte de Charolais exclut Dinant du traité car les habitants l’avaient insulté, lui et sa mère. Les milices dinantaises continuèrent donc de rançonner et de ravager le comté voisin, celui de Namur et en particulier les alentours de la ville de Bouvigne. En juillet, Charles le Charolais et Philippe le Bon rassemblèrent l’armée et marchèrent sur la ville qu’ils mirent à sac, le 25 aout. A l'automne, l'ambassade attendait toujours la décision du duc Philippe.
En France, le duc de Berry contrôlait à peine son nouveau duché. Les bonnes villes de Basse- Normandie étaient ulcérées par les pillages bretons. Incapable de les payer et de les ravitailler, le duc de Berry les laissa rançonner les territoires qu’elles contrôlaient pendant l’hiver et le printemps. S’il réussit à les démobiliser à la St Jean, les garnisons ne s’en allèrent pas les mains vides et firent maints détours avant d’arriver à Avranches. Charles de Berry perdit ainsi le peu de crédit qu’il avait dans la province. En réalité, à part la ville de Rouen et la vallée de la Seine, Charles de Berry ne gouvernait rien. Dés l’hiver 1465, Louis XI avait infiltré agents et argent dans la province. Petit à petit, les villes se rallièrent à sa cause si bien qu’à l’automne, le roi contrôlait la région. En octobre, lorsqu’une troupe française parcourut la basse - Normandie, elle fut accueillie avec soulagement. A son approche, Charles de Berry s’enfuit de Rouen en Novembre et préféra passer en Bourgogne. 
Philippe Le Bon, duc de Bourgogne et père de Charles de Charolais

Chicanerie parlementaire. Jean de Penthièvre sortit de l’antichambre du roi de France le sourire aux lèvres. Il avait obtenu le soutien de Louis XI dans sa querelle avec le duc de Bretagne. Refusant de participer à la ligue du bien public, Jean avait assisté son suzerain français pendant toute la révolte et continuait à soutenir le roi contre son frère Charles. En mai 1465, le duc de Bretagne l’avait condamné pour félonie et avait confisqué ses fiefs de la côte nord. A Etampes, malgré les appels à la clémence de Louis XI, le duc de Bretagne n’avait pas cédé. Irrité par les suppliques et les tergiversations royales dans les négociations, François II, sûr de son bon droit, exigea de conserver les revenus obtenus pendant la confiscation mais aussi que Jean de Penthièvre se rende en habit de pénitent à Nantes pour lui répéter son hommage-lige. Après quelques discussions avec des officiers royaux, Jean de Penthièvre, refusant de s’humilier, déposa une plainte auprès du Parlement de Paris pour casser le jugement du duc de Bretagne. Louis XI sauta sur cette occasion d’affirmer la supériorité de la justice royale sur celle du duc, son vassal.

1466.Ep3. DINANT MARTYR DES FLANDRES

Yann survécut à sa chute et à la longue bataille de rues qui suivit. Le pillage de la ville dura jusqu’au matin. S’introduisant dans une maison sur la place de la collégiale, il trouva un marchand, sa femme et leurs enfants cachés dans le cellier. Il s’empara d’abord d’une bouteille de vin pour étancher sa soif puis regarda longuement l’homme de la maison. Malgré la différence de langue, Yann lui fit comprendre qu’il pouvait préserver sa famille et son logis en échange du lit, du couvert et d’une bourse très large et très profonde pleine d’écus d’or ou d’argent. Les cris de sa femme, la terreur de sa fille, les sanglots du petit, l’arrivée d’Yvon et ses vêtements dégoulinants de sang poussèrent le marchand à une grande générosité. Deux sacs bien remplis atterrirent sur la table. La tension de la journée tomba de ses épaules. Yann se mit à trembler de tous ses membres. S’agrippant aux sacs et à sa bouteille, il se traîna sur le pas de la porte d’entrée où il se laissa tomber. Il fourragea dans les sacs, y pêcha une poignée d’écus et testa leur qualité, un à un, d’un coup de croc. Yvon le rejoignit dans la rue avec, dans les mains, les bijoux de la propriétaire. Ils furent pris d’un fou rire. Ils étaient vivants. Une cinquantaine de bretons menés par le Sieur de Kérouzéré s’approcha d’eux. Le seigneur estima la maison d’un coup d’œil, leur dit de la réserver pour son coucher puis ordonna à ses compagnons de bloquer la rue et d’en virer les soldats ne portant pas la croix noire. Comme un grand coup de balai, les mercenaires repoussèrent les soldats bourguignons et rassemblèrent les habitants au centre de la chaussée. Puis, ils entrèrent trois par trois dans les maisons. Rapidement, des piles d’objets de valeurs s’élevèrent devant chaque demeure : coffres éventrés, plats divers, chandeliers d’argent, tapisseries, vêtements fins, victuailles et tonneaux de vins se retrouvèrent dans le caniveau. Une table fut dressée devant le domicile gardé par Yann et Yvon. Un clerc y rédigea l’inventaire des objets pillés. Puis, ils furent chargés dans deux chariots. La besogne fut rondement menée et au milieu de la nuit, le Sieur de Kérouzéré revint escorté de deux porteurs de torche et d’une fille du voisinage qu’il coucha dans le lit du bourgeois. Yann et Yvon dormaient dans la salle commune quand Odilon Verjus, aumônier de la compagnie, surgit dans la maisonnée hurlant qu’un incendie se répandait depuis le nord. Si la plupart des soldats se retirèrent hors les murs, la garde ducale et la bande de Bretagne sous les ordres du Comte de Charolais établirent un cordon de sécurité autour de la collégiale et s’employèrent à sauver la partie sud de la ville en abattant les maisons à la hauteur du pont sur la Meuse. A l’aube, les Dinantais erraient hagards parmi les décombres calcinés et la collégiale surplombait un champ de ruines et de cendres. Les pillards revenaient par petits groupes. Ils étaient accompagnés par des habitants de Bouvigne, éternelle rivale de Dinant, qui désiraient se venger des exactions commises par les rebelles. Les habitants les plus malchanceux furent massacrés d’horrible manière : noyés attachés deux à deux. D’autres furent pourchassés entre les pans de murs écroulés. La plupart s’enfuirent. Il fallut l’intervention du Comte de Charolais pour que le massacre cesse. Le 26, au soir, paradant dans la ville ruinée, Philippe le Bon montrait à tous que la puissance des villes de Flandres ne pouvait rivaliser avec la sienne. Liège s’était rendu, Dinant était châtié, la révolte était écrasée. Le Duc dominait sans partage. Début octobre, à Anvers, la bande bretonne reçut son congé du duc de Bourgogne qui promit de les réengager. Le voyage se déroula sans encombre jusqu’à St Malo où la compagnie se dispersa. Lors de l’avent, le Sieur de Kérouzéré regroupa la moitié de sa compagnie et il promut Yann La Roche au rang de second. Ils partaient pour le nord.

jeudi 16 mai 2013

1466 Ep2 EN BRETAGNE,

Une troupe de cavaliers trottait sur la route de Guérande à Clisson. Le crachin pesait sur les lourdes capes de laine. Le duc François pestait contre le vent et cette pluie fine qui pénétrait jusqu’à ces chausses. L’année avait pourtant bien commencé et il avait passé des fêtes excellentes. Malgré un certain endettement, il avait les fonds nécessaires pour ses petits plaisirs et ceux de sa maitresse. Son fils grandissait. Seule, sa femme lui causait du souci. Elle semblait ne plus pouvoir enfanter malgré tous ses efforts. Elle était constamment alitée depuis l’automne. Le duc était sur le chemin du retour. Il avait passé la semaine à Guérande où il avait rencontré les principaux marchands de sel de son duché. Ce séjour avait été désagréable. Loin de la douceur nantaise, de sa maitresse et de son fils, le duc s’était ennuyé ferme en compagnie de marchands chicaniers et pinailleurs qui n’espéraient que profits et bénéfices. Il avait fait tout cela pour ne plus entendre son trésorier général Pierre dire qu’il n’avait pas assez d’argent. Soupirant, il se dit que le duché était sorti plus fort et plus riche de cette réunion.
Pierre Landais souriait. Le duc avait cédé. Sa cour assidue, sa capacité à lever des fonds pour les plaisirs du duc et quelques remarques habiles et bien placées avaient créées cet évènement. Pierre Landais voulait renforcer le duché de Bretagne et lui rendre la splendeur du royaume breton du Xè siècle. Bien sûr, sa fortune en profiterait. Ainsi, sa Trésorerie générale avait gagné un nouveau poste : celui de Receveur général des Devoirs (impôts indirects). Il allait confier ce travail à un homme de confiance et en tirerait des bénéfices politiques et financiers. Il avait tout le temps pour y penser. Mais ce soir, il comptait se détendre. Cette semaine de négociation avait été rude d’autant plus que le chancelier du duc Guillaume Chauvin intriguait contre lui. Pour Pierre, le chancelier aimait trop la cour de France et n’avait pas compris qu’il valait mieux être un grand parmi les petits qu’un petit parmi les grands, surtout français. Les satisfactions et les possibilités étaient bien plus nombreuses chez les « petits bretons ».

Pierre Landais, Trésorier général du duché de Bretagne.
Le Chancelier lui râlait profondément dans sa barbe. Il avait perdu ce combat. Ces tentatives pour contrer le trésorier n’avaient pas fonctionné. Les marchands demandaient trop. Foutus financiers qui exigeaient baisse générale des taxes, fin des péages ou encore un état des marchands au Etats de Bretagne ! Un d’entre eux aurait même parlé de charte de commerce dans une auberge. Ces hommes avaient trop de puissances, trop de prétentions et ils en gagnaient de plus en plus ! Si la ligue du bien public avait ralenti le commerce, il avait repris plus intensément dés le retour du printemps. Le recrutement des bandes n’était qu’un camouflage pour des opérations mercantiles. Certains nobles s’engageaient même dans le commerce du vin, d’autres finançaient des forges. Une honte, un déshonneur ! Il faudrait renforcer la tradition et revenir aux vraies valeurs de la noblesse comme en France !
Un quatrième cavalier chevauchait pesamment derrière les trois hommes les plus puissants du duché de Bretagne. André de Lohéac n’était plus très jeune. Il n’avait ni sa souplesse d’antan, ni l’entrain habituel. Le traité d’Etampes avait été une déception, il n’était pas rentré en grâce auprès du roi de France. Ses succès à Montlhéry et à Pontoise avaient joué contre lui. Le roi lui avait redonné accès à ses biens français mais refusait de le recevoir à la cour. N’étant plus ni amiral, ni maréchal de France, ses pensions et ses pouvoirs avaient disparus. Il s’en était donc retourné dans le pays de Retz et le duc l’appelait de temps en temps à la cour pour profiter de sa compagnie. Bon vivant comme le duc et appréciant la compagnie de François II, le maréchal de Lohéac s’interrogeait sur son avenir. Qui lui offrirait les meilleures opportunités à l’avenir ? Devait-il faire le pas décisif et demander à se mettre au service de la Bretagne ? Louis XI ne lui pardonnerait pas s’il se rangeait dans le camp breton avant de regagner la grâce royale. Ayant assisté aux négociations d’Etampes, André de Lohéac savait que le roi menait son royaume d’une main de fer dans un gant de velours. D’un autre côté, le duc était ouvert et aimable mais peu intéressé par son gouvernement. François II lui demandait encore conseil lors d’affaires militaires mais jamais officiellement pour ne pas contrarier le maréchal de Bretagne. Pourtant, le duc pourrait lui offrir une liberté d’action que l’araignée française n’accordait à personne et André avait quelques idées personnelles à réaliser de son vivant.
Pendant ce temps, à Clisson, le trésorier des guerres consultait le compte-rendu de la réunion apporté par un messager. Le duc avait pris les bonnes décisions pour mieux contrôler le commerce. Mais la contrepartie était bien plus intéressante. François II et le trésorier général avait essayé de concocter un système de mercenariat naval par l’usage des lettres de marque et de représailles. Certes, François II devra baisser le tarif des lettres de marque d’un tiers et ne percevra qu’un huitième de la valeur des prises. Mais les corsaires devront embarquer et solder une dizaine de franc-archers qui tiendront un double du journal de bord. De plus, ils pourront se faire engager par des puissances étrangères avec l’autorisation des autorités ducales. Ils devront verser un douzième de leur part de prises au duc et embarquer le même nombre de franc-archers. Il constata que les autres modalités étaient les mêmes que celles du contrat des bandes. Le trésorier se doutait bien que le contrôle serait peu efficace. Mais, si ça marchait, cela créerait de facto le noyau privé d’une marine de guerre. Lohéac avait vraiment des idées contagieuses.